Quels seront les impacts d'une cohabitation politique mairie / métropole à Lyon ?
Question d'origine :
La ville de Lyon a conservé son maire mais la métropole a été perdue par les écologistes.Comment cela pourrait impacter les mesures prises par la ville?
Réponse du Guichet
Les mesures prises par la ville et ses projets pourraient être bloqués ou abandonnés mais Véronique Sarselli affirme que son "état d'esprit n'est pas d'imposer, mais d'associer et de dialoguer". Nous vous proposons la lecture de plusieurs articles éclairant les points de frictions des compétences de ces deux collectivités.
Bonjour,
Cette situation est plutôt inédite et nous ignorons encore à l'heure actuelle quel sera l'impact réel sur les grandes décisions prises de part et d'autre. Voici néanmoins quelques extraits d'articles de presse qui nous éclairent sur les conséquences de ce que certains ont nommé une "cohabitation" métropole / ville :
cette super collectivité aux pouvoirs élargis et au budget de 4 milliards d’euros est devenue le vrai siège du pouvoir lyonnais depuis 2014. Elle a absorbé à la fois les compétences du département et une partie de celles des communes sur les 59 villes qui la composent. Au point pour Grégory Doucet de devoir boxer avec les mains dans le dos pendant ce second mandat ?
Voiries, transports en commun, logement, gestion des déchets, de l’eau, environnement, végétalisation, culture… Les leviers d’actions sont en effet nombreux et puissants dans les bureaux vitrés de la rue du Lac. Ils correspondent en plus aux thématiques sur lesquelles Jean-Michel Aulas avait concentré ses propositions (méga-tunnel, nouveau métro, gratuité des transports), lui qui n’a cessé d’attaquer les embouteillages et les travaux causés par le «rééquilibrage» des voiries entre les différents modes de déplacement voulu par les écologistes.
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Cohabitation inédite
Place des Terreaux, l’hôtel de ville a conservé la gestion des crèches et des écoles, des musées ou encore de la police municipale. Au-delà du symbole politique, le maire écologiste réélu Grégory Doucet a surtout pour lui la délivrance des permis de construire. Idem pour ses collègues de gauche à Villeurbanne (PS), Feyzin (PS), Givors (EELV), Vaulx-en-Velin (LFI), Vénissieux (LFI) et Saint-Fons (LFI). L’alignement politique à la mairie de Lyon et à la métropole ces six dernières années, comme sous le précédent mandat Collomb, avait permis d’engager d’importants chantiers. Désormais opposées politiquement, les deux collectivités bénéficieront chacune de capacités d’entraves.
C’est donc une vraie «cohabitation» qui s’annonce. Reste à voir si les «institutions» du Grand Lyon, encore jeunes et jamais confrontées à ce cas de figure, y sont prêtes, s’interroge-t-on chez les Verts. «On ne peut pas faire la métropole sans la ville centre», répétaient plusieurs élus écologistes ces derniers jours sentant poindre la mauvaise nouvelle après un premier tour marqué par des victoires de la droite dans quatre des 12 circonscriptions métropolitaines.
source : À Lyon, le maire écologiste contraint à une cohabitation après la victoire de la droite à la métropole / Antoine Sillières - Le Figaro Lyon - lundi 23 mars 2026
La nouvelle configuration annonce alors une cohabitation délicate. C’est une collectivité exceptionnelle qui ne sera plus à gauche pour les six prochaines années, reconnaît l’entourage du maire. Et c’est précisément ce qui l’inquiète, soulignant la qualité du travail accompli depuis 2020 avec Bruno Bernard. Cette année, sa liste a obtenu 49 sièges. Celle de la droite, 92, sur un total de 150.
Des projets fragilisés
Derrière les projets municipaux portés par Grégory Doucet se cachent souvent des financements métropolitains. La bibliothèque promise pendant la campagne, estimée à 140 millions d’euros, pourraient en faire les frais. Une partie du financement devait très probablement venir de la métropole, la culture étant une compétence partagée, avance Romain Meltz. Même incertitude pour d’autres dossiers, comme l’aménagement de la rive droite du Rhône ou certaines politiques de mobilité. Il va certainement y avoir des blocages sur plusieurs projets à Lyon, anticipe Paul Bacot.
