Je cherche des informations sur les pédicures qui suivaient l'armée française (1792-1815)
Question d'origine :
Bonjour,
Toujours dans le cadre de recherches généalogiques, je souhaiterais avoir des informations (livres, pièces d'archives,...) au sujet des éventuels pédicures qui suivaient l'armée française pour la période 1792-1815.
Merci déjà pour votre éclairage.
Réponse du Guichet
Les soldats de la Grande Armée et des guerres révolutionnaires pouvaient marcher jusqu'à 30 à 40 km par jour, ce qui implique nécessairement des pieds meurtris en plus des blessures inhérentes aux campagnes. Les soins étaient assurés par le service de santé militaire composé de médecins, chirurgiens et pharmaciens, souvent peu nombreux, mal équipés, formés et sous-considérés. Il n'existait pas de poste de pédicure officiel, sauf pour Napoléon qui possédait son propre chirurgien-pédicure en la personne de Tobias Koen.
Bonjour,
Les très longues distances parcourues chaque jour par les troupes des armées révolutionnaires et napoléoniennes auraient mérité une attention toute particulière aux soins des pieds de leurs soldats...
Avec 20, 30 voir même 40 kilomètres parcourus par jour pour les soldats de la Grande Armée, qui était réputée pour sa mobilité et la rapidité lors de ses déplacements en vue de surprendre l'ennemi, il n'était pas rare qu'au terme de ces journées exténuantes "les soldats se plaignent d’avoir « les pieds en sang. »" (Les soldats de Napoléon : une vie à la dure, Histoire & Civilisations, 2026).
Pour autant, ces souffrances n'auraient pas justifié la présence de pédicures parmi les officiers de santé qui accompagnaient les troupes au combat. Si des soins des pieds étaient nécessairement prodiguées aux soldats en cas de blessures, nous ne pensons pas que des spécialistes, au sens de personnes chargées du soin et du traitement des affections des pieds, aient été affectés spécifiquement à cette tâche.
Si nous prenons l'exemple des grandes campagnes militaires napoléoniennes, la fondation Napoléon, dans un long article consacré à la santé aux Armées, l'historien Jacques Sandeau raconte le peu de moyen et de considération accordé par Napoléon à ses officiers de santé. La pédicure devait se prodiguer tout de même, au gré des besoins parmi ces officiers de santé. Ils étaient répartis de trois sortes : les médecins, les chirurgiens et les pharmaciens. Mais ces hommes n'avaient pas le grade de militaires, ils étaient sous-équipés et en sous-nombre, ils étaient recrutés le plus souvent sans expérience par la force de la conscription. Peu reconnus pour leurs offices, ils font partie du personnel invisibilisé lors des campagnes et leur travail était peu reconnu, très loin des honneurs réservés aux combattants :
Ils sont de trois sortes : médecins, chirurgiens et pharmaciens. Ce ne sont pas des militaires de carrière mais des personnels commissionnés temporairement, ce qui veut dire, qu'une fois la guerre terminée, ils sont remerciés sans pension ni retraite. Ce ne sont pas non plus des militaires assimilés à des officiers ; ils n'ont pas droit au port de l'épaulette et sont peu respectés dans les corps de troupe et auprès des états-majors. Enfin et surtout, ils sont totalement dépendants des commissaires des guerres et des intendants en matière d'organisation du Service de santé, d'effectif et d'administration des hôpitaux. Ils resteront pendant tout l'Empire entièrement subordonnés à leur autorité et à celle des commissions administratives.
(...)
Les officiers de santé sont organisés sur un mode militaire ; ils sont hiérarchisés selon des grades principaux pour les chirurgiens et les pharmaciens :
– chirurgien major ou chirurgien de 1re classe ;
– chirurgien aide major ou chirurgien de 2e classe ;
– chirurgien sous aide major ou chirurgien de 3e classe ;
et
– pharmacien major (1re classe) ;
– pharmacien aide major (2e classe) ;
– pharmacien sous aide major (3e classe).
Deux grades seulement existent pour les médecins :
– médecin major ou médecin de 1re classe ;
– médecin aide major ou médecin de 2e classe.(...)
Le recrutement des officiers de santé s'opère de trois façons : commissionnement, réquisition et conscription, mais laisse beaucoup à désirer. On se rappelle que le Consulat avait licencié un très grand nombre d'officiers de santé commissionnés et expérimentés, sans la moindre pension. Ils s'en souviendront et lorsque l'Empire refera appel à eux, de la même façon, très peu accepteront de revenir à l'armée avec le statut de commissionné.
La réquisition recrutera toute sorte de médecins et de chirurgiens : des bons mais surtout des mauvais, certains provenant de la pratique civile où ils n'excellaient pas.
C'est surtout la conscription qui apportera, notamment, le plus grand nombre de chirurgiens. Beaucoup sont totalement incompétents, échappant à la conscription active, ils se prétendent qualifiés pour intégrer le Service de santé alors qu'ils ne sont qu'étudiants en médecine débutants, élèves apothicaires ou séminaristes.
