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Exposition à la radioactivité

par coeurdelum, le 01/07/2006 à 11:23 - 3420 visites

Bonjour à toutes et à tous


J'aimerais savoir si une personne exposée à une radiocativité importante - par exemple, les malheureux qui sont intervenus sur le réacteur de Tchernobyl peu de temps après la catastophe - ressent immédiatement des symptomes (et si oui, lesquels) ou si ceux-ci n'apparaissent que plus tard.

D'avance, merci.

Coeurdelum

Réponse de

par gds_et, le 01/07/2006 à 17:09

Réponse du service Guichet du Savoir


L'exposition rapprochée à des radiations importantes se traduit immédiatement par de violentes migraines et des vomissements. Se succèdent ensuite ganglions thyroïdiens, hemorragies, fièvre, perte des cheveux.

Le docteur Shuntaro Hida, survivant d'Hiroshima, était un jeune médecin militaire en août 1945. Il est le premier à avoir décrit les effets des radiations sur le corps humain, sans comprendre, compte tenu de l'absence de connaissances précises sur les radiations secondaires à cette époque, quelles en étaient les causes exactes. Il relate dans son journal, Little boy : récit des jours d'Hiroshima, ses interventions auprès des malades. Après avoir constaté dès les premières heures les dégâts immédiats de la bombe : corps calcinés, déchirés par les projections de matériaux pulvérisés par le souffle nucléaire, il est affecté à l'hôpital militaire d'Hesaka où sont conduits les blessés :

Je crois que c'est au moins une semaine après le bombardement que les premiers symptômes apparurent chez les survivants réfugiés à Hesaka. Cependant, il se peut très bien que certains phénomènes étranges se soient produits auparavant. Etant donné le nombre des morts recensés chaque jour, une brusque évolution des symptômes avait fort bien pu nous échapper. Et ce, d'autant mieux que, dans les premiers jours, des signes d'amélioration étaient apparus chez les grands brûlés. Nous avions commencé à espérer que les victimes dont les blessures étaient relativement peu profondes se rétabliraient plus rapidement que ne l'aurait laisser présager leur état général et l'aspect effrayant de leur corps couvert de plaies.
(...)
C'est avec le rapport d'une de nos infirmières que débuta pour nous l'étrange « épidémie » qui devait nous préoccuper nuit et jour pendant si longtemps. D'après ce rapport, certains malades venaient de subir une poussée de fièvre qui avait dépassé 40° C. Nous nous précipitâmes au chevet de ces malades pour les examiner. Ils ruisselaient de sueur et leurs amygdales commençaient à se décomposer. Alors que nous étions confondus par la gravité et la violence des symptômes, des saignements de plus en plus importants apparurent au niveau des muqueuses. Rapidement, les malades se mirent à cracher de grandes quantités de sang. Malgré le recours à des transfusions sanguines d'urgence et à des applications de solutions de Ringer, nous ne pûmes enrayer ce qui nous apparaissait alors comme une épidémie. Le nombre des victimes de ces soudaines et violentes hémorragies s'accroissait d'heure en heure. En fait, le personnel médical pensait être confronté à une épidémie de fièvre typhoïde ou de dysenterie. Bien entendu, nous utilisâmes un traitement à base de coagulants et d'hémostatiques, mais celui-ci n'eut pas d'autre effet que de soulager notre conscience.

Parallèlement, une autre « épidémie » s'abattit sur les survivants. Ceux-ci l'appelèrent « rencontre ». Quand, sous l'effet d'une violente douleur, par exemple, ils portaient la main sur leur crâne, ils s'apercevaient que leurs cheveux venaient par touffes entières, comme s'ils avaient été rasés. Les malheureux qui présentaient ces symptômes (fièvre, douleurs à la gorge, hémorragies, chute des cheveux) se retrouvaient en moins d'une heure dans un état tout à fait critique. En dépit de nos efforts, seuls quelques-uns nous donnaient l'impression de pouvoir échapper à la mort. Au fil des heures, les survivants tombaient malades par groupes de sept ou huit, puis ils mouraient à peu près en même temps. Plus tard, je compris que ceux qui mouraient ensemble s'étaient trouvés, au moment de l'explosion, à égale distance de son épicentre. Ce qui signifie qu'ils avaient reçu une dose sensiblement similaire de radiations. En fait, ces hommes et ces femmes qui moururent par séries successives confirmèrent les lois qui régissent la physique nucléaire, comme l'auraient fait de simples cobayes irradiés expérimentalement. Mais, dans les premiers jours, nous ignorions la véritable cause de « l'épidémie ». L'état-major de l'armée japonaise n'ayant jamais évoqué la possibilité d'un bombardement atomique, nous estimions encore qu'il s'était agi de l'explosion d'un nouveau type de bombe classique mais extrêmement puissante.

