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faux yeux

par djinn illiberis, le 06/03/2018 à 22:40 - 334 visites

Bonjour
Par quels mécanismes de l'évolution, des animaux tels que certains papillons ou les paons, ont développé des faux yeux sur leur corps pour faire fuir d'éventuels prédateurs ? Ce n'est pas leur intelligence qui a développé cette stratégie, et quand bien même ces intelligences auraient été incapables de coder sciemment ces aptitudes dans leurs ADN. Alors quelle est l'explication ?
Merci.

Réponse du Guichet du savoir

par gds_db, le 08/03/2018 à 11:52

Bonjour,

" Pour repousser l’ennemi, de nombreuses espèces d’insectes, en particulier des papillons, portent sur les ailes des dessins, les « ocelles », imitant les yeux des chouettes. L’efficacité de ces taches réside dans l’effet de surprise provoqué : le papillon aux ailes repliées, dès l’approche du prédateur, les ouvre brusquement et présente deux yeux fixes qui entraînent le recul de l’agresseur. Les taches concentriques ressemblent plus ou moins à de vrais yeux. La perfection est atteinte chez une espèce Caligo eurylachus, où l’on trouve des ocelles qui s’irisent suivant la lumière ! Outre la brusque frayeur qu’elles suscitent, les ocelles ont pour but, si le prédateur attaque, de l’attirer loin des parties vitales : le bec de l’oiseau se plantera dans une partie qu’il estime vulnérable, l’œil ; en fait, seule l’aile porteuse du faux oeil sera atteinte et non le corps. Le papillon sera certes abîmé, mais pourra repartir, laissant l’oiseau surpris.
source : Mimer pour effrayer

Dans la mesure où ces yeux ou ocelles présents sur le corps ou le plumage des animaux repoussent les prédateurs, ou leur permet de ne pas être atteint de manière vitale, on peut affirmer que c'est par sélection naturelle que se sont développées ces particularités physiques. Les individus ne les ayant pas, étant éliminés rapidement. Seuls les individus porteurs de ces gènes salvateurs se sont reproduits et une lente évolution génétique a opéré.
Ce mimétisme animal est le produit d’un long processus d’évolution qui induit certains animaux mais aussi certaines plantes à adopter les formes, les couleurs, les odeurs d’autres espèces pour se protéger des prédateurs et assurer leur survie. Comme vous l’indiquiez vous-même, ce mimétisme ne suppose aucune activité consciente de la part de l’organisme imitateur.
Toutefois, il existe un autre facteur expliquant ce type d'adaptation. Certains individus peuvent modifier leur morphologie, leur physiologie par plasticité phénotypique. C'est la capacité d'un être vivant à modifier ses traits (morphologie, comportement, ... ) lorsque son environnement change.
Par exemple, Certains papillons font varier la forme de leurs ocelles selon les saisons pour détourner les attaques des prédateurs et assurer leur survie et leur reproduction. C'est ce qui est expliqué dans cet article :

" une équipe de l'université de l'Oregon [a étudié le rôle des ocelles] chez un papillon, Bycyclus Anyana, qui produit environ cinq générations par année dans son habitat naturel caractérisé par l'alternance d'une saison sèche et d'une humide.
Des formes variables selon les saisons
Les chercheurs ont observé les papillons et leurs prédateurs et constaté que la forme des ocelles variait selon la saison et le type de prédateurs présent sur les lieux. Ces modifications sont induites par un changement de l'expression des gènes, un processus appelé "plasticité phénotypique".
MANTES. Durant la saison des pluies, les papillons arborent des ocelles de grande taille et lumineux (photo ci-dessus). "Un peu comme les toreros agitent leurs capes face au taureau" expliquent les scientifiques à la revue Proceedings of the Royal Society B qui publie leur étude. A cette période, les prédateurs de B. Anyana sont principalement les mantes religieuses. Elles sont attirées par les grandes ocelles et attaquent préférentiellement les ailes. Certains papillons échappent donc à leur attaque et survivent assez longtemps pour se reproduire ont constaté les scientifiques.
DESCENDANCE. Les papillons qui naissent durant la saison sèche ont eux des ocelles bien plus petits et sombres. Il faut préciser qu'à cette époque la plupart des prédateurs ont disparu et seuls les oiseaux rodent. Les petits ocelles sont donc préférables et évitent aux papillons de se faire repérer trop facilement. "Avoir le bon type d'ocelle à la bonne saison permet aux papillons de vivre assez longtemps pour pondre des œufs et avoir des descendants", explique Katy Prudic, principal auteur de l'étude.
Des expériences ont confirmé les observations des scientifiques. Ils ont par exemple introduit des papillons avec des motifs inadéquats pour la saison, ces derniers n'ont pas fait long feu. .
source : Comment les ocelles protègent les papillons de leurs prédateurs ? / Joël Ignasse - Sciences et avenir - 13.11.2014

Une précédente réponse du département Sciences expliquait le principe de l'épigénétique :

" L’épigénétique désigne l’étude des influences de l’environnement cellulaire ou physiologique sur l’expression de nos gènes. Pour prendre une métaphore, la génétique renvoie à l’écriture des gènes, l’épigénétique à leur lecture : un même gène pourra être lu différemment selon les circonstances.
La séquence des nucléotides (ADN) qui composent ces gènes n’est pas modifiée. En revanche, les protéines codées par ces gènes pourront être produites à des moments ou à des endroits différents suivant les marques épigénétiques qui sont présentes sur les gènes. Ces marques résultent de l’environnement d’un gène. "
source : Génétique et sport

Pour aller plus loin, voici quelques documents qui pourront vous intéresser :

- Tout d'abord, une vidéo : Henry Walter Bates : l'évolution du mimétisme
Le mimétisme batésien s'intéresse aux signaux d'avertissement visibles pour les prédateurs comme les dessins et les couleurs présents sur le corps des insectes ou des animaux.
L'évolution par sélection naturelle a progressivement favorisé au sein d'espèces inoffensives les individus dont l'aspect les rapprochaient le plus des espèces venimeuses.

- Mimétisme : Subterfuges chez les arthropodes

- Évolution du mimétisme chez les insectes
- Évolution de la coloration chez les papillons
- Plasticité phénotypique

- Plasticité phénotypique et réponses adaptatives aux changements environnementaux chez les insectes / Patricia GIBERT

- Le mystère se lève sur les ocelles des papillons ?

- L'hérédité sans gènes / Andras Paldi

Bonne journée.
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