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Arc-en-Ciel

par Guichet du Savoir, le 24/07/2006 à 11:34 - 12931 visites

Question

Bonjour, connaissez-vous des poèmes ayant pour sujet "l'arc-en-ciel"et, en dehors de la légende sur le trésor trouvé au pied d'un arc-en-ciel, existe-t-il des mythes différents sur les arcs-en-ciel ? J'ai entendu dire notamment que les chinois le considérait comme un passage entre le yin et le yang.


Réponse du département Langues et Littératures


En ce qui concerne votre question sur les légendes ayant trait à l'arc-en-ciel, vous pouvez consultez la réponse faite par le département Civilisation sur une précédente question : arc-en-ciel, légende

Quant aux poèmes ayant pour sujet principal l'arc-en-ciel, nous n'avons trouvé que celui-ci dans: Trésor de la poésie universelle
L'Arc-en-ciel
(Afrique équatoriale. Pygmées)

Arc-en-ciel, oh! Arc-en-ciel,
Toi qui brilles là-haut, si haut,
Par-dessus la forêt si grande,
Au milieu des nuages noirs,
Partageant le ciel sombre.

Tu as renversé sous toi,
Vainqueur dans la lutte,
Le tonnerre qui grondait,
Qui grondait si fort, l'irrité!
Etait-il fâché contre nous?

Au milieu des nuages noirs,
Partageant le ciel sombre
Comme le couteau qui tranche le fruit trop mûr,
Arc-en-ciel, Arc-en-ciel!

Et il a pris la fuite,
Le tonnerre tueur des hommes,
Comme l'antilope devant la panthère,
Et il a pris la fuite,
Arc-en-ciel, Arc-en-ciel!

Arc puissant du Chasseur de là-haut,
Du chasseur qui poursuit le troupeau des nuages
Comme un troupeau d'éléphants effrayés,
Arc-en-ciel, dis-lui notre merci!

Dis-lui: Ne sois pas fâché!
Dis-lui: Ne sois pas irrité!
Dis-lui: Ne nous tue pas!
Car nous avons très peur,
Arc-en-ciel, Arc-en-ciel !

Et en interrogeant les sites consacrés à la poésie: Poésie française nous n'avons trouvé que des poèmes où apparait simplement l'arc-en-ciel.

Réponse du département Langues et Littérature


En complément de notre réponse précédente, nous avons trouvé un autre poème sur l'arc-en-ciel. Il s'agit d'un texte de Guillaume du Bartas (1544-1590) intitulé "L'arc-en-ciel" qui évoque la beauté de la Terre et du ciel après le déluge. Ce texte est disponible dans cette Anthologie de la poésie baroque française. Cette anthologie comporte en outre un chapitre entier consacré aux "Nuages et Arc-en-ciel", nous vous engageons donc vivement à venir la consulter.

Voici le poème de Guillaume du Bartas :

[i]... Noé regarde en haut, et voit, esmerveillé,
Un demy-cercle en l'air, de cent teints esmaillé,
Et qui, clair, se bossant vers la voute aetheree,
A pour son diamètre une ligne tiree
Entre deux orizons, un arc de toutes parts
Egalement plié, un arc fait de trois arcs,
Dont est tout au long peint de couleur doree,
De verte le second, et le tiers d'azuree,
Mais de telle façon qu'en cest or, verd et bleu,
On y voit le plus pur riolé quelque peu ;
Arc qui luit en la main de l'Archer du tonnerre,
Dont la corde subtile est comme à fleur de terre,
Et qui come au compas se recourbant sur nous,
Mouille dedans deux mer de ses cornes les bous,
Temporel ornement des flambantes voutures,
Où Nature a broyé ses plus vives teintures.
Que si tu ne comprends que le rouge et le bleu,
Pren-les pour sacrement de la mer et du feu,
Du ravage ondoyant, et ravage contraire,
Du jugement jà fait, et jugement à faire...[/i]

Réponse complémentaire du Fonds chinois

Il est vrai que dans la tradition chinoise l’arc-en ciel (hong) est associé au yin et au yang. Wolfram Eberhard dans son Dictionnaire des symboles chinois à l’entrée Pluie (yu, en chinois) indique: [i]La pluie se produit quand l’élément féminin (yin) s’unit à l’élément masculin (yang). […] L’arc-en-ciel est compris comme le symbole rayonnant de l’union du yang et du yin, il est signe de vie conjugale. On ne doit pas montrer du doigt un arc-en-ciel. L’arc-en-ciel peut aussi avoir une autre signification ; il apparaît en effet quand le mari est plus beau que sa femme ou la femme plus belle que son mari, ce qui entraîne une relation extraconjugale. Il est alors signe de luxure, c’est un signe funeste. […] Sur les premiers bas-reliefs l’arc-en-ciel est représenté sous forme de serpent ou de dragon à deux têtes. En Chine occidentale il a une tête d’âne et on le considère souvent comme un signe de bonheur[/i].

