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Valises à roulettes

par Viince, le 04/08/2020 à 11:47 - 398 visites

Question « existentielle » : pourquoi la démocratisation des valises à roulettes n'a eu lieu que dans les années 1990 et pas avant ? :)
C'est pourtant pas compliqué de mettre des roues sur des valises, et tellement pratique !
Pourquoi il n'y en n'a pas eu plein les gares et les aéroports avant 1985 ?

Réponse du Guichet du savoir

par gds_ctp, le 04/08/2020 à 13:57

Bonjour,

Votre réponse a beau être existentielle, la réponse est économique et technologique.

D’après Jean-Yves Chevalier dans son article « La valise à roulettes », publié dans la revue Médium en 2018, et consultable sur Cairn en bibliothèque, c’est seulement en 1970 qu’un certain Bernard D. Sadow, employé dans une entreprise de bagagerie, aperçoit dans un aéroport un manutentionnaire en train de traîner un lourd chariot à roulette. Encombré qu’il est de ses valises, il a l’idée lumineuse d’adapter le principe multiséculaire de la roue au transport des bagages. De retour chez lui, il bricole donc sa valise en lui ajoutant quatre roulettes et dépose un brevet.

« À la question « pourquoi n’y a-t-on pas pensé plus tôt ? », la réponse est souvent que le besoin (économique) n’existait pas : il fallait à la fois un changement du moyen de transport dominant (du train à l’avion), une modification de la sociologie de ceux qui utilisent ces transports et enfin, peut-être, dans ces nouvelles couches de voyageurs, un effacement progressif du machisme (« l’homme porte la valise »). B. D. Sadow rencontre d’abord des difficultés à vendre son invention. Mais le grand magasin Macy’s à New York lui en prend quelques exemplaires. Le succès est fulgurant. B. D. Sadow, directeur adjoint d’une petite entreprise de bagages et vêtements du Massachusetts, deviendra, grâce aux revenus tirés de son brevet, propriétaire d’US Luggage, une belle réussite américaine.

Mais l’histoire ne s’arrête pas là. En 1987, Robert Plath, pilote de 747 et passionné de bricolage, observe que la valise à quatre roues de B. D. Sadow reste encore trop près du sol dans son horizontalité. Il la munit de deux roues, la rend verticale et invente la fameuse poignée rétractable que nous connaissons. Curieux parallèle que celui de la valise se redressant sur ses deux roues et de son possesseur, lointain descendant d’ancêtres qui ont fait de même sur leurs deux jambes, il y a quelques millions d’années. R. Plath fabrique quelques exemplaires pour ses collègues. Là encore, le succès est immédiat. Paradoxe savoureux, R. Plath – qui a aussi déposé un brevet – va quitter son métier de pilote pour fonder une autre société de bagagerie Travelpro International : il sacrifiera ainsi sa mobilité pour favoriser celle des autres (un saint de la modernité). Il ne restera plus qu’à fabriquer les valises en plastique moulé et rigide (polypropylène ou polycarbonate) pour obtenir les objets d’aujourd’hui. »

Comme quoi il faut souvent l’adjonction de deux génies pour créer un objet simple !

L’auteur ajoute que « La valise à roulettes est au touriste ce que le conteneur est à la marchandise, l’instrument indispensable de la mondialisation des échanges (à la différence près qu’on n’a pas encore trouvé le moyen de mettre le touriste dans la valise. »

Un article de CQFD nous apprend que le succès de l’invention ne s’est pas démenti, et pour cause : rien qu’en France, la bagagerie a engrangé en 2017 un chiffre d’affaires de 500 millions d’euros ! De quoi se frotter les mains pour certains, mais également de quoi grincer des dents pour d’autres, car outre l’instrument, la valise à roulette est devenu le symbole du tourisme de masse :

« Mais il y en a qui ne voient pas d’un aussi bon œil le succès de la valise à roulettes : les habitants des principales destinations touristiques. Pour eux, le bagage est synonyme de nuisances sonores autant que symbole d’un tourisme low cost massif et dévastateur, celui des « easyjeteurs » débarquant pour un week-end de fête et de visites. Le mouvement de fronde se lance en 2014 à Berlin (troisième destination touristique en Europe) à l’initiative d’habitants dénonçant des nuisances croissantes et une gentrification galopante. « Ils ne peuvent plus dormir à cause du bruit des valises à roulettes la nuit » et des touristes qui « rentrent ivres et vomissent », fulmine alors la maire de l’arrondissement de Kreutzberg. Sur les murs fleurissent même des tags « No more rollkoffer » (stop aux valises à roulettes).

Dans les villes les plus touristiques, le bagage devient ainsi symptôme d’un mal, celui du tourisme de masse. Après Berlin, c’est Venise (25 millions de touristes par an) qui annonce des mesures d’interdiction pour préserver la tranquillité des habitants, qui se plaignent de vivre avec en fond sonore le tacatacatac continu des roulettes en plastiques sur les pavés. La municipalité fait finalement demi-tour devant la bronca des professionnels du secteur. Mais la question ne devrait manquer de se reposer. Parce que la valise à roulettes, c’est le mal. »

Il est douteux que l’exemple vénitien fasse beaucoup d’émules, car selon un article de la RTBF, le tourisme de masse est un phénomène qui ne fait que s’amplifier – et au cœur duquel notre objet fétiche occupe une place tout à fait centrale, précédent toutes les innovations numériques :

« Low cost, amélioration du confort et des services dans le train comme dans l'avion, explosion du co-voiturage... Le voyage a connu une véritable révolution au cours de ces vingt dernières années, accompagnée par le développement d'un grand nombre de nouveaux voyagistes. Pour ses vingt ans, LastMinute.com, qui a démarré au moment de l'explosion de la bulle internet en 1998, s'est interrogé sur ces accessoires et outils dont ne peuvent plus se passer les voyageurs.

Avec 45% de plébiscites, les Européens placent en haut du podium la valise à roulettes, tout autant que les Français (46%). Si 29% de ces derniers (contre 27% des Européens) ne pourraient plus faire autrement sans la réservation en ligne, 32% des Européens voient en Google Maps la deuxième révolution la plus importante. »

Bonne journée.
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