Je cherche des toponymes dérivés de "Condate" mot gaulois signifiant "confluent"
Question d'origine :
Bonjour ,
Qui pourrait m'aider à trouver des toponymes dérivés de "Condate" mot gaulois signifiant "confluent"
Merci
Vercingétorix
Réponse du Guichet
Le toponyme gaulois condate désigne le confluent, la rencontre ou la réunion de deux cours d'eau et un établissement situé à la rencontre de deux rivières. Il est à l'origine de Condé, Condat, Candé, Candes, Candé, Conte, Cosne, Conat, Condéon, Cond, Contz, Haute-Kontz. C'est aussi l'ancien nom de Montereau-faut-Yonne (Seine-et-Marne), Rennes (Ille-et-Vilaine), Malicorne (Sarthe), Libourne (Dordogne), Lyon (Rhône), Seyssel (Haute-Savoie) et de Saint-Maurice.
Bonjour,
Dans son dictionnaire Noms de lieux celtiques de l'Europe ancienne, Xavier Delamarre indique que condate est un des toponymes les plus fréquents en zone celtique, hors Espagne où le mot n'est pas attesté :
Il se continue en France dans les innombrables "Condé", "Condat", "Cosne", etc., et désigne un établissement situé à la rencontre de deux rivières, traduit en latin par "Confluentes" ("Conflan", "Confolens", etc.). Le sens initial est probablement ʻ la réunion ʼ et la formation "Con-date" est superposable au grec "sun-thēsis", au latin "con-ditiō", au sanskrit "sam-hita-" ʻ recueil ʼ, et au lituanien "su-dēti" ʻ mettre ensemble, assembler ʼ...
p.26
Ces informations recoupent celles des ouvrages et article suivants :
Dictionnaire des noms propres : toponymes et patronymes de France / Jean Coste, 2006
condat, m. [+ "condé", "candé" (Ouest)] : "confluent". Du gaulois "condate", de même sens.
p.157
Trésor du terroir : les noms de lieux de la France / Roger Brunet, 2016
D'autres noms fort répandus sont issus du gaulois "condate" dans les multiples Condé, Candes, Candé, Conte, Cosne, même Conat 66, Condéon 16, Cond 57, Contz, Haute-Kontz.
p.284
L'origine des noms de lieux en France : essai de toponymie / Stéphane Gendron ; préf. Marianne Mulon, 2008
"Condate" "confluent", mot bien connu de la toponymie française — équivalent sémantique du latin "confluentes" — est à l'origine de Condé, Condat, Candé. La Table de Peutinger signale un "Condate" (IVe s.), peut-être au confluent du Né et de la Charente en aval de Cognac (TGF § 2088). "Condate" est également l'ancien nom de Montereau-faut-Yonne (Seine-et-Marne), de Rennes (Ille-et-Vilaine), au confluent de l'Ille et de la Vilaine, et l'ancien nom de Malicorne (Sarthe, "de Conedaco" IXe s., "de Condato" v. 1080). La ville de Libourne (Dordogne) succéda à une ville gauloise nommée "Condate", au confluent de l'Isle et de la Dordogne. Un hameau de la commune porte d'ailleurs le nom de Condat. Accentué à la gauloise sur l'antépénultième, "cóndate" a donné Candes-Saint-Martin (Indre-et-Loire, "Condatensem diocesim" IVe s.), au confluent de la Vienne et de la Loire, Condes (Jura, Haute-Marne, "Condeda" 961), Haute-Kontz (Moselle, "Cand" 1200) au confluent de la Moselle et de l'Altbach, Cosne (Nièves, "Condate" au IIe s. chez Ptolémée et dans l'Itinéraire d'Antonin au IVe s.) au confluent de la Loire et du Nohain, ainsi que Cosne d'Allier (Allier, "ad Conadam vicum" 868). Accentué à la latine sur l'"a" long, "condáte" a donné Candé (Loir-et-her, Maine-et-Loire), Conat (Pyrénées-Orientales), Condat (Cantal, Corrèze, Dordogne, Haute-Vienne, Lot, Lot-et-Garonne, Puy-de-Dôme, et.), et les nombreux Condé (Aisne, Ardennes, Calvados, Eure, Indre, Marne, Moselle, Orne, etc.). Condéon (Charente, "ecclesia Sancti Mariani de Condeom v. 1075) est généralement considéré comme un composé gaulois "*Condatomagus" "marché du confluent".
