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Le terme sociologique "intégration"
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Purplerain14 [ 27/03/2015 à 16:02 ]

Bonjour,

J'aimerais connaître l'histoire du mot "intégration". Je ne comprends pas le lien entre l'étymologie du mot et son emploi actuel lorsque l'on parle d'intégration des immigrés. Quelles ont été les étapes qui ont conduit à son actuelle définition ?

D'avance, je vous remercie.

Bon weekend !

Réponse attendue le 31/03/2015 - 17:03


gds_ctp [ 30/03/2015 à 10:02 ]

Bonjour,

Le Grand Robert de la langue française donne l’étymologie de la notion d’intégration :
« Intégration : 1700. « rétablissement », 1309. Le sens moderne est dérivé de « intégrer », le moyen français emprunte au bas latin « integratio », de « integratum », supin du latin classique « integrare » > intégrer. »

Pour « intégrer », le dictionnaire donne cette étymologie : « 1430, « exécuter, faire » ; repris en 1700 en mathématiques, puis début XXe siècle. Du latin médiéval «integrare» : rendre complet, entier.

2. (Début XXe siècle : 1919, Barrès). Faire entrer dans un ensemble en tant que partie intégrante. Synonyme d’incorporer, d’assimiler. »


Dans les sens proposés pour le terme d’intégration, il est précisé :
« 4. Milieu XXe. Opération par laquelle un individu ou un groupe s’incorpore à une collectivité, à un milieu. Intégration politique, sociale, raciale. Opposé à ségrégation. »

Le terme « intégration » a donc plusieurs sens, le sens donné par la sociologie est celui issu du mot « intégrer » et de son étymologie latine signifiant « rendre complet ».


Pour comprendre la notion d’intégration, vous pouvez lire la définition donnée par l’Encyclopédie Universalis (accessible depuis les bibliothèques municipales de Lyon) :

« INTÉGRATION, sociologie

De la thèse d'Émile Durkheim, De la division du travail social (1893), aux Formes élémentaires de la vie religieuse (1912), le terme intégration – qui désigne, dans son acception la plus générale, l'opération consistant à adjoindre un élément à d'autres, afin de former une totalité – est au cœur du lexique durkheimien et se rattache à la problématique du lien social. Celle-ci met l'accent sur l'existence de croyances et de pratiques partagées ainsi que sur l'adhésion à des buts communs à travers un principe de solidarité qui, selon le type de société (« primitive » ou « moderne »), renvoie à des composantes mécanique, par similitude ou ressemblance, ou organique, par différenciation et interdépendance des acteurs, tout en prenant appui sur un droit répressif ou, au contraire, restitutif. Dans ce dernier cas, lorsque les impératifs deviennent moins contraignants et que les instances de socialisation ne sont plus comme par le passé de véritables « écoles de discipline », un sentiment de malaise ou de frustration peut se manifester. D'où les recommandations, que l'on retrouve dans Le Suicide (1897), visant à renforcer les structures familiales, à développer le tissu associatif ou à faciliter la mise en œuvre de politiques contractuelles. Il s'agit, sous cet angle, de combattre l'anomie, laquelle peut résulter, suivant les circonstances, d'une carence de la réglementation, d'une coopération insuffisante liée à un antagonisme entre salariés et détenteurs des moyens de production, de l'escalade des désirs et des passions, de l'excès d'individuation ou bien encore de l'exposition au risque et à l'incertitude.

D'autres modalités d'intégration – culturelle, normative, communicative ou fonctionnelle – attirent l'attention, à la suite de Talcott Parsons, sur les « composantes élémentaires propres à tel ou tel groupe » et sur leur degré de cohérence, de conformité ou de compatibilité, l'approche retenue pouvant privilégier les relations entre acteurs ou les rapports entre les parties d'un système.

Plus pragmatique et tirant son inspiration des écrits de Georg Simmel, le point de vue de l'« écologie urbaine », cher à l'école de Chicago, met pour sa part l'accent, comme nous y invite Robert Park dans un recueil d'articles publié à titre posthume et intitulé Race and Culture (1950), sur une perspective cyclique « qui tend partout à se répéter ». Quatre grandes étapes peuvent être distinguées : la compétition, « phénomène universel que l'on retrouve chez tous les êtres vivants » ; le conflit, sous forme de rivalités, de guerres ou d'inimitiés ; l'accommodation, faite de compromis et d'ajustements plus ou moins précaires ou transitoires débouchant sur un état de relatif équilibre ; à plus long terme, l'assimilation, définie comme « processus d'interpénétration et de fusion, progressif et irréversible » et conduisant au melting-pot, sorte de « creuset » fait d'échanges ou d'emprunts, de syncrétismes ou de métissages et dans lequel cohabitent des populations d'origine sociale ou ethnique fort diverses. Les monographies réalisées par Nels Anderson, Louis Wirth ou Harvey Zorbaugh illustrent à leur façon ce cheminement complexe à travers l'examen des conditions de vie des hobos, ces travailleurs migrants et occasionnels, ou bien encore l'analyse du sort réservé aux déviants ou aux marginaux, aux « out » ou aux déracinés. […] »

Un article de Gilles FERREOL.

Pour en savoir plus :
- Sociologie de l’intégration, Mohand Khellil sur Cairn.
- Émile Durkheim, lien social et intégration sur FranceTV Education.
- Penser l’intégration des immigrés : les enseignements de la sociologie américaine, Mirna Safi, un article de la revue Sociologie.

Bonne journée.

Réponse attendue le 02/04/2015 - 10:04