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Port d'armes

par Bonbagna, le 23/07/2016 à 20:06 - 132 visites

Bonjour ,
En Suisse une pétition ,initiée par l'UDC (droite dure ), circule pour facilité l'accès aux armes pour les citoyens helvétiques .
Est-ce-que le port d'armes généralisé accroit l'insécurité et les délits ? Ou pas ?
Merci .

Réponse du Guichet du savoir

par gds_se, le 27/07/2016 à 13:26

Bonjour

Si votre question est bien légitime, il va être difficile de vous donner un avis tranché concernant la corrélation entre le port d’armes généralisé et l’insécurité.

En effet, au premier abord, et en s’appuyant sur le cas des Etats-Unis, nous serions tentés de dire que plus il y a d’armes en circulation, plus il y de morts :

Le port d’armes
Ces événements ne sont pas sans rappeler les trop récurrentes tueries scolaires aux Etats-Unis – dont les désormais célèbres Columbine et Virginia Tech -, alors que ce pays continue de profiter d’une législation sur les armes de plus en plus permissive. […]

Jusqu’alors, la majorité des Etats fédérés autorisaient déjà le droit individuel à la détention d’une arme. Cela explique qu’entre 250 et 290 millions d’armes à feu soient détenues à titre individuel aux Etats-Unis. Alors que la population nord-américaine représente moins de 5% de la population mondiale, entre 35 et 50% des armes à feu détenues à titre individuel dans le monde le seraient dans ce seul pays. Cela permet également de comprendre que 72% des 14 137 meurtres recensés dans le pays en 2008 aient été commis au moyen d’une arme à feu. Le FBI (Federal Bureau of Investigation) estime que seulement 616 de ces assassinats peuvent être considérés comme « légitimes » - c’est-à-dire commis par des policiers dans l’exercice de leurs fonctions ou par des individus à des fins d’autodéfense.

Contrôler les armes / Amnesty International


La nouvelle fusillade meurtrière aux Etats-Unis, où un jeune homme de 26 ans, lourdement armé, a abattu, jeudi 1er octobre, neuf personnes sur un campus universitaire de l’Oregon, a provoqué la stupeur des Américains et la colère du président Barack Obama face à des drames devenus « une routine » dans le pays.
Les chiffres sont connus : les citoyens américains, surarmés, vivent avec un taux d’homicides par arme à feu quinze fois supérieur à celui de l’Allemagne, selon les chiffres rappelés par Vox ou le Washington Post.

Selon le site Gun Violence Archive (GVA), fondé en 2013, après la tuerie de l’école de Sandy Hook:
• 39 529 incidents impliquant des armes à feu ont été recensés depuis le 1er janvier 2015 aux Etats-Unis, dont 264 fusillades de masse (au moins quatre personnes touchées par balles - blessées ou mortes - dans un même lieu et au même moment, selon la méthodologie de GVA).
• Au 2 octobre, le bilan s’établissait à 9 956 morts et 20 269 blessés. En 2014, GVA avait comptabilisé 51 739 incidents liés aux armes à feu, qui ont fait 12 562 morts et 23 015 blessés. […]

Des décès directs et indirects

Aux Etats-Unis, un jeune de moins de 25 ans a désormais plus de risque de mourir par balle que dans un accident de la circulation, d’après les projections du Center for American Progress, qui relève que, si la sécurité routière s’améliore, rien ne change sur le front de la violence par armes à feu.
Outre plus de 11 200 morts par homicide, les armes à feu sont liées à plus de 21 000 décès par suicide, environ 500 décès dans des accidents domestiques et près de 300 décès dont il n’est pas possible de déterminer s’ils étaient accidentels ou non (deaths due to firearms with « undetermined intent », selon l’expression américaine), d’après les données des Centers for Disease Control and Prevention (CDC), les centres épidémiologiques américains, pour 2013.
Mais si pour certains la violence liée aux armes à feu constitue un problème de santé publique, on peut être tué par balle à l’école, à l’église, au cinéma ou en réalisant un reportage, sans que la perception que les Américains ont des armes à feu semble changer radicalement.

La “triste routine” des fusillades aux Etats-Unis / Le Monde


Selon une étude américaine publiée jeudi, contrairement à ce qu'affirme la très influente National rifle association, le nombre de propriétaire d'armes dans un Etat est proportionnel au taux d'homicides qui y sont commis.
Plus le nombre de propriétaires d'armes est élevé dans un Etat américain, plus le taux d'homicides y est élevé: c'est la conclusion d'une étude dirigée par Michael Siegel, chercheur de la Boston University School of Public Health, publiée jeudi, qui met au jour une "corrélation solide" entre le taux estimé de détention d'armes dans un Etat et le nombre des meurtres par balles qui y sont commis.
"Quand le taux de détention d'armes augmente de 1%, le taux d'homicides augmente de 0,9%", relève l'étude, qui entend répondre à une affirmation de la National Rifle Association (NRA), selon laquelle la possession d'une arme n'entraîne pas d'augmentation de la violence, voire la fait baisser.
Pour ce travail, publié dans la revue American Journal of Public Health, le chercheur a étudié les chiffres estimés, sur 30 ans (1981-2010), du nombre de propriétaires d'armes et des homicides par balles dans chaque Etat.
Depuis le massacre commis dans une école de Newtown, dans le Connecticut, en décembre 2012, où 20 enfants et six adultes avaient été tués par un jeune homme lourdement armé, "de nombreux Etats étudient une législation possible" pour lutter contre la violence par armes à feu, rappelle le chercheur, dont l'étude "suggère que des mesures permettant de faire baisser le nombre de détenteurs d'armes feront baisser les taux d'homicides par balles".
Le taux de détention d'armes aux Etats-Unis va de 25,8% à Hawaï à 76,8% dans le Mississippi - la moyenne est de 57,7%.
Un peu plus de 8500 personnes ont été tuées par balles en 2011, un chiffre en baisse.
Jusqu'à 300 millions d'[armes] à feu sont en circulation aux Etats-Unis, soit presque une par habitant.

