Comment interpréter l'étoile à 5 branches qui surplombe l'entrée du 2 Grenette à Lyon ?
Question d'origine :
Bonjour,
Au numéro 2 de la rue Grenette à Lyon se trouve un immeuble (construit en 1858)avec un portail monumental dû à A. SAVY architecte et GALY sculpteur (photos). Il présente une Vierge à l'enfant avec l'inscription Mater Amabilis, qui n'est pas très fréquente (en tout cas pour moi).
Mais ce qui m'intrigue c'est l'étoile à cinq branches qui surmonte cette Vierge. Les recherches que j'ai pu faire ne sont pas très éclairantes. On évoque aussi bien l'étoile de Bethléem qu'un signe maçonnique. Y aurait-il un sens caché à trouver dans cet ensemble sculpté en 1858 ?
Merci pour vos lumières.
Roger W.
Réponse du Guichet
N'ayant malheureusement pas trouvé d'archives relatives à la construction de cet immeuble et au choix de ce bas-relief, nous ne pouvons qu'émettre des suppositions. Cette étoile a peut-être été placée là comme symbole de protection spirituelle et de conjuration.
Bonjour,
Concernant la présence de la Vierge à l'enfant avec l'inscription "Mater Amabilis", nous nous permettons d'émettre l'hypothèse qu'elle vise à protéger les habitants de l'immeuble.
Voici quelques extraits de l'ouvrage intitulé Fleurs mystiques ou les litanies de la Sainte Vierge expliquées et commentées de l'abbé Victor Thiebaud (consultable sur Google Livres) aux pages 67 et 77 :
Tantôt c’était la figure nimbée d’une jeune vierge toute rayonnante de cette simplicité céleste qui n’a jamais subi la fièvre des sens et qui cependant devine déjà le mystère de ses douleurs futures, qui les pressent et qui les accepte. Tantôt ces aimables statues nous montraient Marie comme une épouse sereine et pensive priant ou adorant, dans le sentiment de la béatitude angélique ; tantôt c’était la douce figure d’une mère compatissante, faisant l’office d’avocate, et ses lèvres, souriant à l’Enfant divin, semblait demander grâce pour les autres enfants. Parfois on eut dit que ces statues écoutaient, tant leurs yeux capables de toutes les vivacités savaient cependant se maintenir dans le calme de la commisération. […] Tantôt encore c’était la figure d’une reine assise sur son trône, et toujours disposée à écouter la prière des passants auxquels elle présentait le fruit béni de ses entrailles. On trouvait toujours dans cette prodigieuse variété de physionomie l’aimable naïveté de la plus pure des vierges, l’auguste majesté de la divine épouse, et la mère incomparable du Verbe éternel qui s’est incarné pour le salut des hommes ; et à tous ces traits aimables venait toujours se mêler une idée de protection qui passait dans l’âme de ceux qui la contemplaient. Sancta Maria, mater amabilis. […]
[…] établissez cette aimable mère, ou bien priez-la de s’installer elle-même souveraine des lieux, et attendez : vos affaires n’en iront pas plus mal. Sancta Maria, Mater amabilis.
Vous qui n’avez pas la satisfaction d’avoir la statue de cette aimable mère dans des jardins, ayez au moins son image dans votre appartement : que votre chambre soit son sanctuaire et que l’emblème de sa présence soit un souvenir toujours vivant de sa maternelle protection. Sancta Maria, mater amabilis.
Et vous qui n’avez ni jardin, ni maison, ni propriété, pas même un appartement à votre disposition, ne vous privez pas du signe assuré de la bénédiction de cette aimable mère : que ce soit une image, une statuette, ou simplement une médaille ; qu’elle soit en gypse ou en bois, en bronze ou en marbre, en or ou en plomb, peu importe ; c’est notre confiance en cette aimable mère qui rendre son image miraculeuse. Si nous ne voulons pas faire de ce portrait chéri un ornement ostensible, portons-le sur nous, prenons-le de temps en temps dans nos mains, baignons-le de nos larmes : sa vue nous suggérera de bons conseils, et notre expérience nous apprendra bientôt qu’on ne se repent jamais de s’être conduit d’après les inspirations de cette aimable mère. Sancta Maria, mater amabilis.
