Pourquoi le concept de Records continuum est-il moins employé en archivage ?
Question d'origine :
Bonjour,
J'ai bien assimilé la théorie des trois âges appliquée aux archives et au records management. Cependant, j'ai découvert l'existence du concept de Records Continuum. Je trouve peu d'informations à ce sujet et j'ai l'impression que ce modèle est assez peu adopté.
Pourriez-vous m'éclairer sur ce concept et m'aider à comprendre pourquoi il semble moins répandu que les autres modèles svp ?
Réponse du Guichet
Le Records continuum est un modèle conceptuel utilisé dans la gestion des documents numériques et des archives. Il n’est pas considéré comme inadapté, mais il se heurte en France à un ensemble de barrières culturelles (théorie des trois âges des archives), linguistiques, pédagogiques (peu d’exemples francophones) et institutionnelles (cadres juridiques et pratiques), qui rendent son adoption lente et partielle.
Bonjour,
Qu’est-ce que le Records continuum ?
Dans cet article de Wikipédia (en anglais), on lit que :
Le modèle de continuum des documents ou Records continuum model en anglais (RCM) est un modèle conceptuel abstrait qui aide à comprendre et à explorer les activités de gestion documentaire. Il a été créé dans les années 1990 par Frank Upward, universitaire australien.
L’intérêt de ce modèle est de permettre la représentation de multiples réalités et d’articuler de nombreux points de vue dans la constitution des documents et des archives (perspectives individuelles, collectives, communautaires, organisationnelles, institutionnelles et sociétales).
C’est un modèle alternatif à la Théorie des trois âges des archives (source : Wikipédia).
La chercheuse, Viviane Frings-Hessami le définit ainsi :
La perspective du Continuum des archives peut être appliquée dans des domaines très divers, des documents personnels aux archives d’État, en passant par des documents d’affaires de toutes sortes, et dans des contextes culturels variés (Frings-Hessami, 2017, 2018a, 2018b). Elle est basée sur l’idée que nous devons penser, avant même que des archives ne soient créées, à toutes les personnes qui pourront avoir besoin de ces archives et à toutes les utilisations possibles dont elles pourront faire l’objet.
Dans son article, elle nous permet de comprendre ce concept à l’aide d’un exemple très clair (in Revue électronique suisse de science de l’information, Université de Genève, article "La Perspective du Continuum des archives illustré par l’exemple d’un document personnel").
Parmi les freins à la diffusion de ce modèle, il y a donc le poids de la culture archivistique française marquée par le modèle linéaire des trois âges (courant, intermédiaire, définitif), très intégré dans la législation, les manuels et la formation des archivistes (source : PDF archivistes-experts).
La formation a longtemps été centrée sur les archives historiques et la conservation à long terme, ce qui rend moins naturel un modèle qui brouille la frontière entre gestion des documents et archives définitives (voir ce PDF ENSSIB).
Certaines sources évoquent aussi les difficultés de traduction et de compréhension de ce modèle né en Australie. Cette théorie est souvent jugée abstraite, dense et difficile à suivre (avec de nombreuses interprétations possibles), notamment parce que les textes de base sont complexes et peu illustrés par des cas concrets.
De plus, dans l’espace francophone, des problèmes de traduction (records, recordkeeping, archives, archivage, etc.) entraînent des malentendus sur la portée exacte du modèle, ce qui freine sa diffusion et son appropriation.
Certains articles évoquent aussi une faible production de littérature francophone dédiée. En effet, nous avons trouvé peu de textes en français écrits par des auteurs se revendiquant explicitement de la tradition du Continuum, ce qui limite les relais pédagogiques et les exemples adaptés au contexte local.
Nous vous renvoyons à l’article PDF de Marie-Anne Chabin (2012) (voir Le Records management : concepts et usages).
Qui explique que le « records management » est une discipline encore mal appréhendée en France mais qu’elle est porteuse d’espoir car elle renvoie à une réalité et un besoin de plus en plus prégnants dans les entreprises comme dans les structures publiques. Et ce d’autant plus à une époque où le numérique permet plusieurs vies et usages aux documents.
Le concept reste donc souvent perçu à travers des synthèses ou des mentions ponctuelles, plutôt que comme un cadre théorique structurant avec une communauté de pratique active en français.
Nous vous invitons à consulter ces revues d’archivistique étrangères via ce lien : Archivalise.hypoyhèses.
Où l’on comprend que les cadres juridiques et organisationnels français évoluent lentement. Le concept de Continuum tend à rester un référentiel théorique marginal, mobilisé surtout dans la recherche ou dans quelques projets innovants, plutôt qu’un langage partagé par l’ensemble de la profession.
En complément, vous pouvez vous reporter à cette synthèse réalisée en 2003 par Armelle Domas.
La chercheuse Armelle Domas a découvert le Records Management en effectuant une recherche sur les métiers des Sciences de l'Information dans le cadre de la Maîtrise de Sciences de la Documentation et de l'Information de Paris VIII. Elle a ensuite approfondi le sujet en DESS Ingénierie Documentaire à l'ENSSIB / Lyon.
L'ensemble de ce dossier est également disponible au format PDF.
Bonne journée.
Le passé ne s’invente pas