Qui était le médecin Claude Marmy au 19eme siècle ?
Question d'origine :
Bonjour
je recherche des informations sur Claude Marmy, qui aurait été médecin au XIX° siècle et que Pétrequin cite parfois.
merci
Réponse du Guichet
Tout comme Joseph-Pierre Pétrequin (1809-1876), Michel Jules (et non pas Claude) Marmy (1815-1884) est une figure emblématique de la médecine lyonnaise du 19ème siècle. Avec une brillante carrière dans le service de santé des armées, il est nommé en 1858 médecin principal de 2e classe à l’hôpital militaire des Colinettes à Lyon ; il a été élu titulaire de l'Académie de Lyon en 1878 et en a même été le Président en 1884.
La preuve de son lien pilier avec la ville de Lyon est son ouvrage majeur co-écrit avec Ferdinand Quesnoy en 1886 "Hygiène des grandes villes : topographie et statistique médicales du département du Rhône et de la ville de Lyon", qui fait de lui expert incontournable de la santé publique lyonnaise au 19ème siècle.
La base Gallica de la BnF donne accès à plusieurs publications évoquant le rôle du Dr Marmy pour la santé publique lyonnaise. Le Dictionnaire historique des académiciens de Lyon, les collections de la BmL et des AmL ainsi que la base de données Léonore des Archives Nationales sont d'autres ressources incontournables pour mieux connaître ce médecin lyonnais.
Bonjour,
Vous recherchez des informations sur Claude Marmy, qui aurait été médecin au 19ème siècle et que Joseph-Pierre Pétrequin (1809-1876), chirurgien français qui occupa le poste éminent de chirurgien-major de l’Hôtel-Dieu de Lyon, citerait parfois.
Effectivement, nous avons retrouvé sur Gallica (bibliothèque numérique de la BnF) des publications du 19ème siècle, dont une écrite par J.-É. Pétrequin, se référant à "M. le Docteur Marmy". Progressivement se dessine un portait plus précis de ce Docteur Marmy :
- Vues nouvelles sur la composition chimique du cérumen et son rôle dans certaines maladies de l'oreille / par J.-É. Pétrequin, 1860
Les expériences qui précèdent sur les propriétés du cérumen me semblent particulièrement utiles pour le médecin, parce qu'elles le conduisent à une pratique qu'elles éclairent et rendent rationnelle. Il restait à étudier la composition élémentaire du cérumen ; et c'est ce que j'ai entrepris avec M. Emile Chevalier, pharmacien-chimiste à Lyon. La majeure partie de nos expériences ont été faites sur du cérumen normal à l'état mou que M. le docteur Marmy a bien voulu faire recueillir exprès pour nous sur des militaires de 20 à 30 ans.
M Guillard lit un rapport au nom de la Commission chargée d'examiner les conclusions d'un travail de M. Pétrequin sur "la Topographie médicale lyonnaise" de M. le Dr Marmy. Considérant l'importance de l'ouvrage de M. Marmy, M. le Rapporteur propose à l'Académie d'adopter les trois conclusions suivantes déjà formulées par M. Pétrequin :
1 L'Académie demanderait à M. le Sénateur de vouloir bien faire imprimer l'ouvrage aux frais du département et de la ville ;2 L'Académie accorderait une médaille d'or à M. le Dr Marmy ;
3 Elle inscrirait son nom sur la liste des candidats à la place de correspondant dans la section des sciences.
- De la Police sanitaire et de l'assistance publique dans leurs rapports avec l'extinction des maladies vénériennes / par J. Garin, 1866
Il n'en devait pas être de même l'année dernière. Dans une intéressante lecture que M. Pétrequin vous fit sur la topographie et la statistique de Lyon (2), ce savant collègue a reproduit avec plus d'insistance les reproches d'incurie dont le régime de la prostitution, à Lyon, avait été plusieurs fois l'objet. Se faisant l'interprète des plaintes et des récriminations presque officielles d'un médecin militaire haut placé (3), il a cité devant vous, à l'appui de son blâme, des faits qui, s'ils étaient exacts, mettraient Lyon, pour la police sanitaire, au rang des villes les plus maltraitées de l'empire.
(2) Pétrequin. "Nouvelles recherches sur la topographie médicale et la statistique de Lyon, pour servir à l'histoire de l'hygiène publique dans les grandes villes avec des études comparatives sur les climats du midi". Lyon, 1865.
(3) Marmy. "Topographie et statistique médicales dit département du Rhône et de la ville de Lyon". Ouvrage manuscrit couronne par l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon, et encouragé par une souscription du Conseil général du Rhône.
