Question d'origine :

Bonjour, Je fais actuellement des recherches sur l'invention du papier en Chine, je cherche ainsi des informations sur le contexte de cette création, les techniques utilisées, l'utilisation qui en était faite et les changements sociétaux que ça a apporté. Je me demandais ainsi si vous pourriez me conseiller des ouvrages disponibles en ligne traitant de ces différents points ? Je vous remercie de voter réponse.

Réponse du Guichet

Avatar personnalisé gds_db - Département : Equipe du Guichet du Savoir
Le 03/12/2020 à 10h42
Bonjour,

Monique Cohen répond à quelques-unes de vos questions dans l'exposition en ligne de la Bibliothèque nationale de France Chine : L'Empire du trait à la page intitulée : Le papier, une invention chinoise :

Vénéré comme le patron des papetiers, Cai Lun († 121), un eunuque de l'Office des armes et des outils, avait "eu l'idée d'utiliser de l'écorce, du chanvre, des chiffons et des filets de pêche pour fabriquer du papier". Sa biographie officielle précise qu'il avait présenté son invention à l'empereur Han Hedi, en 105 de notre ère, et qu'il en fut loué et récompensé.

Un inventeur, une date, un lieu -Luoyang, alors capitale de l'empire-, authentifiés par l'histoire officielle... Trois certitudes ébranlées par les découvertes archéologiques des dernières décennies qui révèlent un usage du papier antérieur d'au moins deux siècles. Cai Lun passe maintenant pour avoir amélioré les techniques de fabrication du papier et l'avoir fait officiellement accepter comme substitut à "la soie, trop chère" et aux "planchettes de bambou, trop lourdes", alors supports usuels de l'écriture.

Les recettes anciennes n'ont pas été conservées, et nul ne sait comment Cai Lun utilisait les différents ingrédients. L'analyse des plus vieux papiers retrouvés confirme l'emploi de moracées : chanvre, Cannabis sativa, dama; de tiliacées : jute, Corchorus capsularis, huangma ; de linacées : lin, Linum perenne, yama, et d'urticacées : ramie, Boehmeria nivea, zhuma. Les fibres du mûrier à papier, une autre moracée (Broussonetia papyrifera, chu ou gou), apparaissent dans les papiers du début du Ve siècle, tandis que l'utilisation du bambou est attestée dès la fin du VIIIe siècle.
Le bambou, si commun en Chine, deviendra un matériau privilégié et le processus de fabrication du "papier de bambou" est donné en détail dans une encyclopédie des techniques datant du début du XVIIe siècle.

Le plus souvent, plusieurs fibres différentes sont associées dans la pâte et diverses substances végétales, ou animales, sont ajoutées pour donner au papier finesse, résistance et lustre. Les textes citent le rotin, la paille, l'hibiscus, et c'est le santal bleu (Pteroceltis tartarinowii, qingtan) qui confère au xuanzhi, le "papier de Xuan" -du nom du lieu où il est fabriqué depuis les Tang (618-907)- ses qualités de blancheur et de finesse que louent calligraphes et peintres.

Dès le début du Ve siècle, les papiers portent les traces -vergeures et lignes de chaînette- d'une forme mobile faite d'un cadre de bois et d'un treillis de bambou. Elle remplace la forme primitive, une simple étoffe fixée à un cadre de bois, qui restera cependant en usage jusqu'à une époque très récente dans le sud de la Chine ou au Népal.

Une très large utilisation
Très tôt, la Chine fit un large usage du papier dans la vie quotidienne et en développa une grande variété de qualités.
Les provinces livraient en tribut chaque année leurs plus beaux produits à une administration dévoreuse de papier pour sa monnaie, ses archives, ses examens, ses éditions...

Des fabrications spéciales répondaient aux exigences esthétiques des calligraphes et des peintres, tel ce "papier au poivre" jiaozhi, produit à Jianyang, dans la province du Fujian, sous les Song du Sud (1127-1279) : il tenait sa couleur jaune d'or et son parfum épicé, censé durer plusieurs siècles, d'un traitement à la décoction de graines de poivre qui le protégeait aussi de la gourmandise des insectes.


Se substituant aux lamelles de bambou ou de bois et à la soie, le papier devient un support d'écriture, entraînant des conséquences capitales pour le développement de la civilisation de l'écrit en Chine (culture, administration, religion...). C'est ce qu'explique Charles Le Blanc dans cet extrait d'article :