Etats-Unis : plus il y d’armes, plus il y a de meurtres / L’Express


Gun Laws Matter
[Nous traduisons] La violence par armes à feu est une épidémie dans notre pays. Plus de 117 000 américains se font tirés dessus tous les ans, et 33 000 en meurent – un taux qui éclipse tous les autres pays industrialisés. Le pire est le fait que nous savons que cette douleur est évitable. Comment le savons-nous ? Nous avons fait des recherches.
Tous les ans, les experts légaux du Law Center to Prevent Gun Violence analysent l’intensité les lois sur les armes à feu dans les 50 états et leur assignent un grade par une lettre. Puis, nous les comparons aux taux de morts par armes à feu des états. Année après année, nous avons vu une forte corrélation : les états avec les lois les plus fortes ont moins de morts par habitant alors que les états avec les lois les plus permissives ont plus de morts par armes à feu. Et le trafic en états est devenu une contagion – les états avec les lois les plus permissives sont aussi la source de la majorité des crimes par armes à feu. Simplement dit, des lois sur les armes à feu judicieuses sauvent des vies. Mais pour atteindre tout leur potentiel, ces lois doivent être adoptées dans tout le pays, de toute urgence.

Analyzing the gun crisis / Law Center to prevent gun violence


Toutefois, il convient de nuancer ces propos. Ainsi, l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime édite régulièrement des études sur les homicides dans le monde. La corrélation positive ou négative entre la disponibilité des armes à feu et le taux d’homicides n’est pas si facile à quantifier :

Disponibilité des armes à feu et homicide

Les schémas liés aux homicides commis avec des armes à feu soulèvent la question naturelle de la relation ou de la non-relation entre la disponibilité des armes à feu et les niveaux d’homicides, ainsi que celle de savoir si une plus grande disponibilité des armes à feu est liée à une augmentation globale des niveaux d’homicides en particulier. Aucune théorie n’explique de manière indiscutable la relation entre le fait de posséder une arme à feu et l’homicide, ou même la criminalité en général, dans la mesure où les armes à feu donnent tout aussi bien un moyen d’agression à l’agresseur potentiel qu’un moyen de défense de la victime potentielle.

D’autre part, la disponibilité des armes à feu peut augmenter la gravité d’une infraction pénale, ou la rendre plus meurtrière : l’hypothèse de la « facilitation » avance qu’avoir accès à une arme à feu peut donner de l’audace à des délinquants potentiels qui, sans cette arme, ne commettrait pas une infraction de type agression ou vol, et que l’accessibilité à une arme à feu peut transformer une « simple » dispute familial ou de voisinage en une tragédie. Selon l’hypothèse de « l’instrumentalité de l’arme », outre que l’arme à feu augmente la gravité de l’infraction pénale, la disponibilité de cette arme augmente la probabilité que l’infraction connaisse un dénouement violent. Par exemple, l’utilisation d’une arme à feu pendant une agression ou un vol augmentera la probabilité de morts ou de blessures graves car elle apporte aux auteurs l’occasion de blesser ou tuer à distance, et facilite l’agression de victimes plus nombreuses que l’utilisation d’autres armes telles qu’une arme blanche ou un objet contondant.

D’autre part, l’hypothèse de la « dissuasion » suggère que la disponibilité d’une arme à feu peut perturber une agression criminelle ou dissuader son auteur potentiel, et prévenir l’accomplissement du crime en neutralisant la puissance de l’auteur armé ou en faisant pencher l’équilibre des forces en faveur de la victime lorsqu’elle se trouve confrontée à un auteur non armé. Cette hypothèse s’appuie sur l’axiome que la disponibilité de l’arme à feu ne représente pas, par elle-même, un incitatif majeur pour les auteurs : ils sont déjà déterminés à commettre une infraction et ils se sont équipés en armes à feu au travers de réseaux bien établis ou clandestins, pour réaliser leurs desseins criminels.
Apporter un soutien quantitatif fiable à l’une ou l’autre de ces hypothèses est l’un des domaines les plus ardus de la recherche sur l’homicide, et les problèmes méthodologiques ne manquent pas, notamment : la détermination de mesures fiables relatives à la possession et à la disponibilité des armes à feu, à leur accessibilité et à leur usage ; la nécessité de différencier les catégories de propriétaires d’armes à feu (à titre familial, individuel, en lien avec des groupes criminels organisés ou des bandes de délinquants, etc.) et les divers types d’armes à feu (armes de poing, fusils de chasse, carabines, etc.) ; le signalement des corrélations qui émergent entre la disponibilité des armes à feu et les taux d’homicides qui pourraient être causées par un facteur tiers (comme la montée des homicides du fait de la présence acrrue du crime organisé) ; la difficulté d’établir des relations de cause à effet entre les changements dans la disponibilité des armes à feu et les changements correspondants des niveaux d’homicides (qu’est-ce qui vient d’abord ?) ; la difficulté de prendre en compte différents cadres législatifs sur les armes à feu et la capacité des Etats ) les mettre en œuvre lorsque l’on mène des études comparatives.
Malgré ces obstacles, toute une littérature tend à convaincre que la disponibilité des armes à feu représente bien plus un facteur de risque qu’un facteur de protection en matière d’homicides. En particulier, des études quantitatives tendent à démontrer un lien entre le nombre des armes à feu en circulation et les homicides.

Dans la figure 3.5 [voir sur le document], l’analyse des données recueillies entre 1996 et 2008 pour 45 villes dans des pays en développement ou dans des pays en transition montre que la disponibilité des armes à feu (demandée dans les enquêtes sur la victimisation) est étroitement liée aux taux d’agression par arme à feu : plus les individus en possession d’armes sont nombreux, plus fréquents sont les agressions armées (des corrélations similaires ont été établies entre le pourcentage des propriétaires d’armes à feu et la prévalence des agressions, des vols et des vols à main armée). Compte tenu de l’absence de données sur les taux d’homicides dans les mêmes villes, il n’est pas possible de lier directement la disponibilité des armes à feu et les meurtres. […] Ces données ne prouvent pas une relation de cause à effet entre la disponibilité des armes à feu et les agressions par arme à feu (en théorie, un nombre plus élevé d’armes à feu possédés pourrait aussi être la conséquence d’un taux d’agressions plus élevé, c’est-à-dire d’une stratégie défensive des citoyens pour dissuader leurs agresseurs potentiels). A tout le moins pourtant, la relation entre la disponibilité des armes à feu et la criminalité violente, y compris les homicides, apparaît effectivement comme un cercle vicieux.

