A quelle famille noble française du XVIIe siècle appartient ce sceau de cire rouge ?
Question d'origine :
Bonjour,
Ci-dessous une demande d'identification héraldique.
## Objet
Identification d'une famille noble française du XVIIe siècle à partir d'un sceau de cire rouge apposé au dos d'un tableau de collection privée.
## Description du sceau
Support : Cire rouge, apposée directement sur le châssis arrière d'un tableau à l'huile sur toile, format portrait, XVIIe siècle.
Forme générale : Sceau ovale, dimensions approximatives 4 x 3,5 cm, présentant un écu héraldique central entouré d'une légende circulaire.
Structure de l'écu :
Écu parti (divisé verticalement en deux moitiés)
Quartier dextre (haut gauche du sceau) : animal sur ses quatre pattes, probablement un lion passant ou un taureau
Quartier senestre (haut droit du sceau) : lion cabré (rampant) couronné
Partie basse de l'écu : partition ou bande supplémentaire (détail difficile à préciser en raison de l'état du sceau)
Ornements extérieurs : Possible heaume ou couronne en cimier au-dessus de l'écu.
Devise : Lisible en bas du sceau, en lettres latines, avec deux lectures possibles selon l'interprétation de l'avant-dernière lettre
MORT ET JOIT (lecture la plus probable — "I" final avant le "T")
MORT ET JOUYT (variante possible — "Y" final avant le "T")
Les deux formes sont des orthographes du XVIIe siècle de "jouit", troisième personne du singulier du verbe jouir, courantes avant la normalisation orthographique du XVIIIe siècle.
Traduction probable : "Elle jouit même de la mort" ou "La mort aussi lui profite" — devise de tonalité stoïco-chrétienne, cohérente avec la spiritualité baroque et janséniste de la noblesse française des années 1630–1660.
## Contexte historique
Ce sceau a été apposé sur un tableau à l'huile sur toile représentant une figure féminine (buste, robe orangée, col en dentelle blanche, fond sombre), dont le style pictural est cohérent avec le milieu napolitain des années 1635–1656, proche de l'entourage d'Artemisia Gentileschi et d'Onofrio Palumbo.
Le collectionneur ayant apposé ce sceau était donc vraisemblablement un noble français actif à Naples ou en relation avec le marché de l'art napolitain dans la première moitié du XVIIe siècle.
## Sources déjà consultées sans résultat
Chassant & Tausin, Dictionnaire des devises historiques et héraldiques (1878), volumes I et II — devise "MORT ET JOUYT" non trouvée dans la version numérisée (OCR imparfait)
Armorial général d'Hozier (Gallica) — non dépouillé pour cette devise spécifique
Jougla de Morenas, Grand Armorial de France — non disponible en ligne
Rietstap, Armorial général — non dépouillé
## Questions précises
1. Les devises « MORT ET JOIT » ou « MORT ET JOUYT » (deux orthographes possibles de la même devise) sont-elles répertoriées dans le Chassant & Tausin ou dans tout autre dictionnaire de devises héraldiques accessibles à votre bibliothèque ?
2. Existe-t-il dans les armoriaux (Hozier, Jougla de Morenas, Rietstap, ou armoriaux provinciaux) une famille noble française portant simultanément :
- Un écu parti
- Un lion rampant couronné dans l'un des quartiers
- La devise « MORT ET JOIT » ou « MORT ET JOUYT »
3. Cette devise ou ce type d'écu est-il associé à une famille française connue pour avoir séjourné à Naples ou entretenu des relations avec le milieu artistique napolitain au XVIIe siècle ?
Merci par avance pour votre aide.
Cordialement,
Pierre-Marie C.
Réponse du Guichet
Ce sceau de cire rouge est celui de la famille britannique des Sawbridge-Erle-Drax, domiciliée dans le Dorset à Charborough House au XIXe siècle.
Réponse du Département des Collections anciennes et spécialisées
Bonjour,
Votre sceau a particulièrement subi les outrages du temps, ce qui en rend sa lecture et son exploitation singulièrement compliquées.
En fait de "Mort et joit", il faut lire "Mort en droit", comme nous le confirme Tausin dans son Supplément au dictionnaire des devises historiques et héraldiques, t. 1, p. 325. Cette devise nous ramène à la famille anglaise Drax, dont les armes peuvent se décrire "échiquetées d'or et d'azur, au chef de gueules à trois plumes d'or issant", le tout étant surmonté d'un dragon (allusion au nom Drax, le mot dragon ayant une origine indo-européenne : drakon en grec, draco en latin, drac en occitan, drach en catalan, et d'où provient également l'anglais Drake) en cimier, d'après Bernard Burke, The general armory of England, Scotland, Ireland, and Wales..., p. 300 (nous avons traduit de l'anglais le blasonnement initial).
Les armes présentes sur votre sceau ne correspondent pas à la seule famille Drax, mais comportent également celles d'autres familles liées au fil des alliances matrimoniales (Sawbridge et Erle), d'où les partitions que vous aviez vous-même soupçonnées. Ces armoiries sont de fait particulièrement complexes mais peuvent être restituées par Burke ainsi que la page d'un site consacré à la famille Drax, où vous pourrez voir quelques exemples de représentations héraldiques correspondant à celles présentes sur votre sceau, tout particulièrement celles en bronze ornant la voiture à cheval de John Samuel Wanley Sawbridge Erle Drax (1800-1887).
Burke nous décrit les armes des Erle (de gueules à trois coquilles d'argent à la bordure engrêlée d'argent) et des Sawbridge (d'or à deux fasces d'azur chargées d'une devise [ou divise] vivrée d'argent, au chef dentelé d'azur). A noter que sur l'illustration ci-dessous, l'azur (bleu) a été remplacé de manière curieuse par le sable (noir).
A ces partitions s'ajoutent d'autres armoiries, et sur le tout un écusson, lui-même écartelé, dont on devine la forme sur votre sceau. On peut également distinguer assez clairement sur ce dernier les deux devises vivrées dans le canton senestre du chef (en haut à droite de l'écu principal), la croix potencée surmontée d'un croissant placée en pointe. Les trois coquilles au point du chef (milieu haut de l'écu principal) se laissent deviner, ainsi que le lion rampant en cimier à droite.
Ce sceau est probablement celui de John Samuel Wanley Sawbridge-Erle-Drax (1800-1887). Il est en effet possible de trouver une autre occurence du sceau de cet amateur d'art sur le châssis d'un tableau du peintre français Claude-Joseph Vernet (1714-1789), passé en vente en 2019. Comme le rappelle la notice du catalogue de vente, Vernet, marié à l'Anglaise Virginia Parker, s'installe à Rome en 1734 et son atelier devient le passage obligé des amateurs d'art anglais au cours de leur Grand Tour passant invariablement par l'Italie. Le peintre va produire plus de quatre-vingt toiles pour les collectionneurs anglais. A noter que cette peinture comporte des personnages vêtus en lazzaroni, évoquant ainsi un contexte napolitain pour cette vue vespérale.
Le tableau a appartenu à plusieurs collections anglaises prestigieuses, et a été acheté en 1859 à la vente de la collection de John Rushout par John Samuel Wanley Sawbridge-Erle-Drax.
De la même manière, il est très probable que votre portrait ait été ramené d'Italie par un de ces nombreux amateurs d'art anglais lors de leur Grand Tour, avant de figurer dans les collections de Charborough House, à moins que ce ne soit Sawbridge-Erle-Drax qui l'ait acquis lui-même sur place.
Nous espérons avoir pu vous éclairer sur la provenance de votre portrait.
Algérie, sections armes spéciales