Question d'origine :

Bonjour Madame Monsieur Pourriez vous s'il vous plait M'informer Quels ont été les faits et les conséquences mis en oeuvre par Fidel Castro au cours de ses mandats pour améliorer et augmenter le niveau de vie du peuple Cubain en contre partie les actions de répressions ( néfastes voire dramatiques )( emprisonnements tortures assassinats ) sont ils avérés ?...( exemples si possibles ) avec mes remerciements veuillez recevoir madame monsieur mes respectueuses salutations

Réponse du Guichet

Avatar par défaut gds_ctp - Département : Equipe du Guichet du Savoir
Le 02/06/2021 à 13h56

Figure majeure mais controversée du XXè siècle, Fidel Castro a gouverné Cuba pendant des décennies, pour un bilan où d'incontestables avancées sociales se mêlent à un autoritarisme indéniable.

Bonjour,

Fidel Castro (1926-2016) est une des personnalités les plus clivantes du XXè siècle. Un article du Point souligne que les médias du monde entier ont accueilli son décès avec des réactions pour le moins contrastées, "dressant d'un côté des portraits hagiographiques du leader révolutionnaire, s'appliquant de l'autre côté à noircir le trait en le caractérisant de tyran sanguinaire".

La politologue Marie-Laure Geoffray met au crédit du "lider maximo" un bouleversement des rapports géopolitiques à partir des années 1960, démontrant qu'"il est possible de s'affranchir de la tutelle néocoloniale des États-Unis sans pour autant s'inféoder totalement à l'Union soviétique". Le gouvernement cubain fonde ainsi l'OSPAAAL (Organisation de solidarité entre les peuples d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine), et a, au cours des années 1960 et 1970, concourt à la lutte d'émancipation des Etats "non-alignés" du tiers-monde, "engagés contre l'impérialisme des grandes puissances et pour la souveraineté nationale des nations récemment décolonisées."

Au niveau régional, la période de la guerre froide a été marquée par une lutte des peuples d'Amérique latine contre, d'une part, l'ingérence des Etats-Unis, et, d'autre part, l'appropriation desdits pays par des "élites bourgeoises locales qui accaparent richesses et pouvoir". A cet égard, la révolution castriste et son maintien au pouvoir a été une grande inspiration pour des peuples opprimés, malgré les opérations de déstabilisation de la CIA.

La politique sociale de Castro a offert aux Cubains un "'accès gratuit et universel à des services publics de santé et d'éducation" ainsi que "le contrôle des loyers et la répartition des logements, l'éradication des bidonvilles et la mise en place de services sociaux ou encore la fin des discriminations raciales". Cette politique a eu un effet profond sur la société cubaine :

En effet, ces politiques ont concouru à générer une mobilité sociale extraordinaire pour l'époque, tout particulièrement pour les Cubains les plus pauvres, souvent issus de familles noires, rurales et habitant la partie orientale de l'île. C'est dans ces catégories de population que Fidel Castro a puisé un soutien et une légitimité immenses pendant des décennies. Certes, les inégalités sociales se creusent de nouveau depuis vingt ans, mais les rapports sociaux de classe demeurent sensiblement différents de ceux qu'on peut observer ailleurs en Amérique latine où les relations ancillaires demeurent fortement ancrées.

Enfin, si on note également une résurgence des discriminations raciales, la volonté de Fidel Castro de revendiquer la part africaine de la culture cubaine, son accueil de Black Panthers en exil ainsi que la place – bien que limitée – accordée à la musique hip-hop auront malgré tout en partie changé la donne sur le long terme en ce qui concerne les perceptions raciales à Cuba.


Un article de France TV Info s'intéresse plus particulièrement au système de santé cubain, devenue "véritable force d'exportation", y compris aux Etats-Unis, et aussi performant pour la formation de soignants que pour la recherche fondamentale.

En revanche, Marie-Laure Geoffray, toujours dans "Le Pooint" critique fermement le bilan économique et politique de Castro : collectivisation des terres, nationalisation des petits commerces, refus de diversification de l'agriculture ont rendu l'île très dépendante de l'importation pour les matières premières.