2011 Etude mondiale sur l’homicide : tendances / contexts / données / Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime


[Nous traduisons] Le rôle que la disponibilité, l’accessibilité ou la possession d’armes à feu peut jouer dans les taux d’homicide par arme à feu fait l’objet d’un important débat au sein de la recherche et des mesures politiques. Les hypothèses à propos de l’impact de la prévalence de la possession d’armes à feu et, plus généralement, de la disponibilité des pistolets sur les homicides ont tendance à tomber dans deux catégories. L’une suggère que la facilité d’accès aux armes à feu peut faciliter la perpétration d’homicides sur plusieurs points, et notamment en encourageant les confrontations violentes et en augmentant la létalité de ces homicides […]. La seconde hypothèse suggère, d’autre part, qu’étendre la disponibilité des armes à feu peut être un moyen de dissuasion face aux agressions, dans le sens où elle réduirait l’avantage et la motivation d’un agresseur armé. Un grand nombre d’obstacles méthodologiques, en commençant par le faible nombre de données sur la disponibilité des armes, fait qu’il est difficile de donner une réponse définitive à l’un ou l’autre de ces camps. [Note : On manque de données spécifiques sur le nombre d’armes à feu utilisées dans des homicides qui ont été obtenues légalement et celles qui ont été obtenues illégalement.]

Dans certains pays, la présence de données quantitatives porte à croire que la fréquence de possession d’armes à feu est liée de façon positive au niveau de violence par arme à feu. Par exemple, l’expérience de plusieurs pays européens, tous caractérisés par un taux d’homicide par arme à feu, suggère un certain niveau de corrélation entre la possession d’armes à feu et les homicides qui y sont liés. Quand on regroupe ces pays suivant un niveau bas, moyen et haut de possession d’armes à feu à la maison, les résultats indiquent que les pays avec les plus hauts niveaux de possession d’armes à feu sont aussi ceux qui ont les taux les plus élevés d’homicides par arme à feu.

Global study on Homicide 2013 : trends / contexts / data / United Nations Office on Drugs and Crime


Si l’UNODC ne peut prouver de lien de cause à effet entre la disponibilité des armes à feu et les agressions par arme à feu ; il explique néanmoins que cette relation apparaît comme un cercle vicieux : les personnes s’armeraient plus pour se protéger des agressions violentes et dissuader leurs agresseurs, mais plus il y a d’armes, plus il y d’agressions armées.


Le ministère canadien de la Justice a publié, en 1998, une étude de la bibliographie sur les armes à feu et les décès (essentiellement au Canada). Plusieurs chapitres de cette étude reviennent sur le lien entre les armes à feu et l’autoprotection ou sur l’impact de la législation concernant le port d’armes et le taux d’homicide. La conclusion de cette étude est la même que celle de l’UNODC, à savoir qu’il est difficile de quantifier la corrélation tant positive que négative entre la possession légale d’armes à feu et le taux d’homicides.

5. Armes à feu et crimes violents

Les crimes violents, dont l’homicide, ne disparaîtront jamais tout à fait. Les recherches ont mis le doigt sur plusieurs facteurs associés à la violence, et la disponibilité des armes à feu est certainement l’un d’entre eux. La question de savoir dans quelle mesure le crime violent peut être prévenu par une réduction ou un contrôle de l’accès aux armes à feu est largement débattue. Divers types de crimes violents appellent des méthodes de prévention différentes. Le rôle de divers facteurs associés au crime violent, y compris des facteurs conjoncturels comme l’accès aux armes à feu, n’est pas forcément le même pour tous les types de crimes violents. […]

5.5 Comparaisons internationales
Les études internationales tendent à faire ressortir une corrélation positive entre le nombre d’armes à feu en circulation et le taux d’homicides, même si la relation n’est pas exacte (Gabor, 1994, p. 35; 1995, p. 199), et une forte association statistique entre le nombre d’armes en circulation et les homicides par balle (Killias, 1993b). Pourtant, la corrélation positive qu’on remarque dans certains cas entre le nombre d’armes en circulation et celui des homicides qui ne sont pas commis au moyen d’une arme à feu donne à penser que d’autres facteurs contribuent aux corrélations observées.
De nombreuses raisons peuvent expliquer les différences de taux d’homicide entre le Canada et les États-Unis, mais une comparaison donne fortement à penser que la différence du nombre d’armes en circulation est un facteur important. Une analyse récente du ministère de la Justice du Canada (Hung, 1996) révèle ce qui suit :
• Entre 1985 et 1995, le taux d’homicide par habitant a été en moyenne 3,8 fois plusélevé aux États-Unis qu’au Canada.
• Pendant la même période, deux fois plus d’homicides ont été commis au moyend’une arme à feu aux États-Unis.
• En 1995, le taux américain des homicides par balle a été, par habitant, 9,7 fois plusélevé aux États-Unis qu’au Canada.
Le meurtre de policiers en service est un autre point qui fait ressortir les différences entre les deux pays quant à la violence qui s’exprime par les armes à feu. Selon Gabor (1997, p. 12), si on tient compte du nombre relatif d’agents assermentés dans les deux pays, un policier américainrisque sept fois plus qu’un policier canadien d’être tué. Aux États-Unis, sur 74 meurtres de policiers qui ont eu lieu en 1995, 83,7 p. 100 ont été commis au moyen d’une arme à feu; dans 58,1 p. 100 des cas, il s’agissait d’une arme de poing (Federal Bureau of Investigation, 1997). […]

5.11 Résumé
• L’un des facteurs associés à la violence est la disponibilité des armes à feu. La mesure dans laquelle les crimes de violence peuvent être prévenus par la réduction et le contrôle de la disponibilité des armes à feu est encore largement controversée. […]

7. Armes à feu, autoprotection et prévention du crime

7.1 Sujets de controverse chez les chercheurs
Peu de questions sont aussi controversées dans les comptes rendus de recherche sur les armes à feu que celles ayant trait à la possession d’armes à feu par des civils dans le but de se protéger ou de prévenir le crime. Qui plus est, plusieurs auteurs ne font pas de nette distinction entre les aspects descriptifs et les aspects normatifs de la question.
L’aspect descriptif porte sur la question de savoir dans quelle mesure les gens possèdent et utilisent des armes à feu pour se protéger ou pour prévenir le crime, qui sont ces gens qui possèdent des armes à ces fins, dans quelles circonstances ils les utilisent et avec quelles conséquences. L’aspect normatif porte essentiellement sur la question de savoir s’il est souhaitable qu’on permette à des civils de posséder et d’utiliser des armes à feu pour se protéger ou pour prévenir le crime. La distinction entre ces deux aspects devient plus difficile à cerner lorsque des chercheurs essaient de démontrer que la possession d’armes à feu à ces fins se solde par « un avantage net ». Orientée dans ce sens, la recherche soulève des questions auxquelles il est pratiquement impossible de répondre.
Il existe au moins deux interprétations principales de ce que Mayhew (1996, p. 19) appelle l’argument de l’avantage net en recherche normative. Dans la première, on met en balance le risque de suicide, d’homicide ou de décès accidentel associé au fait de posséder une arme à feu, d’une part, et tout avantage qui pourrait en découler, d’autre part (voir p. ex. Kellermann, 1997).
La deuxième interprétation de l’argument de l’avantage net s’exprime en des termes plus généraux : « La société y gagne-t-elle? » (Cook et coll., 1997, p. 467). D’après Boyd (1995, p. 564), les éléments de preuve les plus convaincants réunis jusqu’à maintenant semblent indiquer que les Canadiens seront davantage en sécurité s’ils ne gardent pas d’arme à feu à la maison et si on les dissuade d’essayer de se protéger au moyen d’une arme à feu. Lapierre (1994, p. 567), de son côté, soutient qu’il se commettrait davantage de crimes aux États-Unis si on ne permettait pas aux citoyens américains d’exercer leur droit d’assurer leur propre défense, une opinion qui est plus largement répandue chez nos voisins du Sud que dans notre pays (Gabor, 1997). Selon Kleck, la possession d’armes à feu a à peu près autant de chance de dissuader les criminels de passer aux actes que de les inciter à commettre un crime (Kleck, 1991, p. 143; 1995; voir également Alba et Messner, 1995; 1995a). D’autres prétendent que les armes à feu servent davantage à des fins défensives qu’à des fins nuisibles (Mauser, 1993).

