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Photo couleur

par dlyon, le 03/11/2014 à 17:54 - 1529 visites

Bonsoir,

quelle est la date de la 1ere photo-couleur, et quand est-ce que la photo couleur devient à la mode et fait tomber en désuétude la photo en noir et blanc ?
Je vous remercie.
Cordialement.

Réponse du Guichet du savoir

par gds_se, le 05/11/2014 à 10:34

Bonjour

Dés les débuts de la photographie, on rêve de pouvoir fixer la couleur afin de mieux encore imiter la nature.

A défaut de pouvoir obtenir directement des daguerréotypes en couleurs, on trouve rapidement un succédané dans le coloriage à l’aide de couleurs végétales finement broyées appliquées par frottement à sec à l’aide d’un pinceau à pointe fine, de manière à ce que la couleur déposée en couches très minces complète avec délicatesse le modelé du dessin photographique et augmente l’illusion. […] Mais ces pratiques de coloriage qui font grand bruit ne font que relancer la demande d’un moyen effectif de reproduire les couleurs naturelles. […]


Daguerréotype coloré à la main
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George Eastman House: "Cromer Collection - Part III"; "Unidentified Girl"


Les vertus du sous-chlorure d’argent

[…] Dans le cadre de ses recherches sur l’action chimique de la lumière et ses effets photogéniques, le physicien français Edmond Becquerel se propose alors de « chercher une préparation sensible qui, sous l’influence d’un spectre solaire convenablement épuré, prenne à chaque point des colorations identiques à celles que les rayons lumineux qui y tombent produisent sur nos organes, de manière à obtenir une image du spectre, aussi semblable que possible, à celle que nous percevons directement dans nos yeux ». Il parvient à ce fait remarquable en 1848. Sa méthode consiste à exposer à l’action du spectre lumineux une lame d’argent recouverte d’une couche sensible de sous-chlorure d’argent obtenu par électrolyse. L’expérience fait apparaître « un souvenir du spectre » fixé sur la lame avec l’ensemble de ses couleurs. […]

Après avoir mis au point un procédé négatif sur verre à l’albumine en 1847, Abel Niépce de Saint-Victor se tourne à son tour vers la question de la reproduction des couleurs et dépose un mémoire à l’Académie des sciences en 1851, dans lequel il conclut que le chlore, à l’état de chlorure ou de chlorate, est la seule substance qui donne à l’argent métallique le propriété de se colorer par la lumière. En revanche, le problème de la fixation des couleurs lui parait bien difficile à résoudre. […] Son troisième mémoire, illustré de plusieurs épreuves en couleurs obtenues à la chambre noire, dont une poupée habillée de papiers glacés de diverses couleurs avec des galons d’or et d’argent, le montre plein d’espoir quant à l’obtention d’une solution complète du problème de l’héliochromie. Mais le manque de fixation des couleurs, laissant croire « qu’un souffle va les faire disparaître », demeure un problème épineux. […]

Ces images voisinent avec d’autres héliochromies, celles-ci sur papier, également mises sous clé. Elles ont été obtenues par l’ingénieur chimiste et photographe Alphonse Poitevin. Renommé pour ses travaux sur les procédés inaltérables de tirage au charbon couronnés par l’obtention du « petit prix » du duc de Lynes en mars 1862, celui-ci avait repris le flambeau des recherches sur la reproduction photographique des couleurs en proposant d’abandonner le support de plaque de cuivre sur le papier. Son procédé lui permet d’obtenir des « épreuves naturellement colorée » par exposition à la lumière directe sous des peintures colorées sur verre en cinq ou dix minutes seulement. Suffisamment satisfait de ses résultats, Poitevin prend un brevet d’invention le 18 décembre 1865, pour un procédé dont il confie l’exploitation commerciale à la maison Garin, Guilleminot et Berthaud, fabricants de produits chimiques à Paris, pour une durée de cinq ans. […]

