Je cherche des informations sur la Préhistoire et l'archéologie de la région de Chatellerault
Question d'origine :
bonjour je fais une recherche sur la préhistoire et l'archéologie de la région du Grand Châtellerault. Je ne trouve pas d'informations sur les abris Rousseau et du Dr Sabourin à Angles-sur-l'Anglin ; pourriez vous m aider ? (localisation précise, histoire de la découverte, vestiges découverts, intérêts archéologiques...)
d'autre part je trouve aussi très peu d'information sur Angles sur l'Anglin pour la période de l'Antiquité
merci d'avance
Réponse du Guichet
Les publications de Louis Pradel datées des années 1960 ainsi que celles de Jérôme Primault, plus récentes, pourront répondre à votre curiosité.
Bonjour,
L'abri Rousseau et l'abri Sabourin ont été découverts à la fin du XIXe siècle et étudiés par le Dr Louis Pradel à la fin des années 1950. Il en a établi la stratigraphie.
2-3-2-2 : L’Abri Rousseau, Angles-sur-l’Anglin (Vienne)
2-3-2-2-1 : Présentation du site et historique des recherches :
L’Abri Rousseau, découvert à la fin du 19ème siècle par Lucien Rousseau, est aujourd’hui effondré. Il s’ouvrait sur la rive droite de l’Anglin, à hauteur du village de Dousse, au nord d’Angles-sur-l’Anglin (Vienne). Situé à quelques dizaines de mètres au-dessus de l’Abri Sabourin, il fut le théâtre d’un certain nombre de sondages clandestins avant son exploitation scientifique, à la fin des années 1950 durant la même campagne que l’Abri Sabourin, par Louis Pradel (Pradel, 1965a).
Deux couches moustériennes furent individualisées (fig. 61), chacune comportant une riche industrie lithique accompagnée de restes fauniques. L’ensemble des vestiges issus du sondage « Pradel » est déposé au Centre Régional d’Archéologie de Poitiers.
La stratigraphie sagittale, publiée en 1965, comporte cinq niveaux. Les deux niveaux moustériens, les couches 2 et 3, sont superposés, localement séparés par une couche sableuse stérile lenticulaire et des blocs issus de la desquamation de l’aplomb calcaire. L’épaisseur des couches archéologiques est variable : alors que la couche 2 (couche inférieure) a une épaisseur relativement constante de 20 centimètres, la couche 3 (couche supérieure) varie de 20 à 50 centimètres. Cette dernière est d’autant plus épaisse que l’on s’approche de la paroi rocheuse. L’ensemble est recouvert par une cinquantaine de centimètres de sédiment stérile et d’imposants blocs.[...]
A mes yeux, l'intérêt majeur de l'Abri Rousseau, et de l'Abri Sabourin voisin de quelques dizaines de mètres, est d'être implanté dans un secteur du Poitou où les gîtes de silex font défaut à plusieurs kilomètres aux environs. Les Hommes qui se sont installés ici avaient donc trouvé d'autres intérêts à ce lieu : exposition de la falaise au soleil du Sud, proximité de la rivière, passages de troupeaux dans cette portion particulièrement étroite de l'Anglin… aux détriments d'un approvisionnement immédiat et aisé en silex.
L'apport de matériaux depuis des gîtes distants de trois à douze kilomètres, représentant 95 % des silex taillés dans la couche 2, s'est principalement fait sous la forme de nucléus Levallois déjà préformés (rareté des entames et des produits corticaux) ensuite débités dans l'abri, de grands supports d'outils, Levallois ou non, débités en dehors du site (sur les gîtes de silex par exemple) et d'outils déjà plus ou moins retouchés. Ce mode d'exploitation du silex, nécessitant des apports réguliers de matériaux en relativement grandes quantités, reste assez "classique" pour les sites moustériens en grotte du Poitou et de la Touraine, même si dans le cas de la couche 2 il est particulièrement net (production Levallois dominante)
[...]
2-3-6 : L’Abri Sabourin, Angles-sur-l’Anglin (Vienne) :
L’abri du Dr Pierre Sabourin, ou Abri Sabourin, est situé à une dizaine de mètres en contre bas de l’Abri Rousseau. Il est lui aussi effondré, mais pouvait mesurer de l'ordre de huit mètres de large et sept de profondeur. Il s’ouvrait donc au pied du coteau calcaire de Dousse, à quelques centaines de mètres au nord du village d’Angles-sur-l’Anglin (Vienne).
