Quelles sont les influences grecques de l'architecture du tribunal de Lyon ?
Question d'origine :
Bonjour,
En dehors des colonnes corinthiennes, quelles autres influences grecques retrouve-t-on dans l’architecture du palais de justice de Lyon ?
Merci beaucoup pour votre réponse !
Réponse du Guichet
Imposant bâtiment de style néoclassique et classé aux monuments historiques, l'ancien palais de justice de Lyon a été construit entre 1835 et 1846 par Louis-Pierre Baltard, dont le voyage à Rome a permis de développer la culture antique. Dans le domaine de l'architecture, une volonté de retour aux préceptes de l’antiquité se développe fortement dans la première moitié du XIXe siècle en France où l'association de la justice et de la politique à l’antiquité est plus forte que jamais.
L'architecture des temples grecs antiques marquée par l'ordre et la régularité est une des sources d'inspiration de l'architecture néoclassique et néo antique de l'ancien Palais de justice de Lyon, de par de nombreuses caractéristiques extérieures : la monumentalité, le fronton, le péristyle de 24 colonnes avec chapiteaux de style corinthien, le plafond à caissons, un porche à colonnes assimilables au pronaos des temples grecs, une ornementation inspirée des thermes, le bandeau décoratif du mur du portique inspiré de la frise de triglyphes et de métopes.
L'architecture intérieure est marquée par une série de motifs décoratifs antiquisants. La frise d'oves, les rangs de perles, les rais de coeur s'inspirent du vocabulaire antique, tout comme les stucs polychromes.
Bonjour,
Vous souhaitez avoir des informations sur les influences grecques de l’architecture de l'ancien Palais de justice de Lyon, en dehors des colonnes corinthiennes.
L'ancien Palais de justice de Lyon, construit entre 1835 et 1848 dans le quartier Renaissance du Vieux-Lyon à l’emplacement du Palais de Roanne intégralement rasé, fait l'objet d'une fiche historique sur le site Inventaire du Patrimoine en Auvergne Rhône-Alpes et d'une notice sur POP, la Plateforme ouverte du patrimoine. Depuis 1995 (construction du nouveau palais de justice), il n'est plus utilisé que par la Cour d'Assises et la Cour d'Appel.
Trois commanditaires, le gouvernement, le département et la Ville de Lyon, ouvrent un concours en 1827 pour l'édification d'un palais de justice. Les résultats sont connus en 1828 et le projet de l'architecte parisien Louis-Pierre Baltard retenu (le 29 septembre). Les plans et devis sont définitivement approuvés par décision ministérielle le 23 février 1831. La première pierre est posée le 28 juillet 1835 et l´édifice est achevé en 1848. Le Tribunal s'installe dans l´aile septentrionale en novembre 1842. L'ornementation de la salle des Pas perdus est terminée en mai 1843. L.-P. Baltard décède en janvier 1846. Ses successeurs directs, les architectes Sébastien Seitz puis Pierre Bernard, achèvent la façade principale et partiellement les travaux de sculpture. [...] L'édifice est classé parmi les monuments historiques en totalité en février 1996 : il présente au point de vue de l'histoire de l'art un intérêt public en raison de son architecture exceptionnelle et de la qualité de son décor intérieur demeuré intact.
Source : Palais de Justice dit les 24 colonnes (dossier minimal établi en 2009 par l'Inventaire du patrimoine en Auvergne Rhône-Alpes)
L'architecte parisien Louis-Pierre Baltard (1764-1846) a séjourné à Lyon entre 1789 et 1791, à son retour d’un voyage à Rome qui lui a permis de développer sa culture antique (source : Site EBRA, groupe de presse régionale). L'architecture des temples grecs antiques est alors une des sources d'inspiration de l'architecture néoclassique de l'époque.
Le site Lyon Patrimoine consacre un article au Palais de justice conforme au modèle antique par le fronton et les colonnes :
La construction de Palais de Justice est une des grandes affaires de l’époque. Le néoclassicisme régnant, on imite beaucoup la manière antique : neuf des Palais de Justice qui sont en cours de construction en France en ce début du XIXe siècle sont bâtis selon le modèle d’un temple antique, dans le souci "d’asseoir la dignité de la fonction sur les modèles jugés idéaux des vertus de l’Antiquité".
A Lyon, dès 1824, Louis-Pierre Baltard est au travail. Son nom nous est bien connu, mais surtout parce qu’il est celui du constructeur des halles de Paris, Victor Baltard -son fils.
Le premier projet de Louis-Pierre pour le Palais de Justice se conforme strictement au modèle antique : il comporte un fronton et, déjà, des colonnes. Le bâtiment s’annonce même davantage néo-antique que néo-classique.
[...]
Comme la plupart des constructeurs de Palais de Justice de l’époque, Baltard puise son inspiration, certes dans les monuments romains antiques mais surtout, d'une manière plus immédiate, dans la Bourse de Paris, construite par Brongniart en 1808.