7.2 Recherches menées aux Etats-Unis
Dans les pays où les gens ne sont pas portés à posséder des armes à feu pour se protéger, ou encore, là où la loi est très restrictive à propos de la possession d’armes à feu, il est difficile de trouver des recherches sur les coûts-avantages d’une telle pratique. La plupart des recherches sur cet aspect ont été menées aux États-Unis (Gabor, 1994, p. 59), où la loi ou d’autres facteurs culturels ont moins tendance qu’au Canada et que dans nombre d’autres pays industrialisés à dissuader les gens de posséder des armes à feu pour assurer leur propre protection. Étant donné qu’il semble y avoir de nombreuses différences entre le Canada et les États-Unis en ce qui concerne les armes à feu, il s’impose que nous fassions preuve de prudence dans l’évaluation des conclusions des études américaines pertinentes.
Un auteur a exprimé l’avis que les Canadiens ne sont pas aussi différents des citoyens américains qu’on pourrait être porté à le croire en ce qui concerne l’utilisation des armes à feu à des fins défensives (Mauser, 1996a, p. 395). Le ministère de la Justice du Canada a toutefois récemment publié un rapport qui met en lumière certaines des différences entre le Canada et les États-Unis relativement à l’utilisation d’armes à des fins d’autoprotection (Gabor, 1997). Parmi ces différences, on note que :
• les armes à feu sont environ 30 fois plus nombreuses par habitant aux États-Unis qu’au Canada ;
• les ménages américains sont cinq fois plus susceptibles que les ménages canadiens de posséder une arme de poing ;
• les résidents des deux pays ne craignent pas au même titre d’être victimes du crime dans leur voisinage ;
• les taux de criminalité et d’utilisation d’armes à feu à mauvais escient diffèrent considérablement entre les deux pays ;
• d’importantes différences culturelles et historiques expliquent les attitudes distinctes des deux groupes de population en ce qui concerne la façon d’utiliser et de réglementer les armes à feu ;
• les deux pays ont un historique constitutionnel et législatif différent et n’ont pas la même vision du contrôle des armes à feu.
On constate que même l’utilisation de la force, que ce soit pour se défendre ou pour protéger ses biens, est abordée différemment sur le plan juridique aux États-Unis et au Canada (Gabor, 1996c; Mauser, 1996a). […]

7.6 Efficacité de la possession et de l’utilisation d’armes à feu pour se protéger
Étant donné qu’un propriétaire d’arme à feu utilisera rarement son arme pour sa propre défense, nombreux sont ceux qui nient sa valeur comme moyen de protection personnelle (voir p. ex. Boyd, 1995; Gabor, 1996c). Toutefois, d’autres soutiennent qu’il est indiscutable que les armes à feu peuvent être utiles pour se protéger, même sans faire feu (Mauser, 1995, p. 561; Mauser, 1996a).
Kleck est d’avis que lorsqu’on tente d’établir dans quelle mesure il est utile de posséder une arme à feu pour se protéger, il importe de bien faire la distinction entre les deux questions suivantes :
• L’utilisation d’armes à feu par des civils contre des criminels est-elle efficace pour prévenir les blessures et la perpétration des crimes projetés?
• Cette utilisation contribue-t-elle dès le départ à décourager la perpétration d’actes criminels? »(Kleck, 1991, p. 122)
En ce qui concerne la première de ces deux questions, les recherches indiquent généralement que les victimes qui résistent au moyen d’une arme à feu ou d’une autre arme sont moins susceptibles que les autres victimes d’être dépossédées de leurs biens lors d’un vol ou d’un cambriolage (Kleck, 1995, p. 8). De même, ces victimes sont moins susceptibles de subir des blessures (Gabor, 1994, p. 61; Kleck, 1995, p. 18; Kleck et Gertz, 1995, p. 151-152). Sur la base de cette information, certains auteurs sont arrivés à la conclusion que le fait de restreindre la possession d’armes à feu peut se traduire par la perte de moyens de se protéger (Kleck, 1995, p. 19; Kleck et Gertz, 1995, p. 151; Mauser, 1996a).
Les conclusions des recherches sont beaucoup moins claires en ce qui a trait à la seconde question, à savoir si cette pratique contribue à prévenir la perpétration d’actes criminels (Gabor, 1994, p. 61-63). Pour reconnaître que cette pratique a un effet dissuasif, de nombreux auteurs continuent de se référer aux conclusions de Wright et Rossi (1984), qui affirment que les criminels redoutent effectivement que leurs victimes soient armées. Aucune étude équivalente n’a encore été effectuée au Canada. Certains chercheurs estiment que plus il y a de gens qui possèdent une arme à feu dans un environnement donné, plus on a de chances de dissuader les cambrioleurs de s’introduire dans des locaux occupés, ce qui diminue d’autant les risques d’affrontement avec les résidents et la probabilité de blessure et de décès (Kleck, 1995, p. 18-19). Kleck a fait observer qu’il n’y aura peut-être jamais de réponse définitive à la question de la dissuasion, puisqu’« elle tourne autour de la question du nombre de crimes qui ne seront pas survenus grâce au fait que la victime possédait une arme à feu » (ibid.). En outre, il se peut qu’on ne parvienne jamais à savoir dans quelle mesure la crainte que les victimes possèdent une arme à feu aura permis de prévenir la perpétration d’actes criminels, car les criminels se seront peut-être rabattus sur une autre catégorie de victimes ou sur un type différent de crime pour parvenir aux mêmes fins. Le cas échéant, le crime aurait été non pas prévenu grâce au mode de dissuasion en question, mais seulement déplacé.
Au cours de la dernière décennie, on a eu tendance aux États-Unis à adopter des lois prévoyant l’émission de permis de port d’armes dissimulées (Cramer et Kopel, 1995; Gabor,1997). Comme nous l’avons mentionné précédemment, 31 États américains ont répondu aux craintes exprimées par la population concernant le crime en adoptant des lois autorisant la plupart de leurs citoyens à se procurer un permis de port d’armes dissimulées (Cook et Ludwig, 1997). Cette tendance amène les chercheurs à s’interroger à savoir si le fait de libéraliser l’accès des civils aux armes à feu contribue à prévenir la perpétration de crimes ou ne fait qu’ajouter au problème existant de criminalité (Gabor, 1997; McDowall et coll., 1995; 1995a; Lott et Mustard, 1997; Polsby, 1995). Les évaluations des effets de ce genre de loi sont encore rares et n’apportent pas de réponses définitives. Il faut dire toutefois qu’évaluer l’impact de telles mesures est une tâche au moins aussi complexe que celle d’évaluer l’incidence des mesures de contrôle des armes à feu. Quand ils tentent de vérifier l’incidence d’une mesure législative, les chercheurs éprouvent toutes les difficultés habituelles relatives aux concepts et aux méthodes adoptés ainsi qu’à la disponibilité des données. Ils doivent également tenir compte du fait que les lois en questionvarient considérablement d’un État à l’autre. L’impact des lois permettant la possession et l’utilisation d’armes à feu pour se protéger est difficile à cerner, à plus forte raison leur incidence sur les comportements criminels. Une analyse de données relatives à des séries chronologiques transversales dans certains comtés américains a mené à la conclusion que le fait de permettre aux citoyens de porter une arme dissimulée décourageait la perpétration de crimes de violence sans accroître le risque de décès accidentel (Lott et Mustard, 1997). D’autres chercheurs ont mis en doute la valeur de la méthodologie utilisée pour cette étude de même que les principales conclusions auxquelles on en est arrivé (Webster, 1996).

