Comment s'appelait ce bureau de chômage à Lyon dans les années 60 ?
Question d'origine :
Bonjour à vous Guichet du savoir et meilleurs vœux 2026,
( Je suis encore dans les temps )
J'ai beau chercher, rien , et me voilà à vous demander votre aide .
- Il se trouvait Quai Victor Augagneur dans les années 60 un bureau de recherche de travail, les mots ont leur. importance, dans ce temps là certains pas encore utilisés,
on y allait pointer, le bureau de chômage, je ne me souviens plus du nom donné à ce bureau, pas encore ANPE ou Pôle emploi. etc,
Je remercie pour l'aide apportée Co
Merci. à vous et tout l'équipe derrière
Cordialement .
Réponse du Guichet
Un "bureau d'emploi' existait bien à Lyon au 20 quai Victor Augagneur. Sa dénomination officielle était un "office public et gratuit de placement", même si plusieurs noms officiels ou non officiels pouvaient cohabiter. Ces offices étaient administrés localement et conjointement avec le département tout en étant placés sous l'autorité du ministère du Travail. A une époque où le chomâge était très faible, ils préfiguraient les grands services publics de l’emploi à venir comme la création de l’ANPE en 1967 et de Pôle Emploi en 2008.
Bonjour,
En parcourant ce document des archives départementales, qui servait d'outil de recherche aux archives traitant du travail et de la main-d’œuvre dans le Rhône (entre 1800 et 1840), nous sommes tombés sur ce paragraphe et cette note de bas de page qui font directement référence à ce "bureau d'emploi, anciennement situé quai Victor Augagneur à Lyon. Si celui-ci était bien administré à l'échelle locale par les services municipaux et départementaux, le bureau était aussi placé sous le contrôle du ministère du Travail :
Le troisième fonds est celui de l’office public et gratuit de placement 5. Ce dernier, à la fois municipal, départemental et régional, a pour mission de placer et de rechercher du personnel dans la France entière et à l’étranger en liaison avec les services centraux du ministère du Travail. Il s’occupe du placement du personnel des deux sexes, français et étrangers, de toutes les catégories du commerce, de l’industrie et de l’agriculture6. Il est administré, pour le service municipal et départemental, par une commission composée de délégués du conseil général du Rhône, du conseil municipal, et des représentants des Chambres syndicales patronales et ouvrières. Cet office est sous le contrôle de la Ville de Lyon, du Département du Rhône et du ministère du Travail.
(...)
5. L’office est domicilié 20 quai Augagneur. Par contre, le bureau en charge du placement des domestiques des maisons bourgeoises se trouve au 27 rue Gentil.
Source : Travail et main-d’œuvre dans le Rhône 1800-1940 - Archives départementales du Rhône (p. 10)
Le nom, la date et l'emplacement de ce bureau se confirment sur France Archives, où vous retrouverez cette description du fonds Travail et main-d'oeuvre. Il est cependant possible que dans le langage courant, ces offices publics et gratuits de placement soient devenus des "bureaux de l'emploi" ou "bureaux de placement" par comodité d'usage.
Pour comprendre le fil chronologique de l'histoire de "bureaux d'emploi", "offices de placement" ou autres "agences nationales" aux XIXème et XXème siècles, ce document écrit par Pierre Fournier, ancien directeur au ministère du Travail pour les cahiers du Comité d’histoire des administrations du travail (CHATEFP) peut s'avérer utile.
Les offices comme ceux de Lyon servaient alors à mettre en relation la main d'oeuvre et les employeurs dans un contexte particulier d'après guerre caractérisé par la plannification et le plein emploi. L'Ordonnance du 24 mai 1945 a servi de base à une redéfintion des missions et de l'organisation de ces services :
Outre la validation, déjà mentionnée, de la loi du 11 octobre 1940 du régime de Vichy, et le changement de dénomination des offices régionaux et départementaux du travail, devenant Services régionaux et départementaux de la main d’œuvre, le premier gouvernement provisoire présidé par le Général de Gaulle a pris une mesure importante avec l’Ordonnance du 24 mai 1945 relative au placement des travailleurs et au contrôle de l’emploi (annexe 15).
Ce texte législatif a été complété par un décret du 23 août et un arrêté du 6 octobre 1945. On peut en résumer ainsi les dispositions :
-monopole du placement donné aux services régionaux et départementaux de la main d’œuvre
; -suppression des bureaux de placement payants (cela renouvelle les dispositions prises dès 1904 !)
; -réglementation du placement privé gratuit, destiné à être supprimé également
; -organisation du placement public.
; -institution d’un contrôle de l’emploi : dans l’industrie et le commerce, les embauchages et les licenciements sont soumis à autorisation du service départemental de la main d’œuvre ; dans les professions autres que l’agriculture et les services domestiques une simple information des services est requise.
Source : Elements pour une histoire des textes concernant le placement et l’embauche des travailleurs, Pierre Fournier (extraits des Cahiers du Chatefp n° 2-3, janvier 2000)
Il faudra attendre l'année 1967 pour que naisse l'Agence nationale pour l'emploi (ANPE), sous l'impulsion d'un jeune secrétaire d'Etat à l'emploi... un certain Jacques Chirac, nommé dans le gouvernement Pompidou.
