Question d'origine :
Pourquoi le 1er avril est-il le jour des blagues?
Réponse du Guichet
L’origine du poisson d’avril reste discutée, mais l’hypothèse la plus retenue la relie à l’édit de Roussillon de 1564, quand Charles IX fixa le début de l’année au 1er janvier au lieu du 25 mars. Les moqueries contre ceux qui continuaient à fêter le Nouvel An au printemps auraient peu à peu donné naissance aux faux cadeaux, puis aux canulars du 1er avril. Le poisson d'avril est plus spécifique à la France, il s'inscrirait dans une longue histoire des plaisanteries collectives et trouverait probablement sa source dans l'alimentation des populations au moment du carême.
Bonjour,
L'histoire du 1er avril comme journée du canular et du poisson d'avril est aujourd'hui encore débattue.
Plusieurs hypothèses cohabitent au sujet de l'origine de cette coutume. Celle qui fait le plus consensus nous fait remonter à l'année 1564 en France, au moment de l'édit de Roussillon et de la réforme du calendrier julien par le roi Charles IX qui fit commencer la nouvelle année au 1er janvier contre anciennement le 25 mars (correspondant à la fête chrétienne de l’Annonciation). La légende raconte que cette réforme aurait eu parfois eu du mal à se propager dans certains endroits du royaume, et que l'on commença à se moquer des retardataires qui continuaient à célébrer le passage à la nouvelle année aux alentours du 1er avril en leur offrant de faux poissons.
Cette histoire est racontée de façon ramassée et didactique dans cette petite vidéo d'Arte Family : D'où vient le poisson d'avril ? | Vos questions (2025) :
Cette tradition d'offrir des cadeaux à la nouvelle année remonterait à la Rome antique. Ce sont les fameux étrennes dont le terme dérive du nom de la déesse "Strena". Après le changement de calendrier on a donc pris l'habitude de continuer à s'offrir des cadeaux entre le 25 mars et le 1er avril, mais "pour rire". On vous laisse prendre connaissance de cet article du journal Le Monde qui résume très clairement cette histoire :
S’il est toujours difficile d’être catégorique, l’hypothèse la plus souvent retenue est assez logique : du VIIe siècle jusqu’en 1564 et l’édit de Roussillon du roi Charles IX, l’année commence, en France, le 25 mars (correspondant à la fête chrétienne de l’Annonciation), avec parfois des variations selon les régions.
Une unification des calendriers se fait progressivement dans toute l’Europe et le chancelier Michel de l’Hospital, qui prépare l’édit de Roussillon, reprend la logique utilisée par l’empereur du Saint-Empire romain germanique Charles Quint et qui sera généralisée dans le reste du monde chrétien par le pape Grégoire XV en 1622, en faisant débuter l’année au premier jour de janvier.
Or, une tradition assez établie – héritée des usages à Rome, où on baptisait ces présents « étrennes », en l’honneur de la déesse Strena – amenait les Français à se faire des cadeaux pour célébrer le passage de l’année, à la période du 25 mars au 1er avril. Et c’est elle qui sera maintenue, mais « pour rire ». On commence donc à s’offrir des cadeaux, qui deviendront peu à peu de faux présents, puis des canulars et des blagues pour marquer ce « faux » nouvel an.
Source : « Poisson d’avril » : histoire d’une tradition - Les décodeurs (1er avril 2026)
Pour l'anecdote, sachez que beaucoup de publications vous affirmeront qu'une première référence au poisson d'avril serait cachée dans le poème comique flamand d'Eduard de Dene, composé en 1561 et dans lequel un noble envoie un serviteur faire de longues courses inutiles et fastidieuses, mais nous ne trouvons pas de preuve tangible pour corroborer cette histoire.
En ce qui concerne cette habitude si particulière de se coller discrètement de drôles de poissons dans les dos, les origines de cette tradition seraient plus difficiles à établir. L'article du journal Le Monde offre trois explications intéressantes que nous vous laissons découvrir. Nous choisissons de vous présenter la version de Nadine Crétin, anthropologue et historienne, spécialiste des fêtes et traditions en Occident, et dont plusieurs de ses livres figurent dans nos collections. Dans un entretien accordé à France 3, celle-ci explique que cette tradition s'inscrit dans une longue culture de plaisanteries collectives, et qu'il y est nécessairement fait allusion au carême et à la semaine sainte. Ce serait aussi une spécificité française :
Pour ce qui est du poisson, l’historienne avance une explication liée aux pratiques religieuses et alimentaires de l’époque : « L’explication la plus probable est effectivement une moquerie du carême. On voit, par exemple, dans les tableaux de Jérôme Bosch l’importance du poisson. C’était une nourriture associée au carême, donc à une forme de privation. Même si l’on peut faire d’excellents repas avec du poisson, peu importe : symboliquement, il était associé à une contrainte. Par ailleurs, le mot “poisson” apparaît aussi dans des expressions liées à des amours illicites, comme “maquereau” ou “morue”, ce qui lui donne parfois une connotation négative. »
(...)