Qu'en est-il de l'étoile à cinq branches ou pentagramme ?
Ni le site de l'Inventaire général en Auvergne-Rhône-Alpes, ni la notice Numelyo n'apportent d'explications quant à sa présence.
Il est seulement indiqué à propos de la Vierge à l'Enfant de nuit : "l'éclairage de la cage d'escalier faisant une auréole de lumière à l'Enfant Jésus, un vide ayant été laissé à dessein autour de sa tête"
Là encore, nous tentons d'émettre une hypothèse : l'étoile à cinq branches a peut-être été placée là comme symbole céleste de protection spirituelle et de conjuration.
Peut-être cette étoile joue-t-elle le rôle d'un signe apotropaïque ou prophylactique et vise à placer l'immeuble sous protection divine ?
Voici quelques extraits de dictionnaires des symboles qui nous éclairent sur la signification de l'étoile et du pentagramme :
Placées dans le ciel* au quatrième jour de la Création, les étoiles font partie avec la lune* des luminaires destinés à éclairer la nuit* (Gn 1, 14-18). Comme tout symbole de lumière*, les étoiles évoquent la divinité ou en expriment la volonté (Ps 19, 2-3 ; Ba 3, 34-36 ; Is 40, 26). Les justes, qui ressusciteront pour la Vie éternelle, resplendiront comme les étoiles du firmament (Dn 12, 2-3). 2 / Le Messie annoncé par les Prophètes est évoqué comme une étoile nouvelle : « Un astre issu de Jacob » (Nb 24, 17). Les Mages surent reconnaître cette étoile et la suivirent jusqu’à Bethléem (Mt 2, 2, 9-10) : la manifestation de cet astre miraculeux est le signe de l’avènement du Fils de Dieu. Selon l’Apocalypse le Christ est étoile lui-même : il est l’Étoile radieuse du matin (Stella matutina) (Ap 22, 16) ; dans sa main droite* il tient sept* étoiles destinées à tomber au jour de la colère (Ap 1, 16-20 ; 2, 3 ; 6, 12-17). 3 / L’image de l’étoile se réfère également à Marie. La femme de l’Apocalypse, en qui la tradition reconnut la Vierge, est couronnée de douze* étoiles (Ap 12, 1-6). Les litanies, réunissant la symbolique de la lumière et celle de l’eau*, font de Marie « l’Étoile de la mer » (Stella maris).
[...]
L’étoile à cinq branches, dite rayonnante, donne une impression d’expansion lumineuse hors de toute contrainte géométrique apparente. Elle symbolise l’ordre mystérieux et la perfection. Sa silhouette rappelle celle de l’homme en position rayonnante, tête droite, bras tendus légèrement au-dessus de l’horizontale et les jambes largement écartées.
source : Lexique des symboles chrétiens / Michel Feuillet
Etoile
On retient surtout de l’étoile sa qualité de luminaire, de source de lumière. Les étoiles représentées sur la voûte d’un temple ou d’une église en précisent la signification céleste. Leur caractère céleste en fait aussi des symboles de l’esprit et, en particulier du conflit entre les forces spirituelles ou de lumière, et les forces matérielles ou des ténèbres. Elles percent l’obscurité, elles sont aussi des phares projetés sur la nuit de l’inconscient. [...]
Pentagramme
La symbolique est multiple, mais elle est toujours fondée sur le nombre cinq, qui exprime l’union des inégaux. […] Le pentagramme signifie encore le mariage, le bonheur, l’accomplissement. Les anciens le considéraient comme un symbole de l’idée de parfait. Selon Paracelse, le pentagramme est un des signes les plus puissants.
Le pentagramme pythagoricien – devenu en Europe celui de l’Hermès gnostique – apparait non plus seulement comme un symbole de connaissance, mais comme un moyen de conjuration et d’acquisition de la puissance.