7.7 Les risques associés à la possession et à l’utilisation d’armes à feu pour se protéger
Les armes à feu peuvent être utiles pour protéger les gens, mais elles peuvent également causer des incidents tragiques (Lee et Harris, 1993). Aux États-Unis, les chercheurs considèrent de plus en plus qu’il existe un rapport entre la question des décès accidentels par balle et celle de l’utilisation d’armes à feu pour se protéger. On cite fréquemment une étude effectuée par Kellermann et ses collaborateurs comme preuve que l’accès immédiat à une arme à feu pour se protéger accroît par ailleurs le risque de suicide et d’homicide au foyer (Kellermann et coll., 1993). L’interprétation des conclusions de cette étude demeure toutefois controversée (Cook et Moore, 1995, p. 276; Mauser, 1996c). L’étude en question a été réalisée une première fois suivant la technique de cas-témoin, qui est tout à fait appropriée à la réalisation d’une étude exploratoire, mais qui n’a pas encore été reprise dans les mêmes conditions.
Les sondages américains ont généralement permis d’observer un rapport entre le fait de tenir à garder une arme chargée à portée de la main et celui de posséder cette arme pour se protéger (Gabor, 1994; Goldberg et coll., 1995; Hemenway et coll., 1995a; Morrison et coll., 1995; Senturia et coll., 1996). Les armes à feu auxquelles on peut facilement avoir accès pour se protéger sont également facilement accessibles aux enfants (Lee et Harris, 1993) ainsi qu’aux personnes qui envisagent de s’enlever la vie (Bonderman, 1995). Les risques liés au fait de garder une arme à feu à la maison pour se protéger ou pour prévenir le crime peuvent contrebalancer les avantages potentiels qui pourraient découler d’une telle pratique (Kellermann, 1997), particulièrement chez les femmes exposées à vivre des situations de violence familiale (Bonderman, 1995; Boyd, 1995). […]

