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La fidélité est-elle une illusion ?

par Viince, le 19/06/2020 à 15:47 - 175 visites

À cette question s'ajoute celle-ci : depuis quand le mot « fidélité » a-t-il désigné l'exclusivitté sexuelle, et non le lien d'amour ou d'amitié lui-même ?
Y a-t-il un penseur phare qui décortique ce glissement sémantique ?
Merci !

Réponse du Guichet du savoir

par gds_et, le 22/06/2020 à 15:20

Bonjour,

D’après le Dictionnaire historique de la langue française, « fidèle » désigne dès 1651 « quelqu’un dont les sentiments, notamment amoureux, ne changent pas ».
Etre infidèle, au sens synonyme d’adultère « qui n’est pas fidèle en amour, dans le mariage », est une spécialisation du sens plus large de celui ou celle « qui n’est pas fidèle, qui est changeant dans ses sentiments, son affection. » D’après ce que nous lisons dans le Dictionnaire culturel, les deux emplois semblent être apparus simultanément, au XVIIe siècle. On peut donc difficilement parler de glissement sémantique ici…

Vous pouvez aussi consulter les lexicographies et étymologies des mots fidèle, fidélité, infidélité, etc. sur le site du Cnrtl.

Concernant les réflexions philosophiques sur la fidélité amoureuse / sexuelle, et la question de son caractère illusoire, voici quelques documents à lire ou à écouter, qui vous intéresseront peut-être :

La fidélité ou L'amour à vif / Michela Marzano
La philosophe se demande si la fidélité peut encore être un idéal pour les couples d'aujourd'hui, évitant le double écueil du retour à la fidélité toute extérieure d'antan et celui de la dissociation contemporaine d'avec l'amour. La fidélité authentique, celle qui mène à l'amour, se révèle comme présence à soi et à l'autre et non plus comme un idéal.

Essai sur la fidélité / Roger Mehl
« Si nous voulons avoir quelque chance de saisir la fidélité dans son essence, d’où dérive son sens, il faut d’abord repérer la diversité des liens où s’exprime la fidélité. Envers qui ou envers quoi sommes-nous fidèles ?
Nous sommes bien sûr fidèle à un être humain. Mais quels êtres humains ? Nous sommes tenus d’être bienveillants et secourables envers tous les êtres humains que nous rencontrons et dont nous devenons ainsi les prochains. Sommes-nous tenus de leur être fidèles ? Dans un certain sens oui, car si nous avons commencé à les aider, il faudra bien continuer, au moins pendant un certain temps, sous peine de les tromper. Mais la fidélité a ici un sens restrictif et non un sens plénier, car il ne saurait être question de nous engager envers eux au-delà de certaines limites qui sont déterminées à la fois par leur situation et par nos capacités matérielles. Parmi tous ceux qui surgissent dans notre existence, nous n’accordons, nous ne promettons fidélité qu’à certains que nous avons choisis et envers lesquels nous nous engageons en leur promettant fidélité. Tel est le cas de l’époux, de l’épouse, des enfants, des amis, des alliés. Choix et promesse caractérisent donc la fidélité. Celle-ci se trouve ainsi marquée par une contingence et par une sorte de partialité qui se manifeste dans l’acte du choix. Et en même temps par une liberté. Tout se passe comme si la liberté humaine ne pouvait s’exprimer que dans la partialité d’un choix. Il ne faudrait pas concevoir cette liberté sous la forme d’un décret arbitraire, d’une sorte d’oukase… »
(premières lignes trouvées sur Cairn)

Petite philosophie de l'amour : de Platon à Comte-Sponville / Catherine Merrien ; préface d'André Comte-Sponville
Le concept de l'amour est présenté à travers l'oeuvre d'une dizaine de penseurs majeurs, depuis l'Antiquité jusqu'à l'époque contemporaine.
(extraits dans Google Livres)

Petite philosophie du mariage et de ses dérivés aujourd'hui / Dominique Catteau
(extrait dans Google Livres)

Le sexe ni la mort : trois essais sur l'amour et la sexualité / André Comte-Sponville
" Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement ", écrit La Rochefoucauld. Cela fait au moins une différence avec le sexe : le regarder fixement, voilà ce que peu d'hommes et de femmes, de nos jours, s'interdisent ou redoutent. Pourquoi, s'agissant de sexualité, est-ce pourtant cette formule qui m'est venue, jusqu'à me fournir, ou peu s'en faut, mon titre ? Peut-être parce que l'essentiel, ici aussi, échappe au regard, ou l'aveugle, tout en continuant de le fasciner. Le sexe est un soleil ; l'amour, qui en vient, s'y réchauffe ou s'y consume. Les mortels, disaient les Anciens pour distinguer les hommes des animaux et des dieux. Nous pourrions, tout autant, nous nommer les amants : non parce que nous serions les seuls à avoir des rapports sexuels, ni à aimer, mais parce que le sexe et l'amour, pour nous, sont des problèmes, qu'il faut affronter ou surmonter, sans les confondre ni les réduire l'un à l'autre. Cela définit au moins une partie de notre humanité : l'homme est un animal érotique. A. Comte-Sponville développe une philosophie du bonheur en décrivant la passion, les émotions, les contradictions, les engagements, la morale.
(interview sur le site du café pédagogique)

