Pourquoi dit-on salons et dédicaces quand un auteur présente ses livres à la vente ?
Question d'origine :
Pourquoi parle-t-on de salons et de dédicaces lorsqu'un auteur vient présenter ses livres à la vente ?
Même question pour le lancement d'un livre.
Merci,
@Mélinda, nom de plume
Réponse du Guichet
Salons, dédicaces, présentation de livres à la vente, lancement d'un livre sont des moments qui s'intriquent les uns dans les autres. De même que les festivals et rencontres littéraires qui proposent en général des livres à la vente, en présence d'éditeurices et d'auteurices pour dynamiser la vie littéraire mais aussi pour faire la promotion de nouvelles publications. Pour les auteurices, participer à des salons c'est aussi le moyen de distinguer les qualités et positions qu’ils désirent ou dans lesquelles ils se reconnaissent de celles qu’ils considèrent comme étrangères voire préjudiciables à l’exercice de leur art. Cela peut être également l'occasion de placer un manuscrit, rencontrer des lecteurices, échanger avec des paires...
Bonjour,
Votre questionnement porte sur les salons du livre où, généralement, nombre d'auteurs et d'autrices dédicacent leur dernier ouvrage publié.
En fait la réponse est dans votre question mais voyons ce qu'est un salon du livre avec l'article Organiser une manifestation autour de l’écrit, Animafac :
Un salon du livre est un terme général désignant toute manifestation au sein de laquelle sont accueillies des personnes dont le métier tourne autour de l’écrit. On peut ainsi citer : maisons d’éditions, auteur⋅rice⋅s, dessinateur⋅rice⋅s, traducteur⋅rices, etc.
En fait, un salon du livre n'est autre qu'une manifestation littéraire à l'instar des festivals ou toutes autres rencontres littéraires.
Ces manifestations littéraires sont organisées par des associations, des bibliothèques, des Communes ou des collectivités territoriales précise l'Arall (Auvergne Rhône Alpes livre et lecture) :
Organisés par des associations, des bibliothèques, des Communes ou des collectivités territoriales, leur présence et leur engagement font vivre une multiplicité de rencontres avec le livre, à travers des rencontres, des débats, des échanges, mais aussi des projets d'action culturelle et d'éducation artistique et culturelle menés notamment dans les établissements scolaires.
D'après Marianne Payot dans Salons du livre : à quoi (et à qui) servent-ils?, l'Express, 9 novembre 2023, les salons du livre servent d'abord aux municipalités, puis aux auteurices, un peu moins aux éditeurices :
L'occasion de se demander à quoi servent les Salons du livre, ou plutôt à qui ? En premier lieu, aux municipalités. Qui sont ainsi davantage assurés d'attirer la presse locale, voire nationale, qu'avec un Salon de la menuiserie ou un concours de la plus grande omelette. Ou encore, qui peuvent, s'ils sont en délicatesse avec la justice (Saint-Etienne) ou le monde littéraire (Orange) se refaire à moyens frais une virginité.
Aux écrivains, ensuite, qui voient dans leur présence à un Salon du livre un signe de reconnaissance, la possibilité de briser leur solitude et, en cas de participation à un débat, une rémunération toujours bonne à prendre - de 150 à 450 euros selon la prestation, rémunération obligatoire en cas de soutien financier par le Centre National du Livre. Cerise sur le gâteau, à Brive-la-Gaillarde, on peut rajouter les agapes du fameux train du livre, dit "train du cholestérol", et les trémoussements sur la piste de la non moins fameuse boîte de nuit Le Cardinal.
