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Le Livre des Rites

par James23, le 09/02/2006 à 17:17 - 4068 visites

Bonjour,

Je suis étudiant à Nice et je fait des recherches sur le "Livre des Rites" de Confucius, appelé aussi "Mémoires sur les Bienséances et les Cérémonies" ("LIJI" ou "LIKI" en chinois).

Ce qui me pousse à vous écrire c'est que face aux règles établies par Confucius je me suis demander quelle était l'origine de celles ci. On pourra noter par exemple la place sur la table, des aliments (liquides à droite, saucisse courbée à droite, pas courbée à gauche...), les règles du deuil...

Ainsi ma question est la suivante, Confucius a-t-il donner ces préceptes au hasard, ou bien y a-t-il des raisons, et si oui lesquelles?


Merci par avance.
James23.

Réponse du Guichet du savoir

par bml_chin, le 13/02/2006 à 17:15

Réponse du Fonds chinois de la Bibliothèque municipale de Lyon

Votre question, telle qu’elle est posée, demande impérativement d’apporter les précisions suivantes:
1/
Confucius [i]stricto sensu [/i]n’a pas écrit [i]Les Mémoires sur les Rites [/i](禮記 Li ji);
2/
Confucius n’a rien inventé [i]ex-novo[/i], quant aux règles qui se trouvent pour ainsi dire fixées dans l’ouvrage qui vous occupe.

En effet il est utile de préciser clairement que [i]Les Mémoires sur les Rites [/i]est devenu l’un des [i]Cinq Classiques [/i]du confucianisme (corpus canonique primitif), mais cette canonisation est bien évidemment postérieure à Confucius lui-même. De plus, Le [i]Li ji [/i]fait partie des [i]Treize Canons [/i](十三經 Shisan jing), soit le corpus des textes considérés comme fondamentaux du confucianisme. Tous ces textes remontent à l’époque pré-impériale (donc avant 221 av. J. C.), mais ont été élevés au rang de textes canoniques à différentes époques, ce processus de canonisation ayant duré jusqu’au XII siècle de notre ère.
Il est aussi à signaler que les textes les plus anciens ne sont que des recompilations, (l’écriture ne servant en Chine qu’à des emplois administratifs jusqu’à l’époque confucéenne). D’autre part « Confucius enseignait toute la culture de son temps systématisée en six disciplines : la cosmologie, la littérature documentaire officielle, la poésie, la musique, les rites et l’histoire.
La tradition confucianiste nous a transmis la trace des institutions de la Chine pré-impériale à travers trois recueils canoniques qui n’ont pris leur forme définitive qu’à l’époque des Han postérieurs (25-220) ». Au III siècle en effet on comptait [i]Neuf canons [/i]issus du corpus primitif, dont les quatrième, cinquième et sixième canons sont [i]Les Trois canons des rites [/i]: le [i]Zhou guan [/i] 周官(ou [i]Zhouli[/i] 周禮), le [i]Yi li [/i] 儀禮 et le [i]Li ji[/i]. « Le [i]Zhou guan[/i] est un code de l’organisation des pouvoirs publics sous les Zhou (fin du II millénaire-256 av. J-C.) [qui] nous a été transmis [dans une version établie dans la deuxième moitié du 1er siècle av. J.-C.]. Le [i]Yi li[/i] est un code du cérémonial en usage chez les Zhou pour la célébration de diverses solennités de la vie religieuse et de la vie sociale […]. Le [i]Li ji [/i]est un recueil de quarante-six monographies (en 49 chapitres) traitant des rites et de l’esprit du ritualisme tel que le confucianisme les a développés, souvent avec une grande profondeur philosophique ». Rappelons au passage que deux des monographies du [i]Li ji[/i] – [i]La Grande étude [/i](Da xue 大學) et [i]Le Juste milieu[/i] (Zhong yong 中庸) « comptent parmi les textes qui ont le plus profondément marqué la tradition chinoise ». (cf. l’entrée ‘Shisan jing’, établie par Léon Vandermeersch, du [i]Dictionnaire de la littérature chinoise[/i], par André Lévy, Paris, P.U.F., 2000, p. 271 et [i]seq.[/i], d’où les citations).