Trois couleurs pour une solution

[…] Au cours de la séance du 7 mai 1869 de la Société française de photographie, Alphonse Davanne, vice-président du conseil d’administration, présente les travaux de Louis Ducos du Hauron et Charles Cros qui, sans se connaître, ont proposé des « solutions » fort semblables au « problème » de la couleur en photographie. Il en résume le principe : « Au lieu de chercher à reproduire sur une même surface toutes les couleurs de la nature indistinctement, il y a lieu de les analyser et de les séparer pour obtenir trois épreuves correspondant aux trois couleurs primitives : le rouge, le jaune et le bleu, et, ces trois épreuves monochromes […] étant obtenue, on les réunit par un procédé de synthèse. » […]


Agen par Louis Ducos du Hauron, 1877
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By Louis Ducos du Hauron (1837 – 1920) (Unknown) [Public domain], via Wikimedia Commons


La prise en considération d’images en couleurs marquées au sceau du réalisme prend un nouvel essor avec la production industrielle d’images imprimées grâce à l’invention, en 1888, du procédé Photochrom par le lithographe suisse Hans Jakob Schmid qui crée la compagnie Photochrom Zürich. Ce procédé combine l’exactitude des négatifs photographiques avec l’apport d’une impression lithographique par intervention manuelle, qui pouvait faire intervenir 4 à 14 couleurs. […]


Château de Neuschwanstein (Photochrom)
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Neuschwanstein, Upper Bavaria, Germany. (Library of Congress)


Couleurs fin de siècle

[…] Mais c’est bien davantage Gabriel Lippmann qui, en 1891, donne une nouvelle orientation à la recherche d’une photographie « directe » des couleurs. […] L’idée de Lippmann est de trouver un moyen d’emprisonner l’empreinte des mouvements vibratoires de la lumière, de manière à ce que les couleurs puissent être reproduites directement en fonction de leur longueur d’onde. […] Malheureusement, la valeur scientifique ne pallie pas le manque de régularité des résultats et le procédé va se cantonner à une pratique exigeante et complexe faisant de ses utilisateurs des « lapidaires ciselant avec amour de scintillants joyaux destinés aux écrins d’une aristocratie de collectionneurs ».

Auguste et Louis Lumière, qui collaborent depuis trois ans avec Gabriel Lippmann, prennent conscience de cette impasse en 1895. Leur apport essentiel réside dans la préparation d’une émulsion au gélatino-bromure d’argent sans grain d’un orthochromatisme satisfaisant qui va permettre une réduction considérable du temps de pose. […] Dans les années qui suivent, ils développent un procédé de photographie aux mucilages bichromatés permettant d’obtenir des trichromies qui, outre les couleurs, restituent le relief grâce à la stéréoscopie. […]

En 1899, Léon Vidal constate déjà avec plaisir que « le goût de la photographie des couleurs, par la méthode trichrome, est en voie d’expansion chez les amateurs ». Toutefois, la trichromie reste l’apanage des plus habiles.



Nature morte
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Gabriel Lippmann

(Source : Le ciel est bleu : une histoire de la photographie couleur / Nathalie Boulouch)


Néanmoins l’invention star de la photographie couleur sera l’autochrome :

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By Janke, CC-BY-SA-3.0 via Wikimedia Commons

Ce sont toutefois les « autochromes » qui, grâce à l’ingéniosité du procédé, à la perfection de la réalisation et à la stratégie commerciale de la maison Lumière, remporteront pour longtemps le marché de la couleur au début du siècle. Les plaques inventées par les frères Lumière seront mises en vente en juin 1907. Egalement procédé additif, l’autochrome comporte un réseau à grains très fins (l’idée de « grains » se trouve aussi dans le mémoire de Ducos de 1869) de fécule de pomme de terre tamisé ; ces grains colorés en orangé, vert et violet, et formant une couche compacte, constituant un filtre trichrome divisé. Ce réseau est recouvert d’une couche de gélatinobromure d’argent comme une plaque sensible « normale » (les usines Lumière de Lyon figurent à cette époque parmi les plus importants fabricants). […] L’autochrome va alors connaître une vogue importante parmi les amateurs fortunés, le procédé étant relativement onéreux.