Puisque la majorité des malades présentaient des symptômes similaires (saignements intestinaux), nous pensions sincèrement avoir affaire à des cas de dysenterie. Mais sous l'autorité du médecin-chef, nous procédions la nuit et dans le plus grand secret à l'autopsie des corps des malades morts dans la journée. Les cadavres s'entassaient dans un champ proche du village avant d'être incinérés. Nous les déposions sur une plaque de tôle et opérions une incision au niveau de l'abdomen à l'aide d'un couteau aiguisé. L'un des objectifs de ces autopsies consistait à vérifier si la cause des hémorragies intestinales était d'origine inflammatoire ou non. J'examinai soigneusement les prélèvements de muqueuses à la lumière d'une bougie. Je ne découvris aucun des signes caractéristiques de la dysenterie.

Quelques jours plus tard, lorsque nous eûmes pris connaissance de l'information selon laquelle la station de radio de la marine impériale de Kure avait capté une émission de la radio américaine où l'on déclarait avoir utilisé une bombe atomique à Hiroshima, nous envisageâmes le problème sous un jour différent. Le syndrome que nous avions été incapables de définir clairement pouvait maintenant s'expliquer par l'exposition à des radiations entraînant un dérèglement du système sanguin. Mais, même si nous avions su cela plus tôt, nous aurions été tout aussi impuissants à enrayer un mal contre lequel il n'existait aucun traitement efficace. Quelqu'un proposa de recourir à l'application de feuille de kaki, celles-ci étant riches en vitamines. Les feuilles furent cueillies et utilisées par de nombreux survivants convaincus de leurs effets bénéfiques. La plupart des médecins en rirent, prétendant que tout ceci n'était que superstition. En vérité, ce traitement à base de feuilles de kaki se révéla positif pour de nombreux malades. Ce ne fut certes pas le seul phénomène à demeurer inexpliqué. A l'époque, nous fûmes incapables de comprendre la nature du mal qui terrassait les survivants.


Vous trouverez des extraits plus complets de journal sur le site Dissident-Média.


En ce qui concerne Tchernobyl, nous vous conseillons vivement la lecture de l'ouvrage de Sveltana Alexievitch, La Supplication - Tchernobyl, chroniques du monde après l'apocalypse :

Svetlana Alexievitch est écrivain et journaliste biélorusse, elle poursuit le projet de constituer l'archive subjective et souterraine de la Russie contemporaine. La Supplication, ce témoignage sur le monde après Tchernobyl, reste peu diffusé en Biélorussie, où les autorités s'acharnent encore à dissimuler la vérité sur la catastrophe, et l'auteur est régulièrement attaquée par le régime qui l'accuse d'être un agent de la CIA. Elle vit actuellement en Allemagne.
Sveltana Alexievitch a recueilli la parole des survivants de cet immense drame et leur a permis de dire ce qu'ils ont vu aussi bien que ce qu'ils ont ressenti.


Elle a notamment recueilli les témoignages des femmes des pompiers ainsi que ceux des Liquidateurs : ceux qui ont travaillé dans les jours, les mois, voire les années qui ont suivi la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986) à la décontamination du site et à la construction du sarcophage recouvrant le réacteur ukrainien. Il s'agissait de « liquider » la radiation, expliquait-on aux volontaires et personnes réquisitionnées. Réquisitionnés le jour même de la catastrophe, il s'agissait aussi bien de civils que de militaires. Le premier témoignage de son ouvrage est celui de la femme d'un pompier appelé dès les premières heures de l'incendie, et hospitalisé quelques heures après, victime des radiations. Il décède 14 jours plus tard..

L'Express a consacré un article en ligne à ces hommes, dont les premiers ont tous immédiatement subi les effets physiologiques des radiations : Les héros oubliés de Tchernobyl

Il faut imaginer le sacrifice de ces hommes travaillant dans un air saturé d'iode radioactif, de plutonium, de césium ou de strontium. Tchernobyl a tout d'une tragédie antique, avec une unité de lieu, de temps et d'action. Les actes se succèdent comme autant de morceaux de bravoure indépendants. Après les pompiers viennent les aviateurs: dès le 27 avril débutait un ballet maladroit d'hélicoptères pour recouvrir le réacteur éventré de sable et de plomb. Les pilotes effectuaient une rotation, larguaient leur cargaison, étaient pris de malaise à l'aplomb du gouffre, vomissaient, puis retournaient s'approvisionner…
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