Le Guichet du Savoir - Consulter le sujet - mozart à Lyon

Poser une question

Des bibliothécaires vous répondent en 72h maximum.

je pose ma question

Chercher une réponse

recherche multi-critères

Comment ça marche

Quelles questions ?
Qui répond ?
Dans quel délai ? tout savoir

Accueil > mozart à Lyon

mozart à Lyon

par lacano, le 01/02/2006 à 14:57 - 6163 visites

Mozart a séjourné à lyon en aout 1766 à l'age de 10 ans; A-t-on des informations précises sur ce qu'il ya fit. Joua-t-il en public, où, quel morceau?
Merci de me renseigner
Lacano

Réponse du Guichet du savoir

par bml_reg, le 03/02/2006 à 15:25

Réponse de la Documentation Lyon et Rhône-Alpes

Au XVIIIe siècle, les mélomanes lyonnais possèdent deux hauts lieux pour écouter de la musique : d’une part, le Grand-Théâtre, aujourd’hui Opéra national de Lyon, construit par Jacques-Germain Soufflot entre 1754 et 1756, est vite devenu un endroit à la mode où la bourgeoisie lyonnaise va voir jouer l’Opéra, la tragédie et la Comédie; d’autre part, la Maison du Concert, alors située sur le côté Est de la place des Cordeliers, dans l’axe du Pont Lafayette encore inexistant à cette époque. Ce dernier lieu, moins tapageur, tient sont origine de l’Académie des Beaux-Arts et du Concert, société fondée en 1713 sous la dénomination de « concert de musique composé de plusieurs citoyens de cette ville, amateurs de cet art » (voir Léon Vallas, 1932). Les bourgeois lyonnais s’y réunissent régulièrement, généralement chaque mercredi (sauf pendant le Carême et la période estivale), pour jouer de la musique ou chanter. Progressivement, les concerts sont confiés à des artistes professionnels, issus du Grand-Théâtre, ou quelques fois étrangers à notre ville, comme le violoniste italien Carminati.
La Maison du Concert, construite en 1724 d’après les plans de l’architecte d’origine milanaise Pietra Santa, comprend un étage occupé par le logement du Maître de musique et un rez-de-chaussée renfermant la salle de concert proprement dite, elle-même précédée d’un vestibule carré flanqué de deux petites pièces (une bibliothèque et le foyer des artistes). La salle d'environ deux cent cinquante places comprend une grande loge de face ainsi que deux balcons latéraux et un podium surélevé pour les artistes.
C’est Léon Vallas qui, en 1908, est le premier à signaler la venue de Mozart à Lyon dans son ouvrage La Musique à Lyon au XVIIIe siècle.
Mozart n'est venu à Lyon qu’une seule fois, fin juillet-début août 1766. L’histoire de ses œuvres montre d’ailleurs qu’il ne composa rien dans notre ville où il fait halte pendant 4 semaines, avec son père et sa sœur Nannerl, venant de Paris et Dijon, avant de regagner Salzbourg, via Genève et la Suisse. Ce voyage nous est connu par deux lettres : l’une écrite de Lyon en date du 16 août 1766 par Léopold Mozart, père du prodige ("Ne vous effrayez pas que je vous écrive de Lyon: lorsque vous recevrez la présente, nous saurons depuis longtemps, avec l'aide de Dieu, à quoi ressemble Genève et les montres genevoises; car dans deux ou trois jours, nous y partirons"), l’autre par Wolfgang, datée du 30 novembre 1771, dans laquelle il évoque le spectacle effrayant des exécutions capitales auxquelles il assiste lors de son séjour dans notre cité (en général elles se tenaient sur la place des Terreaux).
Le dernier document à témoigner de ce concert est constitué par une annonce publiée dans les "Avis divers" du journal hebdomadaire Les Affiches de Lyon, en date du mercredi 13 août 1766. C’est lui qui nous en donne le programme : "On exécutera ce soir, au grand Concert, l'Acte d'Hilas, de Monsieur de Bury, chanté par Mme Charpentier et M. Lobreau./ M.J.-G. Wolfgang Mozart, enfant de neuf ans, compositeur et maître de Musique, exécutera plusieurs pièces de clavecin, seul./ Le concert sera terminé par l'Acte de la Danse des Talents lyriques, de M.Rameau" [né en janvier 1756, il avait en réalité dix ans et demi].
Au programme de la soirée figurent donc une œuvre de Bury, fort à la mode à l’époque, et de Rameau qui séjourna deux années à Lyon. Les interprètes sont également appréciés : Mme Charpentier, née Marie Bérol, est la femme d'un organiste du "Concert spirituel" de Paris, quant à Jean Lobreau, il a épousé Michelle Poncet, dite "la Destouche", qui dirige le Grand-Théâtre de Lyon de 1752 à 1760 et de 1764 à 1779, et est pensionnaire de l'Académie du Concert de Lyon.
On connait finalement peu de choses sur l'activité des Mozart pendant les quatres semaines qu'ils passèrent à Lyon, si ce n'est qu'ils visitèrent les commerces de la ville et que le voyage fut propice à quelques rencontres ("Si vous voulez quelque chose de Lyon, je sais aussi à qui l'on doit s'adresser, car j'ai fait la connaissance de suffisament de gens en trois semaines. J'ai fait faire ici de nouveaux vêtements pour ma femme, ma fille et Maître Wolfgang, et je ne me suis pas oublié non plus. Les textiles de soie sont certes encore un peu chers, mais on ne peut pas avoir été à Lyon pour rien", lettre du 16 août 1766).
Le bâtiment de la Maison du Concert est définitivement détruit en 1858, dans le cadre des travaux de rénovations de la presqu’île et de l’ouverture de la rue Impériale, actuelle rue de la République, entreprit au Second Empire par le préfet Marius Vaïsse (voir image ci-dessous)