Le Palais de justice « historique » de Lyon (28 juin 2016) sur le site Secrets de Lyon, revient quant à lui sur la signification des 24 colonnes :
La façade du palais de justice de Lyon est composée d’un imposant péristyle de 24 colonnes identiques de 12 mètres de haut et au style corinthien, inspirées des temples grecs. Ces colonnes correspondent aux vingt-quatre heures de la journée : situées à l’est, elles reçoivent tour à tour les rayons du soleil et emprisonnent le jour qui s’écoule (de façon symbolique), au rythme de la colonnade en suivant le cours de la Saône. Les fûts cannelés de ces colonnes sont réalisés en pierre de Villebois et les chapiteaux en pierre jaune de Cruas et de Rocheret, pour assurer une bichromie de l’ensemble.
A ce sujet, la réponse du GDS de 2019 est très complète : "Pourquoi 24 colonnes".
La Cour d'appel de Lyon souligne que "L’architecte s’est inspiré d’un temple grec, mais a préféré placer la colonnade non pas sur les côtés du temple comme c’était d’usage dans l’antiquité, mais sur sa façade principale pour la rendre plus imposante encore. Le palais fit l'objet d'une rénovation complète, achevée le 15 mai 2012."
La thèse de doctorat, soutenue par Jean-Claude Mossière en 1994 à L'Université Lyon 2, L'hellénisme et Lyon dans la première moitié du XIXe siècle, évoque l'architecture de l'ancien Palais de justice de Lyon, héritée des formes de l'antiquité grecque, notamment le long rideau formé par les colonnes d'ordre corinthien et le plafond à caissons. Vous pouvez observer les plafonds à caisson de l'ancien Palais de justice de Lyon sur notre base Photographes en Rhône-Alpes. Ce procédé ornemental s'est développé tôt dans l'architecture de la Grèce antique, puisqu'on trouve très vite leur imitation en pierre dans les temples grecs. Ces formes géométriques en creux sont répandues dans l'Antiquité classique et reviennent à la mode à partir de la Renaissance. Ils connaissent notamment une grande diffusion dans l'architecture néo-classique.
Pour qui s'interroge sur la présence à Lyon de monuments et de motifs hérités des formes de l'antiquité, la réponse peut être fournie par un rapide survol de l'architecture, élément plastique le plus visible de la cité.
[...]
Pour découvrir le second édifice, il faut franchir les deux fleuves et se diriger vers le palais de justice, construit par Baltard entre 1835 et 1847, placé en bordure de Saône, dans le quartier Saint-Jean. Le long rideau formé par les colonnes d'ordre corinthien, et le plafond à caissons, sont empruntés à l'architecture antique. Ce bâtiment observé de la rive gauche de la Saône semble servir de socle architecturé à la colline de Fourvière, et à la basilique. Cette solide structure rythmée par ses 24 colonnes adaptées du péristyle du temple grec voisine avec le lieu lyonnais par excellence de l'affirmation de la présence de la religion catholique. A ce site pourrait parfaitement s'appliquer la phrase de Didron : « A notre belle civilisation chrétienne le paganisme a quelquefois servi de piédestal »
Et l'auteur de conclure sur la présence de l’hellénisme lyonnais au XIXe siècle :
Nous avons vu que les années 1843-1844, et celles qui suivirent, furent des années décisives pour l'hellénisme en France. Nous avons vu les regards se tourner intensément vers la Grèce ces années là. Pour Henry Peyre, la génération qui a grandi depuis 1835 éprouve le besoin d'un certain sens bourgeois, d'un ordre et d'une régularité qu'elle croit trouver dans un sage classicisme qui la protège des excès d'un certain romantisme.
Source : L'hellénisme et Lyon dans la première moitié du XIXe siècle (thèse de doctorat, soutenue par Jean-Claude Mossière en 1994 à L'Université Lyon 2)
Pierre-Honoré Thomas consacre un article à l'ancien Palais de justice de Lyon en 1859 dans la Revue du Lyonnais :
Le Palais de Justice de Lyon est placé sur le quai de la Saône (rive droite) au bas du coteau de Fourvières, dont il forme le piédestal. Sa longue et belle colonnade corinthienne frappe tout d'abord les regards, et les plus indifférents ne peuvent se lasser d'admirer le panorama qui l'entoure et dont elle forme un des plus intéressants détails. Vingt-quatre colonnes cannelées avec chapiteaux corinthiens supportent un attique divisé en compartiments rectangulaires, par des acrotères correspondant au droit de chaque colonne et couronnés par un ornement formant dentelure. Le perron par lequel on s'élève jusqu'au péristyle correspond aux quatre colonnes du milieu ; une barrière en fer , d'un beau style, le ferme et s'appuie de chaque côté sur deux socles qui attendent toujours les lions de bronze dont il devait être orné.
