Question d'origine :
Est-ce-que tout le monde -meme les personnes les plus timides ou detestables ou meprisables-peut trouver au moins un ami, un allie? Ou est-ce qu'il y a des gens qui se retrouvent avec que des gens qui les meprisent, des gens tout seuls au monde face a plein de jugements negatifs? Y-a-t-il malgre tout un ami, un allie pour tout le monde?
Réponse du Guichet
Selon des études francophones, comme celles de la Fondation de France ou de l'Insee citées ci-dessous, il existe bien des gens en situation d'isolement relationnel total : en 2025, 12% des français auraient vécu un isolement relationnel total, sans contacts réguliers avec famille ou amis. En 2015, 8 % des individus déclaraient se sentir seuls "tout le temps" ou "la plupart du temps".
Cette situation d'isolement amical est donc loin d'être rare et ne doit pas forcément être imputée à des traits de caractère blâmables ou toxiques. C’est souvent le résultat d’un mélange de facteurs personnels, psychologiques et socio-économiques.
Le sentiment d'invisibilité sociale mais aussi l'impact de la solitude sur la santé individuelle et collective d'une société, constitue un réel enjeu pour les politiques publiques : en ce sens, les liens de proximité terroriale (associations, commerçants, services publics) sont essentiels pour relier les personnes entre elles et pourquoi pas, faire émerger des amitiés.
Bonjour,
Existe t-il des gens seuls au monde ou peut-on avoir au moins un ami ?
Chaque année, le 23 janvier, la Journée mondiale des Solitudes est un rendez-vous national de mobilisation, de sensibilisation et de réflexion collective autour des solitudes contemporaines et du lien social. Initiée par Association Astrée, cette journée invite à porter un regard attentif sur les expériences de solitude vécues à tous les âges de la vie et à interroger ce qui, dans nos relations, nos organisations et nos parcours, fragilise ou renforce le lien social. Selon des études francophones, comme celle de Fondation de France citée ci-dessous, il existe bien des gens en situation d'isolement relationnel total.
La 15ᵉ édition de l'étude annuelle sur les solitudes en France présentée par la Fondation de France montre que 11% des français seraient physiquement coupés des autres, sans aucun réseau de sociabilité et que près d’un tiers de la population (32 %) se trouve en situation d’isolement ou proche de l’isolement. Cette étude montre que l’isolement touche davantage les zones rurales mais également que le sentiment de solitude est très marqué en milieu urbain, dans les grandes agglomérations. Voici quelques extraits de cette étude intitulée "les liens de proximité, pivots de la sociabilité" :
Selon cette nouvelle étude réalisée en partenariat avec le CERLIS et le CRÉDOC, près d’un tiers des Français (32 %) se trouve aujourd’hui en situation d’isolement relationnel et près d’un quart (24 %) se sent seul. Face à ces enjeux, les relations de proximité (voisinage, associations, petits commerces) jouent un rôle déterminant pour maintenir le lien social. [...
En 2025, le taux de personnes isolées reste stable par rapport à 2024 : 11 % des Français sont physiquement coupés des autres, sans aucun réseau de sociabilité. « Derrière cette stabilité se cachent pourtant des formes importantes de repli sur soi et de sociabilité peu active », explique Séverine Dessajan, socio-anthropologue au CERLIS. En regroupant les personnes isolées et celles dont la sociabilité se limite à un seul réseau, près d’un tiers de la population (32 %) se trouve en situation d’isolement ou proche de l’isolement.
L’étude Solitudes 2025 analyse l’ampleur des phénomènes d’isolement et de solitude selon les territoires (rural, périurbain ou urbain). Il apparaît que l’isolement touche davantage les zones rurales : 14 % des habitants des communes rurales sont isolés, contre 9 % des habitants de l’agglomération parisienne et des communes de plus de 100 000 habitants. Plusieurs facteurs peuvent expliquer ce phénomène : moindre accessibilité aux services publics et aux espaces de sociabilité, rareté des transports en commun, enclavement géographique… [...]
En milieu urbain, dans les grandes agglomérations, le sentiment de solitude est plus marqué : 28 % des habitants se sentent seuls, contre 21 % en milieu rural. Ce constat peut s’expliquer par l’anonymat et la densité des lieux, en particulier dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville. « Ce sont des espaces qui regroupent des populations en situation de fragilité sociale. Cela génère des effets de saturation émotionnelle et des stratégies d’évitement ou de mise à distance face à la précarité, à la solitude et à l’isolement », précise Séverine Dessajan.
Face à ces situations de solitude et d’isolement, l’étude met l’accent sur le rôle déterminant des liens de proximité. Ces derniers désignent l’ensemble des relations régulières qui se tissent dans la vie quotidienne, sans relever des sphères familiales et amicales : relations associatives, contacts de voisinage ou échanges avec les commerçants. [...]
Trouver un ancrage relationnel dans le voisinage, c’est notamment ce que propose l’association VoisinMalin. Elle recrute des habitants des quartiers prioritaires de la politique de la ville pour aller à la rencontre de leurs voisins lors de campagnes d’information en porte-à-porte. « Ces voisins malins informent, écoutent et dialoguent avec les habitants de leur quartier. Ils recréent du lien avec ceux qui se sentent parfois invisibles ou découragés et leur redonnent le pouvoir d’agir », explique Marina Kontente, directrice territoriale de l’association.
