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Pourquoi considère-t-on que la "décentralisation théâtrale"

par AlasseaBlack, le 08/01/2021 à 19:26 - 151 visites

Bonjour,

Pourquoi considère-t-on que la "décentralisation théâtrale" a joué un rôle essentiel dans la formalisation d'une politique culturelle ?

Merci.

Réponse du Guichet du savoir

par gds_db, le 11/01/2021 à 17:11

Bonjour,

La décentralisation théâtrale opérée sous la IVe République, visant à développer la production et la diffusion théâtrale dans les régions, a posé les jalons de la politique du ministère des Affaires culturelles d'André Malraux. Pendant six ans, Jeanne Laurent impose une réforme du paysage théâtral français, une « nouvelle configuration de la vie théâtrale », par une intervention étatique reposant sur deux actions : la décentralisation, consistant à créer des lieux sur le territoire français, et la démocratisation, cherchant à toucher tous les publics.

Citer:
" C'est le gouvernement du Front populaire, de 1936 à 1938, qui a sans doute jeté les bases d'une politique de la culture, en s'intéressant aux pratiques artistiques des amateurs, en se souciant de l'éducation populaire et en mettant en place quelques aides indirectes à des metteurs en scène, sans oublier l'attention qu'il a portée à la décentralisation de l'art dramatique, qu'il croyait nécessaire de favoriser sans recourir à des subventions de l'État. Le gouvernement de Vichy s'inscrivit, pour des raisons qui lui étaient propres, dans la continuité de ces préoccupations, et confia à divers organismes (de Jeune-France à Uriage, en passant par les comités professionnels) le soin de réfléchir aux structures et aux modalités d'une nouvelle organisation du théâtre. La Résistance ayant conduit une réflexion similaire, avec parfois les mêmes hommes, toute une génération d'artistes et de militants sera prête, au lendemain de la guerre, à inscrire dans les faits ce qui ressemblait bien, déjà, à une politique culturelle, sans que le mot soit explicitement prononcé.
Il est en effet créé en 1945, au sein du ministère de l'Éducation nationale, une direction générale des Arts et Lettres, chargée de prendre des initiatives dans les disciplines relevant de ce double secteur. Et c'est à Jeanne Laurent (1902-1989), qui s'occupe depuis plusieurs années de l'administration du théâtre et des spectacles, qu'il va revenir de mettre en place un certain nombre de mesures cohérentes qui à la fois inaugurent l'intervention de l'État dans la vie théâtrale et formulent, pour ainsi dire, le mode d'emploi.
Le premier article de cette action, qui va se déployer pendant cinq ans, de 1947 à 1952, concerne la décentralisation : cinq centres dramatiques nationaux sont créés, à Colmar, Saint-Étienne, Rennes, Toulouse et Aix-en-Provence, avec pour mission d'être des lieux de création, animés par des troupes permanentes et appuyés par les collectivités locales. Il s'agit ainsi de briser le monopole parisien et de mettre à la portée des spectateurs financièrement et géographiquement défavorisés les acquis de Copeau, de Chancerel et du Cartel, qui ont rénové le théâtre français dans l'entre-deux-guerres.
Cette mesure est complétée dès 1950 par la relance du Théâtre national populaire de Chaillot sous l'égide de Jean Vilar, qui, de 1951 à 1963, va lui redonner tout son lustre en multipliant le nombre de ses spectateurs et en définissant bientôt le théâtre comme un véritable service public, en prise directe sur la vie de la cité. Vilipendées par les uns, défendues par les autres (au milieu desquels il faut distinguer une ardente cohorte de militants), ces mesures donnent rapidement des résultats convaincants et assurent le triomphe de ce qu'on va appeler un peu plus tard le théâtre public.
En second lieu, l'État se reconnaît le devoir de favoriser le renouvellement des écrivains et des metteurs en scène qui œuvrent pour le théâtre, ce qui fournit un exact pendant à sa mission traditionnelle de maintien et d'illustration du répertoire : sont ainsi institués le concours des jeunes compagnies et l'aide à la première pièce, sur l'avis de commissions indépendantes où siègent les personnalités les plus éminentes du théâtre français. Il faut ajouter que ces diverses initiatives s'accommodent d'un budget d'autant plus modeste que la subvention apparaît alors comme une incitation et comme une amorce bien plus que comme une prise en charge des entreprises ou des créations. En tout état de cause, l'administration prend grand soin, à l'occasion de ses premiers contacts avec les artistes, de sauvegarder l'indépendance de ses partenaires, une fois que des règles du jeu ont été établies et que des missions précises leur ont été assignées.
Le service public ainsi mis en place a pour principal objectif d'élargir le cercle des spectateurs en supprimant les obstacles qui empêchent l'accès du plus grand nombre au théâtre. Il va de soi, au demeurant, que le théâtre est considéré, dans une telle perspective, comme un instrument efficace de plaisir et de connaissance, éminemment utile aux citoyens rassemblés.
[...]
Après le limogeage de Jeanne Laurent, en 1952, les choses ont été maintenues dans l'état où elle les avait laissées, jusqu'à ce que la Ve République reprenne à son compte, en 1959, l'ambition de veiller au développement et à la diffusion des lettres et des arts : il est alors créé de toutes pièces un ministère des Affaires culturelles, dont le moins qu'on puisse dire est qu'il est considéré en un premier temps avec une certaine circonspection. La mission qui lui est assignée reprend avec d'autres mots les principaux objectifs désignés par les Arts et Lettres : il s'agira de « rendre accessibles les œuvres capitales de l'humanité, et d'abord de la France, assurer la plus vaste audience à notre patrimoine culturel, et favoriser la création des œuvres de l'art et de l'esprit qui l'enrichissent ».
Grandement aidé par le prestige d'André Malraux, ministre d'État jusqu'en 1969, et par le dévouement de fonctionnaires convaincus et inventifs (de Pierre Moinot à Émile Biasini), le « Petit Poucet » du gouvernement n'a pas tardé à s'affirmer auprès des artistes et du public, à défaut de soulever l'enthousiasme du ministère des Finances : il a élargi ses compétences au fil des années et systématisé le programme esquissé par Jeanne Laurent, en l'enrichissant d'un projet nouveau qui prévoyait la mise en place d'un réseau d'établissements interdisciplinaires, gérés avec la collaboration de leurs usagers et en étroit partenariat avec les collectivités locales : les maisons de la culture, dont Malraux attendait, en le disant avec un peu de grandiloquence, qu'elles répondissent aux défis des temps nouveaux. "