Enfin, le bilan politique de Fidel Castro est tout aussi désastreux que son bilan économique. Outre les violations systématiques des droits civils et politiques justifiées publiquement par l'hostilité américaine, la personnalisation de l'administration publique autour de sa figure a créé des générations de citoyens cubains analphabètes sur le plan politique. D'une part, les Cubains ne sont pas aujourd'hui armés pour défendre les conquêtes sociales de la révolution, puisqu'ils ont perdu toute tradition de lutte sociale (les mobilisations officielles sont orchestrées par les autorités politiques) et toute connaissance des clivages politiques historiques ; d'autre part, Fidel Castro a systématiquement éliminé toute figure réformiste au sein du parti.

Selon Amnesty international, qui reconnaît également l'action de Castro pour la santé et l'éducation, c'est la liberté d'expression qui a payé le plus lourd tribut des 49 années de son leadership :

Recueillant des informations sur la situation des droits humains à Cuba depuis plus de 50 ans, Amnesty International a constaté une campagne acharnée visant ceux qui osent critiquer les politiques et les pratiques du gouvernement cubain. Au fil des ans, elle a recensé des centaines de cas de « prisonniers d'opinion », des personnes détenues uniquement pour avoir exercé pacifiquement leurs droits à la liberté d’expression, de réunion et d’association. Les méthodes répressives mises en œuvre par les autorités ont évolué ces dernières années. Si le nombre de personnes condamnées à de lourdes peines de prison pour des motifs politiques a diminué, le contrôle de l'État sur toutes les facettes de la vie des Cubains demeure une réalité. La répression revêt de nouvelles formes à Cuba aujourd’hui, notamment le recours fréquent à des arrestations de courte durée et le harcèlement persistant de ceux qui osent publier leurs opinions, défendre les droits humains ou remettre en cause l'arrestation arbitraire d'un proche. Le gouvernement limite l'accès à Internet, l'un des principaux moyens pour contrôler à la fois l'accès à l'information et la liberté d'expression. Seuls 25 % des citoyens cubains peuvent utiliser Internet et à peine 5 % des foyers y sont connectés. Lorsqu'il a formé son gouvernement provisoire en 1959, Fidel Castro a organisé les procès de membres du gouvernement précédent, qui se sont soldés par des centaines d'exécutions sommaires.

La peine de mort existe également encore à Cuba, même si elle n'est plus appliquée depuis 2003.

L'ouvrage Castro est mort, Cuba libre !? de Jacobo Machover dépeint l'exercice du pouvoir par le binôme Fidel-Raùl (son frère, qui lui a succédé au pouvoir en 2006) Castro. Ouvertement hostile au régime, l'auteur détaille les atteintes aux droits de l'homme commis au nom de la révolution :

- dès les années 1965-66, le nouveau pouvoir crée les Unités militaires d'aide à la production (UMAP). Ces camps de travail, censés "rééduquer" les opposants, accueillirent notamment des "indésirables", homosexuels, témoins de Jéovah, catholiques, pratiquant de religions afro-cubaines... comparées au goulag par Machover, les UMAP auraient notamment servi à réprimer les homosexuels pour détourner les rumeurs sur l'orientation sexuelle de Raùl Castro.
- suite à la réforme agraire de 1963, collectivisant les terres agricoles, d'importants déplacements de population furent imposés, parfois à des villages entiers, nommés ensuite pueblos cautivos, "villages captifs".
- le début des années 1970 vit une épuration du monde de la culture, appelé "quinquennat gris". Contrairement à la politique culturelle soviétique, aucune contrainte formelle n'était imposée aux artistes (pas de "réalisme socialiste" cubain), mais le "diversionnisme idéologique"(sic) fut traqué. Les poètes José Lezama Lima (par ailleurs catholique et homosexuel) et Herberto Padilla en firent les frais. Ce dernier, auteur d'un livre critique sur le régime, pourtant non censuré, fut arrêté avec toute sa famille en 1971, contraint à une autocritique publique, torturé, humilié en prison... frappé avec son propre manuscrit ! En 1991 un groupe d'intellectuels publia la "Lettre des 10" appelant à des réformes démocratiques et dut subir également vexations et humiliation, comme la poétesse Elena Cruz Valera qui dut manger des pages de ses œuvres sous les yeux de sa fille.
- en 1989, un groupe de militaires de haut rangs, ayant participé pendant des décennies aux opérations extérieures de l'armée cubaine, fut passé par les armes sous l'accusation officielle de "trafic de drogue".

