Question d'origine :
Bonjour. Je travaille sur les origines du baptême dans la religion judéo-chrétienne. Pouvez-vous me dire à quelle époque est véritablement intervenu le baptême catholique, si je m'en tiens à cette distinction après le schisme d'Orient en 1054 ? Y avait-il alors l'obligation de donner un prénom au nouveau-né baptisé ?
Merci.
Gérard B.
Réponse du Guichet
Le baptême chrétien, donné une fois comme rite d'initiation à la communauté, a des accointances avec l'usage du rite de bain dans le Jourdain par les mouvements baptistes juifs, usage qui prend une signification nouvelle (signe de pénitence) avec Jean-Baptiste et qui est précurseur du baptême chrétien devenu rite significatif du don de l'Esprit saint. Un document très ancien du christianisme primitif, la Didachè (env. 50-90), décrit déjà un rite de baptême très proche de celui utilisé aujourd’hui.
Le baptême devient un marqueur d’appartenance à la société chrétienne et une condition normale de l’existence sociale médiévale sous les Carolingiens qui cherchent à unifier la liturgie de leur empire. Entre le Xème et le XIème siècles se développe une intégration complète du baptême dans la population chrétienne.
Le Schisme d'Orient, qui désigne la séparation de l’Église d’Occident (future Église catholique romaine) de l’Église d’Orient (orthodoxe) en 1054, ne modifie pas en profondeur la structure du rite du baptême. Ainsi, le baptême spécifiquement "catholique" au sens confessionnel existe depuis 1054, mais le rite lui-même remonte aux origines du christianisme. Le rite baptismal est ainsi partagé par la quasi-totalité des Églises chrétiennes, même si sa forme peut différer selon les Églises.
À partir du Concile de Trente (1545‑1563), l'obligation canonique stipule que le baptême doit comporter un nom et un prénom pour être valide et enregistré dans les registres paroissiaux.
Bonjour,
Vous travaillez sur les origines du baptême dans la religion judéo-chrétienne et souhaitez savoir à quelle époque est intervenu le baptême catholique et s'il y avait obligation de donner un prénom au nouveau-né baptisé.
L'encyclopédie universalis, dans son article Baptême, fait remonter l'origine des rites d'eau chrétiens au judaïsme contemporain du Christ. Le baptême chrétien, donné qu'une fois comme rite d'initiation à la communauté, a une accointance particulière avec l'usage du rite de bain dans le Jourdain par les mouvements baptistes juifs, usage qui prend une signification nouvelle (signe de pénitence) avec Jean-Baptiste et qui est précurseur du baptême chrétien devenu rite significatif du don de l'Esprit saint.
Le christianisme est né dans un milieu juif et ne s'est étendu que plus tard dans le monde païen, grec et latin. C'est donc aux rites d'eau du judaïsme contemporain du Christ que nous devons nous référer. [...] Les judéo-chrétiens conserveront l'usage de ces purifications, comme on le voit en particulier dans les écrits pseudo-clémentins. [...] Toutefois, le baptême chrétien apparaît comme radicalement différent de ces rites d'ablutions. Il n'était donné qu'une fois, comme rite d'initiation à la communauté. Il faut donc chercher si, dans le milieu juif, on trouve des analogies meilleures. [...] Plus importante est l'existence d'un bain dans le Jourdain, que l'on trouve dans les communautés baptistes de cette région au temps des origines chrétiennes. Ce baptême a persisté chez les mandéens. Il est vraisemblable que Jean-Baptiste s'est inspiré de cet usage quand il baptisait dans le Jourdain. Le bain dans ce fleuve ne tient, en effet, aucune place dans l'Ancien Testament, à l'exception du bain de Naaman (II Rois, v, 1-28). Mais si Jean-Baptiste s'est inspiré de cet usage, il lui donne une signification nouvelle. Son baptême est un geste prophétique, qui accomplit la promesse eschatologique de l'effusion d'eau purificatrice de la fin des temps. Il est le signe de la conversion et de l'entrée dans la communauté des pénitents qui se préparent à l'imminence de la Visite de Iahweh. [...]
Le baptême chrétien est certainement, dans son origine, en relation avec le baptême de Jean-Baptiste. C'est le rite johannique du baptême comme signe de pénitence que Jésus a transformé en rite significatif du don de l'Esprit saint. Cela apparaît déjà dans le baptême de Jésus par Jean. Par ce baptême, Jésus a voulu ratifier la mission du Baptiste et en même temps y mettre fin.
