Pourquoi certaines personnes préfèrent elles les journées pluvieuses à celles ensoleillées ?
Question d'origine :
Je me sens mieux dans ma peau les jours gris et pluvieux que les jours chauds et ou il y a beaucoup de soleil...quand il y a beaucoup de soleil je me sens mal dans ma peau et vulnerable...est-ce normal? Les jours de grand soleil font ils certaines personnes se sentir mal dans leur peau et vulnerables?
Réponse du Guichet
Si votre moral varie avec la météo c'est que vous êtes probablement "météo-sensible". On sait que le soleil booste la sérotonine mais il provoque aussi beaucoup d'inconfort : d'abord physique (UV, déshydratation etc.) mais aussi psychologique "culpabilité solaire". Il peut aussi vous faire ressentir une forme de vulnérabilité en raison de sa clarté crue. À l'inverse, la pluie libère des ions négatifs et de la géosmine (odeur du pétrichor) favorisant détente et humeur positive chez certains. Pas de panique donc, écoutez votre sensation :)
Bonjour,
Si votre moral est subjectivement influencé par le temps qu'il fait dehors, on peut alors dire de vous que vous êtes un "météo-sensible". Chez certaines personnes, les variations météorologiques peuvent impacter leur humeur et leur énergie de manière positive ou négative, mais cette influence n'est toutefois pas ressentie de la même manière selon chacun.
Même si le soleil est généralement associé à la bonne humeur et à l'envie de sortir, certains individus se sentent en effet plus apaisés avec une météo grise ou pluvieuse, les journées très lumineuses ou chaudes leur donnant en effet une sensation d'inconfort ou de vulnérabilité.
Comme vous le savez la lumière solaire peut augmenter certains médiateurs liés au bien-être, comme la sérotonine, ce qui explique que beaucoup de gens se sentent mieux au soleil. À l'inverse, nous savons qu'une exposition prolongée peut être très nocive pour la santé. De la déshydratation au coup de soleil, de l'insolation jusqu'au cancer de la peau, les pouvoirs publics alertent chaque été sur les dangers des rayons UV et préconisent des méthodes de protection (Coup de soleil et risques liés au soleil - Ameli). Les étés ayant tendance à devenir de plus en plus chauds et de plus en plus difficiles à supporter, surtout en milieu urbain, il est tout à fait compréhensible que certaines personnes préfèrent les journées grises et pluvieuses quand le soleil est caché par les nuages.
Mais la souffrance physique du contact du soleil peut se doubler de souffrances psychologiques. En effet, les témoignages affluent sur internet d'hommes et de femmes qui expriment ce que l'on nomme la "culpabilité solaire", un concept qui fait écho à cette sensation de mal-être face à l'arrivée des beaux jours qui nous forcent implicitement à sortir dehors, à profiter, à s'ouvrir aux autres.
Vous ne travaillez pas, vous n'avez aucune obligation et être heureux d'enfin pouvoir vous reposer. Pourtant, un élément surprenant bien perturber votre repos : le beau temps. Il fait beau, la température extérieure est agréable, tout devrait être réuni pour vous faire du bien au moral, mais le soleil qui tape contre vos carreaux vous fait culpabiliser. Vous vous surprenez à penser que vous devriez “profiter” de cette météo clémente, sortir, faire quelque chose. Bienvenue dans ce que les anglophones nomment la sunshine guilt, ou culpabilité solaire.
Ce phénomène, bien connu sur les forums ou réseaux sociaux, désigne cette pression que l’on ressent à l’idée de ne pas tirer parti d’une belle journée. Un sentiment diffus, mais tenace, qui génère souvent du mal-être… et un zapping mental entre envie de cocooning et injonction à “vivre pleinement”.
Une peur de manquer
Comme l’explique Rachel Goldberg, psychologue interrogée par Women’s Health, la culpabilité solaire s’enracine dans une peur bien connue : celle de rater quelque chose. Surtout dans les régions au climat instable, où chaque rayon de soleil semble rare et précieux.