Les associations constituent un autre pilier essentiel de l’ancrage social pour les personnes seules ou isolées. « Pour ces personnes souvent fragilisées, entrer dans une association, c’est d’abord trouver un espace pour se réparer, reprendre du pouvoir sur soi et sur son existence. C’est aussi un lieu de sociabilité qui leur permet d’entretenir des liens stables », analyse Hadrien Riffaut. Lorsque la personne accompagnée devient bénévole, un point de bascule s’opère : l’usager devient acteur et son sentiment de solitude diminue.
Les petits commerces jouent également un rôle clé dans la création de lien social. Ils constituent des lieux de rencontres et d’échanges du quotidien, favorisant des contacts réguliers et informels entre habitants, en particulier en milieu urbain. 23 % des habitants des grandes agglomérations déclarent avoir échangé, au cours des douze derniers mois, sur des sujets personnels avec les commerçants de leur quartier contre 18 % des habitants des zones rurales.
Source : les liens de proximité, pivots de la sociabilité (Fondation de France, 2 février 2026)
Une étude Insee paru le 3 septembre 2019 indique qu'en 2015, 8 % des individus déclararaient se sentir seuls « tout le temps » ou « la plupart du temps ». Voici quelques extraits de l'étude :
L’isolement, au sens d’un faible nombre de relations peut conduire à une disqualification sociale [Paugam, 1991], ou nourrir un sentiment d’« invisibilité sociale » ; c’est pourquoi il constitue un réel enjeu pour les politiques publiques [...]
L'Insee propose également sur le sujet :
- Combattre l’isolement social pour plus de cohésion et de fraternité (2017)
Les limites de l'accès à l'amitié sont associées par l'Insee à plusieurs types de vulnérabilités, telles que la précarité, le handicap, la maladie ou la ruralité :
L’isolement relationnel est associé à une vulnérabilité économique accrue en matière de ressources ou de précarité de l’emploi, à une santé dégradée et à un moindre niveau de bien-être. [...]
Globalement, le lien observé entre difficultés socioéconomiques et isolement, notamment vis-à-vis de l’entourage, illustre l’idée d’une hiérarchie culturelle de la sociabilité, selon laquelle le nombre de contacts et le réseau social, en dehors des liens de parenté proche, croissent avec le statut social [Héran, 1988]. Il peut aussi s’interpréter comme un cumul de handicaps lié à la fragilité que provoque un défaut d’intégration sociale par le travail, et l’absence des ressources nécessaires à la participation à une vie sociale. En effet, la désindustrialisation et les évolutions récentes du marché du travail ont favorisé le délitement des liens professionnels d’une partie de la population en emploi précaire [Paugam, 2000 ; Castel, 2009].
Outre ces facteurs de vulnérabilités socio-économiques, médicales et géographiques, il peut exister des facteurs psychologiques qui peuvent s'accumuler aux obstacles déjà mentionnés : certaines personnes n’arrivent pas à avoir d’amis en raison de facteurs psychologiques comme l’anxiété sociale ou la peur du rejet. La revue Psychologies a publié le 2 mars 2026 l'article “Un schéma répétitif” : voici les 5 raisons qui expliquent pourquoi certaines personnes n’ont pas d’amis proches, selon les psys. En voici quelques extraits :
Ne pas avoir d'amis sur lesquels nous pouvons compter donne parfois le sentiment d'être seul au monde et, surtout, de ne pas être suffisamment considéré. [...]
Concrètement, plusieurs grands facteurs peuvent expliquer l'absence d'amis proches :
- Tempérament et anxiété sociale : timidité, gêne dans les conversations, anxiété sociale qui pousse à éviter les rencontres où l'on pourrait créer du lien ;
- Styles d'attachement et peur du rejet : difficulté à faire confiance, tendance à se retirer quand l'autre semble moins disponible, crainte d'être jugé ou abandonné ;
- Compétences sociales limitées : ne pas savoir relancer une discussion, parler surtout de soi ou, à l'inverse, rester en retrait, attendre qu'une amitié "parfaite" apparaisse ;
- Hyper-indépendance et indisponibilité émotionnelle : valoriser l'autonomie au point de ne pas demander d'aide, garder ses émotions pour soi, donner l'image de quelqu'un qui n'a besoin de personne ;
Source : “Un schéma répétitif” : voici les 5 raisons qui expliquent pourquoi certaines personnes n’ont pas d’amis proches, selon les psys (Revue Psychologies, 2 mars 2026)
Le sentiment d'invisibilité sociale mais aussi l'impact de la solitude sur la santé individuelle et collective d'une société, constitue donc un réel enjeu pour les politiques publiques. Ainsi les liens de proximité jouent un rôle déterminant : relations associatives, contacts de voisinage ou échanges avec les commerçants etc. Nous vous invitons à lire sur ce point les articles suivants :
- L’isolement et la solitude : un enjeu mondial (Chaire Territoires de l’ESS (TerrESS) de Sciences Po Bordeaux, 14 mars 2024)
- Solitude et politiques publiques : que font les États ? | Notre série 2026 (Fédération des liens sociaux)
- Solitude : un tiers de la population en situation d'isolement en 2025 (Vie publique, 5 février 2026)
Notons qu'il existe un service d'aide en ligne, SOS Amitié, qui offre une aide sous la forme d’une écoute attentive et sans jugement.
Sur le thème de l'amitié, vous pouvez enfin lire ces livres, issus de nos collections :
Contre la solitude sociale [Livre] / Daniel Cohen, 2020
S'engager en amitié [Livre] / Camille Toffoli, 2023
Ces amitiés qui nous transforment [Livre] / Saverio Tomasella, 2018
L'amitié [Livre] : ce que nous avons de meilleur ? / Philosophie magazine, 2023
Très belle journée à vous
Estime de soi et fin du monde