Nulle part, a dit notre honorable collègue, nulle part, « la prostitution ne s'exerce plus librement qu'à Lyon ; l'Administration laisse faire. Les visites sont illusoires et vexatoires ; elles ne remédient à rien. Les hommes de bien sont sans énergie et restent au-dessous de leur tâche. De hautes influences paralysent les meilleures volontés ; les agents, détournés de leurs devoirs, font ce qu'on veut. Irrégularité des visites, absence d'impulsion, ci inertie de l'Autorité, voilà, conclut-il avec M. Marmy, le résumé des mesures de police employées à Lyon pour conjurer la syphilis qui partout coule à plein bord. »
Malheureusement pour nous, Messieurs, Lyon occupe dans l'échelle une place des plus défavorables. A en croire les renseignements fournis à M. Jeannel, par M. Marmy, médecin en chef de l'hôpital militaire des Collinettes, Lyon était, en 1860, la ville qui, après Nancy et Alger, avait le plus à souffrir des maladies vénériennes. Ainsi, pendant que la garnison de Paris ne comptait environ que 3 vénériens pour 100 hommes d'effectif, Strasbourg et Metz G, Toulouse 8, Rennes 9, Bordeaux 10, Lille 11, Marseille 13, Lyon présentait la proportion plus considérable de 16 malades vénériens par 100 hommes de garnison (4). Si elle était
régulièrement acquise, cette proportion affligeante justifierait trop bien les reproches faits à l'état sanitaire de notre ville par M. Marmy et par ceux de nos collègues qui, sur ses appréciations, ont répété son blâme, Voyons donc si les appréciations fâcheuses de cet honorable médecin sont fondées.
Les calculs de M. Marmy établissent, il est vrai, que pour les trois années 1838, 1859, 1860, l'effectif moyen de la garnison de Lyon, étant de 15,000 hommes, le nombre total des vénériens entrés à l'hôpital a été successivement de 2041, 2383, 2448; ce qui, en chiffres ronds, porte la proportion des malades à 13 et à 16 % de l'effectif. Mais une première observation ruine par la base la déduction de notre savant confrère; le chiffre invariable de 15,000 hommes assigné à la garnison de Lyon, pendant les trois années dont il s'agit, est erroné. Les indications positives et officielles que nous devons à l'obligeance de M. le sous-intendant militaire Geoffroy, font voir qu'à cette époque la garnison de Lyon n'a jamais compté moins de 20,000 hommes, et qu'elle était en 1860 de 20,158 hommes. Or, si M. Marmy s'est trompé d'un quart au moins sur l'effectif de nos troupes, il faut en conclure que la proportion assignée par lui pour les vénériens est d'un quart trop forte, ce qui, dans ses calculs, fait baisser à 10 et à 12 % le nombre proportionnel des malades. Dès-lors, Lyon, si mal classé d'abord, rentre dans la catégorie des villes similaires, Bordeaux et Marseille, par exemple (5).
Malgré cette rectification importante, l'état sanitaire de notre ville, au moment où l'observait M. Marmy, ne laissait pas que d'être médiocrement satisfaisant. Disons tout de suite que les grands mouvements de troupes qui ont eu lieu après la campagne d'Italie, expliquent l'augmentation et l'aggravation des maladies vénériennes dont souffrit l'armée de Lyon à cette époque. [...]
Quant à Bruxelles, c'est mieux encore. M. Marmy, il est vrai, affirme que la capitale de la Belgique, grâce à ses mesures sanitaires , jouit d'une immunité exceptionnelle et que la syphilis y est presque inconnue. Mais nous n'avons voulu accepter que sous bénéfice
d'inventaire les assertions de notre honorable confrère de l'armée. Sans mettre en doute les améliorations du régime sanitaire de Bruxelles, nous avons cherché à nous rendre compte de l'exactitude des renseignements de M. Marmy, et voici à quoi nous sommes arrivés.
Nous vous invitons à poursuivre cette exploration des occurrences du titre et du nom "M. Marmy" ou "M. le Dr Marmy" dans la bibliothèque numérique de Gallica. Mais ces quelques citations nous apprennent que :
- J.-É. Pétrequin a travaillé avec M. le Dr Marmy et M. Emile Chevalier, pharmacien-chimiste à Lyon, sur les propriétés du cérumen ;
- que l'ouvrage de M. Marmy, "Topographie et statistique médicales dit département du Rhône et de la ville de Lyon" a été couronné par l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon, et encouragé par une souscription du Conseil général du Rhône ;
- qu'il s'agirait d'un médecin militaire haut placé, et même plus précisément du médecin en chef de l'hôpital militaire des Colinettes. Une réponse du Guichet du savoir nous informait que "À partir de 1859, [l'ancien couvent des religieuses de l’ordre de Sainte-Elisabeth situé sur les pentes de la colline de la Croix Rousse] devient l’Hôpital militaire des Colinettes rebaptisé hôpital Villemanzy en 1887 ; il sera déclassé comme hôpital en 1945 et deviendra une annexe de l’École du Service de Santé jusqu’en 1981".
