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Accueil > Insolites > Étymologie de maison close

Étymologie de maison close

par sahtileene, le 28/08/2016 à 12:44 - 2049 visites

Bonjour,
Pourquoi dit-on "maison close" ? Est - ce parce que les volets et rideaux étaient tirés ? Ou parce que l'entrée n'était pas libre ?
Merci pour votre réponse :)

Réponse du Guichet du savoir

par gds_et, le 30/08/2016 à 16:12

Bonjour,

Voici l’explication proposée par Alphonse Boudard et Romi dans L’Age d’or des maisons closes pour l’origine de cette expression :

De tout temps, les prostituées ont eu une tendance particulière à rester à leur fenêtre pour se mettre en vue des passants et les attirer par des signes, des gestes ou des interpellations, souvent par des mises indécentes, quelquefois même par des postures lubriques. [...] Sous l'ancienne police, il était défendu aux prostituées de rester à leur fenêtre et de faire des signes aux passants, sous peine d'être rasées et enfermées à l'hôpital.
A la fin de la Révolution, la licence était portée sous ce rapport à un point dont il est difficile de se faire une idée : non seulement les filles restaient à leur fenêtre dans un état complet de nudité, mais elles ne prenaient pas la peine de les fermer pour se livrer dans l'intérieur à tous les actes de leur métier, et cela à la vue des passants et de tous les voisins dont les fenêtres se trouvaient en face. Les maîtresses de maisons n'étaient pas plus réservées : jamais elles ne fermaient les fenêtres de leurs appartements lorsque le temps le leur permettait.
Il leur fut donc enjoint, sous des peines très sévères, de laisser leurs fenêtres constamment fermées ; plus tard, et sur l'observation qu'il fallait nécessairement aérer les chambres, on leur permit d'établir au-devant des croisées une chaîne assujettie avec un cadenas, et tenue assez longue pour qu'on pût l'entrebâiller, mais non pas l'ouvrir entièrement.
Si ce moyen contribua à diminuer le scandale, il ne le détruisit pas d'une manière complète. Chez les dames de maisons, on continuait à voir tout ce qui se passait derrière les carreaux, et les filles libres, habitant les premiers et les entresols, frappaient sans cesse à leurs carreaux, s'y montraient comme par le passé, souvent à demi nues. Celles-ci, pour être mieux reconnues, substituèrent des carreaux de la plus grande dimension aux petits vitrages qui étaient seuls employés dans les lieux qui pouvaient les recevoir.
Pour remédier à cet inconvénient, on prescrivit l'usage des rideaux ; mais si quelques filles en placèrent, elles éludèrent l'ordonnance en se tenant entre le rideau et la fenêtre.
Plus tard, on leur enjoignit de barbouiller intérieurement leurs carreaux avec du blanc de céruse ; mais quelques coups de mouchoir suffisant pour l'emporter lorsqu'il était sec, on leur imposa l'obligation de faire dépolir les carreaux, ce qui fut exécuté et maintenu avec rigueur.
Des plaintes nombreuses ont prouvé que ce dépolissage des carreaux était aussi désagréable pour les filles isolées que pour les dames de maisons : beaucoup de ces dernières ne pouvaient plus voir clair dans quelques-unes de leurs chambres ; quant aux autres, elles étaient ruinées sans ressource ; aussi se virent-elles dans la nécessité de quitter les entresols qu'elles occupaient en grand nombre depuis longtemps...

Aristide Bruant, L'Argot au XXe siècle. Dictionnaire Français-Argot. 1901. Cité par A. Boudard, L'Age d'or..., p. 185.
(citation trouvée dans le Petit glossaire de la prostitution - l'argot de paris des maisons closes)

On parle d’ailleurs de Maisons « Closes » car il était interdit de voir ce qui s’y passait depuis l’extérieur (volets fermés, rideaux occultant).
Source : Histoire des maisons closes de Paris, pariszigzag.fr


A cette explication s’ajoute peut-être le fait que le bordel, ou maison de tolérance, est par nature un espace clos, strictement surveillé et réglementé :

L’article 2 de la loi de 1829 stipule que les filles publiques ne pourront se livrer à la prostitution que dans les maisons de tolérance. L’article 4 précise qu’elles ne pourront quitter une maison que pour aller dans une autre. Douze ans plus tard, le préfet Delessert leur interdira de se mettre aux fenêtres et aux portes devant les maisons.
Source : Les maisons closes : 1830-1930 Laure Adler

La nécessité de la tolérance et de la surveillance s’est traduite, depuis le Consulat, par l’élaboration du système réglementariste, encore appelé système français ; il repose sur trois principes essentiels : 1) Il importe de créer un milieu clos, invisible des enfants, des filles et des femmes honnêtes ; la clôture permet de marginaliser à l’extrême, de contenir les activités sexuelles extra-conjugales ; elle constitue une digue qui empêche tout débordement.
2) Ce milieu clos doit demeurer constamment sous le regard de l’administration. Invisible pour le reste de la société, il est parfaitement transparent pour ceux qui le contrôlent. La volonté de panoptisme, soulignée par Michel Foucault à propos de la prison, se traduit d’une manière quasi obsessionnelle dans le réglementarisme.
3) Pour être efficacement contrôlé, ce milieu doit être rigoureusement hiérarchisé et cloisonné ; en évitant dans toute la mesure du possible le mélange des âges et des « classes », on facilite l’observation et, du même coup, l’emprise de l’administration.
[…] En application de ces principes, s’est échafaudé un système carcéral, au sein duquel la fille évolue durant toute sa carrière prostitutionnelle. Ce système implique l’organisation de quatre lieux clos : la maison, l’hôpital, la prison, et, éventuellement, le refuge ou établissement de repentance et de relèvement.

Source : Les filles de noce : misère sexuelle et prostitution au XIXe siècle Alain Corbin


Pour aller plus loin :

- Petite histoire des maisons closes, Romi
- Histoire de la prostitution : du Moyen Age au XXe siècle, Brigitte Rochelandet
- Petite histoire des lieux de débauche, Édith Huyghe


Bonne journée.
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