source : THÉÂTRE OCCIDENTAL : Théâtre et politique culturelle / Robert ABIRACHED - Universalis


Nous vous invitons à approfondir le sujet en consultant les ouvrages et documents suivants :

- L'invention de la politique culturelle / Philippe Urfalino
- Les politiques publiques de la culture en France / Pierre Moulinier
- La décentralisation théâtrale / sous la direction de Robert Abirached
- Jeanne Laurent : une fondatrice du service public pour la culture, 1946-1952 / Marion Denizot

- Politiques culturelles (cours et compléments de cours) / Sylvia Girel
- La décentralisation théâtrale, 70 ans après : histoire et perspectives / conférence de Bernard Faivre d’Arcier - 21 septembre 2016 - Université François Rabelais de Tours
- Le territoire du spectateur. Changement d'échelle et décentralisation théâtrale / Djakouane Aurélien, Pôle Sud, 2014/2 (n° 41), p. 101-115.
- Les politiques culturelles : évolution et enjeux actuels / Fondu Quentin, Vermerie Margaux, Informations sociales, 2015/4 (n° 190), p. 57-63.
- Décentralisation théâtrale / Wikipedia
- Politique culturelle française / Wikipedia
- De la décentralisation culturelle théâtrale à la globalisation / Michèle Zancarini Fournel
- L’État et la culture

Bonne journée.
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