Dans la langue chinoise classique une double expression indique l’arc-en-ciel (di dong, en chinois, le caractère 'di' pouvant s’écrire selon deux graphies différentes) : un terme fait référence aux bandes claires l’autre aux bandes foncées de l’arc-en-ciel, toute bande étant des vapeurs, des émanations (qi, en chinois). Dans le système yin-yang, le bandes claires sont mâles (yang) les bandes foncées sont femelles (yin), l’arc-en-ciel donc est le résultat des vapeurs (célestes) yin et des vapeurs (terrestres) yang, en somme il est le résultat de l’union entre le yin et le yang. Dans l’antiquité et en d’autres termes il est l’emblème de l’union entre le ciel et la terre, et de l’union sexuelle.

Mais les choses en effet sont un peu différentes que cela, si l’on puise dans l’histoire des croyances chinoises…
On tâchera de répondre à votre question qui touche au mythe et à la poésie, en vous présentant… une poésie chinoise (des plus classiques), qui, de par les commentaires et gloses autour d’elle, illustre bien pourquoi en Chine l’arc-en-ciel a été, dans le système de ses croyances, considéré comme le symbole des unions irrégulières entre homme et femme.

Marcel Granet dans son ouvrage magistral : Fêtes et chansons anciennes de la Chine , présente et analyse les chansons d’amour figurant dans le [i]Shijing[/i] ([i]Le Classique des odes[/i], ou [i]Classique de la poésie[/i], l’un des Cinq canons de la tradition chinoise). Il s’agit d’un recueil en quatre parties de 305 pièces de vers, composés entre la dynastie des Zhou (1027-771 av. J. C.) et l’époque Chunqiu (Printemps et automnes, 770-476 av. J. C.), qui au fil des siècles a donné lieu à un important travail d’exégèse et d’interprétation. La première partie du [i]Shijing[/i] qui nous intéresse ici s’intitule [i]Guofeng[/i] ([i]Chansons des Royaumes[/i]) et inclut 160 odes provenant de 15 royaumes, [i]formées de thèmes et refrains populaires chantés à la campagne lors des fêtes du printemps , ou chants régionaux présentés au roi par les princes féodaux[/i]. (Définition issue du Grand Dictionnaire Ricci de la langue chinoise).
Voici le texte de l’ode intitulée [i]Arc-en-ciel[/i], contenue dans la section [i]Chants de Yong[/i] (Yong feng) dans la traduction de Marcel Granet :

L’arc-en-ciel est à orient !
personne ne l’ose montrer !
La fille pour se marier,
laisse au loin frères et parents !

Vapeur matinale au couchant !
C’est la pluie pour la matinée !
La fille pour se marier,
laisse au loin frères et parents !

Or la fille que vous voyez
Rêve d’aller se marier
Sans plus garder la chasteté
Et avant qu’on l’ait ordonné !

(Granet, [i]op. cit.[/i], p. 44-45.)

Ces vers, à l’apparence anodins, recèlent et véhiculent nombre d’allusions tout en soulevant des questions qui sont à la fois d’ordre physique et métaphysique.
Pour expliquer cela nous jugeons utile de vous donner quelques références supplémentaires et vous renvoyons en même temps à la note sur la poésie qui aborde les croyances relatives à l’arc-en-ciel aux pp. 272-277 du même ouvrage, d’où ces propos sont majoritairement tirés.
Selon l’[i]interprétation[/i] classique de cette chanson, l’arc-en-ciel est à considérer comme un phénomène anormal, un désordre de la nature. Soit : tout comme on ne doit pas regarder une fille débauchée, on s’abstiendra de pointer de son doigt l’arc-en-ciel. (Une autre glose donne : [i]quand le mari et la femme transgressent les rites, l’arc-en-ciel apparaît[/i]), (v. 1-2). Il est dans l’ordre naturel (dao) des choses qu’une fille soit destinée à se marier et quitter donc sa famille natale. Si cela est dans l’ordre normal des choses, pourquoi transgresse-t-elle les rites par la débauche et une union sans rites ?
Les vers 5-6 renforcent cette idée : tout comme la conséquence naturelle de la vapeur du matin est la pluie, la destinée de la fille est de sortir de sa famille pour aller se marier selon les rites. Sauf qu’ici (v. 9-12): [i]cette fille débauchée ne garde point du tout sa foi de fille chaste et ne sait pas qu’il faut attendre pour se marier l’ordre de ses parents[/i]. ([i]Ib[/i].).
Mais pourquoi l’arc-en-ciel, qui est lui-même le résultat de la fusion entre le yin et le yang, devient à un certain moment l’emblème des unions irrégulières ?

