Que sait-on aujourd'hui du trésor qu'aurait caché le pirate Olivier Levasseur dit La Buse
Question d'origine :
Bonjour,
Que sait on aujourd'hui du trésor de La Buse ?
Quelles fouilles ont été entreprises depuis la découverte du cryptogramme ?
En vous remerciant,
Réponse du Guichet
Le cryptogramme du pirate Olivier Levasseur dit La Buse, indiquant l'emplacement de son trésor, a été publié la première fois en 1934 dans un roman de Charles de La Roncière. D'autres publications ont suivi mais il n'existe pas de manuscrit de celui-ci. Pour la conservatrice du Deutsches Museum de Munich, malgré quelques éléments avérés, ce trésor et ce cryptogramme ne seraient que mystification.
Bonjour,
Pirate du XVIIIe siècle, Olivier Levasseur dit La Buse (1695 - 1730), né à Calais et pendu à Saint-Paul de l'île Bourbon (aujourd'hui La Réunion) est l'un des rares Français à s'illustrer pendant l'âge d'or de la piraterie rapporte le Dictionnaire des corsaires et pirates / sous la direction de Philippe Hrodej, Gilbert Buti, 2013.
Selon Alain Blondy dans Pirates, corsaires et flibustiers, 2021, il s'empara en 1721 du navire amiral portugais Nossa Senhora di Cabo. En réparation dans la rade de Saint-Denis-de-la-Réunion, ce bâtiment ramenait le vice-roi des Indes orientales, sa cour, l'archevêque de Goa et les richesses accumulées pendant les dix années précédentes. En s'en emparant à l'abordage après un court combat, il fit là la plus grosse prise de toute l'histoire de la piraterie, évaluée à plusieurs millions d'euros, voire pour certains à plusieurs milliards.
Cette capture exceptionnelle serait à la base du mythe d'un fabuleux trésor et du cryptogramme permettant de le découvrir (Dictionnaire des corsaires et pirates). Le cryptogramme aurait été jeté dans la foule par La Buse lui-même lors de son exécution. Il se serait alors écrié mon trésor à qui saura le prendre !
Le document de Dahlke, C. (conservatrice au Deutsches Museum de Munich) Demystifying La Buse’s Cryptogram and the Fiery Cross of Goa, 2024, ajoute :
Shortly before his death, according to legend, he threw a cryptogram into the crowd - supposedly with the description of where to find his share of the pirate treasure. For centuries, the whereabouts of the cryptogram and the treasure were unknown.
Traduction Google :
Peu avant sa mort, selon la légende, il aurait jeté un cryptogramme dans la foule, contenant censément la description de l'emplacement de sa part du trésor pirate. Pendant des siècles, le sort du cryptogramme et du trésor demeura inconnu.
Dahlke explique également que Charles de La Roncière l'aurait publié dans son ouvrage Le Flibustier mystérieux, histoire d'un trésor caché en 1934 après l'avoir en partie décrypté.
D'autres publications ont suivi. Celles de Robert Charroux dans Trésors du monde, enterrés, emmurés, engloutis en 1962 et d'Emmanuel Mezino dans son livre auto-édité, Mon trésor à qui saura le prendre (Cryptogramme de La Buse, Wikipédia).
Carola Dahlke précise que ce cryptogramme, écrit dans un chiffre maçonnique simple, c'est-à-dire facile à déchiffrer, ressemble davantage à une recette de cuisine qu'à un indice menant à un trésor. En conséquence, il n'existe pas de sources sûres sur le sujet. Néanmoins, cela n'enlève pas la véracité de l'abordage du Nossa Senhora di Cabo auquel aurait participé La Buse même si les différents récits et témoignages issus de recherches qui demandent encore à être approfondies, rapportent que c'est le pirate britannique John Taylor, capitaine et chef de toute la bande, qui apparaît dans tous les rapports. La Buse n'est mentionné que sporadiquement. D'autres éléments manquent aussi aux faits rapportés. Nous vous laisserons en prendre connaissance avec la lecture de Demystifying La Buse’s Cryptogram and the Fiery Cross of Goa, espérant que vous lisez l'anglais.
Pour Carola Dahlke, ce trésor et ce cryptogramme ne sont que mystification :
En rassemblant toutes les informations dont nous disposons aujourd'hui, nous devons supposer que le célèbre et respecté historien Charles de la Roncière a écrit un roman captivant, mêlant habilement faits réels sur la piraterie et ses propres idées. Après tout, en tant qu'historien et bibliothécaire, il avait un accès privilégié à de nombreux ouvrages et documents d'archives.
La liste suivante vise à donner un aperçu des sources dont proviennent les différents aspects de l'histoire :
• Le navire marchand portugais Nossa Senhora a existé, et le vice-roi de Goa se trouvait à son bord lors du raid des pirates en 1721.
• Le pirate français La Buse a existé et, selon les sources, il a très probablement participé au raid contre le Nossa Senhora. Concernant le trésor qui fait encore l'objet de recherches de trésors aujourd'hui, les sources contemporaines mentionnent la quantité importante de diamants et de butin, mais aussi les navires capturés, qui faisaient partie de ce prétendu trésor, ainsi que environ 200 esclaves à bord du Nossa Senhora. Après avoir vendu la cargaison, le butin fut partagé entre une centaine de pirates. Lorsque les pirates se séparèrent en 1722, on raconte que l'équipage de Taylor eut remis la quasi-totalité de sa part du butin à Porto Bello en échange d'amnistie.
D'après les sources historiques, un éventuel trésor proviendrait donc uniquement de la part de l'équipage de La Buse.
Le fait que La Buse ait jeté un cryptogramme à la foule peu avant son exécution n'a été retrouvé dans aucune littérature contemporaine. Pour la première fois, cette partie de la légende apparaît dans le roman de de la Roncière en 1934. Il est fort probable que de la Roncière ait inventé cette partie de la légende de La Buse [...]
• Le cryptogramme lui-même apparaît dans le roman de de la Roncière pour la première et unique fois. Toutes les publications ultérieures font référence à lui. À ce jour, le cryptogramme lui-même n’a été retrouvé nulle part sous forme de manuscrit indépendant, ce qui conduit à la conclusion que de la Roncière a inventé le cryptogramme et son origine. Il ne faut pas non plus ignorer que la maison d'édition parisienne Le Masque, où Roncière publiait, était réputée pour ses romans légers et bon marché, et ses romans policiers humoristiques (comme ceux d'Agatha Christie) – c'est-à-dire pour une littérature généralement peu crédible. De la Roncière en était certainement pleinement conscient. S'il avait eu l'intention d'écrire une publication scientifique et fiable, il aurait très probablement choisi un autre éditeur. Dans son roman de 1934, et dans sa suite de 1940, il a utilisé un style d'écriture très détendue et divertissante. De plus, on peut trouver des indices montrant qu'il ne prenait pas lui-même l'histoire très au sérieux (par exemple, il a expliqué la possibilité d'une crique des Forbans, car une crique des Blagues existait déjà sur l'île de Mahé (voir de la Roncière (1934, p. 113) et la note de bas de page n° 3), et il a fait appel à l'abbé Alexis Mermet pour l'aider à trouver le véritable trésor par radiesthésie (voir de la Roncière (1940, p. 27) et la note de bas de page n° 7)).
• Nous ne pouvons exclure que quelqu'un d'autre ait apporté un cryptogramme à de la Roncière, et qu'il l'ait ensuite attribué à La Buse. Mais alors, le cryptogramme existerait en tant qu'artefact réel, qui n'a pas été trouvé ni dont l'existence n'a été confirmée.
Si d'autres sources existent à ce sujet, l'auteur serait heureux de recevoir des informations.
Dans son livre sur les Trésors du monde, Robert Charroux (1962) a relaté en 1962 l'histoire de de la Roncière, mais concernant l'origine du cryptogramme, il a introduit une certaine Madame Savy, héritière d'un pirate nommé Nageon de L'Estang, apparemment pour la première fois. Cependant, aucune source ni indication de véracité n'est fournie, et il ne semble pas y avoir non plus de confirmation officielle de cette histoire par la famille Savy. À ce jour, on ignore d'où Charroux a tiré cette information. Il faut dire que les publications de Robert Charroux sont très controversées au sein de la communauté scientifique. Dans de nombreux milieux, son travail est considéré comme de la pseudoscience ou de la pseudohistoire, ce qui ne favorise pas nécessairement la crédibilité de ses sources.
• La Croix d'Or de Goa était introuvable, ni dans les sources contemporaines, ni dans aucune publication de de la Roncière. L'auteur suppose donc qu'elle est entrée dans la légende après 1940. Cependant, après la publication de de la Roncière, la légende et la taille du trésor enfoui se sont transformés en un récit de marin palpitant et ont pris de l'ampleur plus éloignés des faits des sources contemporaines. Si la fameuse Croix de Goa, qui joue un rôle si important dans l'interprétation actuelle de la légende de La Buse, est dérivée de la légende de l'Inquisition de Goa en 1619, comme décrit ci-dessus, il semble presque cynique que les chasseurs de trésors recherchent aujourd'hui cette Croix Flamboyante ou de Feu.
Google traduction
A cela ajoutons ces informations tirées de Wikipédia :
En 2023, dans Olivier Levasseur dit La Buse, piraterie et contrebande sur la route de Indes au XVIIIe siècle / Cyrille Lougnon, Riveneuve, 2023, l'auteur révèle comment il a découvert fortuitement "le cairn de La Ravine à Malheur" sur l'île de La Réunion et parle d'un ouvrage mégalithique de 200 m3 à moins de 1 000 m du chemin Crémont sous lequel se trouverait la cache du trésor.
En juillet 2024 à Maurice, sept randonneurs découvrent des roches où sont inscrits des signes semblables à ceux du cryptogramme de La Buse. Après quelques jours d'excavation, des pièces de monnaies sont découvertes sur les lieux.
Enfin, le romancier Le Clézio a raconté la quête de son grand-père paternel, venu de Maurice à Rodrigues pour y chercher le trésor de La Buse, dans Le Chercheur d'or et Voyage à Rodrigues.
Bonne journée
Laissez le feu brûler