De son côté, la nouvelle majorité métropolitaine ne cache pas ses priorités. Au lendemain du scrutin, Véronique Sarselli annonçait déjà la réouverture de la rue Grenette [aux voitures] et la nécessité de concerter les commerçants sur la zone à trafic limité, piétonnisée. Aujourd'hui, trop de contraintes pèsent sur les habitants - circulation, stationnement, dysfonctionnements des transports. Il faut y mettre fin, affirme-t-elle auprès de 20 Minutes. Dans le camp écologiste, on redoute l’abandon du projet de tramway TEOL ou le blocage de l’encadrement des loyers. Il y aura nécessairement la mise en place des projets avancés par Grand Coeur Lyonnais, pour marquer une rupture avec l'équipe précédente, estime Paul Bacot.
Mais pour Romain Meltz, si la métropole s’engage dans la construction d’un méga tunnel, son coût assécherait les finances et rendrait impossible le financement de projets plus modestes comme la piscine de la Darse ou la végétalisation. Sous Bruno Bernard, la collectivité menait ses propres projets d’envergure, rappelle Romain Meltz. La droite a, elle, toujours défendu une autre conception, celle d’une métropole qui doit être au service des communes et financer leurs projets locaux. Est-ce que Véronique Sarselli va mener des projets métropolitains ambitieux ou rester dans ce qu’elle a toujours demandé ?
Lyon, ville centrale de la métropole
Pour Grégory Doucet, l'enjeu est désormais double. Mettre en œuvre son programme municipal tout en défendant son projet face à une métropole dirigée par ses opposants, résume-t-on dans son camp. On passe d’une logique d’arrangements entre alliés politiques à une relation beaucoup plus juridique, explique Romain Meltz. Tout va se jouer dans l’interprétation des textes, voire à travers des recours administratifs, où chaque financement pourra faire l'objet de tensions.
Pour autant, comme le soulignent les spécialistes de la politique locale, Lyon est une ville centre pour la collectivité. Ce qui n'a pas non plus échappé aux équipes municipales. Lyon est centrale pour la métropole, on ne peut pas faire sans. Et ses habitants ont voté un projet, il faudra en tenir compte, peut-être discuter dossier par dossier pour qu’il puisse être respecté, insiste-t-on du côté du maire. Le maire de Lyon pourra également compter sur les élus métropolitains de la gauche et des écologistes. Même si l’opposition de gauche reste fragmentée, et n’est pas concentrée à Lyon, souligne Paul Bacot.
Véronique Sarselli, elle, promet de travailler avec l'ensemble des communes et des maires, avec méthode et pragmatisme tout en assurant qu'en revanche, [sa] détermination est totale pour faire avancer la métropole. Mon état d'esprit n'est pas d'imposer, mais d'associer et de dialoguer, ajoute-t-elle. Des paroles que la gauche lyonnaise espère voir se traduire dans les actes.
source : Pourquoi la victoire de la droite à la métropole de Lyon fragilise Doucet / 20 Minutes - jeudi 26 mars 2026
L'article du média Rue89Lyon détaille les points de friction entre la métropole et la ville de Lyon, notamment en matière de transport, logement et politique sociale. Quelques extraits :
même si la Métropole concentre une grosse partie du budget et des compétences, elle n’aura pas complètement les coudées franches, alors que les quatre principales villes de l’agglomération (Lyon et les « 3 V ») sont dirigées par la gauche.
À Lyon, des grands projets d’aménagement en suspensCommençons par les transports. Avenue des Frères-Lumières, relance du métro E, Voies lyonnaises… La future présidente de la métropole sera en mesure de concurrencer la ville sur de nombreux dossiers clefs. Certains projets déjà actés pourraient même se retrouver aux oubliettes.
C’est notamment le cas du tramway express de l’Ouest lyonnais (TEOL), porté par l’ex-président écologiste Bruno Bernard. La potentielle future locatrice de l’Hôtel de métropole entend l’enterrer au profit d’un métro E à 5 milliards d’euros.
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Entre le projet de méga-tunnel défendu par Cœur Lyonnais, l‘aménagement de la rive droite du Rhône porté par les écologistes et la Zone à trafic limitée (ZTL), la Presqu’île pourrait bien devenir l’un des champs de bataille politique de cette cohabitation.
Dans le centre de Lyon, Véronique Sarselli souhaite aussi rouvrir certaines voies aux voitures. Au cœur des controverses, la rue Grenette. En mai 2024, elle a été fermée aux automobilistes pour l’usage exclusif de transports en commun. « En plus de la congestion des lignes de bus, des arbres sont déjà plantés, vont-ils les déraciner ? » s’agace Vincent Monot.