Source : Baptême (Encyclopédie universalis)
Le baptême catholique est donc l’héritier direct du baptême pratiqué par les premières communautés chrétiennes dès le Ier siècle, à une époque où il n’existe pas encore de distinction entre catholiques, orthodoxes ou protestants. Un document très ancien du christianisme primitif, la Didachè (env. 50-90), décrit déjà un rite très proche de celui utilisé aujourd’hui :
La Didachè contient ainsi quelques-uns des premières prescriptions sur le rituel du baptême[1] :
7, 1. Pour le baptême, baptisez de cette manière : après avoir dit auparavant tout ce qui précède, baptisez au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit dans de l’eau courante. 2. Si tu n’as pas d’eau courante, baptise dans une autre eau, et si tu ne peux. pas dans de l’eau froide, dans de l’eau chaude. 3. Si tu manques de l’une et de l’autre, verse trois fois de l’eau sur la tête au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
Source : Didachè (Wikipédia)
Nous vous invitons à lire à ce sujet l'article académique “Liturgie baptismale et don de l’esprit aux origines chrétiennes : une pneumatologie oubliée” de Laurence Decousu, in Revue des sciences religieuses [Online], 89/1, 2015, Online since 01 January 2017, qui situe les premières formes liturgiques du baptême à la fin du Ier siècle.
Un article de vulgarisation récent publié le 20 avril 2025 dans le journal Le Monde, Fête de Pâques : quelle est la signification du baptême ? Sept questions sur ce rite fondamental du christianisme, met en évidence la continuité entre les ablutions rituelles juives, le baptême de Jean le Baptiste et le baptême chrétien.
Entre le IVe et le IXe siècle, le baptême prend la forme qui caractérise encore aujourd’hui l’Église catholique : reconnaissance comme sacrement fondamental, développement du baptême des nourrissons et fixation progressive de la liturgie. Des théologiens comme Augustin d'Hippone (IVe-Ve siècle) jouent un rôle important dans la diffusion du baptême des enfants, notamment en lien avec la doctrine du péché originel.
L'étude de Michel Rubellin, est une référence sur cette période : Entrée dans la vie, entrée dans la chrétienté, entrée dans la société : autour du baptême à l'époque carolingienne. In: Actes des congrès de la Société des historiens médiévistes de l'enseignement supérieur public, 12ᵉ congrès, Nancy, 1981. Elle montre que les souverains carolingiens ont cherché à uniformiser la liturgie baptismale dans l’Empire.
Dans son ouvrage issu de nos collections, Église et société chrétienne d’Agobard à Valdès, Michel Rubellin insiste aussi sur la dimension sociale du baptême comme rite d’intégration à la communauté chrétienne. En voici quelques extraits :
De ce dossier qui comprend donc une documentation aussi bien théorique que pratique, trois traits essentiels se dégagent, pour peu que l’on veuille bien dépasser le domaine strictement liturgique : le baptême semble concerner avant tout le petit enfant ; l’entrée dans la chrétienté qu’il traduit, d’autre part, fait l’objet de développements particuliers ; enfin, il est considéré aussi, sous un certain angle, comme le signe de l’intégration à la société humaine.
La première caractéristique du baptême carolingien est donc qu’il paraît coïncider avec l’entrée dans la vie, autrement dit que le baptême des tout-petits semble être désormais la règle12. [...]
On sait combien les clercs carolingiens ont insisté, pour des raisons théologiques notamment, sur la nécessité de la cohésion et de l’unité du monde chrétien, et ce d’autant plus que la confrontation était redevenue active avec le monde païen. Dans ces conditions, leur conception du baptême peut en être considérée comme une expression privilégiée. C’est pourquoi ils le présentent d’abord comme l’acte qui ouvre l’accès à la chrétienté. Il ne peut donc être question d’en mettre en cause l’existence, pour quelque motif que ce soit. Par ailleurs, il ne peut être reçu qu’une seule fois, car on ne peut entrer, sortir, puis rentrer dans la chrétienté à sa guise. Enfin, son importance même suffit à justifier que son administration soit le fait de ceux qui ont en charge l’encadrement spirituel du monde chrétien, à savoir les clercs. Tels sont les quatre points qui vont guider notre analyse du deuxième grand caractère du baptême carolingien. [...]
Source : Rubellin, Michel. Église et société chrétienne d’Agobard à Valdès. Presses universitaires de Lyon, 2003.