Avant de devenir une date emblématique, le 1er avril s’inscrit dans une longue culture de plaisanteries collectives, comme le rappelle l’historienne : « Des farces existaient à d’autres moments. Par exemple, les “bleus”, les nouveaux employés, étaient envoyés chercher des objets impossibles, comme de “l’huile de coude”. Il y avait aussi, dans la nuit du 30 avril au 1er mai, une tradition dans de nombreux villages français : on cachait ou déplaçait des objets pris dans un jardin comme des bancs, volets ou nains de jardin sur la place du village. C’était une farce collective. Donc les farces ne sont pas propres au 1er avril, mais cette date est devenue emblématique. Et l’expression “poisson d’avril”, elle, est vraiment spécifique à la France. »
Source : "Poisson d’avril !" : mais d’où vient cette tradition ? - France 3, propos de Nadine Crétin (2026)
Cette spécificité française est aussi évoquée dans le magazine Géo Mag, qui explique que le 1er avril comme journée de la blague est assez largement partagé, la tradition des poissons d’avril serait surtout implantée dans les pays francophones et en Italie (Pesce d'aprile !"). Des variantes surprenantes existeraient chez nos voisins européens, le journal EuroNews en dresse la liste :
En Angleterre, le poisson d'avril n'est célébré que pendant une demi-journée. Les farces et les plaisanteries ne sont autorisées que jusqu'à midi, heure à laquelle vous devez avouer vos farces. Toute personne qui fait une blague après midi est considérée comme "l'imbécile d'avril" (April fool) car il ne connaît ou ne comprend pas les règles.
Les festivités du poisson d'avril en Écosse durent deux jours. Le premier jour jour est appelé le Gowkie Day, en référence au Coucou qui symbolise le fou, ce qui a conduit certains à penser que le poisson d'avril était à l'origine associé au fait d'être cocu. Ce premier jour est célébré par des farces, tandis que le second - connu sous le nom de Tailie Day (le jour de la queue) - est l'occasion pour les gens de placer des queues sur le dos les uns des autres.
En Irlande, la tradition veut que l'on envoie quelqu'un faire une "course folle". La victime est chargée de remettre une lettre censée demander de l'aide. Lorsque la personne reçoit la lettre, elle l'ouvre, la lit et dit au messager qu'il devra la remettre à une autre personne. Cela dure un certain temps jusqu'à ce que quelqu'un ait pitié d'elle et lui montre ce que dit la lettre : "Envoyez cet imbécile à quelqu'un d'autre".
Aux Pays-Bas, les citoyens ont tendance à lancer des harengs dans la direction de leurs voisins en criant "haringgek" (harengs fous).
Les Allemands font aussi des poissons d'avril (Aprilscherz) en racontant des histoires entièrement inventées pour tromper les autres. Avant de dire "April April !" pour faire comprendre qu'il s'agissait d'une blague.
En Grèce, on dit que le fait de réussir à tromper quelqu'un ce jour-là porte chance au farceur pour toute l'année.
Les Polonais, quant à eux, prévoient un avertissement : "Prima Aprilis, uważaj, bo się pomylisz !", ce qui se traduit par "Poisson d'avril, fais attention, tu peux te tromper !".
Les Portugais fêtent le 1er avril comme le "jour des mensonges" mais font aussi des blagues à l'occasion du carnaval, les jours précédant le Carême. A l'époque, les gens jetaient de la farine sur les passants qui ne se doutaient de rien.
Quant aux Espagnols, le jour des farces est célébré le 28 décembre, le Jour des Saints Innocents, au cours duquel personne ne peut être tenu pour responsable de ses actes, les farceurs étant considérés comme innocents
Source : Quelles sont ses origines du poisson d'avril et comment les Européens le célèbrent-ils ? - Euronews (2023)
Bonne journée.
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