(Source : Nouvelle Histoire de la Photographie / sous la direction de Michel Frizot)


Autochrome du Taj Mahal
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By Helen Messinger Murdoch [Public domain], via Wikimedia Commons



Dans la recherche de la photographie couleur, on peut également noter les expériences de Levi Hill :

En 1851, l’annonce dans les journaux américains d’un procédé de daguerréotypie en couleurs, baptisé hillotype d’après son inventeur, Levi Hill, fit aux États-Unis et en Europe une énorme sensation, pour tourner bientôt à la controverse et finir en opprobre public pour l’intéressé, accusé de mensonge et de charlatanisme. Cette affaire est généralement traitée comme une simple anecdote dans les histoires de la photographie, et la teneur exacte du procédé est restée incertaine jusqu’à nos jours. Pourtant, les soixante-deux plaques hillotypiques conservées à la Smithsonian Institution à Washington, rarement reproduites et difficiles à reproduire en raison de leur pâleur, montrent distinctement des traces de couleur qui ne relèvent apparemment pas du coloriage ; les exemples que nous proposons, jusqu’ici inédits, ne peuvent guère manquer de susciter l’intérêt. […]

Inventeur génial ou charlatan éhonté ?

Tâchons d’abord de retracer les grandes lignes d’une affaire très confuse. Celle-ci commence fin 1850 avec la publication d’une brochure sur le daguerréotype par un certain Levi Hill, pasteur baptiste du village de Westkill, dans le nord de l’État de New York. L’auteur annonce « la découverte de certains faits remarquables, ayant trait à un procédé de daguerréotypie dans les couleurs de la nature » et promet d’en fournir sous peu la recette « à tous ceux qui voudront bien payer un prix modéré pour cela. » À la différence du mémoire de Niépce de Saint-Victor sur l’héliochromie, paru un peu plus tôt, cette brochure ne décrit aucun procédé. Elle fait néanmoins sensation dans les colonnes des deux premiers périodiques photographiques du monde, le Photographic Art Journal de Henry H. Snelling et le Daguerreian Journal de Samuel D. Humphrey, lequel conclut de sa visite à l’inventeur : « Si Raphaël avait pu contempler un hillotype avant de terminer sa Transfiguration, la palette et la brosse lui seraient tombées des mains, et le tableau serait resté inachevé. » À partir de 1851, le tout-New York de la photographie va se rendre chez Hill, à commencer par Samuel Morse, le parrain du daguerréotype aux États-Unis, qui attestera la véracité des dires de Hill et – presque seul contre tous – défendra les droits de ce dernier à garder son secret. Car l’inventeur, pour des raisons complexes et incomplètement élucidées, ne souhaite ni publier, ni breveter, ni vendre, ni encore moins décrire ce secret, et, au lieu de cela, multiplie entre 1851 et 1855 les souscriptions pour des éditions légèrement remaniées de son manuel. Les daguerréotypistes américains – victimes, dira-t-on, d’une baisse des ventes, le public préférant attendre la couleur – interprètent ces appels comme des manœuvres puis comme de pures et simples supercheries. De visites en tractations, de souscriptions en certificats, de soupçons en dénonciations – le magazine Scientific American, en particulier, prend parti contre Hill – et jusqu’à l’intervention d’un comité sénatorial, qui rendra un rapport favorable sans lui donner de suites, l’affaire fait un énorme scandale, aux États-Unis et en Europe, et traîne pendant cinq ans. Quand le procédé sera enfin dévoilé, dans A Treatise on Heliochromy (1856), il passera complètement inaperçu, tout le monde s’étant convaincu que Hill n’était qu’un imposteur, et le daguerréotype étant alors en nette perte de vitesse.


(Source : Le point de vue français dans l’affaire Hill / Etudes photographiques)


N’oublions pas non plus les recherches de James Clerk Maxwell :

La méthode des trois couleurs est au cœur de pratiquement tout système chimique ou électronique de traitement de la couleur. Elle est suggérée par le physicien écossais James Clerk Maxwell en 1855 dans un article sur la vision des couleurs.

Elle se base sur l'idée que l’œil humain perçoit les couleurs parce que sa surface interne est recouverte de trois sortes de photorécepteurs, appelés des cônes. En théorie, l'une de ces sortes de récepteurs est plus sensible aux couleurs de la fin du spectre que l'on nomme « rouge », une autre plus sensible au milieu du spectre c'est-à-dire aux couleurs « vertes » et la dernière aux « bleues ». Les noms de couleurs sont arbitraires, ils ne représentent pas exactement la sensibilité des cônes. De plus, la notion de couleurs primaires n'a pas d'existence physique, c'est une notion perceptive. Toutefois, cette description des trois couleurs se rapproche suffisamment des sensations éprouvées par l’œil pour que lorsque l'on applique la méthode des trois couleurs, les trois sortes de cônes soient stimulés et produisent l'illusion de différentes longueurs d'ondes intermédiaires de lumière.