- qu'il a travaillé sur l'état sanitaire de Lyon et notamment sur la place des maladies vénériennes à Lyon : "Malgré cette rectification importante, l'état sanitaire de notre ville, au moment où l'observait M. Marmy, ne laissait pas que d'être médiocrement satisfaisant".
Ces occurrences nous amènent ainsi vers la piste de Michel Jules Marmy (1815 -1884), un contemporain très proche de Joseph-Pierre Pétrequin à Lyon. Le prénom ne serait donc pas Claude mais Michel Jules.
La notice biographique du Dictionnaire historique des académiciens de Lyon (édité par l'Académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de Lyon) confirme son existence et sa carrière médicale lyonnaise :
- Concernant sa vie et sa carrière :
Michel Jules Marmy est né à Coligny (Ain), le 7 décembre 1815, fils de Louis Marmy, (Valence, paroisse Saint-Apollinaire, 25 juin 1779-Chalamont [Ain] 28 juillet 1831) – soldat au 31e régiment d’infanterie légère en 1803, il termine comme chef de bataillon au 10e régiment d’infanterie légère –, retiré à Coligny, et de Françoise Eugénie Gromier (1786-Villette-sur-Ain 18 mars 1829) ; présents André Neyron, médecin à Coligny, et François Amédée Jantet, avocat à Coligny. Il épouse le 7 avril 1858, à Lyon, Marie Laurence Briollet (Lyon 26 mars 1832-Lyon 2e 26 mars 1904), fille de François Briollet, ancien négociant, et de Rosalie Claudine Izelin. D’où cinq enfants : Rose (1869-1888), épouse de Gaspard Émile Peillon ; Léon Étienne (1860-1941), licencié en droit ; Marie Thérèse Berthe (1864) ; Gabrielle (1866-1870) ; et Marie Marthe Stéphanie (1869-1935), épouse de son beau-frère Peillon, à la mort de sa sœur aînée. Il décède le 16 février 1884, 65 cours d’Herbouville à Caluire-et-Cuire ; témoins Étienne Briollet, 58 ans, propriétaire à Caluire, et son gendre, Gaspard Émile Peillon, capitaine du Génie. Il est inhumé au cimetière de La Guillotière.
Il fait une brillante carrière dans le service de santé des armées. Il y entre en 1836 (il a 33 ans de services en 1869 lors de sa nomination d’officier de la Légion d’honneur), probablement comme sous-aide chirurgien. Il soutient sa thèse de médecine à Strasbourg en 1841, sur des observations qu’il a faites à l’hôpital d’Alger en 1840. Le 20 avril 1844, il est nommé chirurgien aide major de 1re classe, à l’hôpital d’instruction de Strasbourg ; le 8 août 1848, chirurgien major de 2e classe à la division d’Alger ; le 1er août 1854, médecin major de 1re classe à l’armée d’Orient. Il participe à la campagne de Crimée et, à son retour, il est affecté à Lyon. En 1857, il est médecin-major de première classe à l’hôpital militaire de Lyon, ex-médecin en chef de l’ambulance du quartier général en Crimée, ex-médecin en chef des hôpitaux de l’École préparatoire et de Canlidjé à Constantinople, lauréat du Val-de-Grâce, décoré de l’ordre de Medjidié de 1re classe, membre correspondant de la Société anatomique de Paris, de la Société impériale de Constantinople, de la société d’émulation de l’Ain. Le 30 décembre 1858, il est nommé médecin principal de 2e classe à l’hôpital militaire des Colinettes (le monastère des Colinettes, sur la pente est de la Croix-Rousse, est devenu une caserne en 1796, puis un hôpital en 1859, par insuffisance de l’hôpital Desgenettes lors de la guerre d’Italie. Il prit ensuite le nom d’hôpital Villemanzy, qui servit encore pendant les deux Guerres mondiale ; fermé en 1945). Nommé le 12 août 1866 médecin principal de 1re classe à la division d’Oran, il est médecin-chef du 2e corps d’armée à Saint-Avold en 1870. Le 25 avril 1875, il est nommé médecin inspecteur dans le corps des officiers de santé de l’armée de terre. Il est admis à la retraite le 7 janvier 1879. Il est chevalier de la Légion d’honneur le 16 juillet 1853 (LH/1747/56), officier le 11 août 1869 avec 33 ans de services et 8 campagnes, commandeur le 24 juin 1871.
