Qu'a fait la famille de Chevreuse de la dépouille de sa duchesse ?
Question d'origine :
bonjour je suis interessée par l'histoire d'ermessinde de narbonne-pelet duchesse de chevreuse. pourquoi la famille de chevreuse n'a pas ramené sa dépouille au chateau de Dampierre?
merci d'avance..
Réponse du Guichet
Après la mort à Lyon en 1813 d'Ermessinde de Narbonne-Pelet duchesse de Chevreuse, atteinte de tuberculose, sa belle-famille fit ériger en son honneur un important monument funéraire au cimetière de Loyasse de Lyon. En 1937, Édouard Herriot, alors maire de Lyon, fit rechercher sa tombe pour remettre en état son emplacement. Cette restauration semble toutefois s’être limitée à la localisation et à l’entretien de la sépulture elle-même, car le monument original a été déplacé dans l’enclos de l’église de Dampierre-en-Yvelines (près du Château de Dampierre), propriété de la famille d’Albert de Luynes.
Nous n'avons pas trouvé de sources indiquant un "refus" de la part de sa belle-famille de rapatrier sa dépouille à Dampierre. L'épitaphe de son monument funéraire met en avant les liens affectifs entre la duchesse et sa belle-mère. A l'époque, le nouveau cimetière de Loyasse à Lyon, moderne et hygiéniste, était réservé aux élites. Le contexte historique et sanitaire peuvent aussi être des pistes : sous l’Empire napoléonien, le décret impérial de 1804 limitait les enterrements dans les églises, même pour la noblesse, et encourageait les cimetières extérieurs. Le contexte sanitaire des épidémies de tuberculose impliquait également souvent une inhumation rapide et locale, à des fins d'hygiène publique.
Bonjour,
Françoise Marie Félicité Ermessinde de Narbonne-Pelet, née le 15 janvier 1785 à Paris et décédée à Lyon à l'âge de 28 ans, le 5 juillet 1813, fut inhumée au Cimetière de Loyasse à Lyon, dont l'emplacement est indiqué dans notre ancienne réponse à la question Ermessinde de NARBONNE PELET, duchesse de CHEVREUSE (23 juin 2014) :
L’article La tombe de la duchesse de Chevreuse au cimetière de Loyasse indique l’emplacement de la tombe de Françoise Marie Félicité Ermessinde d’Albert Luynes de Chevreuse née Narbonne-Pelet : elle se situe allée 81, 4ème secteur dans un « modeste carré de sol entouré d’une bordure en ciment, avec une croix de fer ». [...]
À sa mort, la famille de Chevreuse fit en effet réaliser, par le sculpteur Pierre-Marie Prost, un monument funéraire important au cimetière de Loyasse à Lyon, que l'on peut admirer sur l'estampe ci-dessous, issue des planches publiées dans : Collection lithographiée des plus beaux tombeaux exécutés dans les cimetières de Lyon, publiée, et dédiée à M. A. Chenavard [Estampe] / par Jacques Dulin (Fonds Coste).

En 1937, Édouard Herriot — alors maire de Lyon — fit rechercher sa tombe et fit remettre en état son emplacement dans le cimetière, mais cette restauration semble toutefois s’être limitée à la localisation et à l’entretien de la sépulture elle-même (voir la photo Allée 81/4, cimetière de Loyasse, Lyon datée de 2018), car le monument original aurait été déplacé dans l’enclos de l’église de Dampierre-en-Yvelines (près du Château de Dampierre), propriété de la famille d’Albert de Luynes. Ce dont témoigne l'article du BMO (Bulletin municipal de Lyon ; 4 juin 2012, p. 1-2) cité dans notre ancienne réponse :
Cet article, illustré d’iconographie en provenance des Archives et de la Bibliothèque municipales indique aussi les épitaphes et inscriptions. Le monument funéraire, aujourd’hui absent du cimetière de Loyasse car déplacé dans l’enclos de l’église de Dampierre-en-Yvelines où se trouve le château de la famille d’Albert-Luynes, est décrit. L’emplacement de la tombe - toujours à Loyasse - a été retrouvé et remis en état en 1937, après des recherches demandées par le maire Edouard Herriot.
L'article sus-mentionné apportait les éléments biographiques suivants :
« Françoise de Narbonne-Pelet était issue d’une grande famille de la vieille aristocratie française. A l’âge de seize ans, elle épousa Charles-Marie Paul André d’Albert, duc de Luynes, Chevreuse et Chaulnes dont elle eut deux enfants.