«La soie était trop chère, le bambou trop lourd.» Ainsi l'historien Fan Ye (398-446) introduit-il son compte rendu de l'invention du papier par Cai Lun en l'an 105 P.C.8. Celui-ci utilisa comme matière première des écorces d'arbres, des bouts de chanvre, de vieux chiffons et des filets de pêche. Des découvertes archéologiques récentes prouvent cependant que le «papier du marquis Cai» ne fut que le point culminant d'un long processus d'expérimentation et d'innovation dont les premières traces remontent au règne de l'Empereur Wu (140-87 A.C.) : c'est durant cette période que fut fabriqué le «papier de chanvre de Baqiao» découvert près de Xi'an en 1957.
Par ailleurs, l'emploi de nouvelles matières premières et le perfectionnement des techniques de fabrication aboutirent, dans les siècles qui suivirent Cai Lun, à une très grande variété de papiers de haute qualité. Si l'on se rappelle que le papier est la condition essentielle de l'imprimerie, on devine l'importance de bien connaître le développement de l'industrie papetière en Chine, tâche qui déborde cependant les limites de cet article. La copie manuscrite sur papier donna, à partir du IIe siècle P.C., un essor considérable à la culture écrite et à la production de livres (cousus en accordéon ou à la tranche). La grande tradition écrite chinoise, déjà riche de milliers de titres, mais pratiquement inaccessible (sinon aux fonctionnaires lettrés ou aux familles nobles et riches), fit irruption sur la place publique. Des ouvrages populaires — almanachs, manuels d'agriculture, de médecine, d'artisanat, recueils de poèmes et de nouvelles — commencèrent à filtrer dans les couches moyennes et inférieures de la société. Le Bouddhisme, attesté en Chine à partir du Ier siècle P.C., bénéficia de ce moyen inédit de communication en même temps qu'il lui fit faire de nouveaux progrès. La «conquête» bouddhiste de la Chine entre le IIIe et le VIe siècles ne se comprend pas entièrement si on omet de prêter attention au phénomène de diffusion de centaines d'ouvrages bouddhistes (la plupart des sûtras traduits du sanscrit en chinois) à l'intention des communautés bouddhistes bourgeonnant à travers toute la Chine. L'invention du papier engendra, vers le Ve siècle P.C., un nouveau procédé de reproduction qui allait, de fil en aiguille, plusieurs siècles plus tard, conduire à l'imprimerie : l'estampe.

source : Écriture et livre en Chine / Charles Le Blanc. revue Études françaises - Volume 18, Numéro 2, automne 1982, p. 19–35
Nous vous laissons poursuivre la lecture de cet article aux pages 27 et suivantes.


A lire aussi en ligne, ces quelques documents :

- Le papier, une invention chinoise / Chine Magazine - Nov 2, 2017

- Quatre grandes inventions de la Chine ancienne : la fabrication du papier / Chine Magazine - Fév 22, 2018

Nous vous renvoyons aux travaux de Jean-Pierre Drège et notamment les publications suivantes :
- L'un des plus anciens papiers du monde exhumé récemment en Mongolie – découverte, analyses physico-chimiques et contexte scientifique / André Guilhem, Desroches Jean-Paul, Drège Jean-Pierre, Rouchon Véronique. In: Arts asiatiques, tome 65, 2010. pp. 27-42.
- Les débuts du papier en Chine / Drège Jean-Pierre. In: Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 131ᵉ année, N. 4, 1987. pp. 642-652.
- L'interminable controverse sur les origines du papier en Chine
...

Wang Françoise a rédigé un compte-rendu de lecture de l'ouvrage de Tsien Tsuen-hsuin, Science and civilization in China , vol. V : Chemistry and chemical technology , part 1 : Paper and printing. Avant-propos de Joseph Needham, 1985 qui pourra vous intéresser.
Quelques extraits de ce livre sont consultables sur Google Livres.

Autre compte-rendu d'un ouvrage qui pourra vous intéresser : Pan Jixing : Zhongguo zaozhi jishu shigao (Histoire des techniques de fabrication du papier en Chine).

Paul Pelliot, sinologue et bibliographe, les débuts de l’imprimerie en Chine. / Gernet Jacques. In: Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 152e année, N. 3, 2008. pp. 1097-1111.
Article qui présente les travaux de Paul Pelliot, auteur de l'ouvrage Les débuts de l'imprimerie en Chine et qui a notamment travaillé sur une réédition de The Invention of Printing in China and Its Spread Westward / Thomas Francis Carter

- Encyclopédie chimique, Numéros 83 à 85

- Le papier, fragile support de l'essentiel / Biasi Pierre-Marc - Les cahiers de médiologie, 1997/2 (N° 4), p. 7-17.


Enfin, voici quelques ouvrages sur l'histoire du papier à consulter/emprunter à la Bibliothèque municipale de Lyon et notamment celui de Lucien Polastron Deux mille ans d’histoire et de savoir-faire.
Vous trouverez peu d'ouvrages récents sur ces sujets à consulter en ligne pour des raisons de droits d'auteur.

Un documentaire en trois parties sur l’odyssée de l’écriture proposé par Arte pourra aussi vous intéresser. Dans le 2e épisode, vers 24 minutes, est abordé l'histoire de l'utilisation du papier en Chine.

Bonne journée.

DANS NOS COLLECTIONS :

Commentaires 0

Connectez-vous pour pouvoir commenter. Se connecter

Poster un commentaire