8.3 La recherche sur l’impact de la législation canadienne en matière d’armes à feu
L’auteur de l’examen antérieur a noté certaines divergences d’opinion concernant l’impact qu’a eu le contrôle des armes à feu au Canada. À l’époque, seules quelques études exploratoires étaient disponibles et elles avaient débouché sur des conclusions contradictoires (Gabor, 1994, p. 66). Il n’était pas évident que la loi canadienne adoptée en 1977 avait eu un effet mesurable, et si effet il y avait eu, celui-ci semblait « modeste » (id. p. 67). Les taux d’homicide et de vol commis avec une arme à feu n’avaient pas décliné après l’adoption de la loi, et on divergeait d’opinion sur l’impact qu’avait eu la loi sur les taux de suicide. Certains faits permettaient de croire que le nombre de suicides commis à l’aide d’une arme à feu avait légèrement diminué, mais il n’y avait pas de preuve évidente qu’on pouvait attribuer cette baisse aux modifications apportées à la loi. L’auteur de l’analyse antérieure a exprimé l’avis que l’augmentation du nombre d’incidents criminels était peut-être attribuable à un accroissement du nombre total d’armes à feu en circulation au Canada au cours de la période de référence et que certaines des dispositions de la nouvelle loi n’avaient peut-être pas été appliquées uniformément ou avec suffisamment de rigueur (id., p. 79). En 1993, le vérificateur général du Canada a recommandé que Justice Canada procède à une évaluation du programme de réglementation des armes à feu pour s’assurer que les objectifs législatifs soient bel et bien atteints (Justice Canada, 1996).
Depuis la dernière recherche bibliographique à ce sujet, quelques tentatives additionnelles ont été faites pour vérifier s’il existait vraiment une corrélation entre la disponibilité des armes à feu et les taux de suicide (Carrington et Moyer, 1994; 1994a; Leenaars et Lester, 1994; 1996; 1997; 1997a; Lester et Leenaars, 1993; Rich et Young, 1995). Le gouvernement fédéral a en outre sérieusement tenté d’évaluer l’impact de la loi de 1977 (Justice Canada, 1996). Alors que l’intention initiale était d’analyser l’impact à la fois de la loi de 1977 et de celle de 1991 sur le contrôle des armes à feu, on ne disposait pas de suffisamment de données pertinentes pour se pencher sur cette dernière loi. Enfin, l’étude posait deux questions :
• Quels changements a-t-on pu observer au fil des ans dans la proportion de personnes qui sont décédées des suites de blessure d’arme à feu et dans quelle mesure ces changements découlent-ils de l’adoption de la loi de 1977 sur le contrôle des armes à feu?
• Le nombre d’infractions commises au moyen d’une arme à feu a-t-il évolué avec le temps, et dans quelle mesure les écarts observés peuvent-ils être attribués à l’adoption de la loi de 1977 sur le contrôle des armes à feu?
L’étude portait principalement sur les homicides, les suicides et les accidents mortels impliquant l’utilisation d’armes à feu. L’analyse statistique était poussée et complexe, allant de l’analyse exploratoire au modèle structurel, en passant par l’observation de modèles en séries chronologiques.
Les conclusions de l’étude ont dans une large mesure été non probantes et n’ont fourni que des hypothèses de réponses aux questions qu’elle visait à explorer. Sur un plan empirique, elle posait comme postulat que la loi avait donné lieu à une réduction du nombre d’homicides résultant de blessures causées par une arme à feu. Quant au suicide par balle, les résultats étaient moins concluants. Les chercheurs n’ont pas tenté d’établir avec certitude si la réduction du nombre de décès s’était accompagnée d’une réduction comparable des incidents non mortels. Ils n’ont pas vérifié sérieusement l’existence d’un effet de déplacement, ni déterminé de manière concluante si les changements observés étaient attribuables à l’application de la loi ou à d’autres facteurs concomitants. Aucun de ces points faibles n’était attribuable à l’étude elle-même. Comme l’a fait remarquer Murbach (1996), l’étude « a fait ressortir les limites d’un modèle de recherche purement quantitatif et tributaire de données recueillies à d’autres fins » (1996, p. 13). Elle a également montré que le « fondement théorique » permettant normalement d’établir un modèle statistique n’était pas en l’occurrence « des plus solides » (ibid.). L’étude apporte néanmoins une contribution importante à notre compréhension des difficultés que présente ce genre d’évaluation sur les plans conceptuel et méthodologique. Elle établit que les données nécessaires à l’évaluation complète de l’impact de la loi ne sont pas disponibles actuellement; ces observations devraient pouvoir aider les chercheurs à définir les critères sur lesquels devrait se fonder l’exécution de futures recherches similaires (pour un examen détaillé de cette étude, voir Boyd, 1996; Murbach, 1996; Sacco, 1996).
Dans la majorité des territoires administratifs canadiens, la tendance à la hausse des taux de suicide a commencé à s’inverser après que la loi ait été modifiée en 1977 (Carrington et Moyer, 1994; 1994a). Nous ignorons toutefois si ces changements résultent de l’adoption de la loi ou s’ils marquent simplement la fin naturelle d’un cycle de 20 ans (Carrington et Moyer, 1994). Plus précisément, on a observé une importante tendance à la baisse des taux de suicide par balle et de la proportion de suicides où la victime s’est servie d’une arme à feu pour poser son geste (Carrington et Moyer, 1994; 1994a; Lester et Leenaars, 1993, Leenaars et Lester, 1997). Comme l’ont signalé Carrington et Moyer (1994a), on n’a toutefois pas observé parallèlement de diminution du nombre de personnes possédant des armes à feu durant cette période. Encore là, on ne sait pas trop quels facteurs au juste ont contribué à cette baisse.
On a fait valoir que les recherches effectuées sur le contrôle des armes à feu manquaient de rigueur sur le plan des concepts (Taylor, 1995) et qu’elles ont eu tendance à reposer sur des hypothèses imprécises et largement non vérifiées à propos de l’existence d’une corrélation entre les armes à feu et la violence, d’une part, et le suicide, d’autre part, de même qu’en ce qui concerne l’impact présumé des diverses mesures de contrôle des armes à feu (Stenning, 1996).
Certains chercheurs en sciences sociales diront qu’il n’est pas possible de dissocier l’effet d’un facteur donné de celui d’une multitude d’autres facteurs pertinents touchant des phénomènes sociaux aussi complexes que la violence et le suicide. En outre, même s’il était le moindrement possible de mesurer la contribution des autres facteurs à un tel phénomène, comment pourrait-on faire la distinction entre l’impact respectif d’une mesure législative donnée parmi des centaines d’autres mesures qui sont prises simultanément et qui interagissent dans des domaines aussi variés que ceux des lois pénales, du système de justice pénale, des programmes sociaux, du système d’éducation et de divers autres secteurs qui sont également touchés par le problème? Peut-être la science n’est-elle tout simplement pas en mesure actuellement de tirer des conclusions fermes en cette matière. Il ne faudrait toutefois pas en conclure pour autant que nous devrions cesser de faire de telles évaluations dans l’avenir. […]

8.5 Evaluation des lois pertinentes aux Etats-Unis
L’examen antérieur a permis d’observer qu’il existait dans les écrits pertinents des contradictions et des conclusions non probantes concernant l’impact des mesures de contrôle des armes à feu prises dans d’autres pays, notamment aux États-Unis (Gabor, 1994, p. 79). Un certain nombre d’études ont été effectuées depuis cet examen, mais il subsiste encore de nombreuses contradictions. [...]

Armes à feu, décès accidentels, suicides et crimes violents : recherche bibliographique concernant surtout le Canada / Ministère de la Justice du Canada (disponible également en version pdf)


L’article Les armes à feu : bien ou mal ? Aucune idée ... de Vincent Geloso résume bien ce qui a été vu précédemment :
La fusillade de Moncton me permet de prendre l’occasion de faire un exercice de pédagogie quant au contrôle des armes à feu. Depuis plusieurs années, ce sujet controversé m’intéresse et je me tiens au courant des débats entre académiques sur l’efficacité du contrôle. Les nuances du débat sont si nombreuses et complexes qu’il est peut-être temps que quelqu’un les communique avec le grand public pour éviter les arguments simplistes et simplets qu’on utilise de part et d’autre. Ce billet vise à éviter les polémiques d’opinion en résumant des faits puisque je ne sais même pas ma propre position sur le sujet.

Est-ce que le contrôle des armes à feu réduit la criminalité? Voici la question qui tue! Si on croit les clichés politiques de la droite, « guns don’t kill people, people with guns kill people ». Ainsi, les armes servent à protéger les individus contre la réaction lente de la police. Il y a aussi un effet déterrent de la présence des armes. Incapable de savoir qui est armé, un criminel évitera de prendre le risque de se faire abattre par un citoyen armé. Les clichés de la gauche veulent que si on désarme tout le monde sauf les policiers et qu’on rend les armes difficiles à obtenir, la violence diminuera.

