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Transcription du chinois

par masai, le 07/05/2005 à 20:56 - 8344 visites

pourquoi dans les années 75 la transcription française du chinois a-t-elle changée?
par exemple on parlait de Mao Tsé Tong et maintenant on écrit Mao Zédong.....

amicalement.

Réponse du Guichet du savoir

par bml_chin, le 11/05/2005 à 14:18

Réponse du Fonds chinois de la Bibliothèque municipale de Lyon

C’est effectivement durant les années '70 qu’est apparue dans la presse et l'édition françaises (mais pas seulement française) une nouvelle forme de transcription des noms chinois de personnes et de lieux.

Auparavant, et pour reprendre votre exemple, le nom du dirigeant de la République populaire de Chine pouvait être transcrit sous les formes suivantes :
Mao Tsetoung
Mao Tsé Toung
Mao Tsé-tong
Mao Tsetong
Mao Tso-Toung

C’est à partir de cette période que l’occident a commencé à utiliser la norme de transcription officielle de la République populaire de Chine, dite Hanyu pinyin.

Voilà ce qu’écrit Jacques Poitou (de l’Université Lyon 2) au sujet de la réforme mise en place à la fin des années ’50 dans Ecriture chinoise : simplification et transcriptions alphabétiques :

Le second volet de la réforme de l'écriture menée par la Chine après 1949 [le premier consistait en une simplification des caractères et donc en une diminution du nombre de traits les composant] a été la création d'un système de transcription alphabétique.
Plusieurs systèmes avaient été élaborés auparavant, différents selon les langues des transcripteurs, mais la question d'une transcription alphabétique est restée longtemps "une affaire d'étrangers" (V. Alleton). Dans la première moitié du XXe siècle, différents systèmes de transcription phonétique ont été élaborés en Chine – jusqu'à l'adoption du pinyin en 1958. L'objectif visé par le gouvernement chinois était de faciliter l'apprentissage de l'écriture (et donc de réduire l'illettrisme), avec la perspective clairement affirmée du remplacement à terme des caractères traditionnels par cette écriture alphabétique.
Mais plus de quarante ans après, la situation est contrastée :
(1) comme système de transcription, le pinyin supplante les systèmes antérieurement utilisés. Ainsi, dans la presse française, Mao Zedong a remplacé Mao Tsé-toung, Liu Shaoqi a remplacé Liou Chao-chi, Zhou Enlai a remplacé Chou En-lai, Deng Xiaoping a remplacé Teng Hsiao-ping, etc. – Cette nouvelle transcription entraîne une prononciation différente des mots chinois par les étrangers qui ne maîtrisent pas le chinois (ou même seulement le pinyin), chacun tendant à lire les mots étrangers en fonction du système orthographique de sa propre langue. D'où aussi d'éventuelles difficultés de lecture et des distorsions par rapport à la prononciation chinoise : <x> – p. ex. dans "xiexie" (merci) – ne correspond ni à [ks] (comme dans "pixel") ni à [gz] (comme dans "xérès"), mais plutôt à [ç] (comme dans le mot allemand "ich")... et comment un francophone peut-il lire "qi" ?
(2) comme système d'écriture pour les natifs, le pinyin ne s'est pas imposé, même s'il est utilisé à l'école primaire ; il suffit de se promener dans quelques villes chinoises (ou dans les quartiers chinois de Paris ou de Londres) pour s'en convaincre. Ce constat peut être mis en relation avec plusieurs faits :
– le premier est l'attachement des Chinois à leur système d'écriture par caractères, véhicule d'une longue et riche tradition culturelle ; semblablement, les caractères chinois sont toujours employés en Corée et au Japon, alors même qu'existent des systèmes d'écriture phonographique ;
– le maintien d'une écriture non alphabétique n'a pas été un obstacle à la réduction de l'analphabétisme ; selon le Quotidien du peuple, l'analphabétisme ne concerne plus que 8,72 % de la population (contre 80 % en 1949) – ce qui représente tout de même encore 85 millions de personnes (dont 55 millions de femmes), surtout dans l'ouest de la Chine – mais l'Unesco indique, pour l'année 2000, un taux de seulement 2 % d'analphabètes parmi les 15-24 ans ;
– le maintien de l'écriture traditionnelle n'a pas non plus été un obstacle à l'utilisation de l'informatique.
(3) à l'inverse, tout un ensemble de facteurs favorisent la familiarisation des Chinois avec l'écriture alphabétique et singulièrement avec l'écriture latine :
– le développement des échanges commerciaux et des investissements étrangers en Chine (avec entre autres choses l'apparition de publicités en caractères latins dans les grandes villes) ;
– la scolarisation généralisée et l'apprentissage de langues étrangères (et d'abord de l'anglais) écrites en caractères latins ;
– l'utilisation de l'ordinateur et d'Internet (la Chine est, après les Etats-Unis, le pays qui compte le plus d'internautes – plus de 100 millions début 2005 – et leur nombre est en forte croissance) ; mais si l'usage de l'ordinateur nécessite le recours à l'écriture latine, c'est aussi le moyen d'obtenir à l'écran des caractères chinois : dans la méthode de saisie semble-t-il la plus utilisée, on saisit les mots en pinyin et l'ordinateur les traduit en caractères (voir à ce sujet Alleton 2003).
De fait, le remplacement des caractères chinois par une écriture alphabétique n'est plus à l'ordre du jour.