Aussi les auteurs se battent-ils pour en être, au grand désespoir de leurs éditeurs, qui devront les cocooner et consoler pour peu qu'ils soient assis sous la halle aux côtés de stars telles l'inoxydable Amélie Nothomb, le populaire Michel Bussi, les écrivains fraîchement couronnés (tel le Goncourt Jean-Batiste Andrea), les "vus à la télé" (ainsi de Panayotis Pascot cette année), ou encore ces demoiselles de la romance, très présentes depuis que TikTok est entré dans la danse. C'est qu'il faut en avoir du flegme, et un bon sens d'auto-dérision pour voir stationner devant soi des centaines de lecteurs totalement indifférents à votre grand oeuvre. Enfin, les Salons siéent au grand public, bien sûr. On peut s'en réjouir ou s'en étonner, mais les lecteurs sont friands des débats et des dédicaces, quitte à patienter des heures pour obtenir un petit mot standard.
Les éditeurs, eux, se plient au jeu et restent sur le qui-vive, notamment pour leurs valeurs sûres, lorsque rôdent les vautours de la concurrence. Car s'il est facile de les contrôler lors des repas (chaque éditeur dispose de sa table où sont fermement conviés ses auteurs), impossible de les pister jusqu'au bout de la nuit. Quand Salon du livre rime alors avec Salon de tous les dangers... Et les journalistes, me demanderez-vous? Comment justifier leur présence lors de ces mêmes manifestations littéraires? L'appétit pour les coulisses et les rumeurs, la proximité avec les écrivains, toujours plus naturels hors Saint-Germain-des-Près, bref, l'amour du travail bien fait. Une abnégation qui peut même les pousser à veiller tard le soir.
Regardons de plus prêt quels sont les intérêts pour les auteurices de participer à de telles manifestations.
Pour Olivia Guillon ce sont des enjeux de professionnalisation qu'elle étudie dans « Participer aux manifestations et rencontres littéraires », Balisages, 9 | 2025 :
La participation des auteurs de livres à des salons, festivals, rencontres littéraires ou ateliers d’écriture occupe une place de plus en plus centrale dans leurs revenus et plus généralement dans les modèles économiques de la filière, tous genres littéraires confondus. [...] Les événements littéraires jouent un rôle contrastif dans la professionnalité des auteurs : ils représentent pour eux des occasions de distinguer les qualités et positions qu’ils désirent ou dans lesquelles ils se reconnaissent de celles qu’ils considèrent comme étrangères voire préjudiciables à l’exercice de leur art.
[...]
Conclusion
La place croissante des manifestations et rencontres dans les modèles économiques de la filière influence l’organisation du travail des auteurs voire leur production, c’est-à-dire les œuvres elles-mêmes. Le regard que les auteurs portent sur leur propre développement professionnel sous le prisme de l’événementialisation est révélateur de la façon dont ils envisagent les différentes facettes de leur activité – de manière généralement beaucoup moins binaire qu’une distinction nette entre intérêts créatif et économique – et rend compte de la complexité de leur professionnalisation d’un point de vue à la fois descriptif (qu’est-ce qu’un auteur « professionnel » ?) et normatif (est-il souhaitable de considérer des auteurs en particulier ou les auteurs en général comme des professionnels ? Si oui, comment cela doit-il opérer ?).
Ce que les auteurs mettent en jeu dans la participation à des événements littéraires ne se limite pas aux rétributions directes qui leur sont versées. Il s’agit de transactions autant identitaires que monétaires, ce qui explique l’importance, du point de vue des auteurs, des relations qu’ils y entretiennent avec les autres maillons de la filière.
Lisons maintenant ce qu'en disent Franck Thilliez, auteur connu de romans policiers et de thrillers et Nathalie Bagaday, autrice auto-éditée :
Interview. Parrain du salon du polar depuis presque 15 ans, le romancier Franck Thilliez sera de nouveau à Dainville ce samedi. Avec une notoriété qui n’est plus à prouver, qu’est-ce que le maître du polar français recherche dans ces salons régionaux ?
Franck Thilliez, on vous retrouvera samedi au salon du polar de Dainville que vous n’avez jamais lâché depuis sa création. Qu’est-ce que ça vous apporte de fréquenter ces événements ?