Cet abri a fait l’objet de sondages, juste après sa découverte, en 1886 par le Dr Pierre Sabourin, assisté de l’Abbé Didace Pingault. Le Dr Louis Pradel, ayant eu l’occasion de voir les vestiges issus de ces premiers travaux, ouvrit une tranchée sagittale durant la même campagne que l’Abri Rousseau (Pradel, 1965a), à la fin des années 1950. Une importante couche moustérienne fut alors décrite.[...]
Nous vous laissons poursuivre la lecture de cette thèse présentée par Jérôme Primault en 2003 : Exploitation et diffusion des silex de la région du Grand-Pressigny au Paléolithique (fichier pdf). Elle comporte des cartes de localisation de ces abris.
Voici d'autres extraits d'un article qui pourra vous intéresser :
L’abri Rousseau (Angles-sur-T Anglin, Vienne) sondé à la fin des années 1950 par le Dr L. Pradel (Pradel, 1965), cet abri de la vallée de T Anglin renferme deux couches moustériennes à grands racloirs sur supports Levallois, ainsi qu’une grande faune relativement bien conservée, bien isolées au sein de la stratigraphie de deux mètres. L’ensemble de l’industrie lithique a été collectée, à l’exception peut-être des plus petits éléments (moins de 3 cm).
La couche inférieure (couche 2) comporte plus de 600 pièces fraîches et non patinées, dont 40 grands racloirs sur supports Levallois. Le reste est essentiellement composé d’éclats levallois bruts issus d’un débitage récurrent (n = 554), y compris les éclats allongés.
Les nucléus, peu fréquents (n = 13), sont de petites dimensions et ne correspondent pas au volume de la plupart des outils retouchés. En outre, ils sont souvent débités aux dépens d’éclats. Les plus grands supports ont donc été introduits, bruts ou retouchés, dans l’abri.
La diversité des matières premières utilisées avait frappé le Dr L. Pradel : «La matière employée est surtout un silex blond, semblable à celui du Grand-Pressigny et un silex noir d’excellente qualité aussi, comme celui de Larcy (Pradel, 1965)». Il est vrai que les plus grands racloirs transversaux sont produits sur un silex noir du Turonien supérieur proche de l’abri Reignoux (n = 7), mais les gîtes plus proches de la région de Coussay-les-Bois (Vienne), et plus généralement ceux de la basse vallée de la Creuse, ont surtout été exploités (n = 251). Les gîtes du Dogger de la moyenne vallée de la Creuse ont été utilisés dans des proportions assez comparables (n = 203). Notons aussi la présence, comme à l’abri Reignoux, de racloirs en silex bajocien de la région de Lussac-les-Châteaux (Vienne) (n = 15).
La couche supérieure (couche 3) est moins riche que la couche 2 (n = 219) mais comporte plus de 80 racloirs sur supports Levallois. Les nucléus Levallois récurrents centripètes restent rares (n = 8) et de petites dimensions. Certains, comme dans la couche 2, sont débités aux dépens de grands éclats manifestement importés dans l’abri.
Les matières premières exploitées dans l’industrie de la couche 3 sont les mêmes que celles de la couche 2 : le silex du Turonien supérieur de la basse vallée de la Creuse et les silex du Dogger de la moyenne vallée de la Creuse. Le silex bajocien de Lussac-les-Châteaux (Vienne) est toujours présent (6 supports Levallois dont 2 retouchés). Il faut noter l’absence du silex turonien supérieur noir de la vallée du Brignon, près de l’abri Reignoux.
Les deux couches de l’abri Rousseau, bien que numériquement assez différentes [Ceci explique sans doute le biais statistique dans les interprétations du Dr L. Pradel à propos des populations moustériennes ayant successivement occupé l’abri Rousseau], sont techniquement très semblables. En outre, les matières premières utilisées restent les mêmes : les silex les plus proches, dans un rayon d’une dizaine de kilomètres. Il faut noter dans les deux cas l’introduction des plus grands supports et le débitage de petits éclats, trop rarement récoltés à la fouille, à partir des faces inférieures de grands éclats, eux aussi importés dans l’abri.
L’abri Sabourin (Angles-sur-L Anglin, Vienne) situé à quelques mètres en contre bas de l’abri Rousseau, l’abri Sabourin a fait l’objet d’un sondage durant la même campagne. Sa stratigraphie, développée sur moins d’un mètre, comporte une couche moustérienne (la couche B) avec une industrie lithique très riche (n= 962) fraîche et parfois très patinée, accompagnée d’une grande faune assez mal conservée.
