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Accueil > Actualités > Jupiter ou l’éternel retour des mythes gréco-romains > les mythes au 18ème siècle

les mythes au 18ème siècle

par SABOUPIC, le 23/09/2014 à 15:44 - 108 visites

bonjour,
un élève de première travaillle sur la manière dont les écrivains du siècle des lumières ont revisité ou réinventé les mythes
auriez vous des exemples?
en vous remerciant

Réponse du Guichet du savoir

par gds_ctp, le 25/09/2014 à 11:39

Bonjour,

Sur le principe, le noyau dur des encyclopédistes est plutôt opposé aux « fables » antiques, mais comme l’Eglise les a proscrites (Concile de Trente 1545-1563), certains, Voltaire en tête, prennent leur défense, contre les héros bibliques. D’autres, Montesquieu, Diderot, se tournent davantage vers les figures orientales, récemment découvertes (Mille et une nuits, par Antoine Galland, publiées de 1701 à 1717).

L’Eglise, décidée à « combattre la passion sans mesure que la Renaissance avait témoignée pour l'antiquité, le concile de Trente s'était efforcé de condamner et de réprimer l'usage abusif des fables païennes, conseillant le retour aux récits de la Bible et à l'inspiration sacrée ».
« En France, Boileau, Vauquelin de la Fresnaye et bien d'autres proscrivent l'emploi des mythes grecs. C'était, en même temps que rappeler les splendeurs du Christianisme, priver les poètes de métaphores et de comparaisons faciles. Bien entendu, le XVIIIe siècle tint à s'émanciper, dans ce domaine également, de la tutelle de l'Église, mais on sait qu'il n'a pas réussi pour autant à donner aux personnages mythologiques le relief et la vie que leur avaient conférés les humanistes. Malgré les opéras de Rameau, les pièces de Piron, les fables de Dorât ou de Houdar de La Motte, le panthéon des anciens n'est plus guère qu'un répertoire de clichés et de lieux communs, ses héros de froids symboles sans âme. » (« Voltaire et les mythes »).

Voltaire notablement écrit un Œdipe roi (1719) et Pandore (1740).
Cette dernière pièce (livret d’opéra) met en scène Pandore mais aussi Prométhée, personnage mythologique particulièrement en vogue au XVIIIe siècle (et qui a connu de nombreux avatars depuis son origine).
Prométhée est un « géant, fils de Titan, qui dérobe le feu à Zeus et arrache ainsi l’homme à l’état sauvage, avant de subir un éternel supplice. » (Dictionnaire culturel). En fait le conflit entre Zeus et Prométhée se joue en trois étapes : la ruse du bœuf, le vol du feu et la première femme, Pandora. Prométhée offre par ruse la plus mauvaise part d’un banquet à Zeus, lequel se venge en privant les hommes des nourritures olympiennes ; Prométhée vole le feu pour cuire les chairs et le sang auxquels ils sont désormais voués ; en mesure de rétorsion, Zeus envoie aux hommes Pandora, la première femme, qui n’a rien de plus pressé que d’ouvrir la boîte où sont enfermés les maux et maladies, ce qui met définitivement fin à l’Âge d’or pour les hommes désormais condamnés à vieillir et mourir. (« Prométhée », Encyclopaedia Universalis)

Il y a de nombreuses lectures du mythe prométhéen.
1- Au XVIIIe siècle, des œuvres qu’on a peu retenues servent un premier courant : « le thème de Pandore permet une critique et une satire (au reste très conventionnelles) de la femme, en même temps qu’une apologie galante et fade de ses pouvoirs (Parnell, Poisson, Poullain de Saint-Foix, saint-Paterne, La Motte, Hagedorn, Pepoli, Van Haren). » (« Prométhée », Dictionnaire des mythes littéraires)
2- Il existe une lecture pessimiste du mythe de Prométhée, à la quelle participe Rousseau (Discours sur les sciences et les arts, 1750), qui « dénonce en Prométhée l’inventeur des sciences et par conséquent le pervertisseur de l’homme naturellement bon, égaré dans une socialisation criminelle. » (Ibid.)
Par là, vous rejoignez deux mythes : celui de « l’Âge d’or » et celui du « bon sauvage » (dont l’Eden, voire l’Eldorado sont des avatars).
3- « les partisans du vol du feu [stigmatisé comme désobéissance et source de tous les maux par le précédent courant], entendons les adeptes de Lumières, devaient, simultanément, concevoir le mythe dans un tout autre esprit, l’acceptation de l’acte prométhéen conduisant à la critique de Jupiter représentant l’Eglise et l’obscurantisme. Dans l’article "Grec" de l’Encyclopédie [par Diderot], Prométhée est donné pour « le génie audacieux de la race humaine » […] Quant au Prométhée révolté […] il s’impose en 1740 dans Pandore, « opéra philosophique » de Voltaire […]. Jupiter est ici la cause « du mal moral et du mal physique », contre qui s’insurge un Prométhée libérateur. » (Ibid.)

L’Œdipe roi de Voltaire semble relever de la même analyse : « La structure éminemment conflictuelle du modèle tragique se prêtait d’autre part à toutes sortes de débats. Corneille, Voltaire, Péladan, Gide, Ghéon, Eliot, tous à travers l’opposition de Tiresias et d’Œdipe s’efforcent de donner la mesure du pouvoir de l’homme. Le conflit peut se ramener, chez Voltaire […] à un conflit du pouvoir politique et du pouvoir religieux. "Ne nous fions qu’à nous ; voyons tout par nos yeux" (Acte IV, scène V de la pièce de Voltaire) ». (« Œdipe », Dictionnaire des mythes littéraires).

Bon travail !
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