En parallèlle, vous trouverez aussi mention de cet office dans la presse de l'époque. Sur RetroNews, on peut lire plusieurs mentions dans la presse locale de cet office, surtout pendant l'entre deux guerres puis sous Vichy. Dans le Lyon Républicain (8 décembre 1936), on parle du 20 quai Augagneur et de son Office départemental de la main d'oeuvre tandis que Le Journal (13 mars 1942) parle de l'Office régional du Travail.
Dans Souvenirs et témoignages Des contrôleurs, inspecteurs, agents des services du travail et de l’emploi racontent, la carrière de Jacques Bercovici témoigne de l'activité du 20 quai Augagneur, où il a travaillé dès ses 18 ans en tant qu'auxiliaire de bureau en 1946 avant de monter en compétence jusqu'à devenir Inspecteur du travail.
D'autres informations pouvant vous intéresser pourraient être consignées dans ces articles lisibles en ligne :
Apparieur et marchand de travail : le bureau de placement à Paris au tournant du XXe siècle de Benjamin jung (2017)
- La naissance de l'agence nationale pour l'emploi. Institution et mission de service public de Martin Muller (1990)
Avant de finir, nous vous transmettons ces quelques éléments historiques supplémentaires, illustrant autant le besoin de contrôle de la main d'oeuvre dans l'après guerre et le paradoxe d'une Agence pour l'emploi, dans une année 1967 où le chômage n'est ni une réalité partagée par les Français ni un sujet politique majeur :
1. L'origine d'une ordonnance l'héritage de l'après-guerre
Une conception dirigiste préside, en matière de main d'oeuvre, comme dans les autres secteurs de la vie du pays, aux décisions prises par le nouveau pouvoir politique. La volonté de prévoir l'avenir, de le planifier, voire de le maîtriser, s'exprime aussi par la création du Commissariat Général au Plan, en 1946. L'ordonnance du 24 mai 1945 a pour intitulé : "Placement des travailleurs et contrôle de l'emploi". Ce qui marque sans ambiguïté une volonté politique dont l'Etat devient l'initiateur et dont il demeurerait le gestionnaire.
Il s'agit de "coordonner efficacement les offres et les demandes d'emploi", de faire triompher "la rationalité". Ce terme est le maître-mot des mesures proposées. Il renvoie à une conception plus globale que l'usage a consacré par l'expression de "convention Keynésienne de plein-emploi". "Le fonctionnement du marché du travail est désormais fondé sur une convention keynésienne qui associe l'intervention de l'Etat pour maintenir le plein emploi, l'interaction entre gains de productivité et augmentation du niveau de vie, le modèle de l'emploi salarié à temps complet au détriment des activités agricoles et indépendantes" .
L'ordonnance du 24 mai 1945 poursuit également un objectif immédiat qui est de combler des emplois vacants. C'est indispensable dans un pays où le fonctionnement économique a été désorganisé. Les besoins de main d'oeuvre sont partout ressentis et
e retour des prisonniers de guerre doit être canalisé. Les problèmes restent perçus essentiellement en flux quantitatifs de main d'oeuvre à aiguiller vers les régions ou les secteurs économiques où sa présence s'impose. Ce n'est pas encore une politique de l'emploi.
L'ordonnance exprime une forte dimension de contrôle, au niveau des courants d'embauché, puisqu'elle institue l'obligation du dépôt des offres comme des demandes d'emploi. L'intention est sans doute de permettre une meilleure connaissance des flux de main d'oeuvre, en termes statistiques et d'accroître, par là- même, les moyens d'action. Toutefois, l'intention ne passera guère dans les faits.
(...)
Le Ministère du Travail hérite, sans l'avoir spécialement désiré, des offices qui existaient auparavant et des questions de placement et de main d'oeuvre dont ils avaient la charge. Un décret du 22 Avril 1946 "étatise" ces organismes, qui deviennent les Services Extérieurs du Travail et de la Main d'Oeuvre, les SETMO.
(...)
Le manque de moyens matériels dont souffrent ces services, peu considérés, n'est pas fait pour atténuer ce phénomène. D'autant que "l'emploi" n'est pas encore un secteur social sensible. Les accrocs au plein-emploi, quoique réels, ne sont pas encore ressentis comme dangereux.
Jacques Legrand, en 1967, est le Directeur Général du Travail au Ministère du même nom. Il insiste fortement sur l'anachronisme que constituerait le fait d'oublier "qu'à la fin des années 60, l'emploi n'est pas un terrain politiquement sensible, comme c'est le cas aujourd'hui. Le changement de point de vue est considérable. L'Agence pour l'Emploi n'était pas, pour moi, un souci majeur. Je ne dirais certainement pas la même chose si j'étais resté quelques années de plus".
Dans cette période où les chiffres du chômage tournent autour de 200 000 à 300 000 personnes, la personne même du chômeur reste marquée du sceau de la réprobation. Son image est associée à l'oisiveté, à la marginalité, aux "cas sociaux". Comme l'écrit un rapport du Syndicat National de l'Inspection du Travail (le smt),
Source : La naissance de l'agence nationale pour l'emploi. Institution et mission de service public, de Martin Muller dans Sociétés Contemporaines (1990)
Bonne journée.
Lug, pionnier lyonnais des super-héros