Qu'est-ce qu'un patronage laïque ? En existe-t-il encore ?
Question d'origine :
Bonjour à toute l'équipe
j'ai vu une plaque dans le quatrième arrondissement en hommage à claude Louis PERRET adminstrateur du patronage laïque.
Un patronage laïque n'est-ce pas un contradictoire ? est-ce lié à la déconfessionalisation des associations chrétiennes ?
Est ce qu'il en existe encore à Lyon ou dans d'autres départements ?
Je vous remercie d'avance de vos informations.
Bonne journée
Réponse du Guichet
Non, ces termes ne sont pas contradictoires : patronages catholiques et laïques ont coexisté, notamment à Lyon. Les patronages laïques, parfois soutenus par les pouvoirs publics, proposaient des activités éducatives et de loisirs pour la jeunesse en dehors de l’école, offrant une alternative aux œuvres catholiques. Très actifs au XXème siècle, ils participent à l’essor de l’éducation populaire et de la "civilisation des loisirs". Le résistant Claude Perret, administrateur du patronnage laïque de la Croix-Rousse s'inscrivait dans cette ligne.
Bonjour,
Non, ce ne sont pas des termes contradictoires, des patronages catholiques et laïques ont bien coexisté en France et notamment à Lyon. Vous devez d'ailleurs faire référence à cette plaque mémorielle apposée pour rendre hommage au résistant Claude Perret, déporté à Dachau, et qui fut de son vivant administrateur du patronage laïque de la Croix-Rousse.
Au XXème siècle, les patronages laïcs pouvaient être protéiformes. On soutenait une cause en apportant une aide morale, matérielle ou financière à des institutions, des entreprises, des associations qui défendaient des personnes dans le besoin. Le plus souvent il s'agissait d'œuvres d’éducation populaire et de jeunesse, chargés notamment d'encadrer les enfants scolarisés (et leurs aînés sortis de l'école) en dehors de leurs heures de cours. Ces actions pouvaient être portées par des individus autant que par des institutions. On peut dire qu'elles faisaient "concurrence" aux patronages catholiques, dans le sens où elles proposaient une alternative républicaine et laïque à des missions traditionnellement investies par l’Église.
Voici les définitions fournies de ces différents patronages, laïques et catholiques, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales :
1. RELIG. CATH. Protection d'un saint patron
2. a) Protection, aide accordée par une personne influente. Synon. appui.Accorder, promettre son patronage à qqn; être, se placer, se ranger sous le patronage de qqn; prendre qqn sous son patronage.
b) Caution morale qu'une personnalité, un groupe ou un organisme accorde à une entreprise, à une œuvre, à une manifestation.
c). −
1. Organisation qui apporte une aide matérielle et/ou morale à des personnes démunies, qui éduque, forme et place des jeunes de milieux défavorisés. Patronage scolaire; patronage des enfants orphelins; patronage d'apprentis
2. Organisation destinée à recevoir des enfants et des adolescents durant leurs loisirs et qui propose (dans un but de formation morale, physique et sociale) des activités sportives et éducatives distrayantes. Patronage laïque, municipal, paroissial; patronage de jeunes gens, de jeunes filles, mixte; moniteur d'un patronage; conseil d'administration d'un patronage; fédération gymnastique et sportive des patronages de France (F.G.S.P.F.); Fédération nationale des patronages laïques et centres aérés.
α) Local où s'exerce l'activité de l'organisation. Aller, venir au patronage; réunion au patronage.b) Ensemble des personnes qui appartiennent à cette organisation.
