Que différenciaient les cartes, bons, tickets et coupons de rationnement entre 1940 et 1949 ?
Question d'origine :
Bonjour,
je souhaiterai connaitre la différence entre les cartes, les bons, les tickets et les coupons de rationnement entre 1940 et 1949. Y-a-t-il une différence notoire où ces mots désignent le même document/destinataire/usage ?
Bien cordialement,
Réponse du Guichet
Pendant la seconde guerre mondiale le rationnement en France était organisé avec des cartes individuelles comportant des feuilles de 10 coupons. Les coupons imprimés étaient échangés à la mairie contre des tickets de consommation ou directement donnés aux commerçants pour les produits alimentaires comme par exemple le sucre, la semoule ou les pâtes. Il y avait des cartes différentes selon les types de produits. Par exemple, il existait une carte textile. Le terme bon ne semble pas avoir été utilisé par l'administration de Vichy qui a repris ce système déjà existant en 1918.
Bonjour,
Face aux problèmes d'alimentation en France durant la seconde guerre mondiale, la population s'est retrouvée à devoir jongler avec des cartes, bons, tickets et coupons de rationnement. Le chapitre 7. Au gré des rations et des cartes en métropole de l'ouvrage Les Français au quotidien, 1939-1949 / Eric Alary, Bénédicte Vergez-Chaignon, Gilles Gauvin, (p. 155-176). Perrin, retrace la mise en place de ce système et son fonctionnement :
Les ménages français se trouvent vite confrontés au problème de l’alimentation restreinte, un phénomène inconnu depuis la fin du xixe siècle. Les citadins sont plus rapidement mis face aux réalités du ravitaillement que les ruraux. Le régime de Vichy doit donc tenter de faire oublier aux Français une pénurie alimentaire qui s’accentue. Sous la pression des Allemands, le régime va produire une quantité considérable de textes législatifs pour encadrer la vie de chacun. Dès le 10 mars 1940, un décret et un arrêté interministériel obligent les Français au recensement pour l’établissement probable de cartes de rationnement. Les restrictions alimentaires, déjà imposées depuis le printemps de 1940 – sous la IIIe République – par Daladier, s’amplifient donc. Avec l’arrivée des envahisseurs en juin, le nouveau régime de Vichy doit trouver au plus vite des solutions aux pénuries de très nombreux produits alimentaires. Un ministère du Ravitaillement est créé le 20 octobre 1940.
[...]
Obéissant à une nécessité réelle et aux pressions du MbF qui souhaite la mise en place rapide du rationnement, les premières cartes individuelles d’alimentation apparaissent le 23 septembre 1940 pour le fromage, le pain et la viande. Le système est complexe : composée de quatre pages, la carte comprend l’état-civil du détenteur, des instructions, et des feuilles de dix coupons numérotés de 1 à 10 qui correspondent à des produits contingentés délivrés pour trois ou six mois ; le n° 1 correspond au pain, par exemple. Les Français doivent aller chercher les cartes dans les mairies. En ce qui concerne les produits achetés au jour le jour tel le pain, ou à la semaine telle la viande, ou au mois ou au trimestre (pour d’autres produits tels les textiles), les coupons imprimés sont échangés à la mairie contre des tickets de consommation. Ceux-ci, marqués de lettres ou de chiffres – les points – « valorisés » à certaines dates par décision de l’Etat, permettent théoriquement de se procurer des produits contingentés : 30 points de la carte textile peuvent être valorisés du 1er janvier au 30 juin, sachant que 25 points permettent de se procurer une chemise d’homme et que 4 points donnent droit à une paire de chaussettes, par exemple. Pour le pain, les tickets ont des valeurs différentes qui s’échelonnent de 50 à 350 grammes. Il faut vraiment apprendre à gérer son stock de tickets pour ne pas en donner trop la première fois et les épuiser trop vite ; faute de quoi, le pain sera absent des tables en fin de période. Pour échanger les coupons de la feuille trimestrielle ou semestrielle à la mairie, il faut lire la presse qui donne les informations sur les produits rationnés qu’il est possible de trouver à telle ou telle date. Les consommateurs y apprennent quelles sont les rations mensuelles officielles et connaissent les nouvelles distributions exceptionnelles de denrées. Parfois, la distribution ne vise qu’un type de consommateurs : des bougies pour ceux qui n’ont pas de lumière électrique ou encore du savon pour les mineurs qui se salissent davantage que les autres travailleurs. Chaque mois, des contingents sont donnés aux mairies. Le ticket est un droit à acheter et ne remplace aucunement la monnaie. La monnaie et le ticket sont en fait complémentaires au cours d’une même opération d’achat.