p.101
Albert Dauzat précise quelques données linguistiques dans La toponymie gauloise de l'Auvergne et du Velay. In: Revue des Études Anciennes. Tome 33, 1931, n°4. pp. 357-388 :
II. — Les dérivés avec suffixe prélatin
Les dérivés (-acu à part) constituent dans l'ensemble, avec un certain nombre de mots isolés, la couche la plus ancienne de la toponymie gauloise. Toutefois, quelques suffixes ont vécu jusqu'à l'époque romaine (sans compter -acu qui se développa sous l'Empire). Un certain nombre de suffixes sont nettement préceltiques.
[...]
3. Suffixe -ate.
Le suffixe atone -ate est le plus important des suffixes toponymiques qui se sont développés avant l'occupation romaine. Antérieur aussi à l'arrivée des Gaulois en Gaule, comme l'indique sa répartition géographique, son aire montre, en outre, qu'il n'était pas spécifiquement ligure. Le suffixe se rencontre dans des formations topographiques comme condate, qui, d'après la configuration des lieux, devait désigner le confluent dans une langue parlée en Gaule avant l'arrivée des Gaulois, puisque le mot celtique était comboro, qui nous est resté aussi en toponymie ; condate dut être adopté par les Gaulois comme synonyme du précédent, car il s'étend sur toute la Gaule, en dehors de la région pyrénéenne et du Sud-Est. Mais le suffixe est, en outre, en relation directe avec une finale de noms de peuples, qu'on trouve à la fois au Sud-Ouest (Boiates, Elusates, etc.) et dans les Alpes en pays ligure (Quariates) : on est donc fondé à admettre que -ale a désigné originairement une agglomération plus ou moins importante, et non un domaine rural (valeur postérieure et exceptionnelle), -ates indiquant les habitants de l'agglomération ou de la région qui en dépendait. La valeur topographique ancienne du suffixe (Condate, Cosate, plus tard Brigate) est aussi assurée — L'accent tonique porte, dans la plupart des toponymes de ce type, sur l'antépénultième ; mais quelques mots, et surtout le plus répandu Condate (celui-ci dans la majorité des exemples), offrent une pénultième accentuée. On en conclura qu'à l'origine la pénultième était longue, avec l'accent sur l'antépénultième ; mais ce système d'accentuation, assez fréquent en gaulois, était contraire à l'accentuation latine. Il en est résulté dans quelques mots un déplacement d'accent en latin, à l'époque où la quantité jouait encore un rôle important : dans ce cas, l'"a" est resté en langue d'oc (type Condat). Lorsque l'accent s'est maintenu, l'"a" pénultième atone est devenu "e" en langue d'oc très anciennement ; ultérieurement il y a eu déplacement d'accent (Arlet, Vertanède, Nonede), plus souvent syncope (Corde, Τallende...). Le maximum de densité des noms de lieux en -ate se trouve dans le Massif Central, et plus spécialement dans le Velay et le sud du Puy-de-Dôme, ce qui confirme la haute antiquité de la mise en valeur de cette région ; le Cantal, au contraire, colonisé plus tard, en compte peu. — Quelques radicaux celtiques montrent que le suffixe a été adopté par les Gaulois, mais il dut perdre de bonne heure toute vitalité ; on ne rencontre, en tout cas, aucun radical latin dans ces formations. La plupart des radicaux sont obscurs et souvent difficiles à reconstituer dans leur forme exacte. Le classement par départements fera mieux saisir l'irrégularité de la répartition géographique.
[...]