Maxwell déduisit, à tort, de son étude que n'importe quelle teinte pouvait être obtenue en mélangeant uniquement les trois couleurs de la lumière - rouge, vert et bleu - dans des proportions qui stimuleraient les trois types de récepteurs de la même façon que les « vraies » couleurs. Malgré ses imperfections, ce modèle permet de visualiser des millions de couleurs. Afin d'illustrer le fait que les cellules ne voient pas à proprement parler les couleurs, mais qu'elles sont plus ou moins stimulées par elles, il proposa un exemple basé sur la photographie noir et blanc. Il postulait que si l'on prenait trois photographies noir et blanc d'une même scène à travers des filtres rouges, verts et bleus, il suffirait ensuite de projeter les diapositives issues de ces photos par les mêmes filtres et de les superposer sur un écran pour obtenir une image reproduisant non seulement les rouges, bleus et verts mais aussi toutes les couleurs de la scène originale.

La première photographie couleur à utiliser le procédé de Maxwell fut prise par Thomas Sutton en 1861, pour illustrer une conférence sur les couleurs donnée par Maxwell. L'image fut présentée en couleurs grâce au procédé de triple projection. L'objet de la photo était un ruban avec des rayures de plusieurs couleurs, parmi celles-ci probablement du vert et du rouge. Lors de la conférence, qui ne portait pas sur la photographie mais sur la physique et la physiologie, Maxwell souligna l'insuffisance du résultat et la nécessité de mettre au point des matériaux plus sensibles aux lumières vertes et rouges. Le simple fait que Sutton ait pu reproduire des nuances de rouge laisse les spécialistes perplexes encore aujourd'hui, car les matériaux et procédés employés par le photographe étaient tout à fait insensibles aux rouges et à peine sensibles aux verts. En 1961, des chercheurs découvrent que de nombreux colorants rouges reflètent également les ultra-violets. Ceux-ci ont probablement été capturés par le filtre rouge employé par Sutton. Les chercheurs supposent par conséquent que les couleurs des trois images étaient probablement dues aux longueurs d'ondes ultra-violettes, bleu-vert et bleues plutôt qu'aux rouges, vertes et bleues.
La méthode suggérée par Maxwell en 1855 ainsi que sa démonstration peu probante en 1861 tombèrent rapidement dans l'oubli avant d'être remises au goût du jour dans les années 1890. Au cours des décennies suivantes, ce concept de base fut réinventé indépendamment par plusieurs personnes.


(Source : Photographie couleur / Wikipédia)


Tartan Ribbon, photograph taken by James Clerk Maxwell in 1861
Image
By James Clerk Maxwell (original photographic slides) ; scan by User:Janke. [Public domain], via Wikimedia Commons



Dans l’ouverture de la photographie couleur au grand public, c’est la société Kodak qui va tirer son épingle du jeu :

En 1936, la commercialisation du Kodachrome américain et de son équivalent allemand, l’Agfacolor Neu, ouvre un second chapitre de l’histoire de la photographie couleur qui va se caractériser, au fil des décennies, par une popularisation extensive. Ralenti par la Seconde Guerre mondiale, l’élan vers la couleur va prendre son essor dans un contexte d’après-guerre économiquement favorable et aboutira à l’ouverture effective d’un marché de masse dans les années 1970. Dans cette histoire, la firme Kodak joue un rôle essentiel.

(Source : Le ciel est bleu : une histoire de la photographie couleur / Nathalie Boulouch)


London, Kodachrome by Chalmers Butterfield
Image
CC-BY-2.5; GFDL – with disclaimers


Agfa Dia
Image
By Fotografiert von Werner Eschrich.Hutschi at de.wikipedia [Public domain], from Wikimedia Commons

C’est donc dans les années 1970 que la photographie couleur supplante le noir et blanc, au moins pour le grand public.



Bonne journée
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