À côté d'eux, toutefois, d'excellents praticiens sont là, très dévoués, débordés de travail mais malheureusement en nombre insuffisants aussi bien dans les corps de troupe que dans les hôpitaux.
Les officiers de santé ne constitueront jamais, durant les guerres de l'Empire un corps d'officiers bien défini. Ils seront toujours sans situation militaire précise et constamment révocables. Leur courage et leur dévouement ne seront que rarement reconnus.
Très peu accéderont aux récompenses et aux honneurs. Les nominations dans l'ordre de la Légion d'honneur sont parcimonieusement ménagées aux officiers de santé militaire.
Source : La santé aux armées. L’organisation du service et les hôpitaux. Grandes figures et dures réalités. 1ere Partie, Jacques Sandeau (Fondation Napoléon).
Cette lecture, ainsi que sa seconde partie, sont indispensables pour comprendre l'exercice des soins pendant les guerres révolutionnaires et au sein de la Grande Armée.
Pour des recherches généalogiques, ces répertoires des archives du Service Historique de la Défense (SHD) du Ministère des Armées : Registres matricules des sous-officiers et hommes de troupe des unités de la garde consulaire, de la garde impériale, de la garde royale et de lʼinfanterie de ligne (1803-1815) pourraient constituer un point de départ à votre recherche. Des dossiers mentionnent spécifiquement des officiers de santé.
Nous ne possédons malheureusement pas ce livre dans nos collections, mais l'ouvrage d'Alain Pigeard, Le service de santé aux armées de la Révolution et de l'Empire : 1792-1815, chirurgiens, médecins, pharmaciens (Éditions de la bisquine, 2016) pourrait être un très bon compagnon de recherche.
Si le pédicure ne semble pas avoir été une catégorie officielle et distincte dans l'armée française révolutionnaire et impériale, ce n'est pas le cas pour le service de santé personnel de Napoléon qui comportait bien un chirurgien pédicure, en la personne de Tobias Koen. Le détail de la composition du service de santé de Napoléon est indiqué dans un tableau du livre Napoléon et ses hommes de Pierre Branda, en partie numérisé sur Google Livres.
Des auxiliaires de santé et auxiliaires de camp au sens large pourraient être à trouver du côté des vivandiers, vivandières, cantiniers et cantinières. Ces "camp followers" étaient des prestataires privés, souvent des femmes, et ils "remplissaient des fonctions que l’administration militaire n’est pas organisée pour assurer". Leurs fonctions aussi vastes que mal définies pouvaient consister à prendre soin des soldats (cf. La vivandière et la cantinière, Musée de l'armée, Invalides).
Dans nos collections, des livres consacrés aux principaux médecins et chirurgiens de Napoléon ou la lecture de leurs mémoires représentent un bon terrain d'investigation pour vos recherches. Malheureusement, les ouvrages consultés ne permettaient pas d'identifier dans leur structuration des passages spécifiques à la médecine des pieds. Nous vous partageons toutefois cet extrait, glané un peu par hasard, issu du livre de Jean-François Lemaire sur Jean-François Coste, premier médecin de Napoléon (Stock, 1997) et qui traite des expériences conduites sur les soldats pour les préparer aux longues marches :
C'est au sein du VIIème corps alors cantonné à Ulm, qu'il mène ses expériences, faisant exécuter de longues marches à des soldats volontaires après avoir enduit leurs pieds de teinture de tannin pour les uns, d'un mélange de tannin et d'eau de vie pour les autres. Ce n'est pas que les sujets n'y mettent pas de bonne volonté. Au contraire, certains quand le médecin a le dos tourné, vont même jusqu'à compléter la mixture en badigeonnant leurs pieds de jaune et de blanc d'œuf. Mais, quelque soit la formule, les résultats ne sont guère probants.
(...)
Cela étant, plus au fait que d'autres de ce que les armées françaises vont avoir à parcourir dans les prochaines années, il aurait été le premier à applaudir si le succès avait couronné les tentatives répétées du premier médecin.
Source : Coste : premier médecin des armées de Napoléon / Jean-François Lemaire (Stock, 1997) (p. 274)
D'autres anecdotes pourraient être à chercher du côté de ces livres :
- Mémoires de chirurgie militaire et campagnes / Baron Dominique Jean Larrey (Tallandier, 2004)
- Les carnets de route de Pierre Irénée Jacob : pharmacien dans la Grande Armée (1805-1814) / François Stupp (Polignac, 2005)
- Histoire de la médecine aux armées / Comité d'histoire du Service de santé. 1, : De l'Antiquité à la Révolution... (Lavauzelle, 1982)
- Les blessés de Napoléon / Nebiha Guiga ; préface de Patrice Gueniffey (Passés composés, 2025) (malheureusement emprunté lors de la rédaction de cette réponse).
Bonne journée.
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