Je pense donc je jouis : La philosophie du cul
- Extrait en ligne sur Google Livres
- Présentation par l’auteur : Peut-on philosopher sur le désir sexuel ? huffingtonpost.fr

Théorie du corps amoureux : pour une érotique solaire / Michel Onfray
« Pour en finir avec la monogamie, la fidélité, la procréation, la famille, le mariage et la cohabitation associés, Michel Onfray redéfinit le désir comme excès, le plaisir comme dépense, et invite à une théorie du contrat appuyée sur la seule volonté de deux libertés célibataires. Contre le modèle chrétien qui préside toujours à la définition de la relation entre les sexes, il propose une relecture des philosophes matérialistes et sensualistes de l'antiquité gréco-romaine. »
(source du résumé : Babelio)

Foucault, l'histoire de la sexualité et la condition des femmes dans l'Antiquité, Josée Néron
« Au Québec, aucune théorie féministe n'étudie la perception juridique de lasexualité et ses répercussions sur les femmes. Aussi, un examen futur de laquestion demande que l'on importe une théorie de la sexualité comme point dedépart à toute critique. La théorie de la sexualité de Michel Foucault, qu'ilélabore dans l’'Histoire de la sexualité, peut sembler appropriée pour amorcerune telle réflexion. Mais le discours de Foucault cache sous une formeanarchique un traitement arbitraire de l'histoire et une perception patriarcalede la sexualité féminine. Son étude présente une vision dogmatique du passé,c'est-à-dire une déformation moderne de la réalité historique et documentairedes siècles qu'il étudie, soit les XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles et l'Antiquité. Deplus, Foucault, en raison de sa conception du pouvoir, ne désigne pas commeun rapport de force le contrôle de la sexualité féminine dans l'Antiquité. Toutcomme les Anciens, il exclut les femmes de sa recherche sur la sexualité, saufdans le cadre institutionnel du mariage, et entérine mythes et préjugésmisogynes comme s'il s'agissait de la normalité. Foucault perpétue la vision del'homme dominant à l'égard des femmes. En ce sens, il est préférable de rejeterune telle théorie comme base d'une critique féministe du traitement juridiquede la sexualité. »

• Perrin, Christophe. « La fidélité, un devoir à revoir ? », Revue d'éthique et de théologie morale, vol. 289, no. 2, 2016, pp. 11-30.

L’amour : réalités plurielles et illusions multiples
Conférence donnée par Ruwen Ogien dans le cadre des Lundis de la philosophie.

« Sous l’influence des moralistes du XVIIe siècle, des naturalistes et des féministes, la philosophie de l’amour était devenue une sorte d’école du scepticisme. Disséquer philosophiquement l’amour revenait à dévoiler son enracinement dans la vanité humaine, son caractère de "ruse de la nature" et son rôle majeur dans l’assujettissement des femmes. Depuis quelque temps, ce scepticisme est passé de mode. Certains philosophes, pas les moins connus, semblent avoir retrouvé les vertus de l’amour et se concurrencent pour le glorifier. À travers l’éloge de l’amour, ce qu’ils semblent exprimer, c’est leur rejet de l’individualisme moderne et de son expression : le consommateur compulsif, avide de satisfactions immédiates. Il faudrait, d’après eux, retrouver ce qui peut faire "lien" avec les autres, revaloriser les mouvements de l’âme "désintéressés", renforcer ce qui pourrait remettre dans le cœur des citoyens le goût des belles choses, de la constance, de la durée, de la fidélité. De tous ces points de vue, l’amour semble être un remède idéal. Ce discours édifiant n’est pas indéfendable. Mais il peut nous nous empêcher de voir que l’amour est parfaitement concevable en dehors de tout asservissement à l’idée du couple fidèle, obstiné, durable : c’est un discours fermé aux innovations normatives. Par ailleurs, ces éloges de l’amour sont clairement puritains. Ils servent à contester la conception moderne de la liberté sexuelle. »

Territoires intimes (4/4) Quand coucher n’est pas tromper : les nouvelles infidélités
« Dans ce documentaire, la parole est donnée à ces couples dits « ouverts » qui revendiquent une fidélité de cœur, de famille, de projet de vie, mais sans exclusivité sexuelle ou affective. L’éventail est large : des libertins qui ne se quittent pas des yeux, des polyamoureux qui communiquent sans cesse, des amoureux libres qui se donnent le droit à l’adultère… A chacun ses concepts, ses mots, son histoire. »


Bonne journée.
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