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Histoire positiviste

par Nulenhistoire, le 18/04/2019 à 10:34 - 1246 visites

Bonjour,

De façon simple et claire, qu'est-ce concrètement "l'Histoire Positiviste" ?


Réponse du Guichet du savoir

par gds_ctp, le 19/04/2019 à 10:06

Bonjour,

Le courant historique dont vous parlez est dit « positiviste » en référence à la pensée du philosophe Auguste Comte (1798-1857), qui proposait une conception du progrès de l’esprit humain dite « loi des trois états » :

« La loi des trois états est un concept énoncé par Auguste Comte, fondateur du positivisme, selon lequel l'esprit humain passe par trois états successifs qui forment les trois étapes de l'espèce humaine (mais également de chaque individu) : théologique, métaphysique et positiviste.

La philosophie positiviste privilégie la connaissance scientifique [...] L'esprit humain doit renoncer à la "métaphysique", c'est-à-dire à fonder une société sur les notions de liberté et d'égalité, et y substituer une science et une morale fondée sur l'observation du progrès historique des sociétés. »

(Source : histophilo.com)

L'histoire positiviste, c'est d'abord une histoire qui se veut scientifique. Cependant, d’après le Dictionnaire des sciences historiques [Livre] / publié sous la direction d'André Burgière, les historiens qui s’en réclamèrent, à partir de la seconde moitié du XIXè siècle, firent un usage assez personnel du terme :

« A partir d’une conception des sciences expérimentales déjà périmée vers 1870, l’histoire positiviste considère comme scientifique une démarche inductive fondée sur un empirisme absolu. Dans le cas de l’histoire le fait historique remplace les expériences. Comme les faits parlent d’eux-mêmes, leur reconstitution suffit ; malheureusement pour l’historien positiviste l’observation directe des faits est impossible […].

Cependant l’objectivité scientifique demeure possible puisque l’historien possède des techniques pour retrouver la trace des faits. A l’aide des méthodes de critique textuelle [...], l’historien positiviste critique les documents dont le témoignage permet la redécouverte des faits historiques.

La critique positiviste repose d’abord sur l’utilisation de sciences auxiliaires (sigillographie [« Science auxiliaire de l'histoire, ayant pour objet l'étude, la description et l'interprétation des sceaux historiques », selon le cnrtl.fr], paléographie, [« Science qui traite des écritures anciennes, de leurs origines et de leurs modifications au cours des temps et plus particulièrement de leur déchiffrement », même source], diplomatique [« Science ayant pour objet les diplômes (cf. diplôme A), chartes et autres documents officiels, leur authenticité, leur intégrité, leur âge et leurs variations au cours des temps », même source]), qui établissent l’authenticité des textes et les datent. Puis la critique interne s’appuie sur l’interprétation du document et enfin mesure l’écart entre son témoignage et les faits déjà connus ce qui détermine son degré de véracité. »

L'approche « scientifique » se voulait en rupture avec la dimension littéraire de la discipline, qui prévalait précédemment. C’est ce que précise un passage de l’article « l’écriture de l’histoire » d’universalis-edu.com :

« C'est ainsi que la rhétorique et le style « littéraire » sont disqualifiés car réputés inutiles ou incompatibles avec la rigueur scientifique et la recherche du vrai. En Europe et aux États-Unis, les historiographies dites « positivistes » qui privilégient l'histoire politique exemplifient cette manière de « ne pas prendre au sérieux » la question de l'écriture de l'histoire. En France, les historiens « méthodiques » Charles-Victor Langlois et Charles Seignobos considèrent que l'histoire est restée un genre littéraire jusque vers 1850. Contre la « préoccupation de l'effet » ou le désir de « faire œuvre d'artiste », ils défendent les « formes scientifiques d'exposition historique » qui doivent permettre de s'en tenir à la « mise en œuvre » des documents, de ne pas « s'endimancher » pour adopter un « style pur et ferme, savoureux et plein ». »

Dans un article de 1978 de la revue Romantisme (lisible sur persee.fr, Charles-Olivier Carbonell, assez critique sur le mouvement, laisse entendre que les qualifications « positiviste » et « scientifique » étaient surtout une manière de rejeter l'héritage d'historiens ecclésiastiques qui avaient tendance à tout expliquer par la providence et le projet divin. Il avance aussi les limites de leur pratique : la « religion du document », dit-il, et la préférence pour les documents « claires » et précis les a amenés à privilégier à outrance les sources « déjà triées, déjà rangées » et à limiter leur champ de connaissance « aux domaines des histoires institutionnelle, diplomatique et militaire. » Ce à quoi l’article du Dictionnaire des sciences historiques déjà cité ajoute que « les positivistes ne tiennent même pas leur contrat et qu’on démontre facilement leur sujétion aux valeurs des Etats-nations du monde industriel ».

Dans le premier tiers du XXè siècle, l’histoire dite « positiviste » sera rendue obsolète par l’émergence d’une nouvelle historiographie, plus rigoureuse et plus ouverte aux sciences sociales, appelée l’Ecole des annales, sous l’impulsion de Lucien Febvre et Marc Bloch :

« Depuis quelques années déjà, la sociologie durkheimienne domine les sciences sociales. De son côté, l’histoire positiviste et nationale subit de violentes critiques. Contre l’historien Charles Seignobos, le sociologue François Simiand dénonce les trois idoles de l’histoire traditionnelle : l’idole politique, l’idole individuelle et l’idole chronologique. Ce débat épistémologique qui révèle la crise de la discipline historique marque profondément les deux hommes. Ensemble, L. Febvre et M. Bloch participent à la Revue de synthèse historique, fondée par Henri Berr en 1900. Dans l’esprit de la géographie de Paul Vidal de La Blache, cette revue défend le projet de fédérer les sciences humaines. L’histoire ne peut plus se faire sans le soutien des nouvelles disciplines, telles que la sociologie, la psychologie ou la géographie. Dans les années 1920, ce projet et l’adhésion de chercheurs comme Maurice Halbwachs ou Charles Blondel créent une atmosphère interdisciplinaire très féconde à l’université de Strasbourg. Un courant est en train de naître. »

(Sources : scienceshumaines.com)

Bonne journée.
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