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Condition de vie de marins sur les navires négriers

par Esavoir, le 03/01/2015 à 15:25 - 505 visites

J'aimerais connaitre mieux la condition de vie des marins qui travaillaient sur des navires négriers à partir du début du 15ieme siècle jusqu'à l'abolition de l'esclavage.

Réponse du Guichet du savoir

par gds_et, le 05/01/2015 à 12:02

Bonjour,

Si ce sujet vous intéresse nous vous conseillons de vous plonger dans l’ouvrage de Marcus Rediker, À bord du négrier, Une histoire atlantique de la traite :

Après avoir fouillé de multiples archives, l’historien américain Marcus Rediker nous entraîne sur le pont et dans les cales sordides des bateaux négriers. Un voyage clinique dans le quotidien, la violence et l’économie de la traite transatlantique.
Cet ouvrage est passionnant et se lit comme un roman. « A bord du négrier, une histoire atlantique de la traite » (éditions du Seuil) est un livre indispensable si l’on veut comprendre les mécanismes de la traite transatlantique dans toute sa complexité, et sortir des schémas préétablis. De plus, il regorge d’histoires et de témoignages d’époque incroyables. L’auteur, Marcus Rediker, nous emmène à bord du navire, on est littéralement « embedded » (embarqué) comme l’on dirait aujourd’hui.

Commerce industriel et mondialisé

A l’origine de la mondialisation et du capitalisme moderne, la traite transatlantique fut un gigantesque et terrifiant écheveau de compétences entremêlant plusieurs peuples. Africains, Européens, Américains du Sud et du Nord, se retrouvent au centre d’un commerce industriel et mondialisé. Il implique des investisseurs, des banquiers, des commis, des assureurs, des agents des douanes, des législateurs, des membres des chambres de commerce, des fabricants de tissus, d’armes, de bateaux, des dockers, des marins, des équipages de vaisseaux, etc… C’est un vivier d’emplois et de métiers transcontinentaux, qui préfigure le capitalisme sans frontières tel qu’on le connaît aujourd’hui.

Dans ce maelström, les Africains n’ont pas été que des victimes de la traite, loin s’en faut. Du bon côté de la barrière, nombre d’entre eux en ont tiré des profits juteux. Ravisseurs et vendeurs d’esclaves aux Européens, pilotes de pirogues qui amenaient les « marchandises » sur les bateaux négriers, et fournisseurs de biens et de services divers, entre autres. Marcus Rediker note même que des Africains devenaient marins à bord de négriers pour des périodes plus ou moins longues, escortant les esclaves dans les fers. Il mentionne également l’histoire d’un fils de notable musulman d’Afrique de l’Ouest, Job Ben Solomon, devenu esclave puis libéré et rapatrié en Afrique par la Royal African Company du fait de sa caste, qui devint lui-même un promoteur zélé de cette entreprise esclavagiste.

Violence omniprésente

Ce qui caractérise le bateau négrier, c’est la violence omniprésente. Elle est au centre et constitutive des rapports de force qui s’instituent tout au long de la traversée, et elle préfigure les périodes d’esclavage qui vont suivre. La violence est partout. Pas seulement de l’équipage blanc envers les esclaves noirs. Elle s’exerce aussi entre les Blancs, en particulier du capitaine et de la hiérarchie envers les marins. Rediker parle d’un « gouvernement de la violence ». « La discipline était souvent brutale, et plus d’un marin fut fouetté au point d’en perdre la vie », écrit-il. L’auteur parle même de taux de mortalité chez les marins parfois aussi élevé que celui des esclaves.

Ces derniers étaient soumis à des traitements inhumains : « une relation fondée sur l’ingestion forcée de nourriture, les coups de fouet, la violence à tout bout de champs et le viol des femmes ». L’objectif était, outre de terroriser les captifs afin d’éviter les rebellions, de les préparer aux conditions de l’esclavage qui allait suivre dans les plantations. Au final, souligne Marcus Rediker, « le navire n’était lui-même qu’une machine diabolique, une sorte de gigantesque instrument de torture ».

Entre la fin du XVe siècle et celle du XIXe, la machine de l’esclavage transatlantique allait engendrer, selon l’auteur, la déportation de 12,4 millions de personnes, dont 1,8 million périrent à bord des bateaux négriers, et furent jetés par-dessus bord. « En prenant en compte l’ensemble des étapes – l’expropriation en Afrique, le passage du Milieu, le début de l’exploitation aux Amériques – à peu près 5 millions d’hommes, de femmes et d’enfants moururent à cause de la traite », relève l’historien.

