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Source non encore identifiée d’une citation de Flaubert

par Fromon, le 22/04/2021 à 13:05 - 159 visites

Depuis dix ans, on trouve ici et là (livres, sites Internet) cette phrase attribuée à Gustave Flaubert, mourant : «Cette pute de Bovary va vivre et moi je vais mourir comme un chien.» Cette phrase, dans un autre ordre, avait été citée en 2011 par Roger Grenier dans son ouvrage Le Palais des livres (Éditions Gallimard) : «On peut méditer longtemps sur ce cri de Flaubert quand approche la fin : "Je vais mourir et cette pute de Bovary va vivre !"» Tout indique que ces «dernières paroles» ont été inventées puisque Flaubert est décédé subitement (donc sans avoir le temps de commenter sa mort) de ce que l’on appelait alors une «apoplexie» (hémorragie cérébrale ou arrêt fonctionnel brusque d'un organe vital). Dans Les Mots de la fin, livre remarquable (Hachette, 1957), Claude Aveline, connaissant parfaitement les conditions de la mort de Flaubert, ne le crédite d’aucun mot alors qu’il rapporte ceux de sept cent cinquante personnalités et écrivains.
Ma question est donc : Cette phrase est-elle une invention de Jean Grenier ou l’a-t-il reprise d’une source antérieure ? Ce qui me met la puce à l’oreille, c’est que cinq ans avant la parution de ce livre, soit en 2006, on la trouve dans Libres cahiers pour la psychanalyse n° 13 sous la plume de Martine Bacherich, dans l’article «Une exception universelle, le Barine Ilia Ilitch Oblomov, rue des Pois». Reste à savoir si certains essais du recueil de Jean Grenier n’ont pas été publiés avant l’édition par Gallimard, ou si Jean Grenier tenait cette phrase d’une autre source. C’est ce que je cherche et que, je l’espère, vous réussirez à éclaircir.
Avec mes remerciements anticipés.
Par ailleurs, sur une précédente question concernant également Flaubert, je vous remercie beaucoup de m'avoir indiqué le spécialiste Yvan Leclerc, lequel a très aimablement éclaire ma lanterne.

Réponse du Guichet du savoir

par bml_litt, le 24/04/2021 à 14:30

Réponse du département Langues et Littératures

Bonjour,

C’est peut-être chez George Steiner que Roger Grenier a glané et repris cette phrase. En effet voici un extrait des Entretiens entre George Steiner et Ramin Jahanbegloo :

[Ramin Jahanbegloo] : Je pense à cette phrase de Flaubert sur son lit de mort, disant que Madame Bovary va rester …
[George Steiner] : Cette phrase, que je cite souvent est atroce : « Je meurs comme un chien et cette pute de Bovary va rester. » Cette phrase manifeste le paradoxe de l’angoisse d’un artiste face à la survie mystérieuse du personnage. On aimerait quelque chose de moins dramatique ; on voudrait de temps à autre que sa citation soit falsifiée. La citation fausse est souvent celle qui fait perdurer un texte.
La fin du propos de Steiner est du coup assez cocasse … !

En effet il semble bien que Flaubert n’a jamais prononcé ces mots avant de mourir. C’est encore Yvan Leclerc qui nous renseigne dans ses Fausses nouvelles concernant Flaubert, et particulièrement Madame Bovary :
Le seul témoignage crédible sur les derniers mots de Flaubert se trouve dans une lettre de Maupassant à Tourgueniev du 25 mai 1880. Il les tient de Suzanne, la bonne qui se trouvait à Croisset le 8 mai 1880 : « Rouen …, nous ne sommes pas loin de Rouen … Hellot …, je les connais les Hellot … »

Lettre que vous pouvez d'ailleurs lire dans son intégralité.

Réponse de Fromon

par Fromon, le 30/04/2021 à 12:49

Sans citer aucune source à ma connaissance, George Steiner a souvent écrit, dans divers livres successifs, que Flaubert a dit ou écrit, avant de mourir : «Je meurs comme un chien, et cette pute d'Emma vivra toujours...» (phrase traduite de l’anglais et rapportée avec plusieurs variantes). Cherchant la première fois où Steiner l’évoque, je voudrais savoir si, dans l’édition originale en anglais de After Babel : Aspect of Language and Translation (Oxford University Press, 1975), il la cite ou même évoque cette idée de Flaubert (comme il le fait dans The Uncommon Reader en 1978). Et si c’est le cas, Steiner mentionne-t-il une source à cette citation de Flaubert ? Je précise que je cherche bien la première édition d’After Babel et non les éditions suivantes qui sont corrigées et augmentées (traduites en français sous le titre Après Babel : une poétique du dire et de la traduction en 1992 et 1998, la première édition française étant de 1978).
Plus largement, je cherche, par quelque auteur que ce soit, une citation de cette phrase ou de cette idée de Flaubert antérieure à 1978.
(Cette question précise une question précédente à laquelle vous aviez répondu très pertinemment, ce qui m’avait permis d’avancer dans ma recherche, soyez en donc vivement remerciés.)

Réponse du Guichet du savoir

par bml_litt, le 04/05/2021 à 15:51

Réponse du département Langues et Littératures

Bonjour,

La BmL ne possède pas dans ses collections l’édition en version originale de 1975 de After Babel de George Steiner mais uniquement une édition française Après Babel datée de 1978.

A partir de l’index nous avons vérifié les occurrences dans l’ouvrage pour Flaubert et pour Madame Bovary mais aucune ne renvoie à cette fameuse phrase que Flaubert aurait prononcée avant de mourir.

Il en est sans doute de même dans la version originale anglaise de 1975 qui se trouve à la Bnf. Cependant vous pouvez toujours prendre contact avec la Bnf via le service Sindbad de questions réponses.
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