Source :
- La Musique à Lyon au XVIIIe siècle, par Léon Vallas, Lyon, Editions de la Revue musicale de Lyon, 1908, p.126.
- Un siècle de musique et de théâtre à Lyon (1688-1789), par Léon Vallas, Lyon, Chez P. Masson, 1932, p.342-343
- Gens de Lyon et d'ailleurs : Mozart, Tolozan, Précy, par R. Brun de La Valette, Grenay, R. Brun de La Valette, 1996 [rééd.], p.1-5.
- "A propos d'un Bicentenaire : quand l'enfant Mozart jouait dans la salle des concerts de la place des Cordeliers", par Gérard Corneloup, Revue d'information du Comité Centre Presqu'île de Lyon; n°17, 1991-1992, p. 35-38.
- Trois siècles d'Opéra à Lyon : de l'Académie royale de musique à l'Opéra-nouveau, catal. expo. Bibliothèque de la Ville de Lyon, mai-septembre 1982.
- W.A. Mozart. Correspondance, vol. 1 (1756-1776), Paris, Flammarion, 1986, lettre n°47 (p.145-146), lettre n°166 (p.316)

N.B.: Une partie des archives personnelles du musicologue Léon Vallas est aujourd'hui conservée à la Bibliothèqe municipale de Lyon (Fonds Léon Vallas à la BML)

Image jointe :
Grands travaux d'urbanisme du Second Empire. Ouverture de la rue Impériale, actuelle rue de la République, et la construction du palais du Commerce et de la Bourse (René Dardel architecte ; 1855-1860) : vue plongeante pendant les travaux, en direction de l'est, sur la place des Cordeliers et sur la colonne du Méridien (Pierre-Gabriel Bugnet architecte, C.L. Jayet statuaire, 1765-1770 ; démolie en 1858), vers mai 1856. Sur la gauche, la Maison du Concert (Pietra Santa architecte, 1724 ; démolie en 1858) ; sur la drotie, l'église Saint-Bonaventure, plaque de verre par Jules Sylvestre d'après un cliché de Louis Froissard (BML, Fonds Sylvestre, S 189)

Pièces jointes:

BML_Fonds_Sylvestre_S189.jpg.jpg
BML_Fonds_Sylvestre_S189.jpg.jpg [ 90.88 Kio | Consulté 5767 fois ]
  • 1 vote

Rester connecté

guichetdusavoir.org sur Twitter

s'abonner aux flux RSS

Les astuces du Guichet du Savoir

Comment trouver des infos sur


un artiste et ses œuvres
des films et des réalisateurs
une pièce de théâtre
des articles de presse
le logement
des livres jeunesse
des revues scientifiques
le droit d'auteur
mentions légales - contact