En 1806, Napoléon 1er la nomma dame du Palais de l’impératrice Joséphine, mais elle garda un esprit d’indépendance et se montra fort critique envers « cette cour sortie des camps » selon le mot de Chateaubriand. En 1808, l’Empereur voulut attacher la duchesse au service de la reine d’Espagne assignée à Fontainebleau. Napoléon entendait bien avoir une informatrice dévouée auprès de la reine mais Madame de Chevreuse refusa tout net le rôle d’espionne qu’on voulait lui faire jouer.
Ulcéré par ce défi à son autorité, Napoléon imposa un dur exil à la duchesse, lui interdisant d’approcher Paris de plus de cent lieues. Après un passage en Normandie, en Dauphiné, en Touraine, Madame de Chevreuse arriva à Lyon.
Dans les Souvenirs et correspondance tirés des papiers de Madame Récamier, sa nièce et fille adoptive, Amélie Lenormant, raconte qu’en juin 1812, « Mme Récamier retrouvait encore à Lyon et dans l’auberge même où elle était descendue (l’hôtel de l’Europe) une sœur d’exil, l’élégante duchesse de Chevreuse, accompagnée de sa belle-mère, la duchesse de Luynes, dont la tendresse passionnée n’avait pu consentir à s’en laisser séparer».
[Source de l’article : Souvenirs de Madame Récamier, tome I, 1859, page 186]
Atteinte de tuberculose, la duchesse de Chevreuse déclinait de jour en jour. Elle s’éteignit le 6 juillet 1813. Elle fut inhumée au cimetière de Loyasse, ouvert quelques années plus tôt. La famille fit réaliser par le sculpteur Pierre-Marie Prost un monument funéraire « qui fut en son temps considéré comme l’un des plus beaux de Loyasse » (…)
Alors pourquoi, vous demandez-vous, la famille de Chevreuse n'a pas ramené sa dépouille au château de Dampierre ?
Nous n'avons pas trouvé de source indiquant un refus de la famille de Chevreuse de ramener le corps à Dampierre.
Tout ce que l’on peut dire avec certitude est qu’elle a été inhumée à Loyasse, puis que seul son monument funéraire a été transféré à Dampierre, ce qui suggère que la dépouille est restée à Lyon, probablement pour des raisons que l'on peut supposer pratiques (décès sur place, soins reçus sur place), et affectives étant donné l'importance à cette date et à l'échelle lyonnaise, du nouveau cimetière de Loyasse, moderne et hygiéniste, où sa tombe est alors considérée comme l’une des plus remarquables du cimetière. L'article DAMPIERRE-EN-YVELINES (78) : église et cimetières du site "Cimetières de France et d'ailleurs" le confirme. Tout comme est confirmée l'affection que lui portait sa belle-mère Madame de Luynes :
Paroisse dès le Xe siècle, Dampierre eut son église Saint-Pierre au XIIIe siècle dont subsistent le clocher et les premières travées de la nef. Le bâtiment a été modifié - et son orientation changée - en 1858 et 1859 par Hippolyte Blondel en raison de travaux d’élargissement de la route. [...]
En 1862, M. le duc de Luynes qui habitait le château voisin fit aménager le transept méridional par Debacq et Charles Garnier en une chapelle funéraire destinée à la sépulture de la famille de Luynes. Au milieu de la chapelle, sur une plaque de bronze ajourée, ménagée dans le plafond du caveau est gravée en latin l’inscription suivante : « Honoré d’Albert, duc de Luynes, a pour lui-même, pour les siens aujourd’hui vivants qui mourront et pour sa postérité pris soin de faire construire ce caveau, destiné à ceux auxquels la paix éternelle du Seigneur a été donnée » [...]
