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pourquoi peu d'albums avec des photographies ?

par LLG, le 10/12/2013 à 15:45 - 640 visites

Bonjour,
Je souhaiterais savoir pourquoi les éditeurs sont-ils si frileux pour publier des albums jeunesse illustrés par des photographies ? la photographie pose-t-elle un vrai problème aux enfants ?
Cordialement
LLG

Réponse du Guichet du savoir

par gds_et, le 11/12/2013 à 17:37

Bonjour,

En effet, la photographie est très minoritaire dans les albums jeunesse, encore aujourd’hui, comme le remarquent avec regrets les auteurs de ce dossier pédagogique : Photographie et littérature jeunesse (25 novembre 2009) :

[…]peu d’artistes et d’auteurs ont investi le domaine de l’album dans son acceptation la plus complexe et la plus riche. Á savoir ce qui fait sens dans un album, c’est soit la structure narrative des images (album sans texte), soit la profonde imbrication texte/image. Or la photographie est assez peu présente dans ce type d’album.


Si Tieri Briet, cofondateur des éditions Où sont les enfants ?, attribue cette absence de la photographie à l’influence de Françoise Dolto dans les années 80 et sa critique du Petit chaperon rouge de Sarah Moon, il semble que les raisons de fond soient aussi matérielles, comme le suggère Philippe Schuwer dans Communication et langages, 1981, vol. 48, n°48, pp.23-26, La photographie dans le livre-album :

Tentons quelques explications. La plupart des éditeurs d’albums sont spécialisés et travaillent peu avec les photographes. Ces derniers, prévenus de leurs réserves, ne les sollicitent pas.

L’illustrateur sécurise davantage

A la signature d’un contrat, l’illustrateur est davantage sécurisant. Un risque, certainement, mais moindre qu’avec un photographe qui dépend de ses modèles, de ses lieux de prises de vues, du temps – et de cent difficultés mal soupçonnées. Les budgets sont sans commune mesure et le photographe qui anime une mini-équipe s’accommode mal de sommes dérisoires, l’édition étant la parente pauvre de la publicité… De plus dans l’illustration, un certain amateurisme et les dissimulations de la naïveté peuvent faire illusion. La photographie, elle, se révèle implacable : forte, lisible, émouvante… ou médiocre.


Outre ces explications, Philippe Schuwer met en avant les motifs « classiques » à l’encontre de la photographie, qu’il remet en cause : lisibilité de la photographie pour le jeune lecteur, besoin de protéger l’enfant en censurant l’image, poids de la tradition… Nous vous laissons prendre connaissance de ses arguments directement dans son article.


Cependant, à en croire cette alerte de Ricochet, Les livres photo pour la jeunesse et la guilde du livre (Jacques Desse), le vent est peut-être en train de tourner :

L’intérêt pour les livres pour enfants illustrés par la photographie n’a cessé de grandir ces dernières années. Ainsi, la bibliothèque parisienne l’Heure joyeuse, qui a rassemblé un fonds très important d’ouvrages anciens, prépare actuellement une exposition qui devrait faire date.


De son côté, la Bibliothèque municipale de Nantes revient sur la place accordée à la photographie dans les albums jeunesse depuis les années 1920 dans L’œil photographique : un nouvel objectif pour l’album jeunesse :

Les premiers albums de photographies destinés à la jeunesse remontent aux années 1920. Des oeuvres de photographes reconnues ou ignorées constituent un ensemble qu’il est intéressant de connaître pour leur qualité artistique et leur empreinte du passé.
Les albums photographiques ont constitué pendant longtemps, jusqu’à la fin des années 1990, un corpus minoritaire au sein de la production jeunesse et ils n’ont pas rencontré un réel succès. Les éducateurs s’accordaient à reconnaître que la photographie n’était pas assez lisible pour les enfants notamment le noir et blanc. Elle montrait une réalité du monde, de la société qui risquait de choquer les jeunes, il était nécessaire de les protéger. Pourtant la photographie n’est-elle pas là pour nous aider à porter un regard différent sur le quotidien, à s’y arrêter et à redécouvrir ce que nous croyons connaître ? C’est oublier que la photographie se prête également à la fantaisie et à la poésie. La présente sélection est constituée d’ouvrages édités à partir des années 1930, issus des collections du Centre Bermond-Boquié ; ce sont essentiellement des fictions illustrées par des photographies et de quelques documentaires qui révèlent une sensibilité artistique tout en participant à l’éducation du regard.

[…]

En explorant l’actualité éditoriale de ces cinq dernières années, on s’aperçoit que la photographie tient une place prépondérante dans les albums pour la jeunesse, soit seule à travers un regard d’artiste, soit plus fréquemment intégrée dans une palette de techniques telles que la peinture, les collages, la gravure, le modelage…
Quelques éditeurs, tels que le Rouergue ou encore Passage piétons, ont fait le choix de la photographie pour l’illustration de leurs albums en créant des collections spécifiques.
Dans les années 1950, après quelques albums remarquables nés autour de 1930, des éditeurs ont développé ce genre aussi bien dans la fiction que le documentaire. La Guilde du Livre et les éditions Clairefontaine en Suisse ont été les précurseurs de cette tendance.
En France, les éditions Nathan avec Dominique Darbois ont lancé la remarquable collection Les Enfants du monde.
Si les médiateurs du livre marquaient des réticences devant l’aspect "réaliste" de l’image photographiée, aujourd’hui ils reconnaissent la créativité et l’enrichissement qu’apporte ce média à la littérature pour la jeunesse.



Pour aller plus loin :

La Photographie dans les livres pour enfants, Revue des livres pour enfants n°168-169, avril 1996, La joie par les livres.

La place de la photographie dans le livre narratif pour enfants âgés de 4 à 8 ans, Marie Lukasiewicz.
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