L'année 1908 voit se créer les premiers patronages laïques. Conçus comme l'instrument privilégié de la christianisation des banlieues, les patronages catholiques souffrent d'une double concurrence, en interne, celle du mouvement scout, et en externe, celle venant des initiatives laïques. La municipalité lyonnaise, de tendance radicale, puis radicale-socialiste, ne pouvait se désintéresser de ce terrain sensible, celui de la formation des jeunes. Dès l'origine ou presque, l'histoire des patronages lyonnais croise donc celle des relations entre une bourgeoisie catholique décidée à sauver la jeunesse et une municipalité soucieuse de parfaire l'éducation commencée dans les écoles de la République. Un des témoins de cette concurrence est certainement la mise en place, par la municipalité, de cours qui se déroulent pour la plupart tout au long de la journée du dimanche : il s'agit d'occuper le temps libre des jeunes, mais aussi de reconquérir un moment consacré traditionnellement au culte religieux.
Source : Dominique Dessertine et Bernard Maradan « L’âge d’or des patronages (1919-1939). La socialisation de l’enfance par les loisirs » de Catherine Rollet (2002).
L'entre deux guerres constitue l'âge d'or des patronages à Lyon. On y voit la porte d'entrée vers la civilisation des loisirs. Catholiques et laïques se font alors nettement concurrence. C'est dans ce contexte qu'exerçait Claude Perret, dans le 4ème arrondissement de Lyon :
L'après-guerre constitue ce que les auteurs appellent l'âge d'or des patronages. Cette période est marquée par la création, à Lyon, d'un véritable service municipal de garderies, par l'explosion des activités proposées par les patronages et par l'exploration de nouveaux fronts pionniers, celui notamment du sport. Entre les deux guerres, environ un enfant sur deux scolarisé dans le public participe aux séances du jeudi après-midi organisées par la mairie. Ces garderies coûtent cher à la municipalité et résistent mieux à une lente érosion qui affecte les patronages.
Ces patronages ouvrent pourtant la voie à la civilisation des loisirs, à laquelle aspirent toutes les classes sociales. Le sport constitue l'enjeu déterminant de l'entre-deux-guerres. Le clivage entre les groupements d'inspiration catholique et les mouvements laïques éclate encore nettement. Autant l'Église a soutenu l'émergence du sport sous toutes ses formes, y compris dans sa version d'inspiration militaire, autant les militants laïques ont été réticents à toute forme de sport qui rappelle la guerre et ses horreurs. On préfère la gymnastique dans les milieux laïques, et les grands rassemblements de gymnastes, y compris féminins, des années vingt manifestent ce choix. On se méfie d'un culte exagéré rendu au corps et aux activités physiques, au détriment de la culture et des activités intellectuelles.
Source : Dominique Dessertine et Bernard Maradan « L’âge d’or des patronages (1919-1939). La socialisation de l’enfance par les loisirs » de Catherine Rollet (2002).
Sur la place spécifique des patronages dans l'entre deux guerres, nous vous recommandons justement la lecture de l'article de Dominique Dessertine et de Bernard Maradan intitulé : Patronages catholiques, patronages laïques entre les deux guerres (2002).
Mais sachez que dès le 19ème siècle, des francs-maçons ont participé à la création de "patronages laïques" en lançant notamment la Société de patronage des enfants de la ville de Lyon. Un résumé de leur histoire se trouve sur le site des archives municipales de la ville.
Par ailleurs, ces patronages n'ont pas disparu du paysage associatif et il en existe beaucoup d'encore actifs en France aujourd'hui. A Lyon, nous pouvons citer par exemple le Patronage Laïque Villette Paul Bert qui propose plus de 30 activités à ses 2900 adhérents, enfants et adultes ou encore la Société de patronage pour les étudiants du Rhône, qui accompagne les jeunes issus de milieux modestes pour les aider à accéder aux études supérieures.
Pour une perspective axée sur la seconde moitié du XXème siècle, vous pouvez lire l'article de Gérald Cholvy, Patronages et œuvres de jeunesse dans la France contemporaine sur Persée. Et pour une vision de ce phénomène sur le temps long, Une politique de l'enfance, du patronnage au centre de loisirs de Francis Lebon (2003).
Bonne journée.
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