Je cherche les dates des vacances de Noël 1941, 1942, 1943 & d'été de 1942 et 1943
Question d'origine :
J'écris un roman qui se déroule en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Un de mes personnages est instituteur. Connaissez-vous les dates des vacances de Noël pour 1941, 1942 et 1943 ?
Les dates des vacances d'été de 1942 et 1943 me seraient également utiles. Mon personnage vit à Nevers, mais si vous n'avez pas les dates pour Nevers, celles de Paris me seraient tout de même précieuses.
Merci d'avance pour votre aide.
Réponse du Guichet
Entre 1941 et 1943, les vacances de Noël et du nouvel an duraient environ 15 jours, et étaient souvent comprises entre le 23 décembre au soir et le 4 ou 5 janvier au matin. Les vacances d'été étaient quant à elle beaucoup plus variables puisque leur durée était modifiée chaque année par décret, non sans polémiques, afin de s'adapter aux circonstances de la guerre. A ce titre, l'année 1943 fut particulièrement mouvementée. Ces décrets s'appliquaient nationalement dans l'enseignement primaire et secondaire, que vous soyiez élève ou instituteur à Nevers ou Paris, avant et après l'occupation de la France en deux zones.
Bonjour,
Les dates des vacances scolaires d'été pour l'enseignement primaire et secondaire sous le régime de Vichy étaient les mêmes pour l'ensemble du territoire français, y compris avant l'occupation de la zone libre en novembre 1942 par les Allemands. Les décrets édictés par le gouvernement de Vichy et publiés au Journal Officiel, s'appliquaient aux deux zones. Cependant, les circonstances de la guerre ont contraint les autorités à réduire ou augmenter la durée des vacances d'été en 1941, 1942 et 1943. L'historien Pierre Giolitto parle de vacances à "géométrie variable". Plus courts, les congés d'hiver pour Noël et le nouvel an duraient environ 15 jours, et étaient souvent compris entre le le 23 décembre au soir et le 4 ou 5 janvier au matin.
Nous trouvons une preuve écrite de la durée de chacun de ces congés dans les coupures de presse de l'époque qui relayaient les directives gouvernementales. Ces exemples sont un parmi tant d'autres, recoupés et vérifiés de notre côté, que vous pourrez trouver sur le site RetroNews de la BNF.
1941 : Le Matin, le 27 mai 1941 : "Les grandes vacances scolaires sont fixées à la période allant du 1er aout au 30 septembre pour l'enseignement primaire et l'enseignement secondaire.
La Dépêche du Berry, le 22 décembre 1941 : "Les vacances de Noël et du nouvel sont ainsi fixées ainsi que suit. Sortie le mardi 23 décembre après les classes du soir régulièrement faites ; Rentrée le lundi 5 janvier à l'heure normale de rentrée des classes".
1942 : L'Oeuvre, le 16 avril 1942 : "Les grandes vacances scolaires seront de nouveau de deux mois et demi. Vichy le 15 avril. L’arrêté du 23 mai dernier, limitant la durée des grandes vacances à deux mois est abrogé par un décret paru au Journal Officiel. Des dispositions seront prises prochainement, rétablissant, pour tous les enseignements, sauf l'enseignement supérieur, les grandes vacances pendant la période du 14 juillet au 1er Octobre.
Le Matin, le 17 décembre 1942 : "Les vacances scolaires de Noël et nouvel an commenceront le mercredi 23 décembre pour se terminer le lundi 4 janvier au matin".
1943 : Le Journal officiel de la République française, le 11 avril 1943 indique que "par arrêté en date du 7 avril 1943, en raison des circonstances et à titre exceptionnel, les grandes vacances des écoles primaires publiques commenceront cette année le 12 juin 1943 au soir. La Dépêche du Berry, le 11 avril 1943 : "Les vacances scolaires vont être fixées aux dates suivantes : le 12 juin, veille de la Pentecôte dans l'enseignement primaire et le 1er juillet dans l'enseignement secondaire et l'enseignement technique."
Le Phare de la Loire, le 3 décembre 1943 : "Les vacances de Noël, tant pour l'enseignement primaire que pour l'enseignement secondaire sont fixées au jeudi soir 23 décembre au mardi matin 4 janvier".