En revanche, pour obtenir les autres produits alimentaires tels que le sucre, la semoule ou les pâtes, entre autres, les démarches sont plus « faciles » : il faut donner son coupon au commerçant qui le détache. Il n’est pas nécessaire d’aller à la mairie pour échanger un coupon contre un ticket. Au dos des carnets, tous les achats sont ensuite notés et tamponnés par l’épicier qui a été arbitrairement attribué au consommateur. Les cartes distribuent donc des produits d’office ou sur demande. Dans le premier cas, elles sont censées répondre aux besoins vitaux de chaque Français. Dans le second, cela concerne des besoins ponctuels plus individualisés. Dans ce cas, le système est plus aléatoire. Il faut d’abord s’inscrire à la mairie ; un classement est ensuite décidé en fonction de l’urgence de la demande ; la mairie peut alors délivrer des bons d’achat extraits du contingent qui lui a été attribué. En fait, l’urgence est définie de façon arbitraire, car il est difficile de contrôler la réalité de la situation du demandeur.
[...]
Puis, intervient la classification stricte des Français en catégories à partir du 20 octobre ; elle va durer plusieurs années . La perception de la vie quotidienne se modifie donc sensiblement.
A l’exception des militaires, les Français sont devenus des « lettres » imprimées sur des cartes. Ils sont classés en sept catégories :
E : les enfants de moins de trois ans ;
J1 : les enfants de trois à six ans ;
J2 : les enfants de six à douze ans ;
A : les Français de 12 à 70 ans qui n’effectuent pas des travaux de force ;
T : les Français de 14 à 70 ans qui travaillent dans des conditions pénibles et qui exigent davantage de calories ;
C : les Français de 12 ans et plus – sans aucune autre limite d’âge – qui effectuent des travaux agricoles ;
V : les Français de plus de 70 ans qui ne peuvent pas être classés dans la catégorie précédente.
Une catégorie J3 voit le jour ultérieurement pour les adolescents âgés de 13 à 21 ans et les femmes enceintes. Le régime de Vichy a même instauré des cartes pour les mères de famille nombreuse, afin d’éviter des mécontentements supplémentaires. En fonction de la carte distribuée, les Français reçoivent entre 100 et 350 grammes de pain par jour, 500 grammes mensuels de sucre, 180 grammes de viande par semaine ; le lait n’est distribué qu’aux E, J et V. De même, le vin est donné de préférence aux T.
A propos du terme bon qui n'apparaît pas dans les substantifs utilisés dans ces extraits, sur sa page Le Marché Noir pendant l’Occupation (1940-1948), le site Mémoire de la Résistance indique que
Chaque personne recevait une carte de rationnement individuelle, divisée en tickets détachables, parfois appelés “bons” ou “vignettes”, qu’on remettait au commerçant pour obtenir une quantité précise de produits. Ces tickets étaient indispensables pour acheter certains biens.
Le blog La monnaie des Alpes, parle de bon dans Bons et tickets de La 2ème Guerre Mondiale (1939 - 1945) pour évoquer des produits en quantité et Le rationnement en France, Fortitude, mentionne des bons pour chaussures.
A noter que des cartes et les tickets de rationnements avaient déjà été instaurés en 1918. En 29 pages, la brochure d'époque, La carte individuelle d'alimentation et les tickets de consommation / Ministère de l'agriculture et du ravitaillement / France. Ministère de l'agriculture et du ravitaillement (1917-1919). Service central des cartes d'alimentation. (Paris) 1918, en donne descriptions et explique le fonctionnement.
Sur le même sujet :
- Le rationnement / Fabrice GRENARD, Atlas de la France en guerre, 1939-1945. 08/04/2024
- Le rationnement en France entre 1939 et 1949, Augustin Remond, Revue Histoire, 04/01/2023
- 2504 W - Direction régionale et départementale du ravitaillement général durant la Seconde Guerre Mondiale, FranceArchives
- Veillon, Dominique. « Aux origines de la sous-alimentation : pénuries et rationnement alimentaire ». « Morts d'inanition : famine et exclusion en France sous l'Occupation », édité par Isabelle Von Bueltzingsloewen, Presses universitaires de Rennes, 2005
- La France rationnée : histoire illustrée des restrictions : 1940-1949 / Bernard Le Marec, 2013
Bonne journée
Oh les belles collections !