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Français et Italien

par Anna O, le 16/10/2019 à 12:09 - 244 visites

Bonjour, j'aimerais savoir pourquoi la langue française et l'Italien qui sont toutes deux des langues latines, n'ont pas évolué de la même manière, soit pourquoi le Français est-il plus compliqué à apprendre que l'Italien? Merci!

Réponse du Guichet du savoir

par bml_litt, le 17/10/2019 à 13:45

Réponse du Département langues et littérature :

Bonjour,

Certes, les langues française et italienne dérivent toutes deux du bas latin, tout comme l’espagnol, le portugais ou encore le roumain. Bien qu’issues d’une même base, ces langues sont très différentes, autant d’un point de vue grammatical que morpho-syntaxique.
D’une part, il faut savoir qu’au cours de cette évolution, en Europe centrale, une différenciation s’est opérée parmi ces langues, les séparant selon une ligne de démarcation linguistique que l’on appelle ligne La Spezia-Rimini ou ligne Massa-Senigallia, distinguant les langues romanes en deux groupes. Au nord de cette ligne, on trouvera les langues romanes occidentales telles que le gallo-roman, le rhéto-roman, le portugais, le français, l’occitan, etc… et les langues romanes orientales au sud parmi lesquelles on compte l’italien, le roumain ou encore le corse. Cette démarcation linguistique correspond en fait aux territoires qui ont ou non été occupés par les gaulois entre les Ve et IIIe siècles avant J.C.

De manière générale, une langue se construit en partant d’un substrat, le plus souvent la langue véhiculaire — langue utilisée par le pouvoir, qu’il soit politique ou religieux (ici le latin) — et des langues vernaculaires — c’est-à-dire les différents dialectes parlés sur le territoire ; dialectes qui sont le plus souvent apportés par les mouvements migratoires tels que les invasions ou les exodes.

D’un point de vue factuel, une langue se construit souvent en fonction de l’évolution de ses frontières afin de correspondre à une identité culturelle et politique, comme ce sera le cas de la langue française.
C’est en 1539 que la langue française est définitivement adoptée avec l’ordonnance de Villers-Cotterêts qui en fait la langue juridique et administrative de l’ensemble du territoire, en lieu et place du latin. Si le français est à ce moment-là entériné par un texte officiel, c’est parce que non seulement il s’agit d’une langue comprise par l’ensemble de la population, le latin n’étant quant à lui plus guère utilisé que par le clergé, mais aussi parce qu’il s’agit de la langue parlée par le roi.
Outre le latin, du point de vue de sa grammaire et de sa syntaxe, le français a été grandement influencé par les langues germaniques (francique, gotique, burgonde, saxon, etc…). Son vocabulaire va quant à lui emprunter aux langues parlées sur le territoire que sont le francoprovencal (alors en usage en Rhône-Alpes) et la langue d’oïl qui regroupe tout un ensemble de dialectes (franc-comtois, picard, bourbonnais, gallo, etc…) mais aussi à certaines langues étrangères parmi lesquelles le grec ancien, l’italien, l’anglais et les langues scandinaves (par les invasions normandes). Ce sont très certainement ces multitudes d’emprunts linguistiques qui vont conférer au français cette complexité que vous mentionnez dans votre question.

Intéressons-nous maintenant à la langue italienne. Contrairement au cas français, l’italien n’est pas apparu du fait d’un processus d’unification politique puisque ce n’est qu’au XIXe siècle avec Giuseppe Garibaldi et le comte de Cavour qu’un ensemble de duchés et de royaumes vont s’unifier et devenir l’Italie. Or, vous imaginez bien que la langue italienne date d’un peu plus longtemps que cela. Ainsi que l’explique Bruno Migliorini, auteur de la Storia della lingua italiana , « en France, l’unité politique a promu l’unité linguistique alors qu’en Italie, l’unité linguistique a promu l’unité politique ». La langue italienne a en effet pour particularité d’avoir été commune à différentes nations qui se sont par la suite réunies en une seule entité politique. Et là où la France a vu sa langue officialisée par un texte législatif, il en en est allé tout autrement pour l’italien.
Remontons pour cela le cours du temps. Au XIIe siècle, l’Italie (qui n’existe pas encore comme telle) ne possède pas de langue commune, mais une multitude de dialectes tous rattachés à leur région.
Dans De l'éloquence en langue vulgaire, Dante explique que ces langues vernaculaires ont transposé le latin par le fait qu’elles permettaient à la fois de s’exprimer au quotidien et de faire circuler des idées ou concepts intellectuels ce qui ne se faisait jusqu’alors qu’en latin, limitant de fait la transmission de ces idées. De fait, ces dialectes issus du peuple sont alors passés de l’oralité à l’écriture et des textes en toscan, lombard, ombrien ou florentin vont alors circuler en lieu et place du latin. Au XIVe siècle, avec la publication de trois monuments littéraires majeurs qui vont circuler bien au-delà de leur région originelle : Le Décaméron de Boccace, la Divine comédie de Dante, et le Canzoniere de Pétrarque, le dialecte toscan florentin resté très proche du bas latin va s’imposer. Ainsi l’italien tiré du toscan florentin n’a que peu varié par rapport à sa langue-mère latine (18%) alors que le français, marqué par de très nombreuses influences est la langue romane qui s’en est le plus éloignée (44%) comme l’explique la linguiste Mario Andrew Pei qui a comparé le degré d’évolution des langues issues du latin.

Quid du caractère plus simple de l’italien par rapport au français ? Pour certains linguistes comme Paolo d’Achille, cela s’originerait très certainement dans le fait que contrairement à la France pour laquelle c’est le dialecte français royal qui est devenu la langue nationale, en Italie, ce sont les langues du peuple qui vont s’imposer. Or, le peuple ne cherche pas une langue faite de fioritures ou ayant une structure complexe. Ce qu’il veut c’est une langue pratique et directe. De fait, l’italien va connaître une phase de simplification du XVe au XIXe siècle pour y répondre. Comme il le dit dans l’article L'italiano dei semicolti paru dans Storia della lingua italiana, l’italien populaire n’est pas perçu de façon péjorative mais est considéré comme un « italien avancé » car représentant l’évolution naturelle de la langue et préfigurant son futur, alors qu’en France, la langue parlée par le peuple n’est vue qu’en négatif du français des intellectuels.


Quelques lectures pour approfondir le sujet :

Sur les langues romanes :
- Grammaire des langues romanes, Wilhelm Meyer-Lübke
- Comprendre les langues romanes : du français à l'espagnol, italien, portugais et roumain : méthode pratique d'intercompréhension, ouvrage collectif
- Les langues romanes, Charles Camproux
- La formation des langues romanes, Pierre Groult

Sur l’histoire de la langue française :
- Introduction à l'histoire de la langue française, Michèle Perret
- Mille ans de langue française : histoire d'une passion, Frédéric Duval, Alain Rey, Gilles Siouffi
- La formation de la langue française, Jacques Allières

Sur l’histoire de la langue italienne :
- Sur la langue italienne, Dante Alighieri, Giangiorgio Trissino et Agnolo Firenzuola
- Dante et les origines de la langue et de la littérature italiennes: cours fait à la Faculté des lettres de Paris, Mohl Claude Fauriel
- Storia della lingua italiana (essentiellement le volume 2 pour l’évolution de la langue, et le 3e pour l’apport des langues étrangères dans la construction de l’italien), Luca Serianni et Pietro Trifone
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