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politique sans ethique

par foulenfouleni, le 16/04/2014 à 09:07 - 900 visites

Bonjour, pourquoi la politique n'est pas ethique.c'est vraiment dangereux pour l'humanite entiere.qui est exactement le ou les responsables?pourquoi cette derive si inquietante?le monde souffre .ou allons -nous???

Réponse du Guichet du savoir

par gds_ctp, le 16/04/2014 à 15:09

Bonjour,

Pour comprendre ces deux notions, nous pouvons nous baser sur leur origine grecque, ainsi éthique vient du grec êthos qui veut dire « mœurs », politique est issu de politikos « de la cité ».

Ces deux termes ont été étudiés en philosophie depuis Platon, on peut ainsi trouver des cours de philosophie intitulés Ethique et politique, comme celui du département philosophie du collège de Chicoutimi au Canada.

D’un point de vue plus factuel, il est vrai que le monde de la politique est entaché de nombreuses affaires manquant d’éthique.
Des organismes étudient le phénomène et cherchent à faire prendre conscience aux politiques de leur rôle et de l’image qu’ils renvoient, c’est le cas de Transparency international :
« TRANSPARENCY INTERNATIONAL France est la section française de Transparency International, la principale organisation de la société civile qui se consacre à la transparence et à l’intégrité de la vie publique et économique.
A travers l’action de plus d’une centaine de sections affiliées réparties dans le monde, ainsi que de son secrétariat international basé à Berlin, en Allemagne, Transparency International sensibilise l’opinion aux ravages de la corruption et travaille de concert avec les décideurs publics, le secteur privé et la société civile dans le but de la combattre. »


Le président de l’organisation a donné des éléments sur la situation française à l’occasion de la sortie de leur dernier rapport dans le Nouvel obs :
« LE PLUS. Ce mercredi 5 décembre, Transparency International a sorti son rapport sur la corruption mondiale, proposant un classement des pays les plus concernés par ce fléau. La France est 22e. Pour Daniel Lebègue, président de l'organisation, la corruption est l'essence même de la crise de confiance qui s'est installée entre les citoyens et les hommes politiques.
Avec le rapport que nous publions aujourd'hui sur la corruption en France, nous avons voulu comprendre – et expliquer – pourquoi notre pays est toujours plus mal noté que ses voisins européens. En effet, dans l’indice de perception de la corruption 2012, la France se situe seulement au 22è rang mondial et au 9è rang européen des États perçus comme les moins corrompus.

L'intérêt personnel, plus fort que l'intérêt général
La principale explication est à chercher du côté des pratiques qui, si elles ne relèvent pas de la corruption au sens strict, constituent autant d’entorses à l’éthique, des entorses de plus en plus intolérables aux yeux des Français : conflits d’intérêts, lobbying opaque, pantouflage, décisions plus motivées par des intérêts privés que par l’intérêt général. La crise que traverse le principal parti de la majorité en est un bon exemple : certains responsables politiques semblent davantage mus par des intérêts personnels, des intérêts partisans ou encore des intérêts économiques que par l’intérêt général. Enfin, je n’oublie pas les affaires de marchés publics truqués, de décisions locales d’urbanismes biaisées et autres favoritismes qui minent, dans certaines régions, la vie politique locale (plus de détails dans le rapport).
Autre spécificité française, l’écart entre les annonces et les actes. Trop souvent, les déclarations d’intention et les lois votées sous la pression internationale ou celle de l’opinion n’ont débouché, dans la réalité, que sur des mesures inadaptées ou inappliquées. En témoignent l’insuffisance du dispositif d’encadrement du lobbying au Parlement, la rareté des condamnations prononcées à l’égard d‘entreprises pour corruption à l’étranger ou encore le contournement des lois sur le financement de la vie politique.


Crise de confiance
Nous voyons dans ces deux "maux français" les raisons de la crise de confiance des citoyens envers leurs institutions. Ceux-ci attendent de leurs représentants qu’ils se montrent exemplaires, en termes d’intégrité, de neutralité et de sens du bien commun. Il s’agit là de l’une des conditions de la confiance dans la démocratie, de la cohésion nationale et de l’engagement citoyen. »


Pour cette organisation c’est le système politique actuel qui engendre ces affaires de corruption par manque de cadres juridiques précis et limitatifs. La corruption a lieu dans tous les pays mais certains états ont mis en place des dispositifs juridiques évitant les dérives.

