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orphisme

par Viince, le 19/02/2021 à 23:44 - 257 visites

Que connait-on de la religion orphique ? Est-il possible de la faire renaitre ?

Réponse du Guichet du savoir

par gds_ctp, le 23/02/2021 à 10:22

Bonjour,

L'orphisme, religion à mystères attestée en Grèce dès le IVè siècle avant l'ère chrétienne, s'inspire bien évidemment d'Orphée, figure mythologique de poète censée être originaire de Thrace, et surtout connu pour ses amours malheureuses avec Eurydice, qu'il échoua à ramener des Enfers du fait de sa trop grande impatience :

Citer:
[...] Orphée [...] serait même allé jusqu'en Egypte, d'où il aurait rapporté l'institution des mystères et la croyance dans une autre vie après la mort, donnant ainsi naissance au courant philosophique et religieux nommé « orphisme ». [...] On attribue à Orphée, chantre cosmique, le même rôle en matière de religion qu'en musique et en poésie : il aurait donné aux hommes les rites de la divination, créé la magie, institué les cultes d’Apollon, de Dionysos et de tous les mystères en général. Ce dernier aspect a pris sans cesse plus d'importance tout au long de l'Antiquité. Il a fini par déterminer la naissance d’un courant religieux, l’orphisme, et d’une secte, les orphiques, qui eurent un immense succès dans tout le monde méditerranéen.


(Source : Eduscol)

Selon l'Encyclopedia universalis, la religion orphique se définissait à l'origine d'abord comme opposition à la religion "olympienne" majoritaire dans la Grèce archaïque et classique - mouvement sectaire initiatique, elle devint peu à peu un courant "philosophico-religieux" dont les adeptes, vivant volontairement en marge des cités, se distinguaient par un mode de vie très inhabituel :

Citer:
Le genre de vie orphique se définit par un certain nombre d'interdictions, dont les unes sont alimentaires et les autres vestimentaires. Ne pas se laisser ensevelir dans des vêtements de laine, porter des habits de couleur blanche, ne pas entrer en contact avec un cadavre, autant de refus de ce qui appartient au monde de la mort. Sur le plan alimentaire, le régime orphique se caractérise essentiellement par le refus de manger « ce qui est animé » et par le souci de consommer seulement ce qui n'est pas « vivant ». Les Grecs définissaient ce végétarisme par une formule en apparence énigmatique : « Orphée a enseigné aux hommes à s'abstenir de phonoi. » Littéralement, phonos signifie meurtre. En l'occurrence, ce mot a d'autres significations : c'est, en particulier, le nom réservé au sacrifice sanglant dans toute une tradition religieuse. S'abstenir de « meurtres » est une manière ésotérique d'exprimer le refus de la nourriture carnée. Il ne s'agit pas là d'un caprice alimentaire. Que signifie, en effet, dans la société grecque, manger de la viande ou refuser d'en manger ? Dans une société où la consommation de la nourriture carnée est inséparable de la pratique du sacrifice sanglant, c'est-à-dire de l'acte rituel le plus important de la religion politique, refuser de manger de la viande, c'est rejeter tout un ensemble de valeurs religieuses, c'est refuser un certain type de communication entre les hommes et les dieux.


Le cosmogonie des orphistes est également en opposition avec celui des olympiens, bien connu par la Théogonie d'Hésiode, pour qui l'acte de création du monde est une émergence d'un univers ordonné à partir du chaos primordial, par l'action de Zeus et de sa famille. Au contraire, l'orphisme imagine un "oeuf primordial" contenant toute vie et toute perfection d'un univers allant vers sa dégradation. De même, la création de l'homme leur apparaît comme un dommage collatéral de la dévoration de Dionysos par les Titans : Zeus, pour venger son fils, aurait foudroyé ces derniers, les cendres mêlés des monstres et du dieu donnant naissance à notre espèce.

