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Les idées ont-elles une masse ?
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Cap'taine [ 02/06/2017 à 18:42 ]

Bonjour,
Est-ce que les idées ont une masse? Je parle matériellement: si physiquement on peut voir l'activité du cerveau grâce à des scanners, peut-on "peser" la masse d'une idée?

Merci,

Réponse attendue le 06/06/2017 - 18:06


bml_sci [ 06/06/2017 à 12:44 ]

Réponse du Département Sciences et Techniques

Bonjour,

Tout d’abord, définissons les termes scanner et IRM. Le scanner est un appareil d’imagerie médicale qui donne des images en coupent d'un organe. L’IRM, abréviation de « imagerie par résonance magnétique », est une technique d'imagerie médicale utilisant des ondes électromagnétiques afin d'obtenir une image en trois dimensions de l'intérieur du corps.



Qu’est-ce qu’une idée ?

Sous la direction de F-Xavier ALARIO.Toutes les questions que vous vous posez sur votre cerveau. Paris : Ed. Odile Jacob, impr. 2011, 365p.
Extrait p21 Thierry RIPOLL comment a-t-on une idée ? :

Citer:
« Le cerveau humain a, à tout moment, la capacité infinie de penser du nouveau, de penser même ce qu'aucun humain a jamais pensé ou imaginé avant lui. Dans bien des cas, ces idées n'ont guère d'intérêt, ni artistique ni scientifique. Elles sont la manifestation remarquable et probablement spécifique à notre espèce d'une capacité de combiner, transformer, associer des idées et des concepts qui sont dans notre cerveau. En tant que telle, cette capacité créatrice et infinie est déjà extraordinaire. Mais le plus étonnant est que ces idées nouvelles peuvent nous donner un pouvoir de compréhension et d'action sur le monde.
Bien souvent, nous nous tirons de situations problématiques grâce à une idée qui surgit de notre esprit de manière soudaine. L'histoire des sciences regorge de faits relatant l'émergence d'idées nouvelles qui ont bouleversé notre vision du monde. Les grandes révolutions intellectuelles impulsées par Galilée, Darwin ou Einstein dans le domaine scientifique, et celles impulsées par Mozart, Stravinsky ou Picasso dans le domaine artistique font foi de cette étonnante capacité que nous avons de modifier notre représentation du monde.

Comment ces idées nouvelles viennent-elles à notre conscience ? Illustrons deux manières très différentes d'avoir des idées dans le contexte de la résolution de problèmes. Essayez de résoudre les deux problèmes suivants avant de poursuivre. Essayez vraiment...
Problème n° 1 : Un roi a capturé trois soldats. Il les place l'un derrière l'autre de sorte que le premier voie le dos du second et du troisième, le second ne voit que le dos du troisième et le troisième ne voit aucun des soldats. Le roi tire au sort trois dossards parmi cinq dossards comprenant trois blancs et deux noirs. Il les dispose de manière aléatoire sur chaque soldat. Il promet de donner la liberté à celui qui devinera quel est le dossard qu'il porte. Le premier soldat (qui voit les deux autres) répond qu'il ne peut pas indiquer la couleur de son dossard. Le second répond de la même manière. Le troisième dit qu'il sait quelle est la couleur de son dossard. Pouvez-vous indiquer quelle est cette couleur ?
Problème n°2: Comment lanceriez-vous une balle à deux mètres de sorte qu'elle revienne vers vous ?
Sans doute avez-vous constaté que le cheminement vers la solution du premier problème est laborieux. Vous êtes passé par une série d'inférences et de calculs de nature logique qui, progressivement, vous ont conduit vers la solution (à savoir, « dossard blanc »).

Pour le second problème, la progression vers la solution se fait très différemment. D'abord, certains ne parviendront jamais à la solution et proposeront des solutions inutilement complexes (lancer la balle contre un mur; fixer la balle au bout d'un fil de deux mètres ; faire un effet rétro ; la lancer contre le vent). Ceux qui trouvent la solution (à savoir, « jeter la balle en l'air ») la trouvent parfois immédiatement ou bien la trouvent de manière brusque après un délai temporel variable. On parle alors à'insigkt.
insight correspond à la découverte brusque d'une solution qui ne passe pas par une série consciente d'essais et d'erreurs. Dans bien des cas d'ailleurs, la solution peut jaillir alors même qu'on ne la cherche plus ou que l'on est convaincu de l'impossibilité de la découvrir.
On perçoit clairement ici deux types de fonctionnement mental très différents qui nous permettent d'avoir des idées : le premier est plutôt logique et analytique, fait largement appel à la conscience, requiert beaucoup d'attention et de concentration, et correspond à peu près à ce qui est évalué dans le système éducatif. Le second est beaucoup plus intuitif et résulte de processus mentaux essentiellement non conscients. Ils constituent deux aspects complémentaires et essentiels de l'intelligence humaine. Comme le remarquait un grand mathématicien et physicien du XIXe siècle, Henri Poincaré : « Ainsi la logique et l'intuition ont chacune leur rôle nécessaire. Toutes deux sont indispensables. La logique qui peut seule donner la certitude est l'instrument de la démonstration ; l'intuition est l'instrument de l'invention. »