Ce salon, je l’ai connu aux origines. J’étais là à sa création. J’ai noué des liens d’amitié avec Daniel Cassoret (décédé en août 2021, NDLR) que j’avais rencontré au salon du polar de Lens. Il s’était démené pour créer cet événement à Dainville et la première édition a été un véritable succès. Depuis, le salon se tient tous les deux ans, donc ça me permet de bien anticiper, d’être présent à chaque fois. Et je vois l’événement gagner en notoriété d’année en année. C’est important pour moi de soutenir les manifestations littéraires du Nord – Pas-de-Calais. Derrière, il y a des gens qui se battent pour le livre.
Entre le salon du polar de Lens, qui est une grosse machine, et celui de Dainville, plus modeste et associatif, l’expérience doit être différente pour vous ?
Finalement, pas tant que ça. Certes, il y a une différence de budget, mais, dans tous les cas, les lecteurs sont au rendez-vous. Ce sont deux salons gérés par de vrais passionnés de polars, donc il y a toujours une ambiance, une déco. La différence, c’est que Lens accueille beaucoup d’auteurs qui viennent de loin, là où Dainville a un caractère plus régional. C’est l’occasion de trouver des livres où les histoires se passent près de chez vous, et ça, le lecteur adore.
Source : « Il y a des gens qui se battent pour le livre », Clara Rigoli, La voix du Nord, 29 janvier 2026
Pourquoi se rendre à un salon du livre quand on est un auteur qui débute ?
- Avant tout pour présenter un livre publié, récent si possible. Parce que sinon, vous risquez de faire un peu tapisserie… Mais c’est aussi l’occasion de présenter les anciens. De toute façon, plus vous aurez de livres à présenter, mieux cela sera pour attirer le regard...
- Mais ce peut être aussi l’occasion de placer un futur livre ou un manuscrit, surtout s’il y a des éditeurs qui vous intéressent présents sur le salon. Il faut donc vous munir de votre manuscrit et d’un pitch (article là-dessus à venir, vous vous doutez bien qu’il ne s’agit pas de la brioche fourrée) pour convaincre rapidement vos interlocuteurs que vous avez eu l’idée du siècle avec votre histoire. Aux Imaginales, à cet effet il y a notamment le très attendu (mais également flippant) évènement du « speed-dating » avec les éditeurs…
Les inconvénients d’un salon du livre pour un auteur débutant
- Vous allez avoir pas mal de dépenses : je vous ai déjà parlé du chèque, conséquent, fait pour réserver une table aux Imaginales (et pour laquelle je n’ai toujours pas reçu de confirmation…). Mais même lorsque le salon est gratuit pour les auteurs (comme c’est le cas à Rives) ou que vous êtes invité (peut-être plus d’infos bientôt… 😉 ) vous aurez tout de même des frais de transport, voire d’hébergement. C’est notamment cela qui m’a poussée à refuser celui de Bondues (près de Lille) fin mars, auquel les Manuscrits d’Oroboros avaient convié leurs auteurs. Enfin, autre dépense à laquelle on ne pense pas forcément mais qui s’avère réelle : vous allez être vous-même tenté par les productions des auteurs que vous rencontrerez sur place… C’est comme cela que j’ai commencé la saga des Thomas Passe-Monde, grâce (ou à cause de ? ) la rencontre avec Eric Tasset (qui sera lui aussi à Rives dimanche chic chic chic).