- Concernant son rôle d'académicien de Lyon :
[...] Membre correspondant en 1866, il est élu titulaire le 4 juin 1878 au fauteuil 6, section 2 Sciences. Il dépose le 20 mai 1879, le discours de réception qu’il lit à la séance publique du 15 juillet 1879, et qui évoque l’époque (1855) où il dirigeait pendant l’expédition de Crimée l’hôpital militaire de Canlidjé sur le Bosphore : Une année de séjour en pays musulman. Étude de mœurs orientales (MEM S, 24, 1879-1880, et Lyon : Riotor, 1879). Le 10 mai 1881, il offre une douzaine de volumes renfermant la statistique officielle de l’armée publiée par ordre du gouvernement et en fait le rapport le 21 mars 1882. On appréciera la pointe chauvine lancée par le secrétaire de l’Académie Heinrich* dans la recension qu’il fait de ce rapport dans la Revue du Lyonnais (1882, n°3 p. 446) : « Le docteur Marmy fait profiter l’académie de sa double expérience de médecin militaire et de savant. Pourquoi faut-il qu’au nom de la même expérience, il signale la supériorité des statistiques dressées en Allemagne, en Autriche et même en Russie ? ». Le 4 décembre 1883, il est élu président de l’Académie pour 1884, mais décède peu après, le 16 février 1884. Antoine Mollière* prononce son éloge lors de ses funérailles (MEM L, 22, 1884, et MEM S, 27, 1885).
- Concernant ses publications :
Considérations générales sur les blessures par armes à feu observées à l’hôpital du dey, à la suite des expéditions de 1840 en Algérie suivies de la solution de quatre questions proposées pour la réception au doctorat, thèse de médecine, 1841, Strasbourg : Morin Jérôme ?
« De l’utilité de l’observation microscopique dans le diagnostic des tumeurs cancéreuses », Rev. médico-chirurgicale, avril 1847, et Paris : Paul Dupont 1847, 7 p.
Études cliniques sur l’emploi combiné de la ponction et des injections iodées pour le traitement des adénites inguinales suppurées de nature syphilitique, Strasbourg : Derivaux, 1847, 32 p.
Blessures par armes à feu, études médicolégales et chirurgicales, Lyon : Vingtrinier, 1864, 29 p.
Étude sur la régénération des os par le périoste, Lyon : Vingtrinier, 1865, 37 p.
Études critiques sur la pourriture d’hôpital ou typhus des plaies, observations prises à Constantinople, à l’hôpital militaire de l’École préparatoire, du mois de mars au mois d’août 1855, et à l’hôpital de Canlidjé sur le Bosphore, du mois d’août 1855 au 15 juin 1856, Strasbourg : Silbermann, 1857, 88 p.
Avec Ferdinand Quesnoy, Hygiène des grandes villes, topographie et statistique médicales du département du Rhône et de la ville de Lyon, Lyon : Vingtrinier, 1866, XVI + 592 p.
Considérations générales sur les microbes, au point de vue pathogénique et prophylactique Lyon : Assoc. typogr., 1884, 47 p, extrait de MEM S, 27, 1885.
- Concernant la bibliographie existante sur Michel Jules Marmy :
Martin Basse*, « Du couvent des Colinettes à l’hôpital Villemanzy », Albums du Crocodile, 1943.
Vous pouvez retrouver cet article tiré des Albums du Crocodile à la Bibliothèque municipale de Lyon, au Silo régional, pour une consultation sur place : voir la référence.
Sachez que la Bibliothèque municipale de Lyon possède également dans son catalogue deux publications de Michel Jules Marmy, consultables en ligne :
- Blessures par armes à feu. Études médico-légales et chirurgicales [Livre] / par le docteur Marmy. Lyon : Imprimerie d'Aimé Vingtrinier, 1864. Disponible sur Google Books ;
- Hygiène des grandes villes : Topographie & statistique médicales du département du Rhône et de la ville de Lyon [Livre] / par M. M.-J. Marmy et M. Ferdinand Quesnoy. Lyon : Imprimerie d'Aimé Vingtrinier, 1866. Disponible sur Numelyo.
Les Archives municipales de Lyon ont quant à eux dans leurs fonds :
- un portrait de l'académicien Michel Jules Marmy ;
- un dossier documentaire de coupures de presse biographique sur Michel Jules Marmy (disponible à la consultation sur place, en salle de lecture des AmL).
Enfin, la base de données Léonore, permettant la consultation des dossiers nominatifs des récipiendaires de la Légion d'honneur, donne accès à la notice de Michel Jules Marmy, confirmant son grade de Commandeur de la Légion d'honneur.
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