Dans l'ouvrage Cuba [Livre] : histoire, société, culture, Sara Roumette dit que le régime cubain, "sans user de la terreur physique de masse des totalitarismes décrits par Hannah arendt, partage leur aspiration à régir tous les aspects de la vie quotidienne, y compris par la surveillance et la répression". Dans ce cadre, l'indépendance (économique, politique, sociale) est suspecte, et l'Etat se veut présent partout. Il est "la seule source d'emploi [...] d'information (monopole sur les médias)". Le Parti communiste cubain (PCC), parti unique, "surveille et réprime" toute remise en cause de son idéologie.

Cette mainmise sur toutes les sphères de la vie se traduit concrètement par une identification des véhicules (par un code couleur sur la plaque minéralogiques), la place des comités de défense de la révolution (CDR), organisations pratiquant une surveillance mutuelle entre citoyens, ou encore des mécanismes de "manifestations ciblées", invitations faites aux citoyens à déchaîner leur haine contre les aspirants à l'exil... Le contrôle bureaucratique touche des actes aussi banals qu'un déménagement ou l'ouverture d'une ligne téléphonique. Jusqu'en 2008, téléphones portables, ordinateurs et lecteurs DVD ont été interdits à la population. Aujourd'hui encore, l'accès à internet ou à des chaînes de télévision étrangères relève de "privilèges discrétionnaires, inaccessibles à la majorité". Même l'accès à l'université est soumis à la conformité idéologique.

Par ailleurs, l'article 72 du code pénal prévoit une accusation de "dangerosité prédélictueuse", c'est-à-dire la possibilité d'incarcérer des individus avant qu'ils commettent un délit. Au moment de la rédaction de l'ouvrage (2011), les organisations de défense des droits de l'homme estimaient à 3000 à 5000 le nombre de personnes "techniquement innocentes" détenues à Cuba. Sara Roumette note d'ailleurs que la population carcérale est la plus élevée d'Amérique latine et qu'aucune organisation internationale n'a été autorisée à visiter une prison cubaine depuis 1989.

Pour finir, voici un extrait de l'article "Fidel Castro" d'universalis-edu.com, qui nous semble bien synthétiser l'ambivalence du personnage :

Avec son style de pouvoir personnel, autoritaire et paternaliste, sa capacité à organiser des centres de pouvoir parallèles aux institutions et à effectuer régulièrement des purges dans son cercle restreint – celle du général Arnaldo Ochoa, fusillé en 1989, fut la plus marquante –, Fidel Castro a écarté tous ceux qui auraient pu lui faire de l'ombre. Seul son frère Raúl partage, à partir de 1959, le pouvoir au plus haut sommet de l'État. Chef de l'armée, ministre de la Défense et deuxième secrétaire du PCC, il est son successeur désigné, bien qu'il ne jouisse pas de la même popularité. En effet, malgré l'autoritarisme de Fidel Castro, les Cubains entretiennent avec lui un rapport familier : ils l'appellent « el fifo » (diminutif de Fidel), « la barba » (la barbe), « el loco » (le fou) ou encore « el caballo » (le cheval), en référence à celui qui court partout, infatigable. Au début du xxie siècle, 70 p. 100 des Cubains n'ont pas connu d'autre régime ni d'autre chef d'État. Fidel Castro, qui renonce à la présidence en février 2008, a marqué pour longtemps l'imaginaire de la nation. Il meurt à La Havane le 25 novembre 2016. Un deuil national de neuf jours est observé, au cours duquel ses cendres sont transférées à Santiago de Cuba.

Pour aller plus loin :

- Fidel Castro, biographie à deux voix [Livre] / Fidel Castro et Ignacio Ramonet ; trad. de l'espagnol par Laurence Villaume, Eduardo Carrasco, Laurence Tissot, Alexandra Carrasco
- Fidel Castro [Livre] : une vie / Jean-Pierre Clerc
- Les chemins de la victoire [Livre] / Fidel Castro ; traduit de l'espagnol par Marie Kosmowski
- Cuba nostra [Livre] : les secrets d'Etat de Fidel Castro / Alain Ammar ; avec le témoignage de Juan Vives ; et la participation de Jacobo Machover
- Cuba no [Livre] : la parole aux oubliés / Ludo Mendès
- Et la nuit est tombée [Livre] : de la révolution victorieuse aux bagnes cubains / Huber Matos ; traduction de l'espagnol par Anne Casterman
- Cuba, de Batista à Castro [Livre] : une contre-histoire / Jacobo Machover
- Cuba [Livre] : une histoire / Sergio Guerra-Vilaboy, Oscar Loyola-Vega


Bonne journée.

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