Le beau temps est souvent associé à des souvenirs positifs — vacances, rencontres, liberté. Ne pas en profiter peut réveiller un sentiment d’échec ou d’exclusion, d’autant plus renforcé par les réseaux sociaux où chacun expose ses journées idéales, pique-niques et terrasses à l’appui.
Le poids des attentes intériorisées
Cette culpabilité n’est pas toujours spontanée. Comme le souligne Melissa Hummelt, psychologue interrogée par le HuffPost, elle est souvent alimentée par des normes sociales et des discours appris : “Tu es paresseux si tu restes dedans”, “Les journées ensoleillées ne se gaspillent pas”, etc.
Source : Souffrez-vous d'un sentiment de mal-être lorsqu'il fait beau et chaud dehors ? Voici comment la météo joue sur votre moral - Psychologies.com
À l'inverse, certaines personnes ressentiraient des bienfaits psychologiques à la tombée de la pluie. Des études récentes, relayées dans cet article de la BBC, expliquent qu'en tombant les gouttes de pluie libéreraient des "ions négatifs", dont l'inhalation procurerait du plaisir et des effets positifs sur la santé. Le docteur Niek Buurma de l'Université de Cardiff explique avec modestie que les recherches sont encore longues pour obtenir des résultats tangibles mais qu'un faisceau d'indices permet de croire en une réaction positive du corps et de l'esprit au contact de l'eau de pluie :
Le Dr Niek Buurma, de l'École de chimie de l'Université de Cardiff, a expliqué que l'une des façons dont elles peuvent se former est par l'eau, comme les gouttes de pluie, qui frappent le sol.
« Lorsque des gouttes d'eau heurtent une surface dure, elles se brisent et, au cours de ce processus, les plus petites gouttes d'eau se chargent électriquement », a-t-il expliqué.
« Cette charge, si elle est négative, possède des électrons supplémentaires, et ces électrons supplémentaires peuvent être captés par des molécules présentes dans l'air, comme l'oxygène et le dioxyde de carbone, et c'est ainsi que se forment les ions négatifs. »
Des recherches sont en cours sur les effets des ions négatifs, mais on pense qu'ils pourraient améliorer notre humeur, soulager le stress et nous donner plus d'énergie.
« De nombreuses études scientifiques suggèrent que l'inhalation de ces ions négatifs a un effet positif sur la santé », a déclaré le Dr Buurma.
« Personne ne sait vraiment pourquoi cela se produit. Mais il existe des indications claires selon lesquelles les gens se sentent plus positifs après avoir inhalé des ions négatifs. »
« La littérature scientifique suggère que l'exposition aux ions négatifs améliore l'humeur. Elle pourrait être utilisée pour traiter le trouble affectif saisonnier. »
« Il reste encore beaucoup de recherches à mener car personne ne comprend exactement pourquoi cela fonctionne. Mais il semble bien y avoir une corrélation. »
Source : How rain can make you happier and healthier - BBC (2024)
Même constat pour Sciences et Vie qui explique dans un article paru il y a à peine 2 jours que "sortir sous la pluie déclenche une cascade de réactions chimiques dans le cerveau, entre libération de sérotonine, ions négatifs et odeur de terre mouillée, qui améliorent l’humeur." L'article parle de la géosmine cette molécule qui, au même titre que les ions négatifs, déclencherait un afflux de sérotonine dans le cerveau lorsque l'on respire l'air après la pluie, cet air qui a une odeur de terre et que l'on nomme pétrichor :
Quand les gouttes frappent un sol sec, elles libèrent dans l’air de minuscules aérosols chargés d’une molécule appelée géosmine. Produite par des bactéries du genre Streptomyces vivant dans la terre, cette substance est responsable du pétrichor, cette odeur caractéristique qui accompagne les premières averses. Le nez humain la détecte à des concentrations infimes, de l’ordre de quelques parties par million, ce qui en fait l’une des molécules les plus facilement perçues par notre système olfactif.
