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Chemin de fer aérien Parc Tête d'Or 1860

par roland, le 17/11/2020 à 16:26 - 259 visites

Bonjour,

lithographie Jacques-Nicolas Senocq vue sur Facebook. Auriez-vous des informations sur cet espèce de télésiège vers 1860 ? Bizarre.

D'avance merci.

Cordialement.

Roland Racine




Réponse du Guichet du savoir

par gds_ctp, le 18/11/2020 à 16:11

Bonjour,

L’histoire de cet étrange moyen de transport fut aussi courte que douloureuse. C’est en 1872, et non dans les années 1860, qu’eut lieu cette tentative de raccorder le pont Morand avec le - tout neuf - parc de la Tête d’Or par la voie des airs, dans le cadre de l’Exposition internationale qui devait se tenir cette année-là :

« C’est au lendemain de l’Exposition universelle de 1867 à Paris que les Lyonnais songèrent à avoir également une grande exposition. La presse lyonnaise évoque cette possibilité dès l’année suivante. Mais […] la construction des monuments de l’exposition de 1872 fut perturbée par les terribles événements de la guerre de 1870-1871 contre la Prusse.

L’exposition fut ouverte au public le 2 juin et inaugurée officiellement le 30 juin 1872. Sa fermeture eut lieu le 31 octobre de la même année. Due à une initiative privée et malgré tous les efforts des organisateurs et les moyens investis, elle ne fut pas un grand succès. »

(Source : Le parc de la Tête d'Or [Livre] / Olivier Perrin)

Parmi les prouesses technico-industrielles qui auraient dû laisser le public bouche bée, le chemin de fer aérien, selon le même ouvrage, figurait en bonne place :

« L’accès au parc de la Tête d’Or par voie ferrée (tramway) est une histoire ancienne. A l’occasion de l’exposition de 1872, un chemin de fer suspendu aérien est créé. Il permettait de circuler entre le pont Morand et l’Exposition universelle au parc de la Tête d’Or. »

Ce que ne disent pas ces lignes, c’est que la mise en place de ce chemin de fer aérien fut, comme le reste de l’exposition, un quasi-fiasco. Un article de notre site Numelyo largement basé sur une entrée du Dictionnaire historique de Lyon [Livre] / Patrice Béghain, Bruno Benoit, Gérard Corneloup, Bruno Thévenon ; coordination éditoriale Bruno Thévenon ; révision et relecture Michel Kneubühler, aborde la question de façon beaucoup plus précise :

« C'est du moins l'idée de deux notables lyonnais: le financier Arthur Jame et l'architecte Jules Chatron, qui s'entremettent en 1869 auprès du préfet, afin d'obtenir les autorisations nécessaires (et le financement afférent), sans vraiment réussir à mobiliser les milieux industriels et commerciaux, plutôt réticents devant cette audacieuse idée. Une commission se crée, un comité de souscription suit, un entrepreneur général est nommé, la Ville de Lyon est sollicitée pour l'obtention, gratuite, d'une partie du (tout nouveau) parc de la Tête d'Or, mais les choses traînent. On bute sur des problèmes d'intendance, on ergote sur des problèmes de contrats, la Chambre de Commerce et la ville font assaut de civilités pour ne point avoir le bébé à charge.

Est-on arrivé à un accord ? Le chantier est-il enfin ouvert ? La guerre éclate, renvoyant sine die l'inauguration déjà fixée au 1er mai 1871. Le calme revenu, on reparle de l'exposition, ont arrache des subventions à l'Etat, à la Ville à l'Assemblée nationale, on reprend les travaux, autour d'un grand édifice central, vaguement mauresque, en bordure du quai du Rhône, qui, avec ses deux ascenseurs, doit être le pivot de l'ensemble.

Las! Ennuis et contretemps reprennent de plus belle: l'empressement de construire, engendre des bâtiments trop légers, hâtivement élevés, sévèrement critiqués. La ville, inquiète après la visite de son architecte en chef, Abraham Hirsh, revenu effrayé de ce qu'il a vu, somme le très contesté directeur général Tharel, de faire le nécessaire. Le responsable de la galerie des Tissus, dans laquelle il pleut d'abondance, exige la réparation de la toiture. On va devant les tribunaux. On se chamaille quant à la concession des bateaux, sur le lac. Bref, c'est une exposition inachevée qui est ouverte au public, le 2 juin 1872. Alors que l'inauguration officielle, le 7 juillet suivant, au milieu des querelles de préséance, se fait sans la droite du conseil municipal, qui ne veut pas figurer aux côtés du maire Barodet.

Après tous ces retards, l'exposition à bien du mal à s'installer avant la fermeture prévue pour octobre. Fin août, le chemin de fer aérien prévu pour atteindre le Parc, très attendu par le public, n'est toujours pas opérationnel. Le 28 juillet, un orage d'une rare violence inonde le terrain, brise les verrières, détériore de nombreuses pièces exposées. Une des parois de la galerie des soieries s'écroule. Le 19 août, un bateau qui relie le centre-ville à l'exposition, heurte un pilier du pont Saint-Clair et s'abime dans les flots, sans faire heureusement de victimes, parmi les passagers.

On comprend dans ces conditions que le résultat financier soit catastrophique. On met les scellé sur les recettes, on distribue sans faste les récompenses, on décide de prolonger l'exposition jusqu'en 1873, avec une nouvelle équipe (mais en conservant curieusement le même directeur), on abaisse le prix d'entrée... Rien n'y fait : le 13 août 1873, la faillite est consommée. Quant au parc de la Tête d'Or, il mettra des années à panser ses plaies. »

Le principe même d’exposition universelle à la lyonnaise était-il maudit ? Toujours est-il que les deux éditions suivantes (en 1894 et 1914) furent perturbées, la première par l’assassinat du président de la République Sadi Carnot, la seconde par l’approche d’une guerre mondiale…

Quoi qu’il en soit, l’épisode piteux de 1872 semble avoir été occulté par la mémoire lyonnaise, si bien que, répondant il y a quelques années à une question sur le même sujet, nos collègues de la Documentation régionale déclaraient :

« Il y a très peu d’informations sur cet éphémère chemin de fer. Aucun de nos ouvrages sur le parc de la Tête d’Or, sur le pont Morand ou sur l’exposition de 1872 n’y fait référence. Le Dictionnaire historique de Lyon, retraçant les expositions universelles s’étant tenues à Lyon, signale toutefois : « Fin aout, le chemin de fer aérien, qui doit relier le pont Morand et le parc de la Tête-d’Or, très attendu par le public, n’est toujours pas opérationnel. »

Seule l’Histoire des transports à Lyon, de Jean Arrivetz, donne quelques détails :

« Pour desservir une exposition tenue en 1872 à l’emplacement de l’actuel palais de la Foire, un certain M. Duchamp construisit un monorail aérien, l’ancêtre de tous les monorails du monde. Etabli sur le bas-port en amont du pont Morand, tiré par un câble, il s’avéra inapte à tout autre service qu’une desserte de plaisance. » Ce passage est suivie d’une illustration (p 13). »

Suite à cette réponse, un de nos usagers avait eu la gentillesse de nous signaler l’existence d’un document numérisé de 1884 décrivant le fonctionnement de ce chemin de fer monorail aérien sur le site du Conservatoire numérique des Arts et Métiers (« Bibliothèque numérique en histoire des sciences et des techniques »), cnum.cnam.fr.

En attendant, voici, d'après notre base de données Numelyo, un aperçu de ce à quoi devait ressembler le départ dudit train :

Pièce jointe:
Chemin de fer aérien expo universelle.jpg
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Bonne journée.
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