Quelques tombes ont été conservées, vestiges de l’ancien cimetière, autour de l’église. On y trouve en particulier celle de Françoise Marie Félicité Ermessinde d’Albert Luynes de Chevreuse née Narbonne-Pelet (1785-1813), épouse de Charles-Paul d’Albert de Luynes (voir plus haut). En 1806, Napoléon Ier la nomma dame du Palais de l’impératrice Joséphine, mais elle garda un esprit d’indépendance et se montra fort critique envers « cette cour sortie des camps » selon le mot de Chateaubriand. [...]. Ulcéré par ce défi à son autorité, Napoléon imposa un dur exil à la duchesse, lui interdisant d’approcher Paris de plus de cent lieues. Après un passage en Normandie, en Dauphiné, en Touraine, Madame de Chevreuse arriva à Lyon, accompagnée de sa belle-mère, la duchesse de Luynes. Atteinte de tuberculose, elle y mourut rapidement. Elle fut inhumée au cimetière de Loyasse, ouvert quelques années plus tôt. La famille fit réaliser par le sculpteur Pierre-Marie Prost un monument funéraire qui fut en son temps considéré comme l’un des plus beaux du cimetière [1]. Ce monument funéraire fut déplacé dans l’enclos de l’église de Dampierre-en-Yvelines.
Son épitaphe proclame "Victime d’un sort funeste, la beauté, les dons de l’esprit et toutes les vertus dont elle fut dotée ne purent la garantir d’un trépas anticipé. Les tendres soins de Madame de Luynes sa belle-mère, la suivirent jusqu’à ses derniers moments".
Le prestige « mémoriel » (personnalités célèbres, grands monuments) du cimetière Loyasse se développera surtout au cours du XIXe siècle, mais dès la décennie 1810 il représente un espace funéraire privilégié pour les élites lyonnaises :
Alors que le cimetière de la Guillotière accueillait les pauvres, Loyasse a très rapidement pris la réputation du « cimetière des riches ».
Source : LYON (69) : cimetière de Loyasse (Cimetières de France et d'Ailleurs)
Le contexte historique pourrait également aider à comprendre que le corps n'ait pas été transféré à Dampierre, notamment le contexte funéraire au début du XIXe siècle : en 1813, le contexte funéraire en France est marqué par les réformes napoléoniennes post-révolutionnaires, qui imposent des cimetières laïcs hors des églises, et par les contraintes sanitaires et militaires liées à la tuberculose et aux guerres napoléoniennes.
Il est intéressant à ce sujet de lire : Aux origines des cimetières contemporains / Bertrand, Régis, et Anne Carol, éditeurs aux Presses universitaires de Provence, 2016. On apprend que le Décret du 23 prairial an XII (12 juin 1804) interdit les inhumations intra-muros et dans les églises et impose des cimetières uniques par commune, hors agglomération, avec des concessions individuelles payantes à perpétuité pour les élites. La priorité est aussi donnée à l'hygiène publique (risques épidémiques comme la tuberculose), qui induit une inhumation rapide pour éviter les contagions. Les urgences sanitaires ainsi que les guerres napoléoniennes freinent ainsi les transferts longue distance, comme le mentionne l'article : « Les sépultures de guerre en France à la fin du Premier Empire » / Jacques Hantraye, Revue d'histoire du XIXe siècle [En ligne], 30, 2005, mis en ligne le 28 mars 2008.
Afin de poursuivre votre recherche, le site des Archives nationales a publié une notice sur la famille Albert de Luynes (1401 - ) évoquant la duchesse :
Charles Marie Paul André d'Albert de Luynes (1783-1839), 7e duc de Luynes et duc de Chevreuse, fils de Louis-Joseph-Charles-Amable d'Albert de Luynes (1748-1807) et de Guionne Joséphine Élisabeth de Montmorency-Laval (1755-1830), devient membre de la Chambre des pairs sous la Première Restauration, de 1814 à 1815, puis de nouveau de 1815 à 1817, puis duc-pair de France de 1817 à 1830, sous la Seconde Restauration. Il épouse en 1800 Françoise Marie Félicité Ermesinde Raymonde de Narbonne-Pelet (1785-1813), dame du palais de l'impératrice Joséphine. [...]
Voici les références des archives relatives à cette famille, conservées aux Archives nationales de France :
Cote : AB/XIX/5640
Fonds : Pièces isolées, collections et papiers d’érudits. Tome 9.
Contenu : Inventaire après décès d’Honoré Théodoric d’Albert (1802-1867), 8e duc de Luynes, devant Me Émile Fourchy, notaire à Paris (étude LVIII) : expédition, 3 février 1868.
Ressources complémentaires : Arch. nat., 812AP. Archives de la famille d’Albert de Luynes.
Lieu de conservation : Archives nationales
En vous souhaitant bonne poursuite dans vos recherches !
Je pense que j’en aurai pas