Pierre Boningre sur son blog explique que la France est en retard dans ce domaine :
« C’est au Canada que la prévention des conflits d’intérêts est la mieux organisée, avec une loi qui date de 2006 et la mise en place d’un Commissariat aux conflits d’intérêts et à l’éthique, doté d’un pouvoir de contrôle et de saisine.
Les auditions réalisées aux Etats-Unis ont le mérite d’exister et d’être rendues publiques. De même, la notion de parjure y est sévèrement réprimée. Mais si elles n’ont rien à voir avec les entretiens confraternels et polis de nos élus, ces investigations portent souvent sur les convictions politiques des candidats, rarement sur leur probité, encore moins leur éthique.
Le principe de la déclaration d’intérêts, dont nous avons souligné l’insuffisance en l’absence d’un véritable contrôle et de transparence, existe depuis 1986 en Suède ! La France est, avec la Slovénie, le seul pays de l’Union Européenne à ne pas rendre publics ces documents.
Mais au-delà des différences culturelles, notamment entre pays scandinaves et latins, ne confondons pas ces mesures avec la lutte contre la corruption, ou le financement des partis politiques, pour lesquels le flou reste patent. Et ne pas oublier non plus la protection des lanceurs d’alerte, qui ne saurait se limiter aux organes de presse. »



Ce problème de corruption existe au niveau international comme le démontre Rudy Aernoudt dans son article Ethique et politique : un couple infernal extrait de la revue Pyramides :
« Thème d’éternelle actualité, la relation entre éthique et politique ne peut manquer de nous interpeller. Partis politiques ou fonctionnaires, personne ne semble échapper à des actes que l’on peut difficilement considérer conformes à une éthique digne de ce nom. L’annonce d’un cas de fraude ou de corruption dans lequel le secteur public joue un rôle clé est devenue banale. Tel est le constat de départ de cet article, qui démontre par ailleurs que la globalisation ne fait qu’accroitre ce danger. L’objectif n’est nullement de disséquer l’une ou l’autre affaire, ou de faire de la casuistique, mais d’analyser la relation infernale entre politique et éthique. Après l’analyse des deux composantes de cette relation, nous nous pencherons sur leur interdépendance. [...] »

Dans son article, il développe les définitions de l’homme et de l’éthique et les circonstances qui favorisent les comportements de corruption :
« L’argent joue bien sûr un rôle clé dans chaque acte non éthique. Marx invoque la force corruptrice de l’argent. Le caractère fétiche de l’argent a ceci de particulier que l’argent peut se présenter partout et qu’il est partout le bienvenu. La vague de déréglementation et de libéralisation qui est la philosophie des puissances économiques mondiales des dernières décennies, a conféré à l’argent une liberté de mouvement encore plus grande. On échange de l’argent contre de l’argent. Cet échange, que l’on recouvre du noble vocable de transaction financière, a déjà dépassé de loin l’intérêt des transactions dites réelles, où l’argent était échangé contre des biens. Ce monnaie-théisme, comme nous pourrions désigner ce phénomène, domine tous les secteurs de l’économie.

En outre, le nombre de domaines qui échappaient jusqu’alors à la sphère économique et qui sont désormais contaminés par l’argent et ses principes est de plus en plus grand. Par la professionnalisation, ou plutôt la marchandisation de divers services tels que l’aide à domicile, les soins aux personnes âgées, la compagnie, ces services peuvent dorénavant être exprimés sans aucun problème en termes de valeur d’échange. Cette dissémination de la monétarisation implique aussi que la tendance qui est inhérente à la corruption peut étendre ses tentacules dans presque tous les domaines de la société. Hoffman constatait que tout le monde se livrait à la corruption ou était susceptible de le faire. Nous pourrions souscrire à ce point de vue.

La globalisation et l’internationalisation de l’économie, conjuguée à la professionnalisation, à vrai dire à la marchandisation croissante, ont pour effet un accroissement constant du terrain de la corruption. Or, le contrepoids politique ne joue pas au même niveau. Ni les syndicats, ni les partis politiques ne sont organisés de manière structurelle à l’échelle mondiale. La réalisation du marché intérieur européen, la libéralisation dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ainsi que d’autres initiatives analogues prêtent sans le vouloir leur concours à l’élargissement du terrain d’action de la corruption.[…] »



Pour tous ces auteurs, pour que la politique devienne plus éthique, il faut à la fois un cadre juridique plus strict évitant les situations de corruption et de conflits d’intérêts entre les hommes politiques, les entreprises et les citoyens. Il faut aussi que les hommes politiques se remettent en cause dans leurs rôles et leurs fonctions.
Et pour tous, il est nécessaire que des organismes jouent un rôle de contrôle sur les activités des hommes politiques et puissent assurer l’éthique.
Il reste donc encore des progrès à faire dans tous ces domaines pour que la politique devienne éthique.

Pour aller plus loin :
- Ethique et politique de Bertrand Russel.
- Une exigence infinie : éthique de l'engagement politique de la résistance de Simon Critchley.
- Tenez enfin vos promesses ! essai sur les pathologies politiques françaises de Roland Cayrol.
- La morale du monde de Monique Canto-Sperber.

Bonne journée.
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