Or, cette sensibilité n’est pas anodine. Selon une étude coréenne menée sur 30 volontaires adultes, 5 minutes d’exposition à de la terre contenant du géosmine suffisent à augmenter le taux de sérotonine dans le sang et à stimuler l’activité des ondes alpha cérébrales, un marqueur de relaxation. En parallèle, les niveaux de protéine C-réactive, un indicateur d’inflammation, diminuent. Le simple fait de respirer l’air après la pluie activerait donc plusieurs leviers neurochimiques favorables à la détente.
L’impact de la pluie ne se limite pas aux odeurs. Lorsque les gouttes percutent des surfaces, elles génèrent des ions négatifs, c’est-à-dire des molécules d’oxygène chargées électriquement. Selon le professeur Michael Terman, de l’université Columbia, une exposition régulière à ces ions produirait des améliorations de l’humeur comparables à celles observées après six semaines de traitement par antidépresseur ou de luminothérapie. Toutefois, ces travaux portent sur des dispositifs de laboratoire, et l’extrapolation à une promenade sous l’averse reste à confirmer.
Source : Pourquoi vous aimez marcher sous la pluie : les mécanismes sensoriels et chimiques qui apaisent votre cerveau selon la science (Sciences et vie, 2026)
Plus globalement les journées d'été les plus chaudes, et parmi elles les heures où la lumière est la plus blanche (12h-16h) ne laissent pas de place aux ombres ni aux contrastes. Un soleil à son zénith et sans nuages engloutit tout mystère et dévoile le réel dans ce qu'il a de plus cru. La clarté impitoyable du zénith confronte l'individu à une forme de nudité existentielle, puisque privé des refuges que procurent les contrastes ombragés offerts par les ciels couverts et les lumières filtrées.
Pour terminer on vous laisse méditer sur ces appréciations sur la modernité, la quête du soleil et l'écoute du corps réunies dans cet article de N. Phelouzat, "Beaux temps et bonnes humeurs" dans la revue Corps, 8(1), 49-56 (2010) que nous vous invitons à lire dans son intégralité :
Revenons à la quête du soleil. Selon Alain Corbin, l'avènement de l'électricité aurait fait basculer l'appréciation des saisons : « l'exaltation des douceurs du printemps et des ombres de l'automne [a] été [délaissée] pour vanter les lumières intenses de l'été » (Corbin, 1991). Ce que confirme Michel Lis, le jardinier chroniqueur sur France-Inter : « Aujourd"hui on voudrait l'été au printemps. » L"héliotropisme de masse s"est développé avec le début des congés payés, dont l'apogée, dans les années 1960, eut pour slogan le fameux sea, sun and sand (+ sex). Le phénomène a concerné essentiellement les habitants des grandes zones urbanisées où s"était opérée une rupture d"équilibre dans la symbiose homme-milieu naturel avec l'accélération des rythmes, les agressions dues aux bruits, aux lumières artificielles, la compétitivité pour ne pas dire le Culte de la performance (Ehrenberg, 1991), engendrant fatigue et stress. Parallèlement, comme l'a montré Georges Vigarello, le renouvellement radical de « la pédagogie de la posture » a permis l'émergence d"une nouvelle prise de conscience du corps, fondée sur une psychologisation de l'attitude (Vigarello, 1978). À présent, le corps, à l'écoute de ses sensations proprioceptives, peut se libérer de tensions inconscientes et de conflits intérieurs. Le souci de soi, de son bien-être devient primordial et une garantie de bon moral et de bonne humeur.
Dans la même revue on vous encourage à parcourir également Les pédagogies de la bonne humeur de O. Sirost Corps, 8(1), 41-47 (2010).
Pas de panique donc, tout va bien :)
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