Condoi-en-Feniers (Cantal) est à un confluent important. Dans le Puy-de-Dôme, Condal est le nom de deux communes : l'une, à l'est de Sauxillanges (Condacum, 1304, est une mauvaise latinisa tion par fausse régression, -ac étant alors confondu avec -ai), domine un confluent de ruisseaux ; l'autre, à l'ouest de Pontaumur, est sur une rivière à un bon kilomètre en amont d'un confluent (ce qui prouve, le sens étant ici assuré, qu'il ne faut pas être trop exigeant pour les précisions topographiques). Dans la Haute-Loire, Condat (Cistrières) est sur une hauteur, à deux kilomètres estnord-est d'un confluent. — Condate, confluent, mot préceltique. L'accent a été reporté sur a en latin, comme dans la plupart des toponymes de ce type.
Le dictionnaire de Xavier Delamarre donne des précisions sur la présence et la fréquence de ce toponyme :
con-date (condāte) ʻ la réunion (de deux rivières) ʼ
1. "Condate" ancien nom de Rennes (au confluent de l'Ille et de la Vilaine) et de Lyon (du Rhône et de la Saône) ; ancien nom aussi de Malicorne (Sar), de Seyssel (HSav) et de Saint-Maurice (S&M). Un des toponymes les plus fréquents des Gaules qui a évolué en 2. "Candes" (I&L, "in vicum Condate" 6e s.) ; 3. "Condes" (Jura, HM) ; 4. "Condres" (Loz, "Condate" 4e s.) ; 5. "Conte" (Jura, "Condate" 1084) ; 6. "Haute Kontz (Mos) ; 7. "Cosne" (Niè, CdO, All) ; 8. "Candé" (L&C, M&L) ; 9. "Conat" (PO) ; 10. "Condac" (Char) ; 11. "Condal" (S&L) ; 12. "Condat" (10 exemples en F. méridionale) ; 13. "Condax" (Hér) ; 14. "Condé" (26 exemples en F. du nord) ; 15. "Condey" (Mos) ; 16. "Condel" (Calv) ; 17. Il y avait un "Condate" en GB (IA, Rav.), établissement romain à Northwich (Cheshire) ; et 18. "Canstatt" (Wurtemb., "Condistat"). E. Nègre, dans son dictionnaire, ne recense pas moins de 61 représentants de "Condate" pour la seule France contemporaine.
p.120
Source : Noms de lieux celtiques de l'Europe ancienne : (-500 / +500): : dictionnaire / Xavier Delamarre, 2012
Retrouvez également d'autres toponymes dérivés de condate dans la Liste (non exhaustives) des Condate de l'encyclopédie de l'Arbre Celtique.
Les articles suivants en ligne pourraient aussi vous intéresser :
- Dominique Pouille. Rennes à l’époque romaine. (Chapitre d’une encyclopédie de Rennes rédigé en 2011, mais dont la publication n’a pas été menée à terme par l’éditeur).. 2019.
- Petit Bernard. La toponymie charentaise d’époque gallo-romaine : l’expression de différentes strates historiques. In: Nouvelle revue d'onomastique, n°58, 2016. pp. 67-91.
- Wolf Heinz-Jürgen. Le type *PALATIOLUM et autres diminutifs en toponymie. In: Nouvelle revue d'onomastique, n°47-48, 2007. pp. 229-243.
- Mulon, Marianne. “Petit Mémento Onomastico-Ferroviaire Ou de Lutetia à Condate.” La Linguistique, vol. 34, no. 2, 1998, pp. 83–89. JSTOR
- Combarnous Gaston. Les toponymes à désinence -as en France. In: Revue Internationale d'Onomastique, 27e année N°1, 1975. pp. 17-35.
- Arnould Charles. De Petromantalum à Montjoie (Petromantalum, Mantula, Monjoie, etc...). In: Revue Internationale d'Onomastique, 23e année N°1, janvier 1971. pp. 1-16.
- Alessio Giovanni. Concordances toponymiques sicano-ligures. In: Onomastica. Revue Internationale de Toponymie et d'Anthroponymie, 2e année N°3-4, Septembre-décembre 1948. pp. 183-206.
Bonne journée.
Le boom des retraductions