Source : A bord du bateau négrier, le récit de l'effroyable traversée, Philippe Triay, Outre-mer 1ère


En complément, l’exposition virtuelle La traite négrière rochelaise au XVIIIe siècle (que vous pouvez consulter dans son intégralité en ligne) évoque la vie quotidienne à bord avant l’arrivée en Afrique :

3.3|Les petits faits qui rythment la vie à bord à ce stade du voyage

Les anecdotes racontées dans le livre de bord avant l’arrivée sur les côtes africaines donnent une idée de l’ambiance sur le navire avant l’embarquement des esclaves. Dès l’arrivée sur les lieux de traite, le journal ne donne plus ce type d’indications. Le rédacteur semble parfois s’ennuyer à bord et trouve le voyage beaucoup trop lent. Il y a souvent peu de vent, mais il reproche au capitaine de trop réduire la toile au moindre orage. En plus de consigner des observations de navigation et de météorologie, il raconte en détail tout événement : par exemple les incidents liés à la folie subite d’un novice qu’il faut enchaîner sur le pont la nuit pour que l’équipage puisse dormir, les saignées qu’on lui fait etc. Le désoeuvrement des hommes les conduit à pêcher, ce qui améliore leur ordinaire. Le narrateur raconte également, donnant ainsi un aperçu des distractions des officiers, l’entorse qu’il s’est faite en dansant. Il décrit même la venue d’oiseaux à bord et consigne toujours la rencontre avec d’autres navires, de plus en plus nombreux à l’approche des côtes d’Afrique, souvent des négriers anglais et hollandais. On trouve également à la fin du livre, hors des notes journalières, une prière de marin, des sentences morales, une prescription médicale, des citations d’auteurs latins et une chanson galante.


Ainsi que les conditions de vie de l’équipage après l’embarquement des esclaves :

5.1|Les équipages de la traite

Plus nombreux sur un navire négrier que sur les navires marchands, l’équipage dont les marins sont plus là par défaut que par choix, n’est pas toujours de qualité. Dans son journal, Claude-Vincent Polony avoue à son capitaine qu’à bord de La Reine de Podor, certains marins lui causent bien du souci : « soyez sans inquiétude à l’égard de nos captifs. Je le regrette, nos Blancs me donnent plus de peine à contenir ». La promiscuité – les plus gros négriers comptaient plus de 100 marins -, les risques, la durée du voyage, le climat, l’eau croupie et la mauvaise nourriture sont le lot quotidien d’un équipage qui n’hésite pas à déserter aux rares escales ou à l’arrivée aux Antilles. Les armateurs rochelais ont été accusés de retenir la solde des déserteurs, ou celle des marins qui ont fait naufrage, au détriment des familles, ce contre quoi le député rochelais à l’Assemblée nationale, Samuel de Missy s’est battu.

Mis à part quelques officiers, ces hommes ont souvent laissé peu de traces dans les archives. Leurs noms figurent sur les livres de bord, sur les rôles d’équipage, dans les procès-verbaux de l’Amirauté. De nombreux corps de métiers sont représentés à bord. Le rôle du cuisinier est évident, mais le tonnelier, indispensable, veille au bon état des barriques et à la conservation de l’eau, vitale pour tous. Le charpentier, une fois la marchandise de troc débarquée, doit aménager l’entrepont pour loger les esclaves. Il construit une palissage entre le gaillard d’avant, réservé aux hommes, et le reste du bateau. Le chirurgien, personnage important sur un navire négrier est traité comme un membre de l’état-major. Son rôle est notamment de choisir en Afrique les esclaves en meilleure santé.


5.2|Les conditions de vie de l’équipage

A bord du Nairac, 7 mois après son appareillage le 25 janvier 1774, la qualité du biscuit embarqué à la Rochelle est devenue si mauvaise que les marins préfèrent manger la nourriture réservée aux esclaves et que le capitaine interrompt la traite pour se ravitailler. La mortalité à bord des négriers est forte mais variable d’un voyage à l’autre. Mousses, novices, voiliers ou tonneliers, apparaissent dans les certificats de décès établis par le capitaine, accompagnés d’un inventaire des vêtements et objets du défunt, vendus aux autres membres de l’équipage. La somme récoltée est remise à la famille. En 1786, sur les vingt-sept hommes d’équipage de La Reine de Podor il en meurt douze. Les officiers ne sont pas épargnés malgré de meilleures conditions sanitaires. En 1784, Claude-Vincent Polony s’embarque sur les Trois Frères. Après un séjour de neuf mois en Afrique, le navire gagne Saint-Domingue mais la dysenterie, la variole et le scorbut sévissent à bord où la moitié de l’équipage est atteinte. L’équipage doit également surveiller les captifs car le risque d’une révolte est présent, notamment au moment où le navire s’éloigne des côtes d’Afrique. Même si la répression est rapide et parfois très violente, ces révoltes fragilisent l’équipage. A bord de La Reine de Podor, une révolte des captifs le 23 juillet 1787 pendant leur repas du soir sur le pont, se traduit par la mort de deux marins, le maître charpentier et le second maître d’équipage. Les historiens ont recensé 155 révoltes sur les négriers français au XVIIIe siècle, mais les actes individuels et les tentatives avortées ont été certainement plus nombreux.


Pour aller plus loin :

- La vie sur un bateau négrier, touristmartinique.com
- Les traites négrières et l’esclavage, lewebpedagogique.com
- Les bateaux négriers : roman-document, Thorkild Hansen; trad. du danois par Jacqueline Le Bras
- Confessions d'un négrier, Théodore Canot
- Journal d'un négrier au XVIIIe siècle, William Snelgrave; traduit de l'anglais par A. Fr. D. de Coulange, 1735; introduction et notes par Pierre Gibert
- Journal de bord d'un négrier, Jean-Pierre Plasse


Bonne journée.
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