[… ] Le pentagramme sous sa forme d’étoile et non de pentagone, a été appelé, dans la tradition maçonnique l’Etoile flamboyante. […] Elle est, pour les maçons, l’emblème du Génie qui élève l’âme à de grandes choses. […]
Le pentagramme exprime une puissance, faite de la synthèse de forces complémentaires.
source : Dictionnaire des symboles : mythes, rêves, coutumes, gestes, formes, figures, couleurs, nombres / Jean Chevalier, Alain Gheerbrant (consultable en ligne sur internet archives)
Autre extrait issu de l’Encyclopédie des symboles à propos du pentacle ou pentagramme :
« Le pentacle est une étoile à cinq branches. On le désigne aussi sous le nom de « pentagramme », en latin pentangulum ou pentaculum (ce terme désigne également d’autres signes magiques de conjuration), signum Pythagoricum (« signe des pythagoriciens »), signum Hygeae (« signe d’Hygée », déesse de la santé) ou signum salutatis (« signe de la santé »), selon la signification symbolique que l’on veut lui prêter. Pour Pythagore et ses élèves, le pentacle était un signe sacré qui symbolisait l’harmonie du corps et de l’âme ; il devint par la suite le signe de la santé. Pour les gnostiques de tendance manichéenne, dont le nombre sacré était le cinq (ils connaissaient en effet cinq éléments : la lumière, l’air, le vent, le feu et l’eau), le pentacle représentait un symbole central qui fut repris par d’autres sectes de création plus récente. [...]
L’iconographie chrétienne emploie elle aussi l’étoile à cinq branches, mais comme référence aux cinq plaies du Crucifié et, en raison de sa forme close, comme un signe correspondant au cercle (qui symbolise l’union du commencement et de la fin de toute chose dans le Christ). Ce symbole existait pourtant déjà en occident bien avant l’ère chrétienne : il apparaît déjà par exemple sur certaines céramiques étrusques. Le ciel étoilé peint à l’intérieur des tombes égyptiennes est également pourvu de ces étoiles à cinq branches (mais sans tracé intérieur). Le modèle naturel du pentacle est probablement à rechercher dans la symétrie quintuple qui se révèle dans le corps de nombreux échinodermes (par exemple les étoiles de mer). La représentation du pentacle peut aussi se concevoir aisément comme une aspiration purement ludique à l’habileté graphique. […]
En tant qu’Etoile Flamboyante, le pentacle joue également un rôle très important dans la symbolique maçonnique : ses angles sont garnis de faisceaux de rayons ou de flammes, et son centre s’orne d’un G. […] On peut vérifier l’existence de cette Etoile Flamboyante comme symbole maçonnique à partir de 1735 ; on interprète indifféremment le G central comme l’initiale de Gnose, de Géométrie, de Dieu (God), de Gloire, ou encore d’autres concepts. Les alchimistes, comme les gnostiques, expliquaient les cinq branches du pentacle par le nombre des éléments, en référence à la quintessence spirituelle […] des quatre éléments usuels. En tant que signe capable de faire fuir les démons, le pentacle apparaît souvent taillé dans le bois des anciennes traverses ou des seuils de portes. […] »
D'autres significations sont apportées par les documents suivants :
- Pentagramme, Pentalpha et Pentacle à la Renaissance (avec un appendice de J.-P. Laurant) / Secret François, Laurant Jean-Pierre. In: Revue de l'histoire des religions, tome 180, n°2, 1971. pp. 113-133.
- Quelques extraits d'ouvrages sont retranscrits sur ce site Le Pentagramme
- Les portes, linteaux et les claveaux
- L’archéologie verticale ou l’étude des graffiti anciens : du document iconographique à la source historique (XIe‑XVIe siècles) / Aymeric Gaubert, Frontière·s, Supplément 2 | 2024, 29-48.
Dans ce dernier article, il est indiqué que dans le christianisme médiéval, le pentagramme pouvait être utilisé comme un symbole de foi et de protection, gravé sur les portes ou les murs pour éloigner les forces du mal. Associé à la lumière divine, il constituait un rempart contre les ténèbres.
Cette hypothèse est également celle retenue par la Lisa Dumoulin dans cet article : De portes en portes : Passages de l'Histoire.
Le site des Archives municipales de Lyon étant actuellement indisponible, nous n'avons malheureusement pas pu effectuer de recherches historiques sur la construction de cet immeuble. Nous vous conseillons de les contacter afin de savoir s'il existe des documents susceptibles de nous éclairer sur le choix de ces symboles. N'hésitez pas à revenir vers nous si vos recherches aboutissent à des conclusions plus certaines.
Bonne journée.
Lug, pionnier lyonnais des super-héros