Cette stabilisation progressive des formes liturgiques occidentales est également étudiée dans l'ouvrage : Baptême et baptistères entre Antiquité tardive et Moyen Âge : actes du colloque international qui s'est tenu à Paris, à Sorbonne Université, les 12-13 novembre 2020 / sous la direction de Béatrice Caseau, Lucia Maria Orlandi. Cette publication analyse les évolutions du baptême comme institution religieuse et sociale, entre l'Antiquité tardive et le Moyen Âge central.
Le livre suivant, issu de nos collections, Histoire du baptême [Livre]: : du Moyen Âge à nos jours / Vincent Gourdon, 2024, offre une contextualisation sociale du baptême dans l’Occident chrétien.
Le Schisme d'Orient, qui désigne la séparation de l’Église d’Occident (future Église catholique romaine) de l’Église d’Orient (orthodoxe) en 1054, ne modifie pas en profondeur la structure du rite du baptême. En effet, les différences entre catholicisme et orthodoxie concernent surtout l’organisation ecclésiastique et certains points doctrinaux. Ainsi, le baptême spécifiquement "catholique" au sens confessionnel existe depuis 1054, mais le rite lui-même remonte aux origines du christianisme.
Le livre issu de nos collections, Les signes du salut : les sacrements, l'Église, la Vierge Marie / par Henri Bourgeois, Bernard Sesboüé et Paul Tihon (2016), montre que la théologie du baptême est déjà largement stabilisée avant 1054 et insiste sur la continuité doctrinale relativement importante entre Orient et Occident.
L'ouvrage de Joseph Martos Doors to the sacred : a historical introduction to sacraments in the christian church [Traduction Google Les portes du sacré : une introduction historique aux sacrements dans l'Église chrétienne] qui décrit l’évolution du rite baptismal entre l'Antiquité tardive et le Moyen Âge, montre également l’absence de rupture doctrinale majeure sur le baptême lors du schisme.
Le rite baptismal est ainsi partagé par la quasi-totalité des Églises chrétiennes, même si sa forme peut différer selon les Églises :
Le baptême est un rite partagé par la quasi-totalité des Églises chrétiennes, étant donné son importance dans les textes bibliques. L'eau du baptême symbolise à la fois la mort par immersion de l'ancienne vie du croyant, livrée au péché, et sa naissance dans une dimension divine et éternelle.
Pour le catholicisme, l'orthodoxie et le protestantisme traditionnel, le baptême est le sacrement de la foi en Jésus-Christ par lequel le chrétien est sauvé, purifié du péché, en devenant enfant de Dieu. Dans le protestantisme, ce sacrement est un signe, celui de la main que Dieu tend à l'humanité marquée par le péché originel que seul le sang de Jésus-Christ peut laver[1],[2]. Tout en souscrivant à cette compréhension, le christianisme évangélique réserve en général le baptême aux adultes. Certaines Églises protestantes pratiquent le baptême par immersion.
Source : Baptême (Wikipédia)
Pour répondre à votre seconde question, il était effectivement nécessaire, dès le début de la pratique du baptême dans l'Antiquité chrétienne, d’identifier le baptisé, d’où le choix d’un nom, souvent nom de saint ou nom biblique, pour associer l’enfant à un modèle chrétien. Au Moyen-âge occidental, les paroisses tiennent des registres baptismaux dès le XIIIe siècle : les noms sont souvent choisis dans le calendrier des saints, ce qui renforce la dimension religieuse (source : Baptême et baptistères entre Antiquité tardive et Moyen Âge).
À partir du Concile de Trente (1545‑1563), le baptême doit comporter un nom et un prénom pour être valide et enregistré dans les registres paroissiaux. C'est une obligation canonique :
Le concile de Trente définit sept sacrements : le baptême, la confirmation, l'eucharistie, la pénitence, l'extrême-onction, l’ordre et le mariage. Et il impose à partir du 11 novembre 1563 que soient tenus par le curé des registres indiquant :
- pour les mariages : le jour et le lieu, le domicile des époux, les noms, prénoms et domiciles des témoins[1],[2].
- pour les baptêmes : les noms et prénoms du baptisé, du parrain et de la marraine (une affinité spirituelle est créée empêchant le mariage entre le baptisé avec son parrain / marraine)[3].
Source : Registre paroissial (Wikipédia)
Très bonne journée à vous
Laissez le feu brûler