Dans la littérature confucéenne, le corpus des textes portant sur les rites restent donc de date et paternité incertaine. Le [i]Li ji[/i], tel qui nous est parvenu dans sa forme actuelle, a été assemblé par Dai Sheng 戴聖 au tout début du 1er siècle av. J.-C. (dynastie des Han antérieurs, 206 av. J.C.-24), à partir de textes datables de la tarde période des Zhou (770-221 av. J. C.), Qin (221 av. J.C.-207 av. J.C.), et Han. Certaines sections ont traditionnellement été attribuées à des disciples directs de Confucius, mais cette thèse a été désormais réfutée par les chercheurs. Du reste, « beaucoup des idées dans le [i]Li ji [/i]sont exprimées ou illustrées sous la forme d’anecdotes sur Confucius et ses disciples. Il est peu vraisemblable de pouvoir prêter à cela une quelconque base historique. Certains d’entre eux furent probablement inventés afin de donner un cadre aux affirmations de Confucius […] ; d’autres simplement lui empruntent son nom pour une question d’autorité. D’autres encore, comme ceux du chapitre intitulé ‘Tan gong’ sont probablement produit génuine de la tarde époque des Zhou […] ». (Cf. Watson, Burton, [i]Early Chinese literature[/i], New York and London, Columbia University Press, 1962, p. 140 et [i]seq.[/i], d’où la citation, traduction en français par nos soins ; ouvrage disponible au Fonds chinois de la BM de Lyon, cote CH 32982).

Tout compte fait, vous avez entre vos mains un ouvrage où sont exposés les arguments et les interprétations confucéennes des rites chinois anciens. Le nom même de l’ouvrage l’indique si l’on considère qu’il s’agit bien de ji «Mémoires » sur les li « rites ». Comme l'a très bien dit le savant Léon Vandermeersch :
Le « ‘rite’ [pour la pensée chinoise] n’est nullement le résidu formel d’un acte vidé de son sens, mais inversement la forme étudiée sur laquelle doit se modeler toute espèce d’action sous peine de manquer de conformité au sens des choses, et par suite de dévier de l’ordre universel.
Traditionnellement le mot 'li' des[i] rites [/i]est assimilé à son homonyme 'li' [i]chaussure[/i] [dans sa prononciation ancienne – aujourd’hui ce caractère se prononçant lü] , par transposition sur le plan de la démarche morale, sur le plan de la conduite et de l’action, de la nécessité d’une forme qui maintienne le pied en le garantissant du risque d’entorse dans la démarche physique.
Ainsi rapportant toutes les vertus à la piété filiale Zeng Zi 曾子 disait :
‘La vertu de l’humanité consiste à humaniser celle-ci (à savoir, la piété filiale) ; le sens des rites consiste à chausser celle-ci (des formes rituelles voulues) ; le sens du devoir consiste à observer comme il convient les règles de celle-ci ; la sincérité consiste à observer comme il convient les règles de celle-ci ; le courage consiste à pratiquer sans faiblesse celle-ci…’ ». (Léon Vandermeersch, [i]Etudes sinologiques[/i], cité en détail plus bas, p. 144).

A vous maintenant de continuer vos recherches et réflexions, en vous penchant peut-être d’une part sur la question des rites et la valeur que la philosophie confucéenne leur accorde et / ou d’autre part sur la question des rites pratiqués dans la Chine ancienne… .
Ne sachant pas si vous connaissez le chinois, nous nous limiterons à vous indiquer quelques références d’ouvrages en langues occidentales :

* Confucius, par Jean Lévi.
* Étude sur le confucianisme Han, par Anne Cheng. (BM de Lyon, Fonds chinois, cote CH 32878).
* Etudes sinologiques, par Léon Vandermeersch, Paris : P.U.F., 1994 (BM de Lyon, silo moderne, cote K 90620). Voir en particulier la deuxième partie ‘Le ritualisme chinois’, qui reprend des textes par le même auteur déjà parus, dont :
* Wangdao ou la Voie royale (1) : Structures cultuelles et structures familiales et Wangdao ou la Voie royale (2) : Structures politiques, les rites, par Léon Vandermeersch (également disponible au Fonds chinois, cote CH 33125/2).
* [i]State and court ritual in China[/i], sous la direction de Joseph P. McDermott, Cambridge : Cambridge University Press, 1999.
* [i]Confucianism and family rituals in imperial China: a social history of writing about rites[/i], par Patricia Buckley Ebrey, Princeton : Princeton University Press, 1991.
(Compte tenu de votre lieu de résidence, nous vous précisons que tous ces ouvrages peuvent être localisés en France via le Catalogue Sudoc).
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