Afin que vous compreniez mieux les nombreux revirements du régime du Vichy et les soubresauts du calendrier des vacances scolaires, en particulier pour la période d'été, nous vous transcrivons un extrait de l'ouvrage de Pierre Giolitto, Histoire de la jeunesse sous Vichy, issu du chapitre 11 L'école dans la guerre (en accès restreint sur Cairn). Ces explications pourraient fournir de la matière à la rédaction de votre roman. Les dates concordent avec celles que nous avons rencontré dans la presse, à l'exception curieuse des vacances avancées de juin 1943 qui commenceraient pour l'auteur au 15 et non au 12 juin 1943. Celles-ci n'auraient d'ailleurs pas manqué de faire polémique.
Des vacances à géométrie variable
Beaucoup de flottement dans la fixation des vacances scolaires par le gouvernement de Vichy. En ce domaine, comme en beaucoup d’autres, on navigue à vue. Sous prétexte de s’adapter aux circonstances, on décide, puis on revient sur sa décision, mécontentant tout le monde. Il faut dire, à la décharge du gouvernement, que la traditionnelle « quadrature du cercle » que représente la fixation des vacances scolaires se complique encore à cette époque du fait de l’occupation et de la guerre.
Les vacances de 1941 sont amputées de quinze jours (1er août-30 septembre) afin de soustraire les établissements scolaires aux convoitises de la Wehrmacht, qui aurait été tentée de les investir pendant les congés scolaires. Si certains applaudissent à cette mesure : « pas de vacances pour les vaincus », d’autres présentent au ministre des « observations », qui ne concordent, se plaît-il à préciser, « ni sur la durée même à envisager ni sur le point de départ et la date terminale de la période des vacances ». Répondant à ceux qui lui reprochent d’avoir raccourci les vacances, J. Carcopino assure qu’il ne verrait aucun inconvénient à ce que les classes fonctionnent, durant la deuxième quinzaine de juillet, avec des horaires allégés, afin d’éviter « des fatigues que la sous-alimentation risquerait de rendre préjudiciables à la santé des enfants ».
L’année 1942 se contente d’inclure dans les vacances officielles la deuxième quinzaine de juillet. On en revient ainsi au calendrier de Jean Zay, oubliant qu’à l’époque fixer les vacances au 14 juillet pour tous les ordres d’enseignement – les élèves de l’enseignement primaire n’étaient jusqu’alors libres que le 31 juillet – avait passé pour « une nouvelle prime à la paresse ». Satisfait de ce que ses « successeurs à Vichy » aient fait « amende honorable », Jean Zay n’en ajoute pas moins, non sans quelque perfidie : « Peut-être quelques naïfs leur attribueront-ils l’initiative d’une aussi sage réforme. » Nonobstant cette remarque acerbe de l’ancien ministre de l’Education nationale, les choses se passent à peu près bien cette année-là.
En 1943, les difficultés reprennent. A la demande du ministre de l’Agriculture et du Ravitaillement, nous avons vu qu’A. Bonnard avance les vacances au 15 juin pour l’enseignement primaire et au 1er juillet pour l’enseignement secondaire et supérieur, afin de libérer élèves et étudiants pour les travaux des champs. Cette mesure s’appliquant également à l’enseignement privé, le ministre juge utile d’expliquer : « Soustraire une catégorie d’élèves aux obligations du service public rural créerait un privilège que le reste de la nation ne comprendrait pas et que leur propre patriotisme ne pourrait pas souffrir . » Quant à la rentrée, elle est ajournée jusqu’à nouvel ordre dans les départements comportant des secteurs « menacés ». Ce sont les préfets qui en fixeront la date, établissement par établissement, et elle ne pourra, en tout état de cause, s’effectuer avant le 18 octobre.
Cette dernière décision est à l’origine d’une vive polémique. « Pourquoi, parce que Auteuil et Nantes ont été bombardés, donne-t-on trois semaines supplémentaires aux écoliers de la Creuse et du Lot-et-Garonne ? » Pourquoi avoir contraint les professeurs à être à leur poste le 1er octobre, « à attendre en se tournant les pouces qu’il plût à M. le Préfet de leur donner le signal ? » Et puis, a-t-on pensé aux enfants ? « Les rues de Paris sont grouillantes de gosses : les petits assis sur les trottoirs font des bateaux dans le ruisseau ; les plus grands se bousculent et se chamaillent ; les aînés s’initient aux profits du marché noir et achèvent de se démoraliser. En cas de bombardement, abandonnés à leur initiative, ils se feront tuer avec la témérité de leur âge, mais peu importe puisqu’ils ne seront pas tués à l’école et que l’Université ne sera pas responsable. »
Source : Histoire de la jeunesse sous Vichy de Pierre Giolitto, chapitre 11 L'école dans la guerre (en accès restreint sur Cairn)
Bonne journée.
Oh les belles collections !