Ici les Chinois ont eu quelques difficultés et ont avancé plusieurs explications, dont :

1/ l’arc-en-ciel résulte du combat du yang pur contre les émanations du yin et qui dit combat dit désordre, mais [i]le désordre résultant des rapprochements plus ou moins violents entre le yin et le yang sont nécessaires à l’ordre universel[/i].

2/ Seuls certains arcs-en-ciel seraient signes de désordre. Dans notre poésie l’arc-en-ciel est néfaste parce qu’il se trouve à Orient. Un « bon » arc-en-ciel, pour ainsi dire, [i]doit se montrer à l’ouest ou a l’est selon que le soleil couchant ou levant éclaire l’orient ou l’occident[/i]. Comme il a été très clairement dit par un commentateur chinois : [i]Si [l’arc] se montre à l’Est (le Matin) c’est qu’il provient de l’émanation d’un endroit sombre (c’est-à-dire yin) qui va s’unir au yang. Que le yang appelle et que le yin réponde, que l’homme aille (chercher la fiancée), que la femme suive (le fiancé) voilà la droite raison. Mais que le yin aille de lui-même s’unir au yang (comme c’est là le cas) c’est ce qu’on trouve détestable. C’est pourquoi (cet arc-en-ciel irrégulier qui apparaît à l’est le matin) on ne le montre pas du doigt. Une fille qui se marie sans rites (de sa propre initiative) est semblable à un tel arc-en-ciel[/i]. (p. 273).

Sauf que…
il n’est nulle part question dans le poème que l’arc-en-ciel se montre au matin. Pour les premiers commentateurs du poème donc [i]il n’est pas douteux que tout arc-en-ciel est emblème d’union défendue, un signe d’interdit et ils ne disent point, ni la chanson, que l’arc qu’on ne montre pas du doigt apparaît à l’Est le matin[/i] (p. 274).
Mais comment expliquer cela ?
Granet l’explique par la primauté survenue du principe civilisateur : [i]Si les sentiments avec lesquels on regardait l’arc-en-ciel changèrent, c’est à la parenté du sacré et de l’impur qu’on le doit[/i].
Cette chanson d’amour, comme les autres de cette section du [i]Shijing[/i], puisent dans le matériel qui s’est constitué à l’occasion des fêtes saisonnières, fêtes qui se déroulaient au début et à la fin de l’hiver. C’est au printemps en effet, lors des rassemblements entre filles et garçons, dans les champs, que l’arc-en-ciel apparaît et c’est lui qui est pris comme emblème de leur union solennelle, toutefois, il est perçu comme étant lui-même un mariage, une noce solennelle : [i]Les noces que la Nature célébrait pendant les fêtes sexuelles de printemps et de l’automne étaient celles du yin et du yang[/i].

Malheureusement (?)…
[i]Quand le prestige des usages nobles fit passer pour grossières et immorales les coutumes antiques qui conservaient les humbles, quand se fait sentir l’influence des princes civilisateurs […], les accordailles champêtres furent honnies comme usages de vilains [et] l’arc-en-ciel où jadis ces noces se voyaient, image liée aux réjouissances populaires, partagea la mauvaise réputation de celles-ci. Et comme les fêtes champêtres, de saintes qu’elles étaient devinrent infâmes, l’arc-en-ciel, cessa d’être sacré et fut impur. Quand furent interdites les fêtes champêtres dont il était l’emblème, il passa pour l’emblème des unions interdites[/i].

Un arc-en-ciel est issu donc d’une union impure entre le yin et le yang à l’instar du mariage qui, d’après les lois nouvelles, est le résultat d d’événements irréguliers :
[i]Rien n’est plus contraire aux règles que l’impudence des filles qui vont au-devant de l’époux[/i].
L’arc-en-ciel ne pouvait être qu’une union dont le yin prenait indûment l’initiative. [i]Dans un texte vénérable [/i][soit : notre ode ici !] [i]il se trouvait qu’un arc-en-ciel se montrait à orient. Il suffit d’admettre que c’était un arc-en-ciel matinal et partant qu’il sortait de la partie de l’horizon alors mal exposé au soleil, pour avoir le droit de conclure qu’il provenait d’une provocation impudique du yin, du principe obscur, et qu’il était un arc-en-ciel déshonnête et anormal[/i].

Nous vous laissons le plaisir de vous rapporter directement à l’essai de Granet, où vous trouverez d’autres réflexions (concernant l’arc-en-ciel et le calendrier, ainsi que l’alternance entre les périodes des réjouissances sexuelles et d’interdiction de rapprochement entre les sexes…) comme support de sa thèse qui fait de l’arc-en-ciel le symbole d’unions interdites.

Pour une présentation du [i]Shijing[/i] (en anglais) cliquez ici.
Pour le texte en ligne du [i]Shijing[/i] avec la traduction intégrale anglaise de James Legge et celle partielle de Marcel Granet, cliquez ici.
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