Si on regarde les statistiques, qui a raison? La réalité, c’est qu’il est difficile d’atteindre un consensus sur le sujet. Mais clarifions les termes ici avant d’essayer de démystifier le sujet et les études. Lorsque je parle de libre port d’armes, je fais référence à la possibilité de porter une arme dissimulée sous un vêtement. Lorsque je parle d’un port d’arme visible, je me réfère au port d’une arme qui est visible. Lorsque je parle d’un registre des armes à feu, je ne parle pas du tout d’interdictions mais plutôt d’obligations d’enregistrement comme lorsqu’on enregistre son automobile. Finalement, lorsque je parle d’interdiction...je parle d’interdiction (ça semble évident non). Et finalement, il convient aussi d’avertir le lecteur quant à la causalité. Les relations entre la criminalité et les armes à feu ne sont pas unidirectionnelles. Il est possible que la présence de la criminalité hausse la demande pour la demande d’armes à feu tout comme la présence d’armes à feu augmente le taux de criminalité. Le tout sous la contrainte classique des économistes qui veut que « toutes choses soient égales par ailleurs »

La position Lott-Mustard
D’un côté du spectre politique, on retrouve l’économiste John R.Lott et le sociologue James Q.Wilson qui sont d’avis que le libre port d’armes réduit la criminalité. Ces auteurs partent de l’analyse rationnelle de la criminalité tel qu’initiée par Gary Becker au cours des années 1960 et 1970. Selon cette approche analytique, la plupart des crimes sont des crimes d’opportunité dans lesquels les criminels sont sensibles aux risques (aux coûts) associées à l’activité criminelle.
Lorsqu’ils décident de commettre un vol à main armée, les risques considérés par les criminels incluent le risque que leur victime potentielle soit armée. En somme, ils ne sont pas sûrs si Apu au Kwik-e-Mart peut se défendre en sortant une arme à feu. Incapable de vérifier la présence du risque, les criminels adoptent une position conservatrice de ne pas commettre leurs actes.
Wilson est mort il y a quelques années, mais son œuvre a été entièrement défendue et reprise de son vivant et à titre posthume par John R.Lott. Ce dernier est l’auteur d’un livre au titre qui exprime en termes très clairs son opinion sur le sujet : More Guns, Less Crime : Understanding Crime and Gun Control Laws. Il a aussi réitéré cet argument dans plusieurs articles de revues savantes tel que le Journal of Law and Economics, Stanford University Law Review, Journal of Legal Studies et Economic Inquiry.
Selon Lott et ses acolytes (David Mustard est le principal), non seulement la présence d’armes à feu réduit le taux de criminalité violente mais la présence d’une interdiction partielle ou complète des armes à feu – particulièrement dans les milieux urbains – tend à augmenter le niveau de criminalité violente. Le terme « criminalité violente » n’est pas choisi légèrement puisque selon Lott, les criminelles optent pour d’autres formes de crimes qui sont moins susceptibles de les mettre en danger. Ainsi, le libre port d’arme réduit les meurtres, viols et les voies de faits, mais il augmente des crimes comme le vol de voitures et les invasions de domicile (les crimes contre la propriété). Le port visible quant à lui ne réduit la criminalité qu'à proximité des détenteurs d'armes. En sus, ils présentent des résultats qui semblent démontrer que le libre port d’arme réduit l’ampleur et le nombre de « mass shootings » comme les incidents tragiques de Columbine ou la Polytechnique. Depuis, plusieurs autres auteurs, notamment Plassey et Whiteman, se sont joints à Lott et Mustard.

La position Ayres-Donohue
Les recherches de Lott et ses accolytes lui ont valu plusieurs acolades, mais aussi plusieurs pots de fleurs comme ceux que lui envoient ses némesis académiques : John Donohue et Ian Ayres. Ces deux derniers sont très critiques de la spécification économétrique (comment le modèle d’évaluation statistique) produite par Lott. Selon eux, les résultats de Lott et Mustard dépendent très fortement de la période sélectionnée. Ayant attendu quelques années pour étendre et compléter la base de données de Lott et Mustard (dorénavant LM), Ayres et Donohue (dorénavant AD) ont découvert que le libre port d’arme augmente, conformément à LM, les crimes contre la propriété. Toutefois, ils ont aussi trouvé une augmentation du taux de criminalité violente, ce qui détonne de la conclusion de LM. Non seulement, mais ils ont été incapables de répliquer le résultat sur les « mass shootings ». D’autres auteurs, notamment Jens Ludwig, ont mis une emphase encore plus importante sur la structure d’âge de la population pour considérer le fait que la probabilité de commettre un crime violent est plus importante dans une fourchette d’âge avant la trentaine (voir aussi celle-ci qui appuie Ayres et Donohue). De plus, la position de LM est vertement critiquée à cause de problèmes au niveau de la création de la base de données et le fait que LM ont perdu leurs données initiales à l'état brut.
Depuis, le débat fait rage entre les deux camps. Je ne sais pas si il s’agit d’un débat poli entre les académiques puisque je le suis à distance, mais je sais que ceux qui citent ces auteurs pour avancer leurs arguments le font avec virulence. J’admets être davantage convaincu par l’approche Ayres-Donohue même si je pense que des fois, ils vont trop loin. Et pourtant, toute la discussion est centrée sur la qualité des données disponibles afin de se rapprocher davantage de « toutes choses étant égales par ailleurs » (isoler les effets). Toutefois, avant de continuer, il convient de noter que peu importe qui a raison dans les deux cas, l'effet (positif ou négatif) du libre port d’arme et du contrôle des armes à feu est statistiquement petit. En somme, il s’agit d’une variable mineure dans la détermination du niveau de criminalité globale. Et plus on ajoute de variables de contrôle pour créer le « toutes choses étant égales par ailleurs », plus la force de cette variable semble diminuer. Et ici, c’est le premier point qu’on doit retenir quant à la présence des armes : indépendamment de la direction de l’effet (positif ou négatif), l’effet n’est pas considérable. Les effets semblent varier entre -2.5% et 3% par « county » à l’intérieur des États-Unis.
Et il semble même qu’on ne peut pas déceler des effets régionaux clairement. Dans un article du Journal of Political Economy, Mark Duggan utilise les abonnements à la revue Guns & Ammo pour mesurer indirectement la popularité des armes à feu dans les comtés américains. Il découvre qu’une augmentation de 1% (et non 1 point de pourcentage) de la variable « ruralité » (proportion de la population vivant dans un milieu rural) augmente de 0.21% les abonnements à cette revue. La demande d’armes à feu est donc plus forte dans les milieux ruraux. Et ici, l’argument semble faire du sens : en régions rurales, la police prend plus de temps à répondre, l’autodéfense est jugée plus efficace. Et pourtant, être en région rural réduit dramatiquement nos chances d’être victime d’un crime violent. Ce résultat tient indépendamment du camp choisi par un individu : une augmentation de 10% du nombre de personnes par 1,000 kilomètres carrés réduit de 0.5% le taux de crime violents selon Ayres et Donohue. Toutefois, il n’est même clair que le libre port d’arme réduise la criminalité en région rurales puisque, comme le souligne Philip Cook et Jens Ludwig, les régions rurales servent de marché pour l’acquisition d’armes utilisées en milieu urbain pour commettre les crimes. Il y a donc un « transfert de criminalité » d’une région à un autre.
Il convient de noter cependant que si les études débattent du signe « positif » ou « négatif » du libre port d’arme, il semble que les interdictions partielles ou complètes d’armes à feu livrent rarement des résultats statistiquement significatifs et/ou positifs (ce n’est pas parce que le libre port d’arme augmente la criminalité qu’une interdiction complète ou partielle va nécessairement fonctionne, la relation n’est pas univoque et réciproque). Les criminels changent très peu leurs comportements face aux modifications dans les lois. Et ici, c’est le second point à retirer : les interdictions ne semblent pas nécessairement fonctionner même si il n’est pas clair que le libre port d’arme aille un effet réducteur sur la criminalité (mais je n’ai trouvé aucune étude qui dit que les interdictions augmentent le taux d’homicides, seulement qu’ils n’ont aucun effets toutes choses étant égales par ailleurs).

