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Accueil > couleur verte au théatre

couleur verte au théatre

par carole1michel, le 28/12/2005 à 15:23 - 10329 visites

j'ai entendu dire que le vert est une couleur "interdite" ou "taboue" au théatre en raison d'un colorant à base d'arsenic qui intoxiquait les acteur par la peau (transpiration).
Qu'en est-il ?
Et si cela est correct quelle est le nom et la formule de ce colorant ?
Merci et à bientôt.
Carole Michel

Réponse de

par gds_bp, le 02/01/2006 à 11:11

Réponse du service Guichet du Savoir

Le site weblettres s'interroge sur la symbolique de la couleur verte et fait appel, notamment, à Michel Pastoureau, auteur de Dictionnaire des couleurs de notre temps : symbolique et société, pour y répondre.

Extraits :

Six symboles principaux du vert :
1. Couleur du destin (espérance, sort, jeu, chance, malchance, argent).
2. Couleur de l’écologie, hygiène, fraîcheur.
3. Couleur de la jeunesse, du libertinage, de la folie.
4. Couleur de la permission de la liberté.
5. Couleur de l’étrange, du diable.
6. Couleur du poison, de l’acide.

*1215 : concile de Latran. Le canon XVI interdit au clergé de faire usage d"étoffes rouges et vertes pour quelque pièce du vêtement que ce soit (trop voyant et trop onéreux = loi somptuaire : la fabrication d’un vert qui ne ternit pas pose de gros problèmes aux teinturiers).
*1254 : de retour de croisade, Saint-Louis bannit le rouge et le vert de sa garde-robe.
*Le noir devient au XVè siècle la couleur du bon goût, même dans les milieux princiers et la couleur de la moralité.
*La Réforme est "chromoclaste" et déclare la guerre aux couleurs. Le vert doit être laissé à la nature.
*Melanchthon en 1527, dans son Oratio contra affectionem novitatis in vestitu dénonce celui qui « se fait remarquer par des couleurs variées comme le paon » (distinctus a variis coloribus velut pavo).
*Henri Estienne, revenant de la foire de Francfort : « Si on voyait en France un homme de qualité habillé de verd, on penseroit qu’il eust le cerveau un peu gaillard ; au lieu qu’en plusieurs lieux d’Allemagne cest habit semble sentir son bien ».

Le vert avait jadis la particularité d'être une couleur chimiquement instable. Il n'est pas très compliqué à obtenir: de nombreux produits végétaux, feuilles, racines, fleurs, écorces, peuvent servir de colorants verts. Mais le stabiliser, c'est une autre paire de manches! En teinture, ces colorants tiennent mal aux fibres, les tissus prennent rapidement un aspect délavé. Même chose en peinture: les matières végétales (que ce soit l'aulne, le bouleau, le poireau ou même l'épinard) s'usent à la lumière; et les matières artificielles (par exemple le vert-de-gris, qui s'obtient en oxydant du cuivre avec du vinaigre, de l'urine ou du tartre), bien que donnant de beaux tons intenses et lumineux, sont corrosives: le vert fabriqué de cette manière est un véritable poison (en allemand, on parle de Giftgrün, vert poison)! Jusqu'à une période relativement récente, les photographies en couleur étaient, elles aussi, concernées par ce caractère très volatil du vert. Regardez les instantanés des années 1960: quand les couleurs sont passées, c'est toujours le vert qui s'est effacé en premier. Conclusion: quelle que soit la technique, le vert est instable, parfois dangereux.

Couleur instable, elle est devenue la couleur de l'instabilité?

Exactement. La symbolique du vert s'est presque entièrement organisée autour de cette notion: il représente tout ce qui bouge, change, varie. Le vert est la couleur du hasard, du jeu, du destin, du sort, de la chance… Dans le monde féodal, c'est sur un pré vert que l'on s'affrontait en duel judiciaire; les jongleurs, les bouffons, les chasseurs s'habillaient de vert, de même que les jeunes et les amoureux, qui ont, comme on le sait, un caractère changeant (le «vert paradis des amours enfantines», ces émois naissants susceptibles de varier) … Dès le XVIe siècle, dans les casinos de Venise, on jette les cartes sur des tapis verts (d'où l'expression «langue verte»: l'argot des joueurs) et, au XVIIe siècle, c'est aussi sur des tables vertes que l'on joue à la cour. Partout, on place son argent, ses cartes ou ses jetons sur de la couleur verte. C'est encore le cas aujourd'hui: les tables des conseils d'administration, où se décide le destin des entreprises, sont vertes. Les terrains de sport également, et pas seulement parce qu'il s'agit de pelouse: regardez la plupart des courts de tennis en dur et les tables de ping-pong.

Vert, couleur de la chance donc, et pas seulement de l'espérance… J'imagine que, comme pour les autres couleurs, le symbole est à double tranchant.

Bien sûr! Le vert représente la chance mais aussi la malchance, la fortune mais aussi l'infortune, l'amour naissant mais aussi l'amour infidèle, l'immaturité (des fruits verts) mais aussi la vigueur (un vieillard vert)... Au fil du temps, c'est la dimension négative qui l'a emporté: à cause de son ambiguïté, cette couleur a toujours inquiété. Ainsi, on a pris l'habitude de représenter en verdâtre les mauvais esprits, démons, dragons, serpents et autres créatures maléfiques qui errent dans l'entre-deux, entre le monde terrestre et l'au-delà. Les petits hommes verts de Mars, qui ne nous veulent pas du bien, ne sont autres que les successeurs des démons médiévaux. Aujourd'hui, les comédiens refusent toujours de porter un vêtement vert sur scène (la légende dit que Molière serait mort vêtu d'un habit de cette couleur); dans l'édition, les couvertures vertes des livres sont supposées avoir moins de succès, et les bijoutiers savent que les émeraudes se vendent moins que les autres pierres parce qu'elles ont la réputation de porter malheur. Toutes ces superstitions viennent d'un temps où le vert était instable et empoisonné.

Autres réponses sur la couleur verte :

- Le vert est effectivement la couleur des fous, en particulier du personnage du fou dans le théâtre profane du Moyen Age. J. BEDIER et G. COHEN décrivent les sots (personnages des « soties ») comme des personnages « affublés de la robe mi-partie de jaune et de vert » (« Les Commencements du théâtre comique en France », Revue des Deux Mondes, t. XCIX, 1890). Pourtant, ce costume semble n’avoir guère eu cours au théâtre. Il concerne sans doute plus précisément le bouffon du roi qui se vêtait ainsi soit pour se distinguer des autres courtisans et affirmer ainsi sa marginalité, soit pour se railler des atours des élégants de cour qui se permettaient au XVIè un luxe et une coquetterie sans pareils (et pourquoi pas les deux à la fois ?).
- La couleur verte est une couleur maudite sur les scènes de théâtre. Une explication possible : la teinture verte des vêtements s’obtenait grâce au cyanure ou à l’oxyde de cuivre. Il était donc périlleux de porter ces vêtements en contact avec la peau. Les acteurs craignaient peut-être que leur transpiration ne leur soit fatale, d’où la méfiance et la superstition à l’égard de cette couleur. Autre explication : au Moyen Age, quand les amateurs jouaient les Passions, le personnage de Judas était habillé en vert... et à la fin de la représentation, les spectateurs venaient bastonner l’interprète !


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