Question d'origine :

Bonjour Je souhaiterais savoir la différence entre un "bordier" et un métayer? et qu'Est-ce que un ""serger" , mot utilisé à la rubrique métiers du 19 e siècle du dénombrement communal merci C Veaux

Réponse du Guichet

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Le 06/03/2015 à 10h46
Bonjour,

Voici ce qu’indique le dictionnaire Furetière pour le bordier :

Borde : Vieux mot qui signifiait autrefois une petite maison de campagne. Bord est un mot saxon qui signifie maison, ou une petite ferme de campagne. De ce mot on a fait aussi autrefois borderie, qui signifiait une petite ferme ; et bordier, pour en signifier le fermier ou le métayer. Quelques-uns le dérivent de boaria, c'est-à-dire, lieu à tenir des bœufs.

Nous ajoutons en complément ce que nous trouvons dans le Dictionnaire historique de la langue française pour le mot bordier :

Bordier, ière :
Est d’abord attesté dans un dictionnaire de marine (1687) pour qualifier une mer située en bordure d’un océan et un navire qui incline de côté (parce qu’il a un bord plus fort que l’autre). Il est passé dans l’usage pour désigner, en Suisse (un bordier, n. m.), un riverain dont la propriété est située en bordure de voie (1743).
Comme adjectif, il qualifie ce qui sépare deux terrains limitrophes (1873, fossé bordier).
[…]
Borde : petite maison, cabane, encore enregistré en ce sens dans les dictionnaires du XVIIe, voire du XVIIIe siècle. […] Le latin médiéval borda n. f., en domaine poitevin, désigne (927) une tenure ; dans le domaine d’oc, l’ancien provençal borda signifie « métairie » (1179). A l’époque moderne, borde se trouve encore implanté dans le domaine provençal (bordo) et dans certains dialectes de l’Ouest (Anjou, Normandie), du Centre, avec le sens de « petite ferme, métairie » pris au XVIe probablement sous l’influence du provençal.



On trouve aussi sur internet des définitions de bordier qui correspondent au métier de fermier ou de petit métayer, par exemple au sud de l’Anjou, de la Loire et du Poitou :

En Haut-Anjou, avant 1789, un exploitant agricole n'est jamais propriétaire de l'exploitation. Il est dénommé "métayer, closier, laboureur, journalier".
Le terme "'bordier" est utilisé plus au sud de l'Anjou, vers la Loire, et en Poitou, pour désigner le cultivateur qui exploite une petite propriété rurale de quelques hectares, soit comme propriétaire soit comme fermier. En Anjou, à la fin du Moyen-âge, le bordier est un laboureur qui possède 2 boeufs et exploite 6 à 10 hectares, cette propriété se nomme une borderie, et c'est la surface cultivable avec 2 boeufs.

Source : Fermier en Haut-Anjou 16e-18e siècles, odile-halbert.com

Borde : petite exploitation agricole ; voir bordier
[…]
Bordier : métayer qui tient une borde et est soumis au droit de bordage, terre soumise à bordage.
[...]
Bordage : droit, service dû par celui qui détient le fief, bord, petite métairie, petite exploitation agricole

source : Lexique : pour l’étude de la Franche-Comté à l’époque des Habsbourg (1493-1674)


Dans Descendants de Chouans: histoire et culture populaire dans la Vendée contemporaine de Bernadette Bucher, une conversation enregistrée en 1977 entre un fils de bordier et une fille d’anciens fermiers semble indiquer que la différence entre le bordier et le métayer en Vendée tient à ce que le bordier est propriétaire de toutes ses terres, mais possède une petite exploitation, alors que le métayer exploite une surface plus grande, mais en reverse une part au propriétaire :

M – S’ils avaient trois champs, se disaient propriétaires ou bordiers ; une toute petite terre, 9, 10 hectares, l’étaient « fermiers ». O l’état déjà la deuxième classe. La troisième, l’étaient métayers. Alors là, était au ras du sol.
F – Oh bah ! tu sais les bordiers, l’étaient pas mieux payés.
M – Oui mais enfin, le bordier, t’avais un peu mieux de latitude. T’avais pas le singe sur le dos.
F – D’accord. L’était son maître.
M – Le bordier avait peu de terres. Le métayer avait beaucoup plus de terres.
F – Métayer, t’avais une trentaine d’hectares.
M – Oui, mais le ramassaient quoi ? Le ramassaient jamais que leur part. Tandis que le bordier, tout ce qu’il produisait, l’était à lui.



Ce qui nous amène à la définition du métayer :

Métayer, ère :
Est la réfection (1480) de moitoier (1150), dérivé de moitié avec le suffixe –ier. Dès 860, on relève en latin médiéval medietarius.
En français, le premier sens est « celui qui partage par moitié » puis par spécialisation « celui qui fait valoir une terre en donnant la moitié des fruits au propriétaire ». Ce mode d’exploitation agricole était extrêmement répandu avant l’époque contemporaine (par opposition à fermage). Selon les époques et les régions, il ne consistait pas toujours en un partage par moitié.
L’ancien français avait moitoiage « convention par moitié », dérivé de l’ancien verbe moitoier « partager, diviser par moitié » (1155), de méitié, moitié. Ce nom en –age a été refait au XIXe s. en métayage (1840) d’après métayer. Enfin, l’ancien moitierie (v.1200) a été refait en mestairie (1500), métairie n. f. correspondant au latin médiéval metaria « tenure héréditaire à demi-fruit » (1115) et plus anciennement medietaria (1084). Le mot désigne le domaine exploité par un métayer et les bâtiments (v. 1500) formant celui-ci. Ce sens métonymique est beaucoup moins usuel que celui de ferme, qui lui correspond sémantiquement.

Source : Dictionnaire historique de la langue française, Alain Rey


Pour terminer, voici la définition du serger :

Serger :
n. m. (1669) ou sergier (1690), auparavant sargier (1255), désignait un fabriquant de serge.

=> Serge :
Est la réfection (1360) de sarge (v. 1175), forme issue d’un latin populaire sarica, altération du latin classique serica « étoffes, vêtements de soie », pluriel de sericum « soie », nom neutre, substantivation de l’adjectif sericus « de soie ». Ce mot dérive de Seres, nom d’un peuple d’Extrême-Orient, probablement les chinois, employé pour parler de produits originaires de Chine. Sericus est la transcription du grec sêrikos, dérivé de Sêr, souvent au pluriel (Sêres), mot d’origine obscure ; par dérivation inverse, le grec sêr signifie aussi « ver à soie ».

Source : Dictionnaire historique de la langue française, Alain Rey


Bonne journée.

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