La direction de la causalité
Et c’est ici qu’on doit introduire la question qui élucide plusieurs commentateurs américains et canadiens qui débattent dans leurs chroniques : qu’est ce qui cause la demande d’armes? En somme, la question consiste à se demander si la présence d’armes à feu est le résultat de la criminalité ou est-ce la criminalité? Ici, la littérature est encore plus confuse et toutes les parties ne sont pas d’accord sur la direction de la relation. Cependant, il y a un second point de consensus : la demande d’armes à feu n’est pas une variable initiatrice. Elle cause certains effets à d’autres variables, mais elle est elle—même affectée par d’autres variables.
Ici, qu’on adhère au point de vue de Ayres et Donohue ou à celui de Lott et Mustard, les deux semblent d’accord pour dire que la demande d’armes à feu réagit elle-même à d’autres variables. Le débat entre les deux camps se centre sur l’ampleur de chaque effet. Et c’est ici que Jeffrey Miron entre en jeu. Économiste à l’Université Harvard, Miron est d’avis que l’absence (ou la disponibilité) d’armes à feu explique très mal les différences régionales dans les taux de criminalité. Il réalise que lorsqu’on introduit d’autres variables, notamment celles concernant le niveau d’activité policière centrée sur des activités de prohibition de la drogue (ou des autres formes de vice), on explique de manière très fiable les différences régionales dans les taux d’homicides. En somme, la demande d’armes est causée par l’activité policière visant à prohiber la drogue. Ensuite, la question de savoir si les armes à feu amplifient ou modèrent la criminalité initiale causée par le marché de la drogue devient moins pertinente.
Avec sa co-auteure Angela K.Dills, Miron a avancé l’hypothèse bien plus convaincante que l’utilisation des armes à feu ne représente qu’une utilisation d’une méthode alternative de résolution de différend (voir version différente ici). La prohibition de certaines activités a tendance à créer un marché dans lequel l’offre est inférieure à la demande menant à des prix supérieurs à l’équilibre de marché naturel. La logique de Dills et Miron est la suivante : normalement, dans un tel marché légal, des compétiteurs entreraient et dissiperaient les profits élevés en réduisant les prix. Cependant, dans un marché illégal, il est possible de régler des différends « commerciaux » par des mécanismes qui utilisent la violence arbitrairement tant comme barrière à l’entrée des concurrents que comme mécanisme de punition pour les gens qui font défection et les resquilleurs. Dans un tel environnement, la solution optimale de tous les joueurs est d’essayer de déterrer nos opposants dans une course à l’armement afin de montrer une menace de violence crédible qui désinviterait des actes contraires à l’intérêt d’un individu. Ainsi, la demande d’arme augmente et peut avoir un effet positif sur le niveau d’homicides. Cependant, ceci augmente la violence entre groupes criminels mais pas nécessairement entre les groupes criminels et les citoyens honnêtes. Ainsi, voici le troisième point à retirer de la littérature sur le sujet : la présence d’arme à feu répond principalement à d’autres facteurs. Et c’est sur ces facteurs que les débats devraient se concentrer puisqu’il devient bien plus facile de réduire massivement la criminalité à faible coût.

Conclusion
La tragédie de Moncton peut difficile s’expliquer moralement. Mais, il est peu probable que le libre port d’armes ou les interdictions des armes à feu puissent empêcher des cas extrêmes comme celui de Moncton. Aucune des deux politiques ne pourrait réduire la fréquence des tragédies comme celle-ci. Cependant, si on conçoit la demande d’armes comme étant le résultat d’une forme de criminalité grimpante, il semble que s’attaquer à celles-ci revient à traiter le symptôme d’une maladie au lieu de la cause. J’espère que ce billet aura permis d’apporter un peu de raison dans le débat avant que celui-ci ne dérape et dégénère comme c’est trop souvent le cas.

Les armes à feu : bien ou mal ? Aucune idée … / Vincent Geloso


Pour aller plus loin :
Dependence of the Firearm-Related Homicide Rate on Gun Availability : A Mathematical Analysis / Dominik Wodarz et Natalia L Komarova
Armed self defense : the Canadian case / Gary A. Mauser
Les homicides / Laurent Mucchielli
Les homicides familiaux : approche comparatives et prevention / Maurice Cusson et Jacques Marleau
Paradoxes américains : autodéfense et homicides / Maurice Cusson
La légitimité des petites armes / Patrice Sartre
Les Américains et leurs armes : droit inalienable ou maladie du corps social ? / Didier Combeau
Firearm availability and homicide rates across 26 high-income countries / David Hemenway and Matthew Miller
Firearm ownership and violent crime in the Us : an ecologic study / Michael C. Monuteaux, Lois K. Lee, David Hemenway, Rebekah Mannix et Eric W. Fleegler

Organismes :
Law center to prevent gun violence
Crime prevention research center
Gun violence archive
Small arms survey
Harvard injury control research center



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