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oralité histoire

par morioga, le 09/10/2018 à 20:32 - 352 visites

bonjour quand est apparu la lecture a voix base ? et pour quel raison ? merci GA morio

Réponse du Guichet du savoir

par bml_civ, le 12/10/2018 à 12:51

Bonjour,

Les historiens donnent en général le haut Moyen-Age comme période pour le développement de la lecture à voix basse, et essentiellement la période monastique. La lecture à voix basse avait donc un but de méditation et de mémorisation, évoquant la psalmodie, et se pratiquait souvent dans un cadre religieux.

« Le passage de la lecture à voix haute à la lecture murmurée ou silencieuse :
En même temps que la lecture silencieuse succède (assez massivement à partir du XIIIe siècle) à la lecture oralisée et que les "voix des pages" s'éteignent, la page peu à peu devient moins compacte, se structure, donne à voir les nervures et les articulations du texte, en organise les différents niveaux de lecture par le recours à divers styles et modules d'écriture, par l'usage signifiant de la couleur, par la multiplication des espaces et des blancs.
Autre grand changement dans l'Europe du haut Moyen Âge, le passage de la lecture à voix haute à la lecture murmurée ou silencieuse. Plusieurs causes à cela : les livres sont surtout lus pour connaître Dieu ou sauver son âme, et ils doivent donc être compris, médités, peut-être appris par cœur ; le codex lui-même, avec ses pages qui découpent le texte, facilitant la relecture et la confrontation de plusieurs passages, est une invitation à la lecture de méditation ; la vie communautaire des institutions religieuses, où la lecture se pratique le plus souvent, oblige à parler à voix basse. »
Source : Le Moyen Âge : de l'écriture monastique à la lecture scolastique, par Guglielmo Cavallo et Roger Chartier, Choses vues, choses lues, exposition BNF
Voir aussi les pages :
Page À l'époque moderne, les trois révolutions de la lecture
Page La lecture entre contraintes et invention, par Guglielmo Cavallo et Roger Chartier.
Et La lecture histoire d’une pratique culturelle, Hélène Duccini.

Dans Histoire de la lecture, Laurent Jenny, Université de Genève, en ligne, on peut lire :
« II.2.1. Ruminatio
La lecture à voix basse, appelée murmure ou rumination (ruminatio), sert de support à la méditation et d'instrument de mémorisation. Jusqu'à la Renaissance, on pratique en effet surtout une lecture intensive d'un petit nombre de livres (essentiellement religieux) qui sont quasiment appris par cœur, voire incorporés par le lecteur. Ce type de lecture est dominant jusqu'au XIIe siècle. L'écrit est surtout investi d'une fonction de conservation et mémorisation. »

Cette « ruminatio », si elle est dominante au haut Moyen Age, coexiste avec d’autres pratiques.
« L'émerveillement qu'éprouve Augustin lorsqu'il voit (nous sommes en 384) Ambroise lire «tacite» (Conf., VI, 3) a incité récemment certains historiens à accorder une importance excessive à la différence entre lecture à haute voix, qui serait le propre du monde classique, et lecture silencieuse qu'aurait inventée le Moyen-Âge, à tout le moins la chrétienté.
En réalité, comme chacun sait, l'habitude de «tacite legere» avait déjà cours dans le monde antique (Hor., Sat., II, V, 68); et, en ce qui concerne le haut Moyen-Âge, la situation est bien plus complexe qu'il ne paraît à première vue.
Il est en effet possible de distinguer trois techniques de lecture largement diffusées et utilisées sciemment dans des perspectives différentes : la lecture silencieuse, in silentio, la lecture à voix basse, appelée murmure ou rumination, qui servait de support à la méditation et d’instrument de mémorisation, enfin, la lecture prononcée à voix haute qui exigeait, comme dans l’Antiquité, une technique particulière et se rapprochait beaucoup de la pratique de la récitation liturgique et du chant. Chacune de ces techniques correspondait donc à une fonction précise et se pratiquait dans des circonstances et des milieux bien déterminés. »
La suite de l’article Lire au Moyen-Age, d’ A. Petrucci vous montrera également en détail comment la transformation de l’écriture et les nouveaux besoins de lecture favorise le développement de la lecture individuelle et vice-versa.

Pour approfondir, vous pouvez lire :
- l’article Relecture critique de l’histoire de la lecture. Régularités discursives chez les historiens modernes, Le Moyen-Age, 2014/1, Hélène Haug, qui montre la difficulté à bien appréhender les différents modes de lecture au cours des âges.
- Une introduction à l'histoire du livre et de la lecture, Jean-François Gilmont p. 36-37

Enfin, vous pouvez vous référer à :
Histoire de la lecture dans le monde occidental, sous le direction de Guglielmo Cavallo et Roger Chartier, où vous trouverez de nombreux articles pouvant vous intéresser. Parmi eux, Le modèle scolastique de la lecture (4. p. 125), de Jacqueline Hamesse où l’on peut lire :
« De la « ruminatio » à la « lectura » :
Pendant tout le Haut Moyen Age, le livre par excellence était la Sacra Scriptura qui était lue à tout moment et qui constituait la base de la spiritualité monastique. Est-ce par hasard que les auteurs parlaient de ruminatio à propos de cet exercice d’assimilation et de méditation sur la Bible ? La lecture constituait vraiment la nourriture spirituelle des moines. On pourrait la qualifier de « manducation de la Parole » pour reprendre le beau titre de l’ouvrage de Marcel Jousse. Il s’agissait d’une lecture lente et régulière, faite en profondeur. Divers passages étaient appris par cœur et certaines phrases étaient méditées sans cesse par ceux qui avaient consacré leur vie à Dieu. Beaucoup de lectures étaient faites à haute voix. L’habitude d’articuler les syllabes étaient si répandues que, même lorsqu’on lisait uniquement pour soi, on prononçait les sons à voix basse. Cette habitude aboutissait à un rythme de lecture très lent et aidait l’assimilation du contenu des œuvres. »

Bonnes lectures !
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