Concernant le premier type de raisonnement (analytique), on dispose de théories assez fines et complètes qui permettent même de simuler sur un ordinateur les étapes du raisonnement humain. Un élément crucial qui détermine notre capacité à raisonner analytiquement est notre mémoire de travail. La mémoire de travail permet de stocker l'information que l'on manipule pendant un raisonnement. Si je vous demande d'additionner mentalement 2 643 + 7 996, la difficulté que vous rencontrerez découle de la difficulté à maintenir dans votre mémoire de travail les valeurs calculées au fur et à mesure de votre addition, non pas des opérations d'addition elles¬ mêmes. La capacité de la mémoire de travail humaine étant plutôt réduite (vous pouvez en prendre conscience en essayant de faire ce petit calcul mentalement), les humains sont beaucoup moins habiles qu'on ne l'imagine à raisonner de manière analytique. En la matière, les ordinateurs sont beaucoup plus performants que nous ! Un résultat étonnant des recherches en sciences cognitives* a consisté précisément à nous faire prendre conscience des limites importantes du cerveau humain pour ce type de raisonnement.
Dès lors, on peut se demander d'où provient l'extraordinaire puissance du cerveau humain. La réponse semble désormais assez claire : de sa mémoire à long terme, c'est-à-dire de l'ensemble des expériences, idées, concepts, images et connaissances qui sont stockés dans la mémoire.

insight et, de manière générale, la pensée intuitive évoquée plus haut trouvent probablement leur explication dans la capacité que nous avons d'utiliser, souvent de manière inconsciente, nos connaissances en mémoire pour résoudre les problèmes difficiles auxquels nous sommes confrontés. L'illustration la plus remarquable de ce phénomène est le raisonnement par analogie. Raisonner par analogie consiste à utiliser une connaissance ancienne pour résoudre un problème nouveau qui partage des similitudes importantes. Si je vous avais demandé s'il était possible de lancer un obus de sorte qu'il atterrisse à son point de lancement, vous auriez sans difficulté résolu le problème de la balle par analogie. Ainsi, notre faculté à avoir des idées nouvelles résulte souvent de la capacité que nous avons, consciemment ou inconsciemment, d'exploiter notre mémoire. »



Peut-on mesurer la pensée ?




L'étude du cerveau et des processus cérébraux a fait l'objet de nombreuses études et découvertes grâce aux technologies d'imagerie médicale. Est-elle un pur processus neuronal, ou lui est-elle seulement associée ? Comment assurer qu'elle peut bien être réduite à ce que révèlent les instruments de mesure alors que, étant un phénomène spirituel, elle n'est pas un objet quantifiable ?
Avec la participation de :
Sacha Bourgeois Gironde, enseignant-chercheur en philosophie à l'Institut Jean Nicod (ENS-EHESS) et à l'ENS Lyon.
Stanislas Dehaene, professeur de psychologie cognitive expérimentale au Collège de France.
Jean-Didier Vincent, professeur de physiologie à la faculté de médecine de l'université Paris-XI. En partenariat avec l'Institut de paléontologie humaine et la Fondation Joan Maragall de Barcelone.

Emission du 23/11/2010
KTOTV
52 min



Les méthodes ont évolué, on peut désormais observer le fonctionnement du cerveau. Mais, les scientifiques n'ont pas encore la possibilité de "mesurer" la masse de chaque idée.





Aller plus loin

VINCENT, Jean-Didier. Le cerveau sur mesure [Livre]. Paris : O. Jacob, impr, 2011. 288p.
PESCHANSKI, Marc. Le cerveau et la pensée [livre]. Pantin (Seine-Saint-Denis) : Les Bons caractères, DL 2012, 143p.
CARTER, Rita. Le grand Larousse du cerveau [Livre]. Paris : Larousse, DL 2014, 264p.
PAULI, Christine. Le cerveau: à la conquête des hémisphères. Paris : Éditions Place des Victoires, DL 2016, 281p.
Sous la direction de F-Xavier ALARIO.Toutes les questions que vous vous posez sur votre cerveau.. Paris : Ed. Odile Jacob, impr. 2011, 365p.
JACQUIER, Marie-Céline Jacquier (journaliste), Cerveau : la conscience localisée par des scientifiques de Harvard, futura-sciences. Publié le 9 novembre 2016 sur futura-sciences.com.
l'European Dana Alliance, Dossier futura-sciences : voyage dans le cerveau. Publié le 21/05/2005 sur futura-sciences.com.



Quelques ouvrages en lien :

DEHAENE, Stanislas. la bosse des maths.Paris : O. Jacob, impr. 2010 impr. 2012, 377p.
DEHAENE, Stanislas.Les neurones de la lecture.Paris : O. Jacob, 2007, 478p.
VINCENT, Jean-Didier. Le cerveau expliqué à mon petit-fils. Paris : Éditions du Seuil, DL 2016, 107p.

Bonne lecture!

Réponse attendue le 09/06/2017 - 12:06