Question d'origine :

Que peut-on savoir sur l'écho du livre « Yoga » d'Emmanuel Carrère ?

Réponse du Guichet

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Le 09/11/2020 à 09h37
Réponse du Département Langues et Littératures

Emmanuel Carrère est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages (essais, romans et récits). Ces publications, et en particulier les récits-témoignages qu’il a multipliés ces dernières années, très appréciées par le public comme par la critique, font généralement l’objet d’une forte couverture médiatique.

Il va sans dire que Yoga, son dernier ouvrage paru en 2020, était particulièrement attendu, l’auteur n’ayant rien publié depuis Le royaume, en 2014 où il évoquait son expérience religieuse passée.

Il est vrai que, dans l’intervalle, Emmanuel Carrère a souffert d’une profonde dépression accompagnée d’un séjour à l’hôpital psychiatrique Sainte Anne. C’est précisément cette traversée difficile qu’il rapporte dans son nouveau récit, accompagné d’une réflexion sur sa pratique résiliente du yoga et d’une rencontre avec des réfugiés en Grèce qui lui permet de se confronter de nouveau au monde extérieur…

Dès sa parution qui a un peu éclipsé la rentrée littéraire, les média ont abondamment commenté l’ouvrage (qui, à peine un mois après sa sortie, s’était écoulé à plus de 170 000 exemplaires selon son éditeur). Un article de Wikipedia répertorie les principaux articles qui lui ont été consacrés dès les premiers jours.

Quoiqu’élogieux dans l’ensemble, les commentateurs relèvent aussi les limites d’une démarche qui se veut basée sur une complète et sincère description de la réalité. Un article publié sur le site de France Inter dans le cadre de l’émission Le masque et la plume s’en fait l’écho en présentant les réactions de ses collaborateurs.

De fait, l’ouvrage a été l’objet de quelques controverses, liées tant au fond qu’à la forme.

La sélection pour le Prix Goncourt : ce roman autobiographique, récit clinique sur sa descente aux enfers, pouvait-il concourir ? Des interrogations planaient sur la possibilité pour l'Académie Goncourt de faire figurer dans sa sélection ce qui ne serait pas une « œuvre d'imagination », comme le mentionne le testament d'Edmond de Goncourt. Le titre a pourtant été sélectionné pour la première liste mais a été éliminé dès le second tour, peut-être suite à une polémique liée au fait que l’ouvrage-témoignage Le lambeau, de Philippe Lançon n’a pas été retenu en 2018 pour cette raison.

La référence à l’entourage de l’auteur. L’ex-épouse de l’écrivain, Hélène Devynck, estime que celui-ci n’a pas respecté le contrat selon lequel elle ne devait pas figurer dans son roman. Suite à la parution du livre, elle exprime longuement son point de vue sous forme de droit de réponse dans le périodique Vanity Fair.

Au-delà d’une querelle juridique, cet article a le mérite de soulever la question du rapport entre réalité et fiction (mensonge ?) qui constitue le socle de toute littérature et permet de s’interroger sur la place des récits, témoignages et autres autofictions de plus en plus présents dans le paysage littéraire contemporain.

Emmanuel Carrère est particulièrement représentatif de ce mouvement, comme le rappelle l’ouvrage collectif Faire effraction dans le réel, à lui consacré en 2018.

Deux articles aussi divergents qu’argumentés sur Yoga abordent frontalement son rapport à la littérature.
Sur le site Diacritik Christine Marcandier plaide pour les qualités littéraires de l’ouvrage, tandis que sur le site Huffington Post le philosophe Denis Faïck argue que Yoga ne relève pas de la littérature.

Pour conclure, laissons le dernier mot au journaliste Christian Desmeules qui, avec un peu de distance, dans l’article « Yoga » : léviter le réel, sur le site du quotidien québecois Le Devoir synthétise bien la situation.

La fiction peut-elle être plus « vraie » que la réalité ? Et le mensonge d’une fiction serait-il préférable à une réalité plate, exagérée ou incomplète ? C’est au lecteur de décider.

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