L’industrie lithique est caractérisée, encore une fois, par ses dimensions remarquables : certains racloirs sur supports Levallois mesurent plus de 15 cm (fig. 7). Le débitage Levallois est de modalité centripète et quelques éclats, pas nécessairement les plus grands, proviennent certainement de nucléus à éclat préférentiel. Les nucléus retrouvés dans le sondage, peu nombreux (n = 29), ne correspondent pas au module des éclats les plus grands. Ces derniers ont tous été importés dans l’abri.
Les matières premières utilisées sont relativement diversifiées, peut-être en raison du volume de la série. Les silex du Turonien supérieur des basses vallées de la Claise et de la Creuse sont bien représentés (n = 338), et notamment celui des affleurements de Coussay-les-Bois (Vienne) (n = 205). Le silex noir de Larcy, bien que très discret, est présent (n = 4). Les silex du Dogger de la moyenne vallée de la Creuse et de la Gartempe sont fréquents (n = 184), même si certains d’entre eux n’ont pu être, pour l’instant, précisément déterminés en raison de la forte patine les affectant. Le silex bajocien de Lussac-les-Châteaux (Vienne) est attesté par quelques racloirs (n = 9). Enfin, il faut noter l’importante utilisation des silex lacustres des plateaux voisins de l’abri Sabourin (n = 127), d’ordinaire assez peu exploités dans les industries moustériennes descouches 2 et 3 de l’abri Rousseau. L’industrie de l’abri Sabourin témoigne de la connaissance et de l’exploitation des gîtes de silex dans un rayon d’une soixantaine de kilomètres.
source : Primault Jérôme. Mobilité et territoire au Paléolithique moyen : exploitation et circulation des silex de la région du Grand-Pressigny. In: Territoires, déplacements, mobilité, échanges pendant la Préhistoire : terres et hommes du Sud. Actes du 126e Congrès national des sociétés historiques et scientifiques, « Terres et hommes du Sud », Toulouse, 2001. Paris : Editions du CTHS, 2005. pp. 131-147. (Actes du Congrès national des sociétés savantes, 126)
N'hésitez pas à vous procurer la publication de référence :
Pradel (L.), 1965. Les abris moustériens Rousseau et du Dr Sabourin, commune d’Angles-sur-l’Anglin (Vienne). In Congrès préhistorique de France, XVIe session, Monaco, p. 971-988.
Vous pouvez soit l'acheter auprès de la Société préhistorique française soit la consulter en bibliothèque. Cliquer sur Où trouver ce document ? dans cette notice du SUDOC.
Autres articles :
Pradel Louis. L'outillage au Paléolithique. In: Bulletin de la Société préhistorique française. Études et travaux, tome 62, n°1, 1965. pp. 3-21.
Pradel Louis. Pièces moustériennes à bord fracturé et aminci. In: Bulletin de la Société préhistorique française. Comptes rendus des séances mensuelles, tome 63, n°3, 1966. pp. 112-116.
Pradel Louis. La pointe moustérienne. In: Bulletin de la Société préhistorique de France, tome 60, n°9-10, 1963. pp. 569-581.
Ludmila Iakovleva, Geneviève Pinçon. La frise sculptée du Roc-aux-Sorciers : Angles-sur-l'Anglin, Vienne - Paris : Comité des travaux historiques et scientifiques ; Réunion des musées nationaux, 1997
Quelques livres :
Préhistoire entre Vienne et Charente : hommes et sociétés du Paléolithique / sous la direction de Jacques Buisson-Catil, Jérôme Primault - Chauvigny : Association des publications chauvinoises, DL 2010
Le Roc-aux-Sorciers : rencontre avec le peuple magdalénien / Jacques Buisson-Catil, Jérôme Primault ; préface de Jean Clottes ; illustrations d'Olivier-Marc Nadel - Chauvigny : Association des publications chauvinoises, DL 2012
Les petites villes du Haut-Poitou de l'Antiquité au Moyen âge : formes et monuments. Volume 2, Angles-sur-l'Anglin, Argenton-Château, Charroux, Melle, Parthenay, Rom / sous la direction de Luc Bourgeois - Chauvigny : Association des publications chauvinoises, DL 2005
Petite histoire d'Angles-sur-l'Anglin / Robert Ducluzeau - La Crèche : Geste éd., 2005
Angles sur l'Anglin / Michel Szelengowicz ; ill., Jean-Jacques Decaillon - Angles-sur-l'Anglin : Ed. de la Huche-Corne, 1991
Pour plus d'information, n'hésitez pas à contacter les bibliothécaires des Médiathèques du Grand Poitiers.
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Crimes contre l’humanité à l’ESMA