Cf. l’ouvrage référencé ci-dessus : L’écriture chinoise de Viviane Alleton, 2002

Le site Chuantong dans sa page "Questions & Réponses : la langue chinoise" propose une introduction sur la transcription des caractères chinois (cliquez sur : Comment transcrire phonétiquement les caractères chinois ?)
Extraits :
[…] Depuis 1979, le système international officiel de transcription du chinois, basé sur la prononciation du putonghua, est le Pinyin. Il utilise l'alphabet latin, avec un seul diacritique le tréma. A l'heure actuelle, le pinyin et les caractères han sont utilisés conjointement dans la vie quotidienne et officielle. Bien qu'ils tendent petit à petit à disparaître au profit du Pinyin, d'autres systèmes de transcriptions plus anciens sont encore parfois utilisés. C'est notamment le cas de celui de l'E.F.E.O (l'École française d'Extrême-Orient) créé en 1902. On le trouve parfois encore utilisé dans la presse pour certains mots courant ou noms propres. On verra alors écrit Pékin (EFEO) au lieu de Beijing (Pinyin), Mao Tsé Toung au lieu de Mao Zedong, Yang-tseu-kiang au lieu de Yangzijang. […]

Il est manifeste que les anciennes transcriptions du chinois sont souvent beaucoup plus parlantes et en tout cas mieux adaptées pour les personnes non sinisantes. Leur prononciation (et c’était le cas pour la transcription évoquée plus haut dite de l’Ecole française d’Extrême-orient EFEO) donne un résultat qui est, dans la plupart des cas, beaucoup plus proche de la prononciation chinoise réelle, exception faite du ton qui marque chaque caractère et qui n’est presque jamais indiqué. Ainsi, pour reprendre votre exemple :
« Mao Zedong » prononcé à la française ne peut qu’exceptionnellement être compris par un Chinois. Alors que la prononciation à la française de « Mao Tsetoung » sera beaucoup plus proche de la réalité.

Dans tous les cas, il s’agit pourtant toujours de la même personne ou du même lieu, les caractères – leur simplification mise à part – n’ayant bien sûr pas été affectés par ces transformations.
Mais il convient d’insister sur un point : si entre « Mao Zedong » et « Mao Tsetoung » la différence n’est pas si grande, elle est considérable entre « Canton » et « Guangzhou » qui désignent pourtant la même ville, à tel point que certains ont pu penser qu’il s’agissait de deux lieux différents. Idem pour Pékin et Beijing.

Comme il est écrit plus haut, la transcription des caractères dite Hanyu pinyin ne concerne qu’assez peu les Chinois dans leur vie quotidienne, même si les jeunes enfants chinois commencent leur apprentissage de l’écriture et de la lecture par… les lettres de l’alphabet latin ! Le métro des grandes villes chinoises, les plaques de rue donnent les informations en caractères chinois et en pinyin ; les claviers des ordinateurs chinois sont les claviers de type QWERTY, la saisie des caractères pouvant s’effectuer – entre autres manières – par la saisie du pinyin !

Donc, si comme on l’a vu, ce système n’est guère adapté pour nous, Français, et de manière générale, pour les occidentaux, il a l’immense mérite d’avoir unifié des pratiques qui rendaient les recherches et les classements dans les bibliothèques (par exemple) extrêmement difficiles (cf. ci-dessous le cas de Taiwan).