Mais ce qui fait peut-être une des grandes spécificités de l'orphisme, c'est l'importance donnée à la vie après la mort :

Citer:
Une part importante de l'eschatologie orphique a été révélée par les tablettes trouvées en Grande-Grèce (Pétilia, Thourioi) et en Crète (Éleutherna). Enterrées avec l'initié, ces lamelles d'or portent, gravées, les formules qui serviront à leur propriétaire de mot de passe dans l'au-delà. L'âme s'y présente comme « fils de la Terre et du Ciel étoilé » ; elle demande aux dieux infernaux de lui donner à boire l'eau fraîche qui coule du lac de Mémoire ; elle sait aussi qu'elle doit prendre à droite et éviter de s'engager vers la gauche, dans la direction d'une autre source d'où coule l'eau de l'Oubli. Mémoire est l'eau de Vie, qui marque le terme du cycle des métensomatoses, par opposition à l'Oubli, dont l'eau de Mort représente la vie terrestre, rongée par le temps et le non-être. Mais l'eau de Mémoire n'est accessible qu'à l'initié qui a pratiqué le genre de vie réservé aux purs et accepté la discipline de salut grâce à laquelle il ne connaîtra pas le sort réservé aux non-initiés, condamnés à la boue et au cloaque d'un au-delà « cruel et glacé ».


L'attention portée au salut et à la délivrance est ainsi une des grandes innovations de l'orphisme.

Notons que la tradition orphique nous est partiellement parvenue, grâce à des découvertes archéologiques telles que celle du Papyrus de Derveni en 1962, mais de façon toujours fragmentaire, comme le remarquent Claude Calame, Philippe Borgeaud et André Hurst dans leur article L’orphisme et ses écritures (Revue de l'histoire des religions, 2002, lisible sur Persée) :

"La transmission jusqu'à nous des doctrines attribuées à Orphée, à son enseignement, passe par le dossier éclaté et très austère des Orphica, à savoir quelques monolithes étranges (cosmogonie des Oiseaux chez Aristophane, poème des Argonautiques, Hymnes orphiques) et de très nombreux fragments textuels attestant l'incessante réécriture de cosmogonies complexes, fragments à découvrir très souvent, précisément, chez les philosophes néoplatoniciens. Ce sont quelques pièces de ce dossier de base, ainsi qu'un témoin original de la réception chrétienne du mythe d'Orphée, qui font ici l'objet d'un nouvel examen."

Il n'est pas dans nos compétences d'indiquer s'il est possible de faire renaître une religion disparue, mais l'orphisme a eu, à l'époque contemporaine, une postérité artistique assez foisonnante. Chez les poètes romantiques tout d'abord, qui, selon un article de Léon Cellier consultable sur Persée, se réapproprièrent le mythe d'Orphée avec une fascination pour l'ésotérisme mâtinée de théosophie. Puis Samuel Kunkel, dans sa thèse accessible via hal.archives-ouvertes.fr L'Orphisme dans le roman post-romantique en France et en Grande-Bretagne, 1880-1919, suit son évolution sous la plume d'auteurs tels qu'Édouard Schuré, Joséphin Péladan, Arthur Machen et Algernon Blackwood. Puis, au début du XXè siècle, c'est Guillaume Apollinaire qui commence à qualifier d'"orphistes" des peintres cubistes Picasso, Delaunay, Léger, Picabia et Duchamp :

Citer:
La référence au mythe d'Orphée signale que cette nouvelle forme de peinture prête à des analogies avec la musique. C'est là un des aspects majeurs de l'idéologie d'avant-garde au début du xxe siècle. [...] Cette avance de la musique sur les autres arts tient à deux caractères. Elle est un art absolument pur parce qu'elle n'a aucune fonction représentative. En d'autres termes, c'est un art parfaitement abstrait. [...] D'autre part, la musique remplit, dans le champ général de l'art, une fonction totalisatrice : l'opéra wagnérien a montré que la musique peut se soumettre les autres arts et qu'elle peut promouvoir un « art total », dont le mythe reste toujours vivace dans l'art le plus actuel.


(Source : Encyclopedia universalis).

Voyez également l'article de Marilyne Bertoncini "Irène Gayraud, Chants orphiques européens, Valéry, Rilke, Trakl, Apollinaire, Campana et Goll" dans la revue en ligne Recours au poème.

Pour aller plus loin :

- Orphée et l'orphisme [Livre] / Reynal Sorel
- Les lamelles d'or orphiques [Livre] : instructions pour le voyage dans l'autre monde des initiés grecs / Giovanni Pugliese Carratelli
- Mystères et oracles helléniques [Livre] / Thassilo de Scheffer ; trad. André Jundt
- Orphée, poèmes magiques et cosmologiques [Livre] / postface de Luc Brisson
- Le papyrus de Derveni [Livre] / texte présenté, trad. et annoté par Fabienne Jourdan

Bonne journée.
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