Question d'origine :
Je viens d'entendre parler de l'oeuvre des Iris à Marseille, qui semble être une sorte de scoutisme masculin, fondée il y a très longtemps (la Révolution?). Pouvez-vous m'en dire plus? Société secrète? Secte religieuse? oeuvre riche? locale ou régionale...?
Réponse du Guichet
L'Institut de l'Œuvre de la jeunesse Les Iris à Marseille est une congrégation laïque masculine de droit pontifical créée par Jean-Joseph Allemand (1772-1836) en 1799. Elle aurait été dissoute par Napoléon puis confiée aux Oblats durant deux périodes. Aucune donnée n'indique que cet institut pourrait être une secte.
Bonjour,
L'Institut de l'Œuvre de la jeunesse Les Iris à Marseille est une congrégation laïque masculine de droit pontifical créée par Jean-Joseph Allemand (1772-1836) en 1799.
Mais Que veut dire « congrégation religieuse »? Le site Sœurs des Saints Noms de Jésus et de Marie nous éclaire :
Au sein de l’Église catholique, une congrégation religieuse, aussi appelée « communauté religieuse », est un institut de vie consacrée.
L’organisation autonome regroupe des membres autour d’une mission ou d’un projet fédérateur à vocation spirituelle et pastorale présenté par leur fondateur.trice.
[...]
Rappelons que l’on définit les congrégations religieuses comme suit :
- Cléricales lorsque ses membres sont prêtres ou aspirants au sacerdoce
- Laïques pour les congrégations masculines ou féminines
Dans le cas des congrégations laïques féminines ou masculines, on parle de communautés contemplatives (consacrées davantage à la prière) et apostoliques (ou actives en s’engageant notamment au sein d’œuvres de charité, d’éducation, etc.) Enfin, il faut savoir qu’il existe des congrégations qui relèvent du droit pontifical (approuvées par le Saint-Siège) et d’autres, qui sont du droit diocésain (approuvées par leur évêque et relevant de lui).
Dans l’Église catholique, une congrégation laïque de droit pontifical réunit des fidèles consacrés non prêtres dans la plupart des cas, souvent engagés dans l’éducation, la charité ou d’autres activités apostoliques. Cette communauté forme un institut qui a reçu une reconnaissance officielle du Vatican et dépend directement du Saint-Siège pour son régime interne et ses orientations apostoliques. C'est donc un institut religieux approuvé directement par le Saint-Siège qui relève du pape pour son cadre juridique général à la différence d'une congrégation de droit diocésain qui est approuvée par un évêque et reste sous sa tutelle locale. Une congrégation de droit pontifical a une reconnaissance plus universelle et une plus grande autonomie dans l’Église (source : Institut religieux de droit pontifical, Wikipédia).
Ces congrégations ou instituts sont nés d'une volonté institutionnelle visant à organiser la charité :
Il faut la replacer dans le cadre du lent mouvement de restauration religieuse au sein des notables qui affecte la France surtout après 1830. Il survient avec un temps de retard sur l'action des élites éclairées qui, par le canal de la philanthropie, prolongent dans le XIXe siècle le souci de la propagation des Lumières dans le peuple : et l'excellent exemple est ici celui de la Société pour l'instruction élémentaire fondée en 1814. Mais si l'école est l'un des moyens d'élever l'enfance, elle ne saurait à elle seule occuper tout le terrain, alors qu'en toile de fond la lente montée de l'urbanisation et les conséquences du machinisme sur le travail industriel ont pour effet de prolétariser une fraction plus ou moins considérable des populations ouvrières. Le rôle éducatif de la famille régresse avec la dispersion des enfants en surnombre, le travail de la femme et de l'enfant, la montée des naissances illégitimes. Ces premiers éléments d'ordre socioculturel sont essentiels. Les seconds sont d'ordre technique, ils concernent la crise de l'apprentissage lié à la concentration du travail dans les manufactures, les usines ou la mine, donc au déclin de l'artisanat. Des uns et des autres il résulte une démoralisation sur laquelle les témoignages abondent.