Les aménagements urbains achevés par les écologistes sont aussi attaqués avenue Rockefeller (Lyon 8ᵉ). « Cœur lyonnais souhaite rouvrir une voie lyonnaise aux voitures alors que le maire de Lyon, du 8ᵉ, et du 3ᵉ arrondissement sont contre, vont-ils passer en force ? » s’inquiète l’écologiste.
La ville aura-t-elle pour autant les mains liées ?
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Habitat et action sociale : « la Ville aura les mains liées »
« Sur des sujets clefs, la défaite de Bruno Bernard m’inquiète », soupirait Cédric Van Styvandael au soir du second tour. « Même une commune comme Villeurbanne ne peut pas tout faire sans une métropole qui porte la justice sociale », a ajouté le maire fraîchement réélu à la préfecture en réaction à sa réélection dimanche 15 mars.
Avec 738,5 millions d’euros destinés aux solidarités et à l’habitat, le budget social de la Métropole demeure son premier pôle de dépense. Pas de quoi rassurer Pauline, cheffe de programme dans une coopérative de logement social.
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« Il y aura un combat politique entre la ville et la métropole »
Autre sujet de clivage lors de la campagne, le dispositif de l’encadrement des loyers. Jean-Michel Aulas avait appelé à les « désencadrer » et arrêter cette mesure. « Derrière les annonces, le mécanisme n’est pas menacé jusqu’à novembre 2026 », rassure Antoine Launois, d’Asso BAIL.
« C’est une compétence de fait de la Métropole, qui subventionne l’observatoire local des loyers, instruit les recours pour la préfecture, et héberge le simulateur en ligne », explique-t-il. Pourtant, ce dispositif qui s’applique à Lyon et Villeurbanne a été « largement plébiscité par les électeurs au regard des résultats », avance-t-il.
De quoi faire rejaillir le débat sur la répartition des compétences entre les deux collectivités. Le 9 décembre 2025, une proposition de loi a été déposée pour prolonger et élargir l’application du dispositif.
source : Cohabitation entre Lyon et la Métropole : la fin des grands projets des écolos ? / Valentin Meunier - Rue89Lyon - 26 mars 2026
Enfin, dans un article intitulé Cohabitation entre la Métropole et la ville de Lyon : « Il y aura des frictions mais pas de blocage des décisions », Christophe Chabrot, Maître de conférence en droit public à l’université Lyon-2, esquisse le fonctionnement possible du duo Sarselli-Doucet et tempère fortement la crainte de la paralysie. Il explique notamment :
... la Métropole a des compétences qui ne sont pas partagées avec les communes, ce qui réduit le risque de blocage institutionnel. La Métropole voudra réaliser ses projets, les villes qui les subissent pourront s’y opposer, saisir la presse, leurs habitants ou les juges, mais elles n’auront pas toujours les moyens juridiques d’y faire obstacle, et la Métropole pourra les mettre en œuvre.
Pas de compétences partagées, mais des compétences imbriquées, qu’il s’agisse de la voirie, de l’urbanisme ou du logement…
Il y a des compétences qui se rejoignent ou qui sont parallèles, mais Ville et Métropole n’ont pas de compétences communes. Les seules compétences que partage le Grand Lyon, c’est avec le département du Rhône pour la gestion des archives ou celle des sapeurs‐pompiers par exemple. Pour en revenir au duo Métropole/Ville, il pourra y avoir des oppositions entre les deux collectivités, mais cela ne posera pas vraiment de problème de décision. La Métropole, telle qu’elle a été construite par Gérard Collomb et Michel Mercier [respectivement ancien sénateur‐maire de Lyon et ancien président du conseil départemental du Rhône], dispose de son champ de compétences qu’elle exerce, et les communes du leur.
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En bref, chacun peut décider de son point de vue ?
C’est tout à fait cela. Par contre, effectivement, cela pourra frictionner à certains endroits. Sur les permis de construire par exemple. Lorsque la Métropole veut construire des logements pour les mineurs non accompagnés ou pour les personnes âgées, il faut que bien que ce soit sur le terrain d’une commune et c’est le maire qui doit alors donner son autorisation.
Bonne journée.
Métropoles et périphéries : qui les habitent ?