Les transcriptions, quelles qu’elles soient, intéressent essentiellement les étrangers qui apprennent le chinois ou ceux qui ont à le retranscrire pour d’autres étrangers. A tel point qu’aujourd’hui certains n’apprennent pas à écrire ou à lire les caractères chinois mais se limitent à leur transcription pinyin, ce qui est certes plus aisé mais limite très vite l’apprentissage. Le vieux rêve d’une écriture chinoise sans les caractères chinois a aujourd’hui vécu, à l’inverse de ce qui fut appliqué pour l’écriture vietnamienne qui avait emprunté à la Chine ses caractères(cf. cette page pour quelques détails sur l’évolution de l’écriture vietnamienne).

Taiwan a toujours refusé la simplification des caractères chinois telle que mise en œuvre par Pékin dans les années ’50 et, jusqu’à récemment, utilisait le système de transcription anglo-saxon dit Wade-Gilles. Toutefois, et en dépit des tensions entre Taipei et Pékin, il semble que les choses évoluent, voir : Une nouvelle transcription des noms chinois :

A l'issue d'une réunion de la Cellule interministérielle pour la Réforme de l'Education, présidée par M. Liu Chao-shiuan, vice- Premier ministre, il a été décidé le 27 juillet après de longues tergiversations et hésitations que la transcription des noms chinois dans les textes en anglais (et autres langues utilisant l'alphabet latin) serait désormais donnée selon le système hanyu pinyin.
Cette romanisation élaborée dans les années 50 en Chine continentale, mise en application dès 1958 et officialisée en 1978, y est devenue obligatoire, en même temps qu'elle était adoptée par les Nations unies et diverses instances internationales (normalisation [ISO], agences de presse, etc.) à partir du 1er janvier 1979.
Reconnu pour sa simplicité technique par nombre de scientifiques, le pinyin est aujourd'hui universellement employé, hormis à Taïwan. Là, diverses autres transcriptions sont utilisées et souvent mélangées entre elles, entretenant la confusion, un caractère étant romanisé différemment selon les références du moment. Bien que le plus courant dans l'île, le système anglais de Wade-Giles est terriblement mutilé ou altéré par les usagers qui y mêlent des orthographes fantaisistes, uniformisent des prononciations dissemblables ou, inversement, distinguent des sons identiques.
La romanisation pinyin possède l'avantage d'être unique pour toutes les langues écrites avec l'alphabet latin, tandis qu'elle sert de référence générale du chinois dans les langues usant d'un autre alphabet ou mode d'écriture (cyrillique, arabe, japonais, coréen et même indiens).
" Le choix s'est porté sur le hanyu pinyin parce qu'il est universel et linguistiquement parlant d'un emploi pragmatique ", a indiqué M. Liu Chao-shiuan, qui a ajouté que la décision devrait recevoir prochainement l'approbation du Cabinet.
Une de ses premières applications pratiques à Taïwan sera l'uniformisation de la transcription des noms de rue dans les villes, où on compte jusqu'à cinq ou six orthographes pour une même dénomination, en particulier sur les panneaux indicateurs ou dans les guides touristiques.
La cellule interministérielle a rejeté les autres romanisations récemment avancées, la plupart d'inspiration locale, qui ne remplissent guère leurs fonctions. En effet, la transcription du chinois est essentiellement destinée aux étrangers en leur rendant accessible des idéogrammes qu'ils ne peuvent lire ni écrire.
Il ne semble pas que la décision s'applique, pour le moment, à l'enseignement élémentaire du chinois, à la toponymie insulaire, du moins pour les lieux importants, tandis que la transcription des noms et prénoms serait laissée au choix personnel.
Le gouvernement de la République de Chine avait promulgué en 1932 une romanisation qui est restée dans les cartons, sa structure précise mais fort compliquée n'ayant pas contribué à sa diffusion. Beaucoup plus tard, en 1986, une version simplifiée fut officiellement lancée à Taïwan. Dédaignée par les cercles académiques, elle n'a pas reçu la diffusion escomptée.


Vous pouvez vous reporter aux sites suivants pour davantage de précisions :
La politique à l'égard du chinois officiel
Quelques généralités sur le pinyin
Qu’est-ce que le pinyin ?
et sur sa prononciation adaptée aux francophones : cours d’initiation au chinois
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