- Vous risquez de vivre des moments difficiles. Soit parce que personne ne s’arrêtera à votre table, illustre inconnu que vous êtes : je sais bien que le public de Rives ne me connaît pas et risque de passer devant mon stand sans me regarder. Cela est d’autant plus vrai lorsque vous êtes voisin/e avec un auteur qui a déjà son public… Soit parce qu’il y aura ceux qui viendront jusqu’à votre « stand », prendront votre livre en main, le feuillèteront… et le reposeront, pas nécessairement avec le sourire contrit qui atténuerait un peu la blessure. Vous avez beau savoir que ce que vous écrivez ne PEUT PAS plaire à tout le monde, cela est toujours un peu douloureux de voir son « bébé » rejeté…
- Vous pouvez avoir du mal avec la casquette de « vendeur« . Si vous êtes comme moi, vous avez beau aimer écrire et être modérément fier de ce que vous avez produit, il ne s’ensuit pas forcément que vous sachiez ni même appréciez en faire l’article. Si je ne me débrouille pas trop mal pour mettre mes livres en valeur (décoration écossaise, marque-pages offerts, sourire accueillant), je déteste « forcer » les gens à les acheter… Bref, au final, j’en vends très peu moi-même…
Les avantages d’un salon du livre pour un auteur débutant
- Tout d’abord, vous allez pouvoir vous faire connaître. De quelques personnes seulement peut-être car si le salon est petit, cela veut dire qu’il y aura peu de visiteurs, et si le salon est gigantesque, c’est vous qui passerez un peu inaperçu au milieu de la foule… Mais ce n’est pas grave, cela n’a pas de prix. Même si je commence enfin à être lue par des gens qui ne me connaissent pas [...], je reste encore dans les profondeurs d’Amazon et seuls ceux qui tapent « Éclosia » ou « Nathalie Bagadey » peuvent me trouver… Bref, j’ai vraiment besoin du bouche à oreille…
Source : Les salons du livres, Nathalie Bagaday, 23 Fév, 2015
Mais que dit la jurisprudence sur l'obligation de promotion des livres ? Le point fait par Livres Hebdo le 13 mais 2016 :
En droit, la jurisprudence a mis en relief certaines obligations de bonne foi, non comprises dans le Code de la propriété intellectuelle, mais auxquelles le droit commun des contrats soumet l’auteur : et celui-ci doit notamment, même en l’absence de clause au contrat, participer à la promotion de son ouvrage et soutenir son éditeur contre des attaques éventuelles…
Il s’est trouvé des auteurs pour avoir toutefois considéré que l’utilisation de leur œuvre pour promouvoir celle-ci sans rémunération complémentaire serait… contrefaisante. C’est pourquoi il est recommandé de stipuler, dans tout contrat d’édition en bonne et due forme : « II est également entendu entre les parties que la promotion et la publicité de l’œuvre pourront se faire sur tous supports et procédés connus ou à venir tels que ceux mentionnés aux présent contrat. »
De même est-il utile de préciser que « la rémunération ne porte que sur les exemplaires vendus. Elle ne peut porter sur les exemplaires distribués gratuitement dans l’intérêt de la promotion de l’ouvrage : service de presse, envois à des personnalités »…
Mais, en pratique, c’est plus souvent l’auteur qui se plaint de l’absence de promotion de son oeuvre – et de sa personne.
[...]
Selon la jurisprudence plus récente – et en particulier de la cour d’appel de Paris, prenant la forme de deux arrêts en date des 15 juin 1983 et 14 mai 1997 –, si aucune forme de publicité n’est prévue dans le contrat, l’éditeur doit procéder à une publicité conforme au type de l’ouvrage, c’est-à-dire, au minimum, à l’envoi de services de presse et à l’insertion du titre dans son catalogue. Mais il a aussi été jugé par la cour d’appel de Paris, le 17 novembre 1986, que l’éditeur peut cependant arrêter une campagne de publicité inutile et trop coûteuse.
Comme vous avez pu le comprendre, salons, dédicaces, présentation de livres à la vente, lancement d'un livre sont des moments qui s'intriquent les uns dans les autres. De même que les festivals et rencontres littéraires qui proposent en général des livres à la vente, en présence d'éditeurices et d'auteurices pour dynamiser la vie littéraire mais aussi pour faire la promotion de nouvelles publications. Toutefois il existe aussi des rencontres avec des auteurices sans qu'il y ait vente de livres, notamment dans les bibliothèques.
Vous serez peut-être intéressée par cette autre réponse du Guichet du savoir, vente d'ouvrages lors d'une séance de dédicace, 2014.
Bonne journée
De notre monde emporté