L'intérieur est d'une grande richesse d'ornementation. On entre sous un vestibule dont le plafond est supporté par quatre colonnes corinthiennes, puis, dans la Salle des Pas-Perdus. Quatre couples de colonnes cannelées, polies comme le marbre, supportent trois coupoles surbaissées, placées à la suite les unes des autres ; six fenêtres semi-circulaires éclairent celle magnifique salle de laquelle on se rend dans tout l'édifice. Il est regrettable que les mots : Cour Impériale, Cour d'appel, etc. ne soient pas gravées comme l'ordonne le style du monument, c'est-à-dire, en caractères antiques lapidaires.
Des livres issus de nos collections, notamment de la Documentation régionale, nous en apprennent un peu plus :
- L'architecture à Lyon. 02 [Livre]. Lyon et le grand Lyon de 1800 à 2000 / Jacques Beaufort, 2001. En voici un extrait :
"À l'intérieur le plafond de la salle des pas perdus a une portée exceptionnelle. Il est fait de coupoles supportées par des colones, emprunt manifeste [au Panthéon] de Soufflot. "
- La justice à Lyon [Livre] : d'un palais à l'autre, XVIIe-XXe siècle / Dominique Bertin [publ. par le Comité du pré-inventaire des monuments et richesses artistiques du Rhône], 1995
"La salle des pas perdus ouvre sur un porche à colonnes assimilables au pronaos des temples grecs. La composition est rigoureusement symétrique. [...] L.-P. Baltard n'hésite pas à mettre en œuvre des plans et des détails d'ornementation étroitement liés à l'architecture des thermes, des temples dont il a gardé le souvenir par ses relevés. [...]
Dans la partie supérieure du mur du portique un bandeau décoratif rappelle la frise de triglyphes et de métopes des constructions antiques. [...]
La salle des Pas Perdus présente tous les éléments architectoniques initialement prévus. La frise d'oves, les rangs de perles, les rais de coeur s'inspirent du vocabulaire antique, mais ne reproduisent pas servilement les modèles.[...] ces stucs polychromes (vert, rouge et or) choquèrent le goût des magistrats [...] Pourtant ce type de décor traduisait ce goût pour la polychromie suscité par les découvertes archéologiques faites au début du siècle. [...]
- Louis-Pierre et Victor Baltard [Livre] / Pierre Pinon, 2025
- Architecture du XIXe siècle [Livre] / Robin Middleton et David Watkin, 1993
D'autres documents susceptibles de vous intéresser sont présents dans notre catalogue.
Enfin, la plateforme Cairn (interrogeable depuis la BmL) vous permettra d'avoir accès aux références suivantes :
- La Renaissance réinventée, historiographie, architecture et arts décoratifs à Lyon aux XIXe et XXe siècles / Gay-Maazuel, A. (2023). Philippe Dufieux dir., avec la collaboration de Jacques Rossiaud. Presses universitaires de Rennes, collection « Art et société », 2021
Richement illustrée et organisée en trois chapitres abordant l’historiographie et l’histoire du collectionnisme, les arts décoratifs puis l’architecture, cette publication redonne à la cité rhodanienne sa pleine place longtemps gommée au profit de l’Ile-de-France et de la Touraine, dans une visée jacobine de l’histoire développée depuis Michelet. Si les parties sur les collections et l’architecture sont denses, celle sur les arts décoratifs, composée de trois textes (portant respectivement sur la gravure, le textile et le vitrail), mériterait d’être augmentée de nouvelles études sur la céramique, l’orfèvrerie et le mobilier.
- Deux siècles d'architecture judiciaire aux États-Unis et en France / Mengin, C. (2011). Histoire de la justice, 21(1)
L’architecture du palais de justice est un domaine de recherche nouveau, car l’histoire de la justice, qui n’a elle-même pas une très longue tradition, s’est peu intéressée aux aspects formels et spatiaux du tribunal. Les travaux généraux sur l’histoire architecturale des lieux de justice sont rares ; les monographies consacrées à un palais de justice demeurent exceptionnelles.
[...]
En France, c’est le palais de justice néoclassique qui domine. Le palais de justice républicain est néoclassique et monumental. Il est le plus souvent situé sur les nouveaux boulevards aménagés en lieu et place des anciens remparts, qui concentrent les édifices publics apparus au XIXe siècle. Bien que côtoyant ces nouveaux bâtiments, le palais de justice en est isolé, puisqu’il constitue un espace sacré, séparé du monde ordinaire. Cette séparation se manifeste par un décalage de niveau : l’entrée du palais est surélevée par rapport à la rue – mais l’étage inférieur, à la différence de ce qui se passait sous l’Ancien Régime, n’abrite plus de prison. Le palais de justice domine l’effervescence et les passions de la cité. Les éléments architecturaux qui permettent de le reconnaître sont d’abord son important emmanchement, qui mène au péristyle à colonnes, lui-même surmonté d’un fronton triangulaire – tous éléments évoquant le temple grec – puis la colonnade (photo 10).
Très bonne journée !
Métropoles et périphéries : qui les habitent ?