Les remèdes proposés visent, pour remplacer la famille, à renforcer le rôle de l'institution scolaire ; pour lutter « contre la rue avec ses spectacles pervers, le journal, l'atelier corrupteur avec ses blasphèmes et ses propos obscènes » à créer des œuvres de préservation de l'adolescence et de la jeunesse.
Convergent alors, sans qu'il y ait préméditation et souvent concertation, les efforts du clergé et l'action de pieux laïcs. Les uns et les autres sont fondés sur un constat, celui de l'abandon de la pratique religieuse régulière, sitôt la première communion faite. Cet abandon est massif dans la plupart des villes et dans de nombreuses régions rurales. Qu'ils aient ou non fréquenté l'école, les garçons de 12-13 ans, les filles un peu plus tard, et particulièrement quand ils appartiennent aux classes populaires, ne fréquentent plus guère l'église. Or, au moins jusqu'au milieu du siècle, lorsqu'elle n'est pas liée à la scolarisation, — on n'oubliera pas que jusqu'en 1882 l'instituteur contribue à l'initiation religieuse — l'influence des catéchismes est le plus souvent superficielle, limitée parfois à quelques séances au cours d'une unique année de préparation entre la Toussaint et le temps pascal. Obtenir la présence des enfants pendant deux ans fut déjà une première et difficile étape.
Source : Cholvy Gérard. Patronages et œuvres de jeunesse dans la France contemporaine. In: Revue d'histoire de l'Église de France, tome 68, n°181, 1982. pp. 235-256.
C'est à Jean-Joseph Allemand, prêtre de Marseille, surnommé le père de la jeunesse », que revient sans doute un rôle pionnier en la matière.
Enfant chétif et timide, il s'était épanoui dans Y Œuvre de la Jeunesse tenue par les Prêtres du Sacré Cœur avant la Révolution. Prêtre lui-même il reprit secrètement l'œuvre en 1799 avec quatre jeunes gens, et put s'installer au grand jour en 1801. Le programme « on joue et on prie » ne doit pas dissimuler les exigences que règle un coutumier précis. Se recrutant dans la moyenne bourgeoisie, l'œuvre qui comptait 400 membres en 1820, permettait l'éclosion d'une élite d'auxiliaires laïcs, les semainiers. Mai» elle ne concernait pas les milieux populaires •. L'influence posthume de M. Allemand se retrouve dans la fondation de patronages à Metz (1849), à Brest (1853)... à Paris avec le Cercle des Franc-Bourgeois créé par M. Agnel... à Marseille avec Joseph-Marie Timon-David.
Source : Cholvy Gérard. Patronages et œuvres de jeunesse dans la France contemporaine. In: Revue d'histoire de l'Église de France, tome 68, n°181, 1982. pp. 235-256.
Le journal de Mgr de Mazenod, Journal 1791-1821, Roma 1995 publié par OMI (Oblats de Marie-Immaculée) mentionne en note 2 de la page 75 la dissolution de l'institut :
2 A Marseille, l'Œuvre de la Jeunesse, fondée en 1799 par l'abbé Allemand, avait été dissoute par Napoléon. Cette œuvre fut plus tard confiée aux Oblats de 1857 à 1862 et de 1875 à 1886, cf. Y. B. L'affiliation aux Oblats de l'Institut de l’Œuvre de la Jeunesse, dite de M. Allemand, à Marseille, 1857- 1862, in Études Oblates, t. 22 (1963), pp. 145 et 168, et Missions O. M. I., 1875-1886.
Dans l'article Comment l'Œuvre Jean-Joseph Allemand, à Marseille, traque le soupçon pédophile, La Provence, mars 2016, Didier Rocca, diacre, professeur de maths et directeur de l'institution, explique comment celle-ci se met à l'abri des scandales qui ont touché l'Église mais aussi l'Éducation nationale, les clubs sportifs...
Vous pourriez lire aussi cet ouvrage consacré à